Jean Baptiste Victor Urvoy est un artiste français né le à Dinan et mort le à Rennes.
Parallèlement à sa carrière d'instituteur, il s'initie à la peinture en autodidacte, puis se consacre principalement à la gravure, explorant diverses techniques telles que l'eau-forte, la lithographie et la gravure sur bois. Sa vie et son œuvre, profondément marqués par sa mobilisation durant les deux guerres mondiales, reste indissociables de sa Bretagne natale. Il expose ainsi au pavillon de Bretagne lors de l'exposition universelle de 1937, mais également dans d'autres salons parisiens tels que le Salon d'Automne ou le Salon des indépendants.
L'œuvre de Jean Urvoy explore des thèmes variés, de sa terre natale, le pays malouin et en particulier la vallée de la Rance, aux horreurs de la guerre, en passant par le monde circassien et la religion. Également écrivain, il a publié des ouvrages d'art qu'il a lui-même illustrés, dont une partie est préfacée par son ami écrivain Roger Vercel.
Biographie Jeunesse alt=Acte de naissance de Jean Urvoy à Dinan le 5 novembre 1898 provenant des Archives départementales des Côtes-d'Armor, registre des naissances de Dinan 1898.|vignette|Acte de naissance de Jean Urvoy à Dinan le 5 novembre 1898..|235x235px|gauche Jean Urvoy, né le à Dinan, dans les Côtes-d'Armor, est issu d’une famille dinannaise implantée de longue date. Fils de Pierre Marie Julien Urvoy et de Rosalie Françoise Blais, il grandit au sein d’une famille modeste, entouré de ses quatre frères et sœurs ainsi que de sa grand-mère maternelle, Rose Mahé. La famille réside rue Bas-Bourgneuf, avant de déménager rue de la Croix, alors qu’il est encore enfant.. alt=Extrait du bulletin de distribution solennelle des prix du Collège communal de Dinan. Le 13 juillet 1915, Jean Urvoy est admis à l'Ecole normale de Saint-Brieuc. Coll. BM Dinan|vignette|Admission de Jean Urvoy à l'Ecole normale de Saint-Brieuc le 13 juillet 1915. Jean Urvoy commence sa scolarité au collège des garçons de Dinan.., devenu le collège Roger Vercel, situé rue Léhon. À partir de l'âge de 9 ans, il travaille à la pâtisserie Taffatz, où il est employé deux fois par semaine et pendant les vacances. Il a conservé cet emploi jusqu'à son départ pour Saint-Brieuc à l'âge de 16 ans.
Le , Jean Urvoy est admis à l'École normale de Saint-Brieuc, où il se distingue particulièrement en mathématiques. Il choisit une carrière d’instituteur, motivé par le désir d'assurer rapidement une autonomie financière.
En 1917, à l'âge de 19 ans, Jean Urvoy est nommé instituteur au cours complémentaire de Rostrenen. Il y enseigne le français, les mathématiques, l’histoire, la géographie et la musique à des élèves dont l'âge était similaire au sien. Il assure également l'enseignement du catéchisme en breton.
La Première Guerre mondiale alt=Document photographié présentant la fiche matricule militaire de Jean Urvoy.|vignette|Fiche matricule militaire de Jean Urvoy (bureau de Saint-Brieuc-Dinan, classe 1918, registre 1 R 1550, matricule 647)..|263x263px Dès 1914, la guerre plonge Jean Urvoy et la ville de Dinan dans un climat d'inquiétude. Le , son père et son oncle sont mobilisés.. Lui-même est mobilisé le sous le matricule 647, il est d'abord affecté aux classes à Mac Mahon, à Rennes, avant d'être envoyé dans les Vosges.
Promu aspirant le , Jean Urvoy est affecté après l’armistice à l’école militaire de Montreuil-sur-Mer en , puis à l’école d’éducation physique du Fort Carré à Antibes. Malgré les encouragements de son colonel de régiment à poursuivre une carrière militaire, il choisit de revenir à la vie civile. Cependant, il est rapidement rappelé pour participer à l’occupation de la Ruhr.
Le , marqué par des images d'horreur, Jean Urvoy revient définitivement à la vie civile. De retour en Bretagne, il enseigne brièvement à l'école maternelle Baratoux de Saint-Brieuc, avant de solliciter une mutation pour se rapprocher de Dinan.
L'entre-deux-guerres : le retour à Dinan L’école primaire supérieure de Dinan De retour à Dinan, Jean Urvoy intègre le l'école primaire supérieure, située rue Léhon, annexée au collège des garçons qu'il avait fréquenté durant son enfance. Nommé instituteur adjoint, il y enseigne le français, l’histoire et la géographie. Il occupe ce poste durant près de 40 ans..
Au sein de cet établissement, il côtoie et collabore notamment avec Roger Crétin, futur Roger Vercel, enseignant en lettres classiques (latin, français, grec) revenu de la guerre des Balkans, Herveline Le Scour, enseignante d'anglais, et Madeleine Adam, enseignante de musique.
Parallèlement à sa carrière d'enseignant, Jean Urvoy poursuit également des études à la faculté de Rennes, où il obtient une licence de lettres modernes.
Vie privée vignette|240x240px|Acte de mariage de Jean Urvoy et Herveline Le Scour célébré le 10 avril 1922 à Dinan. C’est à l’école primaire supérieure de Dinan que Jean Urvoy fait la connaissance d’Herveline Le Scour, une jeune femme originaire de Brest diplômée d’une licence de lettres en 1925. Ils se marient à Dinan le , en présence de Roger Vercel, collègue et ami.
Le , la naissance de leur fille unique, Martine Urvoy, est suivie du décès d'Herveline, des suites d'une fièvre puerpérale. En deuil, Jean Urvoy retourne vivre chez sa mère, rue du Petit-Hôtel à Dinan, quelques mois plus tard.
Deux ans après le décès de son épouse, Jean Urvoy se remarie avec Jeanne Cojan le à Saint-Michel-en-Grève. Fille d’un officier de cavalerie originaire de Plestin-les-Grèves, elle lui fait découvrir le Trégor, une région qui a inspiré son oeuvre.
Apprentissage et amitiés artistiques Parallèlement à son enseignement à l’école primaire supérieure de Dinan, Jean Urvoy développe un intérêt pour l'art. Sans formation académique, il trouve son inspiration dans un réseau d'artistes locaux, notamment grâce à son amitié avec son collègue Roger Vercel, poète et écrivain.
Durant cette période, Jean Urvoy développe également des relations avec d’autres artistes tels que Jean-Charles Contel, Gaspard Maillol, l'artiste Lenoir et l’imprimeur Raphaël. Ces rencontres le guident vers la pratique de la gouache et de la gravure.
La Seconde Guerre mondiale alt=Une matrice en bois, ancrée, représentant un soldat recroquevillé dans une tranchée, se protégeant d'une explosion. Inscription : "Souffrances".|vignette|Jean Urvoy, Sans titre - Souffrances (1978), Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc. La montée des tensions internationales en 1938 manifeste la perspective d'une Seconde Guerre mondiale. Jean Urvoy, ayant été mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, cesse de peindre et consacre une partie importante de ses journées à pêcher.. Finalement mobilisé en 1939, il est nommé capitaine de la réserve de Rocabey à Saint-Malo, où il prend le commandement du d’infanterie.. Il est ensuite envoyé sur le front de Lorraine...
En février 1940, la compagnie de Jean Urvoy participe à la défense du village d’Apach pendant 5 jours, obtenant une victoire.. Cependant, l’emprisonnement de deux soldats de son régiment lui est reproché. Cette accusation entraîne un désaccord entre Jean Urvoy et son colonel. Après 6 mois de combat au front, Jean Urvoy est réaffecté à Saint-Brieuc pour l’instruction des troupes nouvellement mobilisées. Par la suite, il est mobilisé avec sa compagnie à la défense de la ville de Fougères, où ils sont faits prisonniers le .. Enfermés à Betton à côté de Rennes, ils parviennent à s’évader et se réfugient à Évran. De là, Jean Urvoy rejoint Dinan pour récupérer quelques affaires, envisageant une fuite plus longue. Il renonce finalement à son projet, craignant les représailles sur sa famille, et se livre aux autorités le lendemain.
Emprisonné à l’Oflag VIII H, à Oberlangendorf, en Silésie, Jean Urvoy profite de cet exil de 14 mois pour se former à l'histoire de l'art auprès du capitaine Bossuat et étudier l'ancien français, dont il possède déjà un certificat. Le , il est libéré, bénéficiant des accords entre le Reich et l’État français négociés par l'ambassadeur Georges Scapini, et ce, en tant qu’ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Il rapporte de ce séjour allemand forcé 21 aquarelles qui témoignent de la vie sur le camp.
Épanouissement artistique Retour à l'enseignement De retour à Dinan, Jean Urvoy reprend brièvement son poste de professeur à l'école primaire supérieure et débute la peinture auprès de son ami Pierre Rochereau, peintre et conservateur au musée de Dinan. Le , il reçoit du préfet des Côtes-du-Nord un ordre d’expulsion de Bretagne, avec obligation de quitter la région avant le . En raison de son statut d'officier français en situation irrégulière, il doit envisager deux options : se réfugier chez des proches hors de la région ou se rendre dans l'Indre pour se présenter aux autorités allemandes. Il prévoit initialement de se rendre à Niort et informe l'école primaire supérieure de Dinan de son départ. Cependant, après l'annonce du débarquement du , il renonce à ce projet et se rend chez sa sœur à Évran, où il passe son temps à pêcher. Après la fin de la guerre, il retourne à Dinan.
La peinture Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Urvoy se consacre de nouveau à la peinture. Il fréquente différents lieux en Bretagne, sources d’inspiration et modèles pour ses œuvres. vignette|Jean Urvoy, Sans Titre (Voilier) (, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc). Jean Urvoy se rend régulièrement à Saint-Michel-en-Grève, dans le Trégor, où il séjourne dans la maison de vacances de son beau-père, la Villa Sole Mio. Entre 1933 et 1937, il y réalise plusieurs peintures, dont deux lavis et quatre gouaches sont conservés. Les sujets de ses œuvres incluent le paysage gris de la tangue, les silhouettes des marins au travail, le port à marée basse, la luminosité des coques de bateau, les ciels agités et la vie quotidienne de l’estran.. Interrompu par la Deuxième Guerre mondiale et par le déminage complet de Saint-Michel-en-Grève, il n’y revient qu’en 1950 et presque chaque année ensuite, jusqu’à sa mort.
Entre 1945 et 1950, Jean Urvoy passe plusieurs de ses vacances à Cancale : en 1947, 1948 et 1949. Bien connu des habitants et des pêcheurs, profondément attaché à la région, il s’applique à retranscrire les paysages côtiers et la campagne de la vallée de la Rance et du pays malouin. Selon l'artiste, le port de Cancale dépasse la Bretagne, c’est une ouverture sur le monde, une source d’inspiration inépuisable :
L'écriture À Cancale, Jean Urvoy élabore un projet de roman qui ne voit jamais le jour : il s’intéresse au parler régional, dont il retranscrit la phonétique, le vocabulaire et les expressions dans ses carnets, qu’il complète de recherches sur la vie quotidienne, notamment la pêche, la faune et la nourriture locales, le costume féminin. alt=Le bois gravé par l'artiste représente une maison isolée sur des rochers en bord de mer. La planche est encrée.|vignette|Jean Urvoy, La maison du bout du monde (, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc).
Cette première tentative d’écriture cancalaise annonce l’entrée de Jean Urvoy dans le monde de la littérature à partir de 1950. Pour lui, c’est un moyen d’exprimer ce qu’il ne peut dire dans la gravure ou la peinture :
Années 1960 : retour à la gravure À partir des années 1960, la gravure reprend une place plus importante dans le travail de Jean Urvoy. Il est inspiré par la Bible, la guerre, dont il garde un souvenir douloureux, et la Bretagne. Sa série de gravures Des travaux et des jours, témoigne de son intérêt constant pour le territoire du Trégor, ses traditions et les métiers qui le font vivre.
La direction du Groupe des sept