thumb|upright=1.4|Site du temple de Ségeste
Ségeste ou Égeste (Segesta en italien ; Seggesta en sicilien, Σεγέστα,Έγεστα ou Αίγεστα en grec) est une ancienne cité élyme, aujourd'hui un important site archéologique, situé à l'ouest de la Sicile, en Italie, près du fleuve Crinisos. Il se trouve sur le mont Bàrbaro, sur la commune de Calatafimi-Segesta, à une dizaine de kilomètres de Alcamo et de Castellammare del Golfo.
Histoire vignette|Le chien symbolise le didrachme de la ville de Ségeste face à la personnification de la cité, la nymphe Ségeste ; vers 475-455
Originellement Égeste (grec ancien , puis ; est l’appellation romaine tardive qui se substitue à )Chronologie Sicile - Le cœur de l'Occident grec sur Clio.fr, Ségeste fut fondée par le peuple des Élymes dont les origines sont discutées.
Selon la mythologie grecque Aperçu, Laomédon, roi de Troie, pour se venger de Phoinodamas qui avait convaincu de sacrifier la fille du roi plutôt que l'une des siennes pour apaiser le courroux des dieux, exile les trois sœurs qui échouent en Sicile. L'une d'elles, nommée aussi en latin Aegesta, s'unit au dieu-fleuve local Crinisos qui a pris la forme d'un chien ou bien d'un ours, et enfante Aceste. Ce mythe pourrait être l'adaptation du culte autochtone d'une Grande Mère. Aceste érige et nomme en l'hommage de sa mère la ville de Ségeste, ainsi que les villes d'Entella et d'Éryx selon le nom des sœurs de sa mèreScholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 952/953. Voir .Servius, Commentaires sur l'Énéide de Virgile (In Vergilii Aeneidem commentarii) latin sur le site anglophone Perseus I, 550.Servius, Commentaires sur l'Énéide de Virgile (In Vergilii Aeneidem commentarii) latin sur le site anglophone Perseus V, 30..
Selon Denys d'Halicarnasse et Virgile, c'est Énée, de passage en Sicile durant son périple qui fonde la cité, dont Aceste accepte d’être le roi , I,52.2-4.Virgile, Énéide, Chant V..
L'historien grec Thucydide nous apprend par la suite que la partie occidentale de la Sicile, alors considérée comme le territoire des Sicanes, est peuplée par des Troyens fuyant la prise de leur ville après la guerre de Troie qui se fondent avec les autochtones et forment alors le peuple des Élymes, VI, 2..
En conflit constant avec sa voisine grecque SélinontePierre Lévêque, « Les villes élymes et puniques de l’Ouest », La Sicile, Presses Universitaires de France, 1989, pp. 101-120., dont elle reçoit cependant un apport culturel grec par le biais de relations commercialesJuliette de La Genière, « Réflexions sur Sélinonte et l'Ouest sicilien. », Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , N. 2, 1977. p. 251-252., la capitale des Élymes est alliée à Athènes dès -453 et lui réclame assistance en -415 contre son ennemi héréditaire coalisé avec Syracuse. Ainsi Thucydide écrit . » L'expédition de Sicile, rassemblant une flotte de 134 navires et de plus de combattants, conduit à un désastre face aux Spartiates et aux Syracusains.
Face aux nouvelles attaques de Sélinonte, la cité élyme s'allie, en 409 , avec les Carthaginois, avec lesquels elle a également des relations commerciales et qui détruisent la cité ennemie. En 341 av. J.-C, c'est à proximité d'Égeste que Timoléon bat les Carthaginois lors de la bataille du fleuve Crimisos. Quoique désormais allié de Syracuse, Agathoclès accuse la cité en 307 de conspiration et livre ses habitants aux pires tortures : membres disloqués par une roue, projection par catapultes, supplices semblables au taureau d'airain, talons serrés avec des tenailles pour les femmes qui n'ont pas les seins coupés, avortements forcés sous le poids de briques amoncelées… La cité détruite prend le nom de Dicaiopolis et accueille des transfuges.
Elle subit encore les attaques carthaginoise lors de la première guerre punique, puis prospère sous la puissance romaine.
Ségeste fut détruite par les Vandales au puis les Arabes. Elle ne renaît plus.
Archéologie Temple Généralités thumb|Le temple, avec ses colonnes non cannelées. thumb|Soubassement du temple, avec les tenons de bardage encore en place.
Le temple de Ségeste (ou temple de Héra) est un temple dorique, construit à partir de -425 en calcaire local, sur une colline, à l'extérieur de la ville antique. Son architecture est typique de la fin du Il présente 6 colonnes en façade et 14 de côté, et mesure 23 × 58 m. Le soubassement est à trois degrés.
Si certains ont pensé que l'absence d'aménagement intérieur ou de couverture de la cella pouvait s'expliquer par le manque de nécessité des Élymes d'un naos pour pratiquer leurs cultes et leurs sacrifices, il y a bien des indices pour supposer que le temple n'a jamais été achevé, probablement à cause des guerres : les colonnes n'ont jamais été cannelées et les blocs du soubassement ont encore leurs tenons de bardage non ravalés.
Le temple de Ségeste n'a pas été détruit par les Vandales, étant donné qu'il n'avait pas été dédié à un dieu grec.
Description détaillée
Le temple, parfois appelé le « Grand Temple », a été construit au cours des trente dernières années du Ve siècle avant J.-C. La datation généralement acceptée est basée sur une analyse stylistique : Dieter Mertens, Cities and Monuments of the Western Greeks, 2006, , pp.408-414, au sommet d'une colline à l'ouest de la ville, à l'extérieur de ses murs. C'est un grand temple périptère hexastyle (c'est-à-dire avec six colonnes sur le côté le plus court, non cannelées). Sur le côté long, il compte quatorze colonnes (36 colonnes au total, d'une hauteur de 10 m). L'état de conservation actuel présente l'intégralité de la colonnade de la péristasis complète avec tout l'entablement. Bien que les éléments de construction et les proportions de l'édifice se réfèrent clairement à la période classique de l'architecture grecque, le temple présente des aspects particuliers sur lesquels l'historiographie n'exprime pas d'opinions unanimes.
Le premier élément de débat réside dans sa nature d'expression artistique pleinement hellénique, actualisée selon les principales expressions artistiques de la métropole, et en particulier de l'Attique, mais créée dans une cité des Élymes, population d'origine italique ou anatolienneElimi, dans Enciclopedia Italiana, XIII, p. 807, Rome, Institut de l'Encyclopédie italienne. URL consultée le 8 mai 2020.Maurizio Vento, Les Élymes : histoire et archéologie de Ségeste, Erice, Entella, sur arkeomania.com, mais installée en Sicile bien avant l'arrivée des colons grecs dans la ville voisine de Sélinonte, avec laquelle Ségeste était en conflit permanent. Les historiens émettent l'hypothèse que, grâce aux échanges commerciaux, la cité élyme atteignit un degré élevé d'hellénisation au Ve siècle av. J.-C., lui permettant d'importer consciemment un modèle artistique sophistiqué comme le temple dorique périptère qui, grâce à la canonisation des dimensions et des proportions, se prêta à une large diffusion. De plus, il est probable que le concepteur et les ouvriers employés étaient grecs, originaires d'une des villes voisinesEnzo Lippolis, Monica Livadiotti, Giorgio Rocco, Architecture grecque : histoire et monuments du monde de la Polis depuis ses origines jusqu'au Ve siècle , 2007, , pp. 483-488Dieter Mertens, op. cit. , 2006, p.408-414.
Le deuxième aspect qui a toujours frappé les historiens est l'absence de vestiges de la cella à l'intérieur de la colonnade, qui est pourtant l'une des mieux conservées du monde grec. Cela a conduit à penser qu'il s'agissait d'un temple hyperétron, c'est-à-dire d'un lieu sacré sans toit ni cella, lié à des rites indigènes. On a également pensé qu'il s'agissait d'une cella entièrement en bois, comme l'ensemble du toit, et donc perdueEnzo Lippolis, Monica Livadiotti, Giorgio Rocco, Architecture grecque : histoire et monuments du monde de la Polis depuis ses origines jusqu'au Ve siècle, 2007, , p. 483-488. Dans les années 1980, des traces des fondations de la cella ont été retrouvées, enfouies à l'intérieur du temple, ainsi que des traces de constructions antérieures (ce qui laisserait penser que le temple avait été construit sur un lieu sacré encore plus ancien)E. Lippolis, M. Livadiotti, G. Rocco, op. cit., 2007, p.483-488. Ces caractéristiques ont donné lieu à l'hypothèse, entre autres, que le temple n'a jamais été achevé, probablement en raison d'événements de guerre qui ont impliqué la ville pendant une longue période, et que la cella et le toit n'ont jamais été construits. Cette hypothèse est également soutenue par certains par l'absence de rainures sur les colonnes et par la présence, notamment sur les blocs du crépidome, de tenons de bardage, c'est-à-dire de protubérances destinées à protéger le bloc pendant l'installation, qui auraient été ciselées lors de la phase de finitionDieter Mertens, op. cit., 2006, p.408-414. D'autres les interprètent comme des caractéristiques liées à la matrice culturelle élyme indigène et donc non grecque.
Selon l'hypothèse du temple incomplet, celui-ci aurait donc dû avoir une grande cella précédée d'un pronaos distyle in antis et d'un opisthodome symétrique à l'arrière. La colonnade, avec des distances égales sur tous les côtés, présente la double contraction canonique des intercolonnements terminaux pour résoudre le conflit angulaire, ainsi que d'autres dispositifs optiques typiques, comme la courbure des lignes horizontales et la conception décorative de la frise qui perd, au moins en partie, sa dépendance à la colonnade. Ces caractéristiques montrent une dérivation des modèles attiques évolutionnaires de la fin du Ve siècle avant J.-C., en particulier du « temple des Athéniens » (ou « temple aux sept statues ») de Délos, auquel les éléments décoratifs font également référenceDieter Mertens, op. cit. , 2006, pp.408-414E. Lippolis, M. Livadiotti, G. Rocco, Op. cit , 2007, pp.483-488. Les seuls aspects encore attribuables au style sévère sont les proportions allongées avec des colonnes 6×14 au lieu des 6×13 canoniques (double carré), et les grandes dimensions, à une époque où les temples devenaient plus petits. alt=Photographie en noir et blanc montrant la colonnade|vignette|Photographie du temple prise vers 1880 Au XVIIIe siècle, le temple fit l'objet d'une première restauration par l'architecte royal Carlo Chenchi. Visité par Goethe, il devint l'une des destinations du Grand Tour et l'une des causes de la redécouverte de l'architecture grecque et dorique, à l'origine du néoclassicisme. En avril 2020, le directeur du parc archéologique de Ségeste annonça l'existence, à la bibliothèque municipale de Calatafimi, d'une épigraphe dédicatoire trouvée près du temple, suggérant que celui-ci était dédié à Aphrodite UranieArchéologie, une révolution silencieuse : une nouvelle découverte autour du temple de Ségeste, sur Balarm.it , 19 avril 2020..
Aujourd'hui, la bibliothèque municipale de Calatafimi abrite un socle rectangulaire en calcarénite, long de 75 cm et haut de 21 cm, portant une inscription grecque, conservée dans son intégralité et datant du IIe siècle av. J.-C. : « Diodore, fils de Tittelo, Appeiraios (a dédié la statue de) sa sœur Minyra (épouse) d'Artémon, qui était prêtresse, à Aphrodite Uranie. » L'inscription provient des environs du temple de Ségeste et désigne la divinité qui y était vénérée. Déjà connue au XVIIe siècle, l'inscription a subi plusieurs déplacements, jusqu'à son emmurement dans la maison du chanoine Francesco Avila, comme l'a déjà signalé Marrone en 1827. Il s'agit d'une inscription, parfaitement « compatible » avec le contexte d'un sanctuaire, de nature honorifique, sous la forme d'une dédicace à la divinité, servant de base à une statue de prêtresse érigée par des parents ou des amis : d'ailleurs, les noms de Diodore et de Tittelo sont fréquemment attestés à Ségeste. Minura était donc une prêtresse d'Aphrodite Uranie à Ségeste.
Sanctuaire de Mango