La politique en Corse est celle d'une collectivité territoriale disposant d'une organisation et de compétences spécifiques. Cette politique résulte d'une évolution institutionnelle depuis les années 1970 en Corse, liée à l'existence d'importants mouvements nationalistes autonomistes ou indépendantistes, parfois violents.
Histoire institutionnelle Avant 1982 Rattachée à la France en 1768, la Corse intègre l'organisation administrative française à la Révolution par un décret du . Le département de Corse est créé le 4 mars 1790. De 1796 à 1811, la Corse est divisée en deux départements (Liamone et Golo).
En 1960, à la création des circonscriptions d'action régionale, la Corse fait partie de la région Provence-Côte d'Azur-Corse. Un décret du fait de la Corse une région puis, le , l'île est de nouveau divisée en deux départements : Haute-Corse et Corse-du-Sud.
thumb|La Corse divisée en départements et arrondissements.
À l'exception des compétences exercées par la collectivité territoriale de Corse et d'adaptations fiscales, ces départements sont similaires aux autres départements de métropole.
Chacun est doté d'un conseil général élu au suffrage universel direct tous les six ans. Chaque conseil général élit son président qui est l'organe exécutif du département.
Statut de 1982 Dans la foulée des lois de décentralisation, deux lois sont adoptées en 1982. Dans une décision, le Conseil constitutionnel valide le principe de l'existence d'une collectivité à statut unique.
À la différence des autres régions françaises, la Corse est dotée d'une Assemblée de Corse (et non d'un conseil régional) élue dès le (les premières élections régionales ont lieu en 1986 dans les autres régions) au suffrage universel direct et au scrutin proportionnel intégral. L'exécutif est confié au président de l'Assemblée de Corse.
La région Corse exerce alors les compétences d'une région française mais a également des responsabilités dans les domaines des affaires culturelles et du développement local, l'aménagement, elle exploite le réseau ferroviaire et passe des conventions avec l'État sur les transports aériens et maritimes. L'Assemblée de Corse peut également formuler des avis et recommandations au Premier ministre sur les services publics de l'État sur l'île.
Toutefois, la proportionnelle intégrale et le fait qu'il suffise de à une liste pour recueillir un siège rendent l'Assemblée difficilement gouvernable. Elle est ainsi dissoute par le Conseil des ministres en 1984 avant que, par une loi du , son mode de scrutin soit modifié pour rejoindre celui des conseils régionaux.
Statut Joxe (1991) En 1988, l'Assemblée de Corse adopte une résolution qui affirme l'existence du peuple corse. Cette question lance de nouvelles discussions autour du statut de l'île.
En 1991, le ministre de l'Intérieur Pierre Joxe fait adopter un nouveau statut pour la Corse. S'inspirant du régime en vigueur en Polynésie française, la nouvelle loi crée une , au statut particulier, en lieu et place de la région : l'Assemblée de Corse est composé de 51 membres (au lieu de 61) et le scrutin proportionnel est maintenu mais une prime majoritaire de trois sièges est accordée à la liste arrivée en tête ; l'exécutif est confié à un conseil exécutif, organe collégial différent du président de l'Assemblée et qui peut être renversé par une motion de défiance de l'Assemblée de Corse ; la collectivité territoriale de Corse reçoit de nouvelles compétences (éducation, audiovisuel, culture, environnement). L'article premier de la loi adoptée indique que . Toutefois, le Conseil constitutionnel censure cet article considérant qu'il est .
Lors des élections qui suivent, les listes nationalistes recueillent 25 % des suffrages.
Processus de Matignon Dans les années qui suivent l'adoption du statut Joxe, plusieurs lois accordent à l'île un statut fiscal spécifique.
La mouvance nationaliste organise des violences, y compris entre factions nationalistes rivales. En 1998, le préfet Claude Érignac est assassiné en pleine rue, à Ajaccio. Son successeur, Bernard Bonnet, lance une opération . L'année suivante, il est impliqué dans l'affaire des paillotes alors que les attentats se multiplient.
La dénonciation des violences par les partis nationalistes représentés à l'Assemblée de Corse et la formation d'une plateforme, Unita, pour dialoguer avec le gouvernement permet l'ouverture de nouvelles discussions : le processus de Matignon.
Une nouvelle loi finit par être adoptée en 2002. Elle renforce les compétences de la collectivité.
Vers une collectivité unique En 2003, la Constitution est modifiée pour permettre l'organisation d'un référendum local sur l'évolution d'institutions territoriales. La même année, le Parlement adopte une loi prévoyant une telle consultation visant à la création d'une collectivité unique remplaçant l'actuelle collectivité territoriale et les deux départements. Cette loi est soutenue par les mouvements nationalistes mais, le , 51 % des électeurs rejettent la proposition.
La loi « organisant une consultation des électeurs de Corse sur la modification de l'organisation institutionnelle de la Corse » est promulguée. La réforme proposée prévoit en particulier la substitution d’une collectivité unique à la Collectivité territoriale de Corse et aux deux départements (Haute-Corse et Corse-du-Sud), et la création de deux conseils territoriaux, l’un en Haute-Corse et l’autre en Corse-du-Sud. Elle reçoit le soutien des mouvements nationalistes.
Le projet de collectivité unique est relancé en 2015 par des discussions entre les élus corses et le gouvernement. La loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe) du prévoit la création d'une au en lieu et place de l'actuelle collectivité territoriale et des deux départements, article 30..
Lors de l'élection présidentielle de 2017, Emmanuel Macron y réalise l'un de ses plus mauvais scores (18,48 % des voix au premier tour et 51,48 % au second), étant victime du soutien de la famille radicale de gauche Giacobbi, qui dirigeait la Haute-Corse jusqu'aux dernières élections municipales et la condamnation judiciaire de Paul Giacobbi en début d'année. Au contraire, les autonomistes menés par Gilles Simeoni et les indépendantistes par Jean-Guy Talamoni ont profité de la vague « dégagiste » et gagné trois des quatre circonscriptions législatives lors du scrutin qui se tenait la même annéeGuillaume Tabard, « La recette insulaire de la recomposition », Le Figaro, samedi 2 / dimanche , .. Vers l'autonomie grandissante au sein de la république Le , le conseil des ministres adopte, le projet de loi constitutionnelle portant sur le statut d’autonomie de la Corse au sein de la République française. Pour être adoptée, cette réforme constitutionnelle doit être votée, par l’Assemblée nationale, et puis le Sénat, puis, lors de leur réunion en Congrès. Le , les députés adoptent, par et , le projet de loi constitutionnelle.. Le conseiller exécutif corse chargé de l’autonomie, Gilles Simeoni, salue ..
Représentation politique et administrative Préfets et arrondissements
vignette|346x346px|Arrondissements de Corse avec les départements en couleur La Corse est divisée en deux départements : la préfecture de la Haute-Corse est localisée à Bastia et celle de Corse-du-Sud à Ajaccio. Les départements possèdent en outre trois sous-préfectures à Calvi, Corte et Sartène. Jusqu'en 1811, une sous-préfecture supplémentaire était située à Vico.
Députés et circonscriptions législatives
vignette|284x284px|Circonscription et affiliations à l'issue des élections de 2024.
+ Députés de la législature(18 juillet 2024 - en cours) Nom Parti Groupe Suppléant 2A Laurent Marcangeli (2024-2025) HOR-CCB Horizons et indépendants Xavier Lacombe Xavier Lacombe LR Horizons et indépendants — 2A Paul-André Colombani PNC Libertés, indépendants, outre-mer et territoires Thérèse Malu-Pellegrinetti 2B Michel Castellani FaC Libertés, indépendants, outre-mer et territoires Juliette Ponzevera 2B François-Xavier Ceccoli LR Droite républicaine Hélène Astolfi
Sénateurs
Nom Parti Groupe Autres mandats (passés ou actuels) Jean-Jacques Panunzi LR Les Républicains Paul-Toussaint Parigi FaC Écologiste - Solidarité et territoires
Collectivité de Corse
La loi portant nouvelle organisation territoriale de la République crée une collectivité territoriale unique le en lieu et place de la collectivité territoriale de Corse et des deux départements. Les échelons administratifs centraux ont néanmoins été préservés : la Corse garde ainsi deux préfectures de département et les services de l'État associés au niveau déconcentré, mais voit les deux départements au niveau décentralisé fusionner. Un projet similaire avait pourtant été rejeté lors du référendum en 2003.
Dotée des mêmes organes que l'ancienne collectivité territoriale de Corse, la exerce en sus les compétences dévolues aux conseils départementaux, qui sont ainsi supprimés. L’Assemblée de Corse est composée de et la prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête lors de l'élection est portée de 9 à .
Organes
alt=Logo de l'Assemblée de Corse|gauche|vignette|Logo de l'assemblée de Corse
La Corse forme une collectivité territoriale française similaire à une région mais avec un statut particulier.
Son organe délibérant est l'assemblée de Corse, élue au suffrage universel direct tous les six ans, en même temps que les élections régionales, via un scrutin proportionnel de liste à deux tours.
L'Assemblée élit son président mais, à la différence des régions, ce dernier n'est pas chargé du pouvoir exécutif. Celui-ci appartient au conseil exécutif composé d'un président et dix membres et élu par l'Assemblée. Le conseil exécutif peut être renversé par une motion de défiance de l'Assemblée de Corse.
Il existe en outre un conseil économique, social et culturel de Corse, consultatif.
Compétences La collectivité de Corse dispose de compétences particulières, fixées par le Code général des collectivités territoriales : éducation (schéma prévisionnel des formations ; construction et entretien des collèges, lycées, établissements publics d'enseignement professionnel, artistique, d'éducation spéciale, lycées professionnels maritimes, établissements d'enseignement agricole et centres d'information et d'orientation et certains établissements d'enseignement supérieur) ; culture et communication (politique culturelle, développement de la langue et de la culture corses ; sport et éducation populaire (promotion des activités physiques et sportives, d'éducation populaire et d'information de la jeunesse) ; plan d'aménagement et de développement durable ; transports (exploitation des transports ferroviaires, continuité territoriale avec le continent, routes nationales, convention avec les départements pour l'organisation des liaisons interdépartementales) ; gestion des infrastructures (ports maritimes de commerce et de pêche, aérodromes, réseau ferré) ; logement et foncier ; développement économique (aides aux entreprises, tourisme, agriculture et forêts, formation professionnelle, apprentissage et insertion professionnelle des jeunes) ; environnement (protection de l'environnement, ressources en eau, plan de gestion des déchets, programme de prospection, d'exploitation et de valorisation des ressources énergétiques locales).
La collectivité dispose de sept établissements publics chargés de la mise en œuvre de sa politique : Agence de développement économique de la Corse (ADEC) ; Office de l'environnement de la Corse (OEC) ; Office des transports de la Corse (OTC) ; Agence du tourisme de la Corse (ATC) ; Office du développement agricole et rural de Corse (ODARC) ; Office d'équipement hydraulique de Corse (OEHC) ; Agence d'aménagement durable, de planification et d'urbanisme de la Corse (AAUC).
Communes et intercommunalités thumb|180px|Carte des 360 communes de Corse au .