Le Chien des Baskerville (titre original : ) est un film allemand réalisé par Rudolf Meinert, sorti en 1914.

Il s'agit de la première adaptation filmée du Chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle. L'intrigue conserve les grandes lignes du roman d'origine tout en y intégrant d'importantes modifications scénaristiques. Ces modifications sont dues au fait que le scénariste du film, Richard Oswald, transpose dans ce film l'intrigue de sa propre adaptation théâtrale du roman, écrite en 1907.

Le film a connu une diffusion en 1914 et 1915 dans plusieurs pays d'Europe, y compris en France malgré le contexte de la Première Guerre mondiale, ainsi qu'aux États-Unis. Les copies du film ont ensuite été détruites et le film a été considéré comme perdu. Une copie de la pellicule comprenant des intertitres en français a été retrouvée ultérieurement dans les archives du Gosfilmofond de Moscou. Le film a été restauré en 2005 par le Filmmuseum München sans pour autant être diffusé auprès du grand public. C'est seulement en 2019 que l'éditeur américain Flicker Alley a permis une numérisation en haute définition et une large diffusion de la version restaurée de 2005 en l'intégrant en « bonus » de l'édition BluRay du film Le Chien des Baskerville de 1929.

Le film a connu une suite directe en 1914 intitulée Das einsame Haus. Ces deux films ont ensuite connu d'autres suites réalisées entre 1915 et 1920. Un imbroglio juridique sur les droits d'auteurs des deux premiers films de la série a toutefois opposé les sociétés de production Projektions-AG „Union“ (PAGU) et Greenbaum-Film GmbH, descendantes directes de la compagnie Union-Vitascope dissoute fin 1914. Greenbaum-Film GmbH a réalisé quatre épisodes supplémentaires, intitulés Das unheimliche Zimmer (1915), Die Sage vom Hund von Baskerville (1915), Das Sanatorium Macdonald (1920) et Das Haus ohne Fenster (1920), mais les deux épisodes de 1915 n'ont été diffusés qu'en 1919 à cause d'un blocage de leur diffusion. La PAGU a pour sa part réalisé en 1915 sa propre suite des deux premiers films, intitulée Das dunkle Schloss, dans laquelle le personnage de Sherlock Holmes est remplacé par le détective Braun pour éviter les complications juridiques.

Trame Acte 1 La légende du Chien des Baskerville est racontée dans un ouvrage dédié aux légendes familiales britanniques. Cette légende veut que depuis 1680, l'apparition d'un chien démoniaque aux environs du manoir familial présage la mort imminente d'un membre de la famille Baskerville. Un article de journal relate alors qu'un chien terrifiant a été vu et entendu aux abords du manoir. Peu après la publication de cet article, Sir Charles Baskerville est retrouvé mort. Le notaire Wibbs informe Henry Baskerville de la mort de son oncle et l'invite à venir sur les terres familiales pour récupérer son héritage. Henry Baskerville se trouve à New York. Son groom lui apporte la lettre du notaire, mais une phrase inquiétante a été rajoutée en bas de la lettre par une écriture inconnue : « Si vous tenez à votre vie, ne venez pas au manoir des Baskerville ! ». Malgré cette menace, Sir Henry décide se rendre sur les terres de ses ancêtres.

En arrivant au manoir, Henry Baskerville est accueilli par le notaire et des villageois des alentours. On lui présente Stapleton, considéré comme un ami de son oncle. Dans le salon, le notaire ouvre le testament de Sir Charles : le défunt a désigné pour seul héritier son neveu Henry Baskerville en déshéritant volontairement son second neveu, Rodger Baskerville, pour éviter que l'héritage ne tombe entre de mauvaises mains. La nouvelle est annoncée aux villageois présents sur place : l'héritier est acclamé tandis que Stapleton se montre très déçu de la nouvelle. Le soir, Stapleton écrit dans son journal personnel qu'il va préparer pour Sir Henry une mort semblable à celle de Sir Charles.

Le lendemain, Stapleton se rend dans une cachette dissimulée sous une trappe au milieu de la lande. Cette cachette contient un grand chien qu'il libère sur la lande en lui ordonnant d'attaquer Henry Baskerville, qui se promène alors à cheval dans les environs et discute avec Laura Lyons, une jeune femme qui se promène en calèche. Les chevaux, qui sentent l'arrivée du chien, prennent peur et s'agitent. Sir Henry parvient à maîtriser sa monture et sauve Miss Lyons dont la calèche est sortie de route.

De retour au manoir, Sir Henry déclare qu'il va embaucher Sherlock Holmes pour enquêter sur les étranges événements qui sont survenus : le décès de son oncle, le mystérieux message ajouté sur la lettre du notaire et l'attaque du chien. Il envoie son majordome Barrymore poster une lettre à destination du détective. Stapleton tente d'empêcher Barrymore de poster la lettre, mais celui-ci lui rétorque : « Je ne vous laisserai pas vous débarrasser de Sir Henry comme vous vous êtes débarrassé de Sir Charles », montrant à Stapleton qu'il a compris toute l'affaire. La lettre est postée mais Stapleton met ensuite le feu à la boîte aux lettres pour que le message ne parvienne pas au détective.

Acte 2 Sir Henry et Laura Lyons sont désormais des amis intimes. Stapleton, pour sa part, décide de se faire passer pour Sherlock Holmes. Il se présente au manoir après s'être grimé au point d'être méconnaissable. Sir Henry montre au supposé détective un nouveau message mystérieux laissé à son attention sur un meuble du manoir, l'incitant à « quitter cet endroit ». Stapleton parvient alors à surprendre Barrymore en flagrant délit, tenant dans la main un message semblable au précédent. La situation semble prouver que le majordome est à l'origine des menaces dont Sir Henry fait l'objet. « J'essaie simplement de vous avertir ! » affirme Barrymore qui est néanmoins répudié par son employeur.

Au 221B Baker Street, le véritable Sherlock Holmes apprend par les journaux que le détective Sherlock Holmes, c'est-à-dire lui-même, est arrivé au manoir des Baskerville pour mener une enquête. Interloqué par cette usurpation d'identité, Holmes décide d'appeler son fidèle ami Watson par un système de communication électronique de son invention. Il lui explique l'affaire puis décide de partir au manoir pour y voir plus clair.

Au manoir des Baskerville, alors que Sir Henry organise une réception en compagnie de Miss Lyons, Stapleton parvient à s'introduire par une fenêtre et place une bombe dans le chandelier d'une pièce adjacente à la salle de réception. Le véritable Sherlock Holmes arrive à son tour au manoir et aperçoit Stapleton sauter par une fenêtre. Rejoignant la pièce dont s'est échappé le criminel, Holmes découvre l'engin explosif et appelle le maître des lieux, affirmant avec nonchalance qu'il ne reste que 20 secondes avant que le manoir explose. Sir Henry et Miss Lyons sont paniqués mais Holmes sort calmement une cigarette, prend son revolver, tire sur la mèche de la bombe qui s'en trouve coupée net, allume sa cigarette avec la mèche encore brûlante tombée à terre, puis s'en va alors que Sir Henry réconforte Miss Lyons. Au-dehors, Stapleton, caché derrière un buisson, ne comprend pas pourquoi son plan n'a pas fonctionné et revient au manoir. Se faisant passer pour Sherlock Holmes, il récupère l'engin explosif du chandelier et le confie à Sir Henry qui le jette par la fenêtre, entraînant une explosion dans le jardin. Les villageois accourent et le faux Sherlock Holmes affirme haut et fort depuis le balcon qu'il s'agissait d'une tentative d'assassinat orchestrée par Barrymore, qui vient d'être déjouée. Les villageois acclament le faux détective.

Acte 3 Stapleton recherche une nouvelle méthode pour éliminer son cousin. Il s'agira cette fois de poison. De son côté, le véritable Sherlock Holmes rencontre Barrymore, qui prévient le détective que Stapleton a usurpé son identité et qu'il faut parvenir à l'arrêter avant qu'il parvienne à tuer le maître des lieux. Holmes et Barrymore aperçoivent alors par une fenêtre du manoir Sir Henry qui s'apprête à boire un verre que lui a tendu Stapleton. Holmes, qui comprend que le verre est probablement empoisonné, sort son revolver et tire sur le verre de Sir Henry qui explose sous ses yeux.

Holmes profite de la confusion créée pour s'introduire chez Stapleton où il découvre le journal du meurtrier, dans lequel celui-ci raconte l'ensemble de ses funestes projets. Stapleon, en arrivant devant chez lui, aperçoit Barrymore qui monte maladroitement la garde dans son jardin. Le meurtrier entre chez lui par un passage secret et déclenche un mécanisme qui prend au piège Sherlock Holmes, désormais attaché au siège sur lequel il était assis. Stapleton entre alors dans la pièce et affirme à Holmes qu'il sera sa prochaine victime. Le meurtrier active un second mécanisme : une trappe se dérobe sous les pieds du détective, l'entrainant dans un souterrain au fond duquel se trouve la cachette où est enfermé le gigantesque chien. Holmes parvient néanmoins à tuer l'animal à coups de revolver puis à s'échapper au-dehors par la trappe donnant sur la lande.

Sherlock Holmes décide alors de se faire passer pour Stapleton, puisque Stapleton se fait passer pour lui. Il se présente ainsi au manoir sous les traits de son meurtrier, allant jusqu'à saluer le véritable Stapleton qui comprend la situation mais ne peut rien faire. Le faux Stapleton demande à parler en privé au faux Sherlock Holmes. Les deux hommes se retrouvent seuls dans le salon. Holmes déclare alors au meurtrier : « Vous n'êtes pas Sherlock Holmes et vous n'êtes pas non plus Stapleton ! Vous êtes son neveu Rodger Baskerville ! », puis il brandit le journal du meurtrier et déclare « Chacun pourra désormais lire ce que vous avez fait ». Barrymore, qui s'était caché dans une armure du salon, ceinture alors Rodger Baskerville à qui Holmes passe les menottes sous les yeux ébahis de Sir Henry et Miss Lyons qui accourent et assistent à cette arrestation inattendue. Rodger Baskerville est emmené à la police sous les huées des villageois. Holmes retrouve peu après Sir Henry et Miss Lyons dans la véranda du manoir. « Que vous dois-je ? » demande Sir Henry. « N'auriez-vous pas une cigarette ? » répond simplement Sherlock Holmes.

Fiche technique Titre original : Titre français : Le Chien des Baskerville Réalisation : Rudolf Meinert Scénario : Richard Oswald, d'après le roman Le Chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle Photographie : Werner Brandes, Karl Freund Production : Jules Greenbaum Société de production : Union-Vitascope Sociétés de distribution : Projektions-AG Union (Allemagne), Pathé Frères (France) Pays de production : Langue originale : allemand Format : noir et blanc — 35 mm — 1,37:1 — Muet Genre : Policier et horreur Durée : 5 bobines (4385 pieds) Dates de sortie : Empire allemand : France 1915

Distribution Le personnage de Sherlock Holmes est joué dans ce film par l'acteur Alwin Neuß, qui avait déjà incarné le détective dans le court-métrage Den stjålne millionobligation / Milliontestament produit en 1910 par Nordisk Film Den stjålne millionobligation, Danskefilm.dk. Le docteur Watson apparaît brièvement lors de la séquence se déroulant au 221B Baker Street, mais le nom de l'acteur incarnant ce personnage n'est présent sur aucune notice. Pour cette raison, il est fréquent de trouver des commentaires erronés sur le film, affirmant que le docteur Watson n'apparaît pas dans cette adaptation filmée Der Hund von Baskerville (1914) - Plot, Internet Movie Database. Le film comporte de nombreux figurants jouant le rôle de villageois. Néanmoins, seuls les cinq acteurs suivants sont présents dans les notices du film :

Alwin Neuß : Sherlock Holmes Friedrich Kühne : Stapleton Erwin Fichtner : Henry Baskerville Hanni Weisse : Laura Lyons Andreas Van Horn : Barrymore, le maître d'hôtel

Production et sortie