est un érudit et philosophe japonais de l'époque d'Edo. Il commence sa vie en moine bouddhiste, mais finit par suivre l'enseignement du néoconfucianiste Zhu Xi. Il associe les idées néo-confucéennes avec le shinto pour fonder le Suika shintō.

Biographie Jeunesse / bouddhisme Né à Kyoto le , Yamazaki Ansai est le fils d'un ancien rōnin devenu médecin et le dernier de ses quatre enfants. Dans sa jeunesse, il est fortement influencé par sa mère et sa grand-mère. Alors que sa mère « lui demande de développer un noble cœur digne du fils d'un samouraï »Tucker, Mary Evelyn. Religious Dimensions of Confucianism: Cosmology and Cultivation. Philosophy East and West, vol. 48, , The Religious Dimensions of Confucianism in Japan. (janvier 1998), ., sa grand-mère le soutient dans son étude de la langue chinoise. Préadolescent, il est envoyé par son père pour servir d'acolyte dans un temple bouddhiste situé sur le mont HieiOoms, Herman. Tokugawa Ideology. Princeton, New Jersey: Princeton University Press, 1985, .. Au début de son adolescence, Ansai retourne dans la maison familiale et après plusieurs années est finalement autorisé à entrer dans le Myōshin-ji de la secte zen rinzai à Kyoto afin de poursuivre ses études. En raison de son extraordinaire aptitude intellectuelle, il lui est accordé au début de la vingtaine d'entrer au Gyūkō-ji, temple bouddhiste situé dans la province de Tosa. Pendant son séjour à Tosa, il lui est fortement recommandé par ses compagnons moines de concentrer ses études sur les enseignements des chercheurs néo-confucéens, entamant ainsi lentement le début du processus de la conversion de Ansai au néoconfucianisme et à son rejet ultime du bouddhisme. Ansai est particulièrement séduit par les écrits de l'érudit de la dynastie Song, Zhu Xi (Chu Hsi), qui devient plus tard la base de la philosophie / enseignement moral de Ansai. À vingt huit ans, il retourne à Kyoto et sous le patronage de Nonaka Kenzan, peut continuer ses études néoconfucéennes ainsi qu'à commencer à publier ses propres textes. Avec la publication de son premier ouvrage Hérésies réfutées (Heikii 1647), un rejet pur et simple de la foi bouddhiste, Ansai adopte pleinement le « seul vrai chemin » du néoconfucianismeOoms, .

Période intermédiaire : le néo-confucianisme et Kimon Après sa première publication, Ansai passe les trente-cinq dernières années de sa vie à écrire, publier, éditer, annoter et nuancer des textes confucéens et shintoïstes (ce qui représente plus de deux mille pages)Ooms, . Durant la décennie suivant son séjour à Tosa (1647-1657), Ansai vit, étudie et enseigne à Kyoto où il édite et publie un grand nombre de textes (pour la plupart des commentaires sur les œuvres de Chu Hsi). Ansai se rend souvent aussi à Edo afin de donner des conférences sur l'école Cheng-Zhu du néo-confucianisme devant un grand nombre de daimyoTsuji, Tatsuya. The Cambridge History of Modern Japan, volume 4, Early Modern Japan. Traduction de Harold Bolitho. Cambridge: Cambridge University Press, 1991, . En 1655, il crée une école privée à Kyoto, commence son premier cycle de conférences au printemps de la même année et les termine à la fin de 1656.

Le groupe des disciples confucéens d'Ansai est collectivement désigné comme l'« école Kimon ». Ses exégètes s'intéressent particulièrement au canon personnel choisi par Ansai, lequel se compose principalement des écrits classiques confucéens sur lesquels Zhu Xi a mis l'accent : lEnseignement élémentaire, les Réflexions sur les choses courantes ainsi que les Quatre Livres et Cinq Classiques (la Grande Étude, le Zhong Yong, les Entretiens de Confucius et le Mencius). Cependant, il inclut également le commentaire de Cheng Yi sur le Yi Jing (« Livre des changements »). Dans les années 1660 et 1670, Ansai (suivant l'exemple de Zhu Xi) édite personnellement six livres qui compromettent son canonOoms, .

En tant que professeur, Ansai est décrit par ses élèves comme « extrêmement strict, parfois effrayant et colérique ». D'une manière générale, Ansai a la réputation d'être « étroit d'esprit, doctrinaire et intolérant ». Kaibara Ekken, un contemporain d'Ansai, après avoir assisté à plusieurs de ses conférences, le décrit ainsi : « grave, dogmatique et plus intéressé par la stricte discipline morale que par la recherche de principes pour l'apprentissage pratique »Tucker, Mary Evelyn. Moral and Spiritual Cultivation in Japanese Neo-Confucianism. State University of New York Press, 1989, . D'importants chercheurs néo-confucéens tels que Kinoshita Jun'an, Asami Keisai, Miyake Shōsai et Satō Naokata font partie des disciples d'Ansai de l'école Kimon.

Implication du Bakufu et commencements du shintoïsme En 1658, Ansai déménage à Edo, où il passe les 7 années suivantes, continue son étude des textes néo-confucéens ainsi que le début de sa recherche sur une historiographie jamais achevée du Japon (sur la base de textes shinto). En 1665, après s'être fait une solide réputation à la fois à Edo et à Kyoto en tant que professeur extraordinaire, il est invité par Hoshina Masayuki (le daimyo du domaine d'Aizu) pour devenir son professeur. Ansai accepte le poste et passe les sept années suivantes comme professeur personnel de philosophie néo-confucianiste de Masayuki. Pour ces leçons particulières au daimyo pendant six des douze mois de l'année, Ansai reçoit un salaire de 100 ryō d'or, deux vêtements de saison et un haori.

Bien qu'Ansai et Masayuki ont la réputation d'entretenir une étroite relation, Ansai refuse de devenir son vassal, déclarant que les lettrés confucéens doivent rester autonomes de l'influence d'une autre personne. Masayuki s'avère être l'égal intellectuel de Ansai et l'aide à compiler cinq œuvres différentes : deux répertoires toponymiques pour le domaine d'Aizu et trois textes confucéens : Gyokusan kōgi furoku (« Annexe à la conférence de Zhu Xi à Yushan »), Nitei jikyōroku (« Deux enseignements politiques de Cheng ») et le Irakusanshiden shinroku (« Transcription de l'esprit-cœur »). Au cours de ses années au service de Masayuki, Ansai compile plusieurs écrits de Zhu Xi lors de son temps libre à Kyoto. Il s'agit notamment de Jinsetsumondō (« Questions et réponses sur les explications d'humanité' »), le Shōgaku mōyōshu et le Daigaku keihatsu shū (« Collections de [clarifications par Zhu Xi »] de lEnseignement élémentaire et la Grande Étude)Ooms, .

En raison de cette relation avec un daimyo, Ansai est considéré comme l'un des savants les plus étroitement associés au bakufu Tokugawa. Aussi est-il en mesure de recevoir les enseignements secrets des traditions shinto yoshida et ise, qu'il emploie pour tenter de reconstituer un « pur shintoïsme » qui reflète la voie du néo-confucianisme.

Dernières années : Schisme dans l'école Kimon Après la mort de Masayuki en 1672, Ansai retourne à Kyoto où il passe la dernière décennie de sa vie. Dans ses dernières années, le centre d'intérêt de la réflexion d'Ansai se déplace radicalement vers son projet de synchronisation du shinto et de la pensée confucéenne. L'introduction au shinto d'Ansai dans son enseignement provoque finalement un schisme parmi ses élèves, en les divisant en deux groupes : ceux qui suivent le confucianisme d'Ansai d'un côté et ceux qui suivent son shinto de l'autre. Très peu sont capables de faire les deux. En 1680, quand Ansai met en avant une ré-interprétation radicale de la Grande Étude qui défie la pensée confucéenne traditionnelle, il se brouille avec deux de ses meilleurs élèves, Satō Naokata et Asami Keisai, qui ne peuvent accepter la nouvelle interprétation d'Ansai. En fin de compte, Ansai expulse Naokata et Keisai. Après cela, la plupart de ses élèves se regroupent autour des deux élèves défroqués, amenuisant les rangs des élèves encore fidèles à AnsaiTsuji, . Son ancienne grande école à présent en ruines, Ansai décède le et est enterré dans la montagne Korotani à Kyoto.

Séparation d'avec le bouddhisme Le rejet du bouddhisme par Ansai est basé sur ce qu'il perçoit comme une insuffisance / lacune fondamentale dans les principes moraux bouddhistes. Dans le néoconfucianisme, Ansai a trouvé la « vérité » : la Voie cosmique universelle et éternelle qui ne peut être trouvée dans le bouddhisme. Sa critique est fondée sur deux sophismes reliés qu'il perçoit dans la pensée bouddhiste. Tout d'abord, Ansai pense que le bouddhisme manque d'un système normatif pour orienter un comportement éthique (découlant de son interprétation que la notion bouddhiste de la nature (sei) comme néant ou vide, est un idéal métaphysique et non éthique). Pour cette raison, le bouddhisme ne contient pas de théorie de l'« esprit-cœur » et ainsi est insuffisant pour cultiver l'espritTucker, Mary Evelyn. Religious Dimensions of Confucianism, (tous deux partie intégrante de la pensée éthique d'Ansai). De son point de vue néo-confucianiste, l'esprit est plein (étant intrinsèquement imprégné des concepts des Cinq Rapports et des Cinq Vertus), et non vide (comme il croit que le bouddhisme le perçoit)Ooms, . Dans la dernière partie de sa vie, quand Ansai tente de prouver l'unité ontologique du shinto et du confucianisme, il expose qu'avant l'arrivée du bouddhisme au Japon, le shinto naissant et le confucianisme sont en fait la même chose. Il reproche à l'influence de la pensée bouddhiste la création d'une fausse dichotomie entre les deux systèmes (qui de l'avis de Ansai ne différent que par le nom)Ooms, .

Enseignement néoconfucéen Influence de Zhu Xi Les enseignements de Ansai sont considérés comme faisant partie d'une tendance néo-confucianiste plus large du début de la période Tokugawa, appelée rigaku (« école du principe ») par Abe Yoshino. Par rapport au kigaku (« école de la force matérielle »), l'objectif principal du rigaku est l'éducation morale et la spiritualité. Ses adeptes considèrent le ri (chinois li : la raison, le principe rationnel ou la loi) comme un principe transcendantTucker, Mary Evelyn. Moral and Spiritual Cultivation in Japanese Neo-Confucianism, . Bien qu'Ansai fait partie de ce grand mouvement, en aucun cas ne se voit-il comme un « innovateur » du néo-confucianisme. Au contraire, il se considère comme un « serviteur de la Vérité », un « transmetteur de la Voie » et croit que rien de ce qu'il enseigne n'est nouveau puisque tout a déjà été dit par les sages confucéens sur « la Voie ». En particulier, Ansai croit qu'il est un « transmetteur fidèle » des écrits de Zhu Xi et du néo confucéen coréen Yi T'oegye (1507–1570), avec un accent particulier mis sur l'enseignement de ZhuKassel, Marleen. Tokugawa Confucian Education. Albany: State University of New York Press, 1996, . Pour cette raison, la plupart des écrits néoconfucéens d'Ansai tendent à n'être que des publications des travaux de Zhu Xi, avec ses propres commentaires.