Titus Quinctius Flamininus (né en 229 av. J.-C.- vers 174 av. J.-C.) est un homme politique et général romain. Issu d'une ancienne famille patricienne de Rome, la gens Quinctia, il entre sur la scène politique au cours des guerres puniques et des guerres de Macédoine.
Au cours de sa carrière fulgurante, obtenant le consulat avant 30 ans, il évince Philippe V de Macédoine de Grèce et fait de Rome un interlocuteur incontournable des relations inter-étatiques et géopolitiques en Méditerranée orientale. Du fait de sa victoire, il fut le premier Romain à proclamer, en 196 av. J.-C.., la liberté des cités grecques.
Il est passé dans la postérité et dans l'imagerie collective comme l'incarnation du général philhellène, cultivé, rationnel et connaisseur des enjeux locaux et des rapports de force qui traversaient le monde grec. Il est l'objet d'une des Vies Parallèles de Plutarque.
Biographie
Origines et formation Titus Quinctius Flamininus naît vers 229 av. J.-C. au sein d'une ancienne famille patricienne de Rome, formant la nobilitas de la cité ; la gens des Quinctii Flaminini, une des trois branches des Quinctii avec les Quinctii Capitolini et les Quinctii Cincinnati semble avoir connu plusieurs membres élevés à la dignité consulaire avant même le parcours de Titus. Son arrière grand-père, notamment, est consul en 271. Son cognomen, Flamininus, lui viendrait de son grand-père, Lucius Quinctius, après qu'il eut été fait flamine de Jupiter autour des années 250. Le prestige de la gens Quinctia provient de son ancienneté dans le paysage de la noblesse romaine. Certains de ses plus lointains ancêtres auraient servi aux côtés du roi Tullus Hostilius, l'accompagnant d'Albe à Rome. La gens Quinctia fournit par la suite à Rome d'illustres noms : Lucius Quinctius Cincinnatus, par exemple, qui devint dans l'historiographie romaine antique l'incarnation d'un idéal républicain, celui de l'agreste romain attaché à sa terre, animé par le devoir, ne quittant ses terres que pour défendre sa cité. Sa famille est donc au centre de la noblesse romaine, par son ancienneté et son prestige dynastique. De ces origines, on peut supposer une éducation politique développée et un héritage culturel fort, influençant sa vision du monde.
Une ascension permise par une forte crise militaire vignette|La marche d'Hannibal pendant la deuxième guerre punique. Le parcours de Flamininus débute très tôt et se caractérise par le caractère relativement inhabituel des charges qu'ils détint. Plutarque dit de lui qu'il était ambitieux et épris de gloire. Polybe insiste sur sa prévoyante habileté, un savoir-faire et un discernement rares.
Il entame sa vie politique et militaire en 208 av. J.-C., comme tribun militaire dans la deuxième guerre punique, sous les ordres du consul Marcus Claudius Marcellus (268 - 208 av. J.-C.), grand homme de guerre, cinq fois consul et conquérant de Syracuse, au cours des opérations menées contre Hannibal, qui perd cependant la vie au cours d'une embuscade tendue par Hannibal près de Venusia, l'actuelle Venosa en Italie méridionale, en même temps que son collègue consul Titus Quinctius Crispinus, apparenté à la famille de Flamininus. À la suite de la perte des consuls, Flamininus est fait, en 205 av. J.-C., propréteur à Tarente, ce qui constitue sa première magistrature supérieure, bien qu'elle n'ait pas été issue d'une année en tant que préteur ordinaire élu par le peuple.
Ce passage en Grande Grèce fut un jalon important dans sa carrière. Il y bénéficie d'une prorogation de son imperium de propréteur dès 204, chose déjà exceptionnelle pour un jeune homme de 25 ans. E. Badian explique une telle exception par le fait que l'oncle de Flamininus, Quinctius Claudius Flamen, qui était responsable de la provincia temporaire dont dépendait Tarente, serait mort de manière imprévue en 205 ou 206. En définitive, l'ascension de Flamininus dans des conditions exceptionnelles répond à ce que Fr. K. Drogula qualifie "d'expérimentations légales" formulées par le Sénat romain dans un contexte de guerre et d'urgence militaire en Italie. Au cours de l'année 203, Hannibal quitte l'Italie, et Flamininus reste probablement à Tarente pour y maintenir une garnison militaire.
Le retour à Rome et l'élection au consulat On le retrouve assurément à Rome en 200 av. J.-C., membre d'une commission décemvirale chargée de redistribuer des terres et de déduire des colonies de vétérans ayant participé aux campagnes d'Afrique sous les ordres de Scipion l'Africain. Il aurait entre-temps été édile à Rome en 202 av. J.-C., puis questeur en 199 av. J.-C.
Flamininus décide alors de bousculer la coutume politique et présente sa candidature au consulat pour l'année 198 av. J.-C., alors âgé de 29 ans, enfreignant de fait les principes du cursus honorum traditionnel, malgré l'existence de précédents récents : Scipion lui-même, L. Cornélius Lentulus (élu au consulat en 199 sans avoir exercé la préture). Entre 199 et 197, sur les 6 consuls élus, seuls 2 avaient auparavant revêtus la préture. De fait, les lois organiques fixant la carrière des honneurs furent postérieures à ces événements : la lex via annalis n'étant votée qu'en 180 av. J.-C.
Sa candidature, selon Tite-Live, rencontre une certaine opposition de la part des tribuns de la plèbe. Face à ce conflit, la décision aurait été remise entre les mains des patres de Rome, choisissant eux d'en référer aux comices du peuple, qui élisent Flamininus, aux côtés de Sextus Aelius Paetus, qui n'avait pas non plus exercé la préture au préalable. Deux explications ont été formulées par les historiens pour expliquer une ascension aussi rapide vers le consulat : pour Jean-Louis Ferrary et E. Badian, le séjour de Flamininus dans la plus grecque des cités d'Italie, Tarente, lui aurait permis de se forger une culture et une tradition politique grecque jugées idéales pour gérer la situation macédonienne qui s'enlisait de plus en plus. Le philhellénisme affiché du jeune Flamininus aurait été perçu comme un facteur de légitimité politique évidente de la part du Sénat, qui aurait voulu en faire son instrument dans le cadre de la crise macédonienne. A. M. Eckstein quant à lui rejette l'idée d'une élection truquée par le Sénat. Selon lui, c'est au contraire la participation de Flamininus aux commissions décemvirales qui explique son succès : son zèle dans cette tâche lui aurait permis de s'attacher la fidélité et le soutien de nombreux vétérans de Scipion, devenus colons et propriétaires terriens grâce à lui. Ces hommes auraient donc été le principal appui social et clientélaire de l'élection au consulat, car au fond, Flamininus ne peut se parer, en 199, d'aucune victoire militaire quelconque, ni d'aucune victoire diplomatique significative. Au jeune homme hellénisé de Badian et de Ferrary, il faudrait opposer une vision plus pragmatique, celle d'un patricien ambitieux et désireux de concrétiser son avancement précoce en le transformant en véritable prestige politique et militaire. L'une et l'autre théorie se valent : la première reposant finalement sur une conjecture d'éléments faisant sens mais en finalité invérifiable, la seconde reposant avant tout sur les sources anciennes, notamment plusieurs passages de Plutarque.
Pour H. H. Scullard, il ne faut pas non plus écarter la possibilité d'un soutien actif des Fabii, autre famille puissante des débuts de la République romaine, proche de Marcellus et de la gens Quinctia. Il rappelle que T. Quinctius Crispinus a servi sous les ordres de Marcellus, et que le frère de Flamininus fut élu à 16 ans au collège des augures au moment où celui-ci était dirigé par l'ancien dictateur Quintus Fabius Cunctator, héros du début de la guerre et sauveteur de Rome dans l'après Cannae. Il est aussi possible que Flamininus ait bénéficié du soutien tacite de Scipion l'Africain, qui était vraisemblablement favorable à l'intervention militaire contre Philippe V de Macédoine, mais dans une position insuffisamment consensuelle pour rallier autour de ses projets les voix nécessaires pour obtenir à nouveau un commandement militaire d'envergure et diriger une campagne en territoire grec. Selon Scullard, la position paradoxale dans laquelle se trouve Scipion est celle d'un homme providentiel à qui conférer de nouveaux honneurs militaires et de nouvelles victoires serait une menace pour l'équilibre aristocratique traditionnel. En définitive, la crainte que Scipion ne se retirât jamais de la vie publique et dominât trop fortement le paysage politique romain expliquerait son silence prudent au lendemain de la seconde guerre punique et donc le choix de Flamininus. Le choix arrangeait par ailleurs Scipion, puisqu'en soutenant Flamininus, il contrecarrait les ambitions de la principale famille rivale des Cornelii, les Claudii, qui avaient jusque lors géré les campagnes militaires romaines en Grèce.
La Deuxième guerre de Macédoine
vignette|Le monde grec durant la deuxième guerre macédonienne. Le contexte dans lequel Flamininus accède au consulat est double sur le plan géopolitique pour Rome : d'une part, la résolution progressive des conséquences de la Deuxième guerre punique et d'autre part l'enlisement de la situation macédonienne. En 201, le Sénat reçoit une ambassade venue de Rhodes et de Pergame. La réponse romaine se fit sous forme d'une délégation, chargée de vérifier les allégations et prétentions des partis en présence, composée de C. Claudius Nero (le vainqueur de la bataille du Métaure), P. Sempronius Tuditanus (artisan de la paix de Phoénicé), et M. Aemilius Lepidus. Rapidement, le principe d'une nouvelle guerre est voté par les comices, pendant que les ambassadeurs romains sont chargés de créer un rapport de force favorable à la cité italienne. Ils visitent l’Épire, l'Atintanie, l'Achaïe, Athènes, où ils rencontrent Attale de Pergame, ce dernier réussissant à convaincre l'assemblée de la cité de déclarer la guerre à Philippe V. Les ambassadeurs exposent ainsi aux cités les conditions qu'ils entendent imposer au souverain macédonien pour garantir l'indépendance et la liberté des cités grecques, relativement frileuses à l'idée de revoir passer sur leur territoire des légions romaines particulièrement versées dans le pillage et la confiscation des ressources pour vivre sur le pays. Un ultimatum est envoyé à un des généraux de Philippe, Nicanor, stationné en Attique. Il est demandé au roi de ne plus faire la guerre en Grèce et de réparer les torts faits à Pergame. M. Aemilius Lepidus est envoyé directement auprès de Philippe (qui assiège alors Abydos) pour lui notifier l'ultimatum, instantanément rejeté par le souverain. Ce double ultimatum est selon Jean-Louis Ferrary un tournant dans l'histoire géopolitique de Rome, accentuant le droit que s'arroge la République romaine de s'imposer comme la protectrice d'États sans même que ces derniers soient liés à elle par un quelconque traité.
Rome dépêche sur le théâtre des opérations, en 200 et 199, les deux consuls P. Sulpicius Galba et P. Villius Tappulus, qui échouent cependant à faire évoluer la situation, Philippe s'étant retranché dans le défilé de l'Aoos.