Momordica charantia, le Momordique, la margose, le melon amer, le concombre amer, le maroka... est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Cucurbitaceae. C'est une plante potagère grimpante cultivée, en annuelle, dans les climats chauds ou tempérés .
Le terme « margose » désigne la plante et le fruit ; la plante est parfois nommée margosier qui désigne en créole de l'océan Indien le Mélia (Melia azedarach. L)..
Le fruit, la feuille et les graines sont comestibles et amers (le mucilage rouge qui entoure la graine est la seule partie douce de la plante). Cette amertume provient des momordicines, substances proches de la quinine. La margose est connue pour ses qualités culinaires et pour ses propriétés thérapeutiques en médecine traditionnelle, notamment dans le traitement du diabète et de certains cancers.
Elle contribue également à développer une meilleure tolérance au glucose et réduire le cholestérol.
Au Japon, ce légume est considéré comme favorisant la longévité.
Nomenclature, étymologie
L’espèce a été décrite la première fois, sous le nom de Momordica charantia, par Carl Linné, en 1753, dans Species Plantarum 2: 1009. 1753.
Avant Linné, le genre Momordica avait été introduit par Joseph Pitton de Tournefort dans Institutiones rei herbariae (1700). Dans cette œuvre, Tournefort classe de nombreuses plantes en genres fondés sur des caractères morphologiques rigoureux, et il y inclut Momordica en tant que genre distinct. Linné reprend le genre Momordica, mais sans donner de définition intentionnelle (en compréhension comme Tournefort), mais en donnant la liste des espèces connues le constituant (définition extensionnelle).
Le nom de genre Mormodica vient du latin moreo, prétérit mormodi, « mordre ». Les graines sont chagrinées comme si elles avaient été mordillées.
L’épithète spécifique charantia en italien garanza (Dodoens, 1583) « garance ». L’espèce a pris le nom de la garance en italien, peut-être parce que c’est une liane et que l’on en tirait une huile médicinale de ses fruits rouges.
Dénomination vignette|Un margose complet avec deux sections coupées en deux et deux transversales. vignette|Graine de margose. vignette|Jeunes fruits spontanés. vignette|Couleur orange du fruit mûr.
Le nom vulgaire margose vient de l'indo-portugais amargosa, margosa (amer)., dont il reste momordica amarga, pepino amargo en espagnol., la plante et le fruit ont de nombreuses autres dénominations. Pour ce qui est du français : concombre amer, momordique, margose à piquant, pomme de merveille, poire balsamique, concombre africain, courge amère, melon amer, paroka, mangé coolie aux Antilles françaises, sorossi en Guyane, assowosi à Haïti., fausse gombo (vernaculaire Kua ni un : boisson du serpent) en Nouvelle Calédonie., anyanran chez les Guins-Minas du sud-est du Togo, mbeurbeuf au Sénégal, margouézi à Mayotte. Margose est un mot féminin mais parfois masculin chez certains auteurs.. Auguste Paillieux et Désiré Bois donnent en 1899 la liste de noms suivante : margose à piquant, pandipane, gatole, caïquadu Pérou, Momordique à feuilles de vigne, Momordique Papaieb, papareh Herya, melon de San-Gaëtano, karela (Hiiidostani), karala (Bengalais).. Dans les autres langues : (anglais) équivalent à en allemand, (苦 = amer, 瓜=cucurbitacée, courge, melon) en chinois, qui a donné khổ qua en vietnamien et via l'okinawaïen gōya parlé au Royaume de Ryūkyū a donné en japonais gōyā (japonais ゴーヤー) en japonais. et en prononciation kun'yomi, typiquement japonaise des caractères chinois, nigauri. nom qui se retrouve au Brésil avec celui de et de , en portugais continental, au Pérou, en Amérique centrale, karela (hindi करेला), məreəh (ម្រះ) en khmer, máráʔ (มะระ) en thaï.. À noter que concombre amer prête à confusion puisqu'il désigne également la Coloquinte . Quant à margose, le mot est aussi utilisé pour désigner la concombre balsamite Momordica balsamina et la pomme de merveille, Momordica vulgaris . Le portugais est un faux ami, il désigne le margousier (Azadirachta indica) .
Historique et domestication Diverses espèces de Momordica sont récoltées et utilisées en Asie et en Afrique : M. charantia (riche en minéraux et vitamines), M. subangulata subsp. renigera, M. dioica (cultivée en Inde, et au Japon sous le nom de kakuroru カックロール.) et M. sahyadrica (les plus nutritives des courges), M. cochinchinensis (Gac, courge de la longévité et de la vitalité). pour l'Asie, M. foetida, M. rostrata et autres espèces sauvages pour l'Afrique.. M. charantia et M. balsamina sont monoïques, alors que M. dioica, M. sahyadrica, M. cochhinchinensis et M. subangulata sont dioïques. M. charantia est la seule espèce domestiquée, son origine serait africaine et ancienne, une longue migration l'a conduite en Asie..
Selon une étude du génome de 43 échantillons de M. charantia du sud chinois, du Népal et du Laos, la domestication aurait été faite en un centre unique, les anciens cultivars népalais sont plus éloignés du type sauvage que les chinois.. Un centre de primo-domestication à l'est de l'Inde serait confirmé par la forte biodiversité locale. L'arbre phylogénétique de 36 cultivars indiens montre l'existence de 3 groupes principaux (2021) ..
Les mentions de Cucurbitaceae sont nombreuses en sanscrit depuis 2000 AEC puis M. charantia est documentée en Chine début siècle dans le Guangdong., attestée en 1370., largement confirmée au siècle. En 1775, Jean Baptiste Fusée-Aublet dans son Histoire des plantes de la Guiane Françoise dit avoir cultivé cette plante à l'Ile de France (Maurice) («les Malabares la mange dans leur caris»).. L'introduction dans le Nouveau Monde commence au Brésil. et se termine dans les années 1930 à Hawaï..
La plante est aujourd'hui cultivée dans presque tous les pays de la ceinture tropicale asiatique jusqu'au Japon, africaine et américaine, et en Océanie. Pour ce qui concerne le climat tempéré elle est cultivée en Nouvelle-Zélande et en Roumanie..
Cultivars La diversité génétique des populations de margose cultivées en Inde et en Chine est importante. Une étude chinoise réalisé sur un plasma germinatif de 154 échantillons différencie 46 groupes de base., de même une publication indienne (2018) confirme une forte variabilité génétique en climat subtropical..
Plusieurs types variétaux du fruit sont distingués et diffèrent selon la taille des fruits et leur couleur ainsi que selon la forme des protubérances de l'épiderme : Groupe Minima Momordica charantia var minima à fruits verts de diamètre inférieur à 5 cm Leurs longueurs sont variables: courts de long, moyens et longs . Certains sont pourvus de protubérances arrondies et d'ailes épaisses de de long. Groupe Maxima Momordica charantia var maxima à fruits verts ou blancs de diamètre supérieurs à . Il existe des types de cultivars à fruits blancs trapus longs de et des cultivars à fruits verts allongés et plus. Les protubérances de certains cultivars sont émoussées et de grande taille ce qui leur donne un aspect irrégulièrement sillonné.
Des semences de variétés ayant des fruits de toutes tailles sont proposées à la vente dans les pays d'Asie du Sud-Est et au Japon. On trouve des cultivars blancs, charnus et plus doux.
La résistance au fusarium a été améliorée dans les cultivars actuels. Le cultivar indien Heatset résiste aux hautes températures.
Les hybrides F1 ont permis d'augmenter le nombre de fleurs femelles., ils sont recommandés par la FAO..
Description
Aspect général Cette espèce se présente comme une plante annuelle grimpante et tapissante dont la hauteur peut atteindre . Les tiges sont délicates et munies de vrilles simples. Les racines peuvent présenter des nodosités.
Feuilles vignette|Feuille de momordica charentia. Les feuilles alternes sont de forme comparable aux feuilles de vigne, les limbes ont 3, 5 ou 7 lobes. Les feuilles ont une forte odeur et ont un goût amer.
Fleurs vignette|Fleur femelle avec fruit. Les fleurs sont petites et jaunâtres, portées par des pédoncules frêles. Les fleurs mâles ont trois étamines et les fleurs femelles ont un stigmate à trois lobes et un ovaire infère.
Fruits vignette|Fruit à maturité. Selon les cultivars, la surface des fruits est plus ou moins tuberculée, leurs longueurs varient de . À maturité le fruit est orange lumineux et se divise du bas vers le haut en 2 ou 3 segments qui laissent voir les graines dans leur mucilage rouge, transparent et gélatineux.
Le fruit est décoratif, mais répand rapidement ses graines. La partie comestibles est le péricarpe. Son goût est amer. Les principaux composés au goût amer sont 9 triterpénoïdes de cucurbitane. vignette|Jeunes feuilles, fruits plus ou moins mûrs, tige et racines présentant des nodosités, prélevés à Nouméa. Caractère invasif Le Monordica charantia est invasif sur l'île de La Réunion., dans les Philippines, à Taïwan, sur l'Île Maurice, au Mexique, en Floride, à Hawaii, au Belize, sur les Îles Vierges britanniques, au Costa Rica, en Haïti à Cuba, au Salvador, au Honduras, au Nicaragua, au Panama, à Porto Rico, à Sainte-Lucie, aux Îles Vierges des États-Unis, au Brésil (dans les États de Bahia, Ceará, Paraïba et Pernambouc), en Colombie, en Équateur, sur les Îles Galapagos, au Paraguay, dans les Samoa américaines, dans les Îles Cook, à Guam (sévèrement), aux États fédérés de Micronésie, en Nouvelle-Calédonie, à Niue, dans les Îles Marianne du Nord, aux Palaos, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux Samoa, dans les Îles Salomon, à Tonga, aux Îles mineures éloignées des États-Unis et au Vanuatu.. Sa liane représente un danger pour les écosystèmes des îles du Pacifique..
Culture La culture demande des températures comprises entre 24 et ., un sol frais mais non détrempé, une altitude inférieure à . Le forçage des jeunes plants en milieu protégé est conseillé en climat tempéré. La floraison intervient deux mois après le semis. Au-delà de 14 heures de jour la floraison est ralentie. La fructification peut être prolongée jusqu'à 6 mois par une récolte régulière des fruits verts. Elle serait quasiment indifférente à la longueur du jour.
En culture, on prévoit un tuteurage à avec filet et une plante tous les . La paillage permet de tenir le sol humide. La fertilisation doit être riche en azote et prévenir la carence en bore à laquelle la margose est sensible. Des apports de micronutriments sont favorables à la croissance et la fructification, une pulvérisation foliaire de ZnSO4+ FeSO4+ MgSO4 en solution à 0,5 %, 35 et 45 jours après le semis a été expérimentée avec succès. en 2017. Une étude roumaine démontre que la conduite de la plante sur 2 branches augmente la production et la précocité des fruits.
Un sol couvert de paillis favorise une récolte abondante et de bonne qualité, plus précoce d'une semaine avec un paillis plastique. Une meilleure humidité du sol est observée sous paillis plastique ou sous paillis minéral, d'après une comparaison de paillis systématique indienne (2018). En hydroponie, les substrats perlite + vermiculite et vermiculite + fibre de coco donnent les meilleurs rendements.
Les maladies fongiques (fusarium, mildiou et oïdium) causent des dommages, les virus (Geminiviridae, virus mosaïques…) également, ainsi que le flétrissement bactérien. 3 gènes de résistance à l'oïdium ont été identifiés en 2021.
En climat tropical, la mouche du melon est avec les pucerons le principal ravageur. En climat tempéré chaud, la culture est facile pour autant que la température plafond n'est pas dépassée.
Sélection des cultivars en culture Le fruit est climactérique, sensible à l'éthylène, il doit être récolté et stocké avec précaution. La conservation est de 4 semaines au froid, entre 2 et 5°.