Action antifasciste Paris-Banlieue (AFAPB) est un groupe autonome d'extrême gauche de la mouvance antifasciste française des années 2010, médiatisé lors de l'affaire Clément Méric (2013).
Contexte historique
thumb|left|Le logo du Réseau No Pasaran (2010)Fédération internationale des centres d'études et de documentation libertaires : Réseau No Pasaran - solidaires - égalitaires- libertaires..
En France, dans les années 1980, des collectifs antifascistes autonomes (Section carrément anti-Le Pen), souvent non organisés et non institués, se fédèrent en partie dans le Réseau No Pasaran qui se dissout en 2013.
En 1990, est créé le réseau associatif Ras l'front dont le but est de lutter contre le Front national et ses idées. Fin des années 2000, le réseau disparait.
L'antifascisme contemporain n'est pas à proprement parler un mouvement unifié et structuré. Selon Gilles Vergnon, professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d'études politiques de Lyon et auteur de l’Antifascisme en France : , et par ailleurs, ..
Dans les années 2000, il n’existe plus d’organisation nationale active et coordonnées. Pour Guillaume Origoni, docteur en histoire contemporaine à Paris X, spécialiste des groupes radicaux, depuis le début des années 2000 les modes d’action ne se réfèrent pas à un grand projet de transformation de la société mais plutôt à des combats précis. En ce moment, ce sont les violences policières..
Origines et idéologie Créée en 2008, Action antifasciste Paris-Banlieue serait le groupe qui compterait le plus de militants antifascistes à Paris et en banlieue parisienne, avec beaucoup d’anciens de la tribune Auteuil du Parc des princes.
L’Action antifasciste Paris banlieue, avec une centaine de membresPhilippe Lamy (politologue) : « Pas plus de cent, ils sont les seuls à mener une action concrète contre les groupuscules d'extrême droite », in Clément Méric : "On n'oubliera pas", L'Obs, 13 juin 2013, ., plutôt jeunes, qui se définissent comme des « antifas radicaux », s'organise en structure horizontale et par un système de parrainageWilly Le Devin, Quentin Girard, Skins et antifas : l’après-Méric fait bouger les lignes, Libération, 13 septembre 2013.. Sur son site internet, le groupe pose les bases de son fonctionnement : des groupes « autonomes », cooptés de l'intérieur, cherchant à lutter contre la « culture fasciste »Samuel Laurent, « Les agressions entre “skins” et “antifa”, résurgence des années 1980 », Le Monde.fr, 6 juin 2013..
Action antifasciste Paris-Banlieue se manifeste notamment par l’action directe dans des affrontements de rueLudovic Pauchant, « Clément, frappé à mort : derrière la tragédie, deux extrêmes qui se haïssent », France bleu, 6 juin 2013. et refuse d’être « récupéré par la sphère politique »Catherine Corollier, « L’antifascisme ne prend pas parti », Libération, 25 juin 2013..
Selon le Réseau d'étude, de formation et de lutte contre l'extrême droite et la xénophobie (REFLEXes) interviewé par le politologue Nicolas Lebourg, « c’est un groupe avec une existence et une activité militante bien réelle, avec pas loin de 60-80 militants/sympathisants. Ils proviennent de différents milieux dont le milieu antifa radical libertaire, les stades, mais aussi du rap. ».
Selon Action antifasciste Paris-Banlieue, « La lutte antifasciste ne repose pas sur les violences de rue [...] Le but de l'antifascisme n’est pas de se battre avec l’extrême droite. Ça, c’est leur vision à eux. Une vision basée sur le conflit en désignant des ennemis, à savoir l’étranger, l’homosexuel ou l’antifasciste [...] Mais, à partir du moment où vous combattez des gens qui se nourrissent de la violence, que voulez-vous qu’il se passe ? Oui, la violence existe. »Frédéric Frangeul, « Les “antifa”, ces chasseurs de skinheads », Europe 1, 7 juin 2013..
Selon le politologue Philippe Lamy, il s'agit d' « un antifascisme radical, pour qui la lutte anticapitaliste contre l'État libéral et l'extrême droite est prioritaire [...] Le groupe [...] est assez sectaire, autonome, on y entre uniquement par cooptation. Pas plus de cent, ils sont les seuls à mener une action concrète et violente contre les groupuscules d'extrême droite. »Marie Lemonnier, Maël Thierry, Clément Méric : "On n'oubliera pas", Le Nouvel Observateur, 19 juillet 2013.
En 2017, lors du deuxième tour de l'élection présidentielle française opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue refuse de rejoindre le front républicain et appelle aux manifestations « Ni Le Pen ni Macron »Samuel Hayat, chercheur en Science politique, Pour un nouveau front antifasciste, Libération, 9 mai 2017, ..
En 2017, quatre ans après la mort de Clément Méric, selon le quotidien Le Monde, l’Action antifasciste Paris-Banlieue, manifeste aux côtés de l'UNEF et du Mouvement des jeunes communistes dans une démarche de rapprochementAbel Mestre, Les antifascistes veulent sortir de leur isolement, le Monde, 02.06.2017, ..
Histoire vignette|Affiche de mobilisation après la mort de Clément Méric, Paris, 2013. Affaire Clément Méric
Le , Clément Méric, militant à l'Action antifasciste Paris-Banlieue.Hubert Artus, Le Red Star, l'anti-PSG, Marianne, 17 juillet 2015, lire en ligne. et à Solidaires Étudiant-e-sMarie Piquemal, « Mort de Clément Méric: "Tout ce qui est dit, c’est de la calomnie" », Libération, 25 juin 2013.Nicolas Theodet, À Saint-Lazare, un rassemblement silencieux en hommage à Clément Méric, Le Figaro, 6 juin 2013.., meurt à la suite d'une altercation survenue la veille avec un groupe de skinheads d'extrême droite...
Cette mort déclenche un fort émoi au sein de la scène politique françaiseHélène Bekmezian, AFP, « Mort de Clément Méric : droite et gauche s'accusent de récupération », Le Monde, 7 juin 2013.... Des dizaines de personnes approchent alors les antifas, surtout l’Action antifasciste Paris Banlieue, qui a longuement réfléchi à la possibilité d’accueillir de nouveaux membres avant de les renvoyer vers le Collectif antifasciste Paris Banlieue, plus ouvert vers l’extérieur.
Affaire de la voiture brûlée
Les 18 et , après l'attaque puis l'incendie d'un véhicule de police dans lequel se trouvaient deux agents, en marge d'une manifestation interdite « contre les violences policières »Christine Legrand, Voiture de police brûlée : qui sont les jeunes accusés d’avoir participé à l’attaque ?, La Croix, 11 octobre 2017, lire en ligne., cinq personnes, décrites par le parquet et les enquêteurs, comme membres de la mouvance radicale d'ultragauche et appartenant aux « anarchos-autonomes » et à l'Action antifasciste Paris-Banlieue, sont placées en garde à vue « Tous ces suspects sont des activistes issus de deux mouvances différentes : les Anarchos-Autonomes et le groupe Action Anti-Fasciste Paris-Banlieue (AFA), une structure autonome d’ultra-gauche. ».« Âgés de 20 à 40 ans, les prévenus sont étudiants, éducateurs ou sans profession. Certains, militants antifascistes assumés, appartiennent « à la mouvance radicale d'ultragauche », mentionne l'ordonnance de renvoi. », Pascale Égré, Voiture de police incendiée à Paris : le procès de la violence anti-flics, Le Parisien, 19 septembre 2017, lire en ligne.« Ces étudiants en géographie, sociologie et histoire/sciences politiques sont décrits comme "membres de la mouvance radicale ultra-gauche" par les enquêteurs. », Aurélie Sarrot avec AFP, Voiture de police incendiée à Paris : neuf prévenus jugés et une audience sensible, LCI, 18 septembre 2017, lire en ligne.« La décision du tribunal fait état d’une note de renseignements décrivant le jeune homme « comme un membre très actif de la mouvance ultra-gauche, proche notamment de la structure de fait Action antifasciste Paris-Banlieue ». », Rédaction, Incendie d'une voiture de police : quatre hommes mis en examen pour tentative de meurtre, Libération, 21 mai 2016, lire en ligne.. Le , quatre sont mises en examen notamment pour tentative de meurtre..
Les avocats, Irène Terrel et Antoine Comte, parlent d'un dossier « vide »Henri Seckel, Au procès de la voiture de police incendiée : Antonin Bernanos et le mystérieux témoin n° 142, Le Monde, 27 septembre 2017, lire en ligne. fondé uniquement sur un témoin anonyme dont le nom apparaît finalement dans un procès-verbal et « qui se trouve être un policier des renseignements généraux de la Préfecture de police ».... Pourtant certains accusés ont reconnu les faits reprochés. D'autres sont désignés par des « faisceaux d'indices » selon le Procureur. L'un d'eux est fiché S et en récidive après plusieurs condamnations pour violences aggravées. Le procès abouti à la condamnation de sept des neuf inculpés à des peines allant jusqu'à 7 ans de prison.. Deux des condamnés sortent en .
Au cours de l'enquête, la police saisit lors des perquisitions chez les suspects, des tracts antifascistes, un poing américain, une matraque et des bouteilles de gaz.. L’enquête révèle également que, parmi eux, certains, étudiants en première année d'histoire, de sociologie ou de géographie, sont issus de bonnes famillesAntonin Bernanos condamné à trois ans de prison ferme, la-croix.com, 12 octobre 2017. L'un d'entre eux est par ailleurs fiché S pour son appartenance à « la mouvance contestataire antifasciste susceptible de se livrer à des violences »..
Depuis 2017 En , l'AFAPB appelle à plusieurs rassemblements en soutien à Théodore Luhaka, qui aurait été victime d'un viol de la part de policiersBlandine Le Cain, Affaire Théo : la police des polices privilégie la thèse de l'accident plutôt que celle du viol , Le figaro, 10/02/2017,. au cours d’une interpellation à Aulnay-sous-Bois. Le collectif parvient ainsi à rassembler près de 250 personnes le à ParisJérémie Lamothe, Rassemblement de soutien à Théo L. : « On a touché le fond. C’est indigne d’une démocratie... », Le Monde, 13 février 2017, ..
Des affrontements ont lieu entre ultra-gauche et ultra-droite pour la tête de cortège des défilés parisiens des Gilets jaunes. Plusieurs membres de l'ultra-droite sont blessés. Une dizaine de membres de l'ultra-gauche sont arrêtés pour ces violences, dont Antonin Bernanos incarcéré à Fresnes le .
En , Antonin Bernanos, « figure de la mouvance antifasciste », est à nouveau condamné pour violences lors d'une manifestation en 2016. Cinq prévenus, âgés de 26 à 33 ans, sont reconnus coupables de violences en réunion ayant entraîné plus de huit jours d'incapacité totale de travail (ITT) sur un ancien militaire et candidat du Front national. Le tribunal correctionnel de Paris prononce une peine de 10 mois d'emprisonnement assortie de sursis à l'encontre d'Antonin Bernanos, en récidiveAntonin Bernanos, figure de la mouvance antifasciste, condamné pour violences lors d'une manifestation, lefigaro.fr, 21 avril 2022.
Lieu : le bar Le Saint-Sauveur
Selon le site StreetPress en 2015, le bar Le Saint-Sauveur appartenant à Julien Terzics, ancien des Red Warriors, au pied de la butte de Ménilmontant, est .Tiphaine Le Liboux, « Les nazillons sont désinhibés », Libération, , lire en ligne..« Manches de pioches et lacrymos : un bar « antifa » attaqué par des militants d'extrême droite à Paris », Marianne, lire en ligne..
Le , le bar est la cible d'une descente armée revendiquée par le groupuscule d'extrême droite les « Zouaves »., fondé sur les ruines du GUD... Le groupe d'assaillants est très rapidement repoussé et s'enfuit, après avoir provoqué un blessé et des dégâts matériels. Cette attaque a eu lieu la veille de l'anniversaire de la mort de Clément Méric... En , Le Saint-Sauveur est fermé par la préfecture de police de Paris qui lui reproche, entre autres, l’incursion des militants d’extrême droite..
Le bar ferme définitivement ses portes le samedi à la suite du décès de son fondateur Julien Terzics en Marion Kremp, Paris : Le Saint-Sauveur, QG historique des antifascistes et « chasseurs de skins », tire sa révérence, Le Parisien, 4 janvier 2025, lire en ligne.
Notes et références
Voir aussi