Paul, Antoine, Marie, Chevandier de Valdrome, né le Archives de Moselle, tables décennales de Saint-Quirin, vue 52/311 à Saint-Quirin, mort le à Hautot-sur-MerArchives de Seine-Maritime, décès de Hautot-sur-Mer, acte n°83 dressé le 04/09/1877, vue 43/58, est un peintre paysagiste français qui mène une carrière discrète durant le , dans l’ombre de ses amis renommés tels Théodore Chassériau, Prosper Marilhat ou Louis-Nicolas Cabat.

Son père, Jean Auguste Chevandier de Valdrome ()., est un Maître verrier et un homme politique, député de 1821 à 1837 et fait Pair de France le .. Ce dernier essaie de convaincre le ministère de l’intérieur d’acheter un tableau de Théodore Chassériau (Suzanne au bain, 1839) mais cette tentative échoue175, correspondance mars – avril 1839..

L’artiste est aussi le frère du ministre de l’Intérieur de , Eugène Chevandier de Valdrome (1810 1878) et de la baronne de Prailly à qui il rend visite au Plantier de Costebelle.

L’œuvre de Paul Chevandier de Valdrome s’inscrit dans le mouvement du paysage néo-classique qui voit le jour sous la monarchie de Juillet par réaction à la peinture romantique., notamment avec de nombreuses vues italiennes rapportées de ses séjours transalpins. Il se laisse également tenter par quelques compositions orientalistes au cours de ses voyages en Algérie ou au Maroc. Sa production suscite l’enthousiasme de Théophile Gautier qui commente les œuvres exposées dans les Salons de son époque mais Baudelaire se montre plus sévère envers le peintre néo-classique.

Son œuvre majeure, Paysage, plaine de Rome, a été acquise par le musée du Louvre en 1987 sur un marché de l'art qui propose très rarement peintures, aquarelles ou dessins de l’artiste, méconnu aujourd'hui et dont la production semble limitée.

Biographie

Milieu familial

Présence déterminante de Hortense de Prailly

Hortense Chevandier de Valdrome (), baronne de Prailly, est la sœur de Paul Chevandier de Valdrome. Elle a épousé en 1834 le baron Nicolas Husson de Prailly (), président du Tribunal civil de Première Instance de Nancy et officier de la Légion d'honneur. Le père de Nicolas Husson de Prailly, né en 1751, est membre du collège électoral de la Meurthe. Son titre de baron de l'Empire a été accordé par lettres patentes du .. Très pieuse, madame de Prailly rencontre pour la première fois le père Henri Lacordaire à la manufacture de glaces de Cirey chez son frère Eugène et elle est une correspondante fidèle de l'orateur dominicain qui devient son directeur de conscience.. Henri Lacordaire donne à cette époque des cours d'instruction religieuse à Paul Chevandier de Valdrome avec qui il séjourne même à Dieppe..

Elle est propriétaire du Plantier de Costebelle, villa néo-palladienne qu'elle fait construire en 1857 dans le quartier varois de Costebelle., à Hyères, domaine où elle reçoit souvent son frère. Elle organise à Rome en 1840 une rencontre entre Paul Chevandier de Valdrome qu'elle héberge, Henri Lacordaire et Théodore Chassériau ; rencontre qui permet à ce dernier d'exécuter un portrait du célèbre père Dominicain au couvent Sainte-Sabine, aujourd'hui au musée du Louvre..

L'artiste peintre est nommé chevalier de la Légion d'honneur par décret du .. Paul Chevandier de Valdrome est également actionnaire dans les verreries forestières familiales dirigées par son frère Eugène Chevandier de Valdrome, dont il possède 30 actions. La thèse est consultable en ligne sur le site de l'Université de Lyon 2. aux côtés de sa sœur Hortense Husson de Prailly.

Mésalliance qui contrarie la famille

Paul Chevandier de Valdrome épouse, le , contre l'avis de sa famille, une actrice parisienne de condition modeste et née de père inconnu, Jeanne Émilie Lelarge, qui se produit parfois au théâtre de l'Ambigu ou au théâtre de la Porte-Saint-Martin sous le nom de scène de Jeanne Defodon ou d'Émilie Defodon.. Elle y joue les ingénues ou les amoureuses. Par deux fois elle se produit devant les souverains à Compiègne, en , dans le rôle de Blanche de Nevers, du Bossu puis en , dans celui de Blanche, de lAïeule.. Lors de la Guerre franco-allemande de 1870 Paul Chevandier de Valdrome envoie sa très jeune épouse et leur fils, Armand, en Allemagne. Il demeure en France seul et semble exploiter un hôtel qu'il convertit en hôpital. destiné à accueillir les blessés de guerre. Puis, la famille se réunit, voyage en Suisse et s'établit à Marseille.thumb|right|upright=0.7|alt=Papier jauni à en-tête de la préfecture du département de la Seine. Texte écrit à la plume. Présence de deux cachets officiels. Titre, extrait du registre des actes de naissance de 1865.|Acte de naissance d'Armand Chevandier, 1865. Agrandissez cette image Mais l'union entre les époux est mise à mal par une relation adultérine qu'Émilie entretient avec le jeune baron Marx Von Pforstein. Une séparation judiciaire aux torts de l'épouse est alors prononcée.. L'enfant est placé après la mort de Paul Chevandier de Valdrome chez les Pères Dominicains d'Arcueil et sous tutelle de son oncle Eugène Chevandier de Valdrome, à la demande même de la famille paternelle qui a provoqué un second procès sur la garde partagée. Une tentative d'enlèvement d'Armand par sa mère en 1878, lors d'une visite prévue par le jugement, est abondamment commentée par les journalistes au premier rang desquels Francisque Sarcey, dans la presse à scandale de l'époque.. ainsi que dans les journaux radicaux, notamment Le Progrès de l'Ain, qui applaudissent ce pied de nez fait aux Révérends Pères..

Le fils de Paul Chevandier de Valdrome, Armand Chevandier de Valdrome , connait une fin tragique. Secrétaire d'ambassade au Maroc et consul général de France à Tanger, il est assassiné dans cette ville par son cuisinier à la suite d'un différend de service survenu pour alcoolisme, le Sur les circonstances de la mort tragique du neveu d'Eugène Chevandier de Valdrome : .. Le rapatriement de la dépouille du diplomate a lieu à Marseille sur le torpilleur Le FriandSur les circonstances exactes du meurtre et le rapatriement de la dépouille du diplomate à Marseille sur le torpilleur Le Friand : ..

Arbre généalogique de la famille Chevandier de Valdrome

Cette arborescence explique de façon synthétique la position de Paul Chevandier de Valdrome au sein de sa famille, une dynastie de maîtres verriers lorrains et prussiens.

Milieu artistique : formation auprès des aînés

Initiation auprès de Cabat

Paul Chevandier de Valdrome est l'élève de Prosper Marilhat, de François-Édouard Picot. Il est surtout le disciple du paysagiste Louis-Nicolas Cabat.Louis-Nicolas Cabat, élève de Camille Flers et membre de l'Accademia di San Luca de Rome, est frappé par son voyage italien en 1836/1837, accompagné par Paul Chevandier de Valdrome, voyage durant lequel il rencontre des disciples d'Ingres qui l'entraînent à devenir un initiateur du réalisme., ami proche du Père Lacordaire.. L'initiation auprès de Cabat est minutieusement décrite dans les revues d'Art de l'époque : C'est d'ailleurs par l'entremise de Paul Chevandier de Valdrome que Cabat s'est rapproché de Lacordaire et s'est rallié à ses vues sur la foi. Le critique d'Art Jules Janin décrit dans le détail la naissance de l'amitié entre Paul Chevandier de Valdrome et Louis-Nicolas Cabat dans un article paru alors que le jeune peintre est à peine âgé de 22 ans, en 1839. On recense à cette époque ses premières peintures : Intérieur d'une métairie à Aumale (1836) ou L'Enfant prodigue (1839)..

Voyage à Rome avec Chassériau

Paul Chevandier de Valdrome est aussi un ami de Théodore Chassériau et d'Henri Lehmann durant le séjour romain119 et 180, 49. des trois jeunes artistes. Il a rencontré Chassériau dès 1838 grâce à une relation commune, Théophile Gautier174.. La relation d'amitié entre Chassériau et Chevandier est brève et se termine en 182 et 302.. C'est à l'occasion de ce même séjour en Italie que Paul Chevandier de Valdrome fréquente la comtesse d'Agoult. qui livre son sentiment sur le jeune peintre, non sans une certaine acidité :

Le séjour en Italie de Paul Chevandier de Valdrome est l'occasion pour l'artiste de rapporter plusieurs toiles : Vue prise au lac de Némi (1841), Un ruisseau dans la campagne de Rome (1842) ou Environs d'Ariccia, campagne de Rome (1844).

Autres rencontres : Fromentin, Delacroix et Ziem

À Constantine en 1847, Paul Chevandier de Valdrome rencontre les peintres Eugène Fromentin et l'archéologue Auguste Salzmann, qui ont remarqué ses peintures au Salon de 1845..

En 1853, Eugène Delacroix décrit son entretien avec le paysagiste qui lui donne ses sentiments sur la peinture exécutée d'après modèle, d'Alexandre-Gabriel Decamps :

Paul Chevandier de Valdrome fréquente également Armand de Pontmartin qui est nommé chevalier de la Légion d'honneur grâce à son intercession auprès de son frère Eugène, ministre de l'Intérieur. et se montre également sensible à la poésie contemporaine. À cette époque et comme de nombreux peintres parisiens, son atelier se situe 39, rue de La Tour-d'Auvergne, dans le quartier du bas-MontmartrePaul Chevandier de Valdrome est donc mentionné dans le dictionnaire des peintres à Montmartre : . ; il y reçoit le peintre Félix Ziem, le prince Edmond de Polignac ou le comte de Ludre, originaire comme lui de Lorraine. Le compositeur et pianiste polonais, Frédéric Chopin semble s'être inspiré d'une soirée chez Paul Chevandier de Valdrome pour composer sa Marche funèbre. Ziem raconte ainsi la genèse du troisième mouvement pour la Sonate pour piano 2 en si bémol mineur, :

Le peintre paysagiste, vers 1865, semble être proche d'autres artistes de son temps : Pierre Puvis de Chavannes ainsi que Gustave Ricard sont témoins lors de la naissance de son fils., Armand Chevandier de Valdrome (). Le peintre romantique Louis Boulanger appartient peut-être aussi au cercle des amis de Paul Chevandier de Valdrome, comme en témoigne une dédicace au bas d'une aquarelle attribuée (plume et encre brune, lavis gris, sur traits de crayon noir) proposée aux enchères par la maison de ventes Piasa le . : Scène orientaliste : notaire et écrivain.

Collectionneur thumb|left|La Pietà de Gustave Moreau, ancienne collection Paul Chevandier de Valdrome.|alt=La vierge recueille le Christ, étendu sur un linceul. Des personnages de part et d'autre de la scène prient. Il semble que la fortune familiale et la condition sociale de Paul Chevandier de Valdrome lui permettent de collectionner des œuvres de qualité, acquises auprès d'artistes de son temps.

En 1870, le paysagiste acquiert ainsi de Gustave Moreau une huile sur toile représentant une Descente de Croix, exécutée vers 1867, pour un prix de . .

Ce tableau réputé et présenté à de nombreuses reprises dans des expositions internationales, après avoir appartenu à la famille de jusqu'en 1943, est depuis cette date, exposé au Fogg Art Museum à Harvard..

Peintre de paysages

Premiers Salons : l'influence de Chassériau et de Cabat

Paul Chevandier de Valdrome participe à son premier Salon en 1836.. En 1839, l'artiste peint L'Enfant Prodigue, déjà influencé par Théodore Chassériau. Ce tableau de jeunesse est considéré comme étant de l'école de Louis-Nicolas Cabat qui l'envoie au Salon. Les commentaires sont élogieux :

Durant le voyage à Rome de 1840 - 1841, Théodore Chassériau exécute un portrait (dessin) aujourd'hui disparu de Paul Chevandier de Valdrome..

Paul Chevandier de Valdrome présente un Ruisseau dans la campagne de Rome au Salon de 1842, peinture qui rappelle avec succès la manière de Prosper Marilhat, mais, selon la critique,

Le Salon de 1843 est l'occasion pour le paysagiste d'exposer un œuvre peinte à Brindes en Italie..

Théophile Gautier ne l'a pas souvent jugé mais dans La Presse du , il le crédite de

Vues italiennes : Paysage, plaine de Rome