Édouard Frédéric-Dupont, né le à Paris et mort à Paris le , est un avocat et un homme politique français, éphémère ministre mais député de Paris à la longue carrière parlementaire, sous trois Républiques, plus longtemps encore conseiller de Paris, maire du de Paris, jusqu'à sa mort.
C'est un homme politique résolument de droite, avec des étiquettes politiques multiples au fil de sa longue carrière. Il est titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. Son surnom de « Dupont des loges » lui vient de ses nombreuses propositions de loi relatives au statut et à la qualité de vie des gardiens d'immeubles.
Carrière politique Débuts en politique dans l'entre-deux-guerres, sous la République Né Édouard Charles Frédéric Dupont à Paris, avenue Bosquet, il est le fils de Charles Joseph Dupont, polytechnicien, capitaine d'artillerie et futur général de division, et de Jeanne Rose Agathe HauvionActe de naissance aux AD de Paris en ligne, Paris 7, V4E 8680, vue 10/31, acte 709, , . Son père n'a pas été général de corps d'armée, comme il l'est écrit faussement dans Les parlementaires de la Seine sous la Troisième République. Vol. II ()..
Jeune étudiant en droit, il s'engage en politique dès 1923 sous le nom de Frédéric-Dupont, en participant à un nouveau mouvement politique, la Ligue de la Jeune France républicaine, qui appuie le programme de Raymond Poincaré. Cette ligue, déclarée en octobre 1923 (), est animée notamment par le jeune avocat parisien Pierre Cot.,. Il rejoint en , la Ligue républicaine nationale fondée par Alexandre Millerand. Il préside la section universitaire des Jeunesses républicaines nationales, aux côtés d'un autre jeune ambitieux, Louis Jacquinot, son secrétaire général, et d'un autre jeune, Edgard Faure , ,. En , il rassemble une quarantaine de militants pour aller prêter main-forte aux Jeunesses patriotes aux prises avec les communistes lors de la Fusillade de la rue Damrémont.
Docteur en droit et diplômé de l'École libre des sciences politiques, il est avocat au barreau de Paris à partir de 1926. Il est le onzième secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris en 1929-1930.
Il milite aux jeunesses de l'Alliance démocratique,. Il est le collaborateur du député Charles Reibel, dirigeant de l'Alliance. Il participe à partir de 1927 à la commission de propagande de ce parti, présidée par Paul Reynaud . En 1927, comme membre de l'Alliance, il est élu secrétaire de la Conférence Molé-Tocqueville, puis vice-président en 1930, . Il contribue à la propagande du parti lors de réunions en province au début des années 1930, comme membre de son comité directeur, ,.
Il lance en avec Louis Jacquinot, le Journal des Lorrains de Paris, un mensuel dont il est le rédacteur en chef. Il a des attaches en Meurthe-et-Moselle par son père, né à Nancy; ce-dernier contribue à animer ce journal jusqu'à son décès en . Fréderic-Dupont fonde quelques mois plus tard, en , la Ligue lorraine, avec notamment le neveu du maréchal Hubert Lyautey, Pierre Lyautey, qui la préside. C'est une association qui s'adresse avant tout aux élites lorraines ; elle entend faire oublier la dénomination périmée d'Alsace-Lorraine, fédérer les quatre départements lorrains et se veut à la fois régionaliste et patriote. Le discours de Frédéric-Dupont prononcé à Nancy n'a pas été du goût de tous les Nancéiens : ,.
Grâce à ce journal et à l'Association des Lorrains de Paris dont il est membre du conseil d'administration, il rencontre des hommes politiques lorrains éminents tels Raymond Poincaré ou Albert LebrunL'Est républicain, 26 novembre 1930, , , . Il participe aux dîners annuels de l'Association lorsqu'il est élu député : L'Est républicain, 11 décembre 1936, , L'Est républicain, 14 décembre 1938, . Il rencontre ainsi le député de Nancy Désiré Ferry, ce qui lui permet d'intégrer son cabinet ministériel lorsque Ferry est nommé ministre de la santé de mars à , dans le gouvernement d'André Tardieu ; il est chef du secrétariat particulier de Ferry, puis chargé de mission, tout en continuant à plaider,.
Il parvient à se faire élire conseiller municipal du secteur Saint-Thomas d'Aquin en 1933, sous l'étiquette « républicain national », lors d'une partielle consécutive à la démission du conseiller sortant royaliste, Ambroise Rendu, qui pensait faire élire son fils, .
Édouard Frédéric-Dupont participe à l'émeute parisienne du 6 février 1934 : il descend dans la rue, ceint de son écharpe de conseiller, pour protester contre la révocation du préfet de police Jean Chiappe par le gouvernement d'Édouard Daladier. Parmi les 5 conseillers municipaux blessés lors des émeutes, il est le plus grièvement atteint : il est blessé à la tête, ce qui lui vaudra en partie d'être réélu conseiller de Paris dès le premier tour avec 95 % des voix en 1935, puis député de la Seine avec 83 % des voix, au premier tour également, en 1936. Dans sa profession de foi de 1936, il invite les électeurs à .
Il est alors proche des Ligues d'extrême droite : il défile en effet à Paris parmi les membres du comité du Front national, en 1935 et 1936, à l'occasion de la fête de Jeanne d'Arc,. De 1935 à 1939, il assiste à la cérémonie religieuse parisienne à la mémoire des morts du , à l'instar d'autres élus, moins nombreux après 1936, et des chefs du Front nationalL'Action française, 7 février 1935, , 7 février 1936, , 7 février 1937, , 7 février 1938, et 7 février 1939, .
Lui qui avait commencé sa carrière à l'Alliance démocratique a désormais l'étiquette de la Fédération républicaine, plus conservatrice. Il est ainsi membre du comité directeur des Jeunesses de la Fédération (JFR) jusqu'à la guerre, et même vice-présidentCollectif, Les modérés dans la vie politique française, 1870-1965, Presses universitaires de Nancy, 2000,,, .
Contrairement à d'autres élus de la Fédération républicaine, tel Xavier Vallat, c'est un sympathisant du Parti social français du colonel François de La Rocque, membre du Comité parlementaire de sympathie pour le PSF et de défense des libertés républicaines en . Il participe aux réunions du Groupe parlementaire du Parti social français avant de le rejoindre publiquement à la toute fin de la République, en ,,,, , , . Son père avait en 1924 renvoyé de la Mission militaire française en Pologne qu’il commandait le futur lieutenant-colonel de La Rocque. Frédéric-Dupont a écrit des mémoires inédits dans lesquels il revient sur cet événement et prend la défense de La Rocque : cf. . En juin 1937, il adresse une lettre à La Rocque pour l'assurer de l'estime qu'éprouvait malgré tout son père pour lui : .
À la Chambre des députés, il combat le Front populaire. De même, au Conseil municipal de Paris, selon ses propres déclarations, « les projectiles volaient bas avec le groupe communiste, au-dessus de la tête des préfets ». À l'occasion d'une séance de dans laquelle il dénonçait le coût de l'hospitalisation des ouvriers étrangers, il déplora l'abandon par les riches d'un Paris envahi par des ouvriers étrangers pauvres.JORF, Débats, Chambre des députés, 6 novembre 1936, .
Pendant la Seconde Guerre mondiale : de Vichy à la résistance En 1940, il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est maintenu en place par le régime de Vichy au Conseil municipal de Paris, dont il devient le vice-président en 1941. Il a aussi été désigné en membre du comité provisoire du Rassemblement pour la Révolution nationale, organisme concurrent de la Légion française des combattants, qui devait réfléchir à la mise en place d’un mouvement de masse visant à « assurer au nouveau régime ses assises et briser l’activité renaissante de certaines organisations [le PCF] », mais qui n’eut qu’une existence très éphémère, Sur le comité de rassemblement, cf. ,.
Poursuivant parallèlement l'exercice de sa profession d'avocat, il se rapproche de la Résistance, dont il défend des membres devant les tribunaux, parmi lesquels se trouvent des partisans communistes comme André Gautier, futur député de Seine-et-Marne, et il fournit de faux certificats de baptême à des Juifs pour leur permettre de quitter la zone occupée. Ce comportement, tout comme les activités de renseignement qu'il effectuait au sein du conseil municipal de Paris, lui vaudra la Croix de guerre, la médaille de la Résistance et la Légion d'honneur à titre militaire.
Lors de la séance du Conseil municipal de Paris du , il vote contre le projet de budget pour 1944, qui allouait des crédits au titre de l'aide de la police parisienne à la police allemande. Il démissionne du conseil municipal le Le 18 avril 1944, il envoie sa démission au préfet, arguant vouloir se consacrer à ses fonctions au barreau de Paris ; la démission est acceptée le 22 mai 1944 : .
Il a été décoré de l'ordre de la Francisque.
Après la Libération, les comités de Libération du et de la Ville de Paris reconnaissent sa qualité de résistant et acceptent de le réintégrer dans ses fonctions électives . Il est relevé de son inéligibilité et est réintégré au conseil municipal provisoire par arrêté du gouvernement provisoire en date du , en dépit des protestations des communistes et des réserves de certains résistants gaullistes.
Il se présente aux élections municipales où il est élu pour représenter le deuxième secteur (, et ) et aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale constituante où il conduit la « liste de la liberté » et est élu député de la première circonscription de la Seine (, , , , et ). Il siège alors au groupe d'Unité républicaine d'où il dépose neuf propositions de loi et refuse la première proposition de texte de Constitution.
Il est réélu à la seconde Constituante le sous l'étiquette du Parti républicain de la liberté dont il est l'un des fondateurs en , en dépit d'une violente campagne contre lui orchestrée par le PCF, l'accusant d'avoir fait pression pour que le conseil municipal cède des bois précieux aux Allemands. Il parvient à faire condamner le PCF pour diffamation, , , , . Il fait condamner en correctionnelle le maire adjoint du arrondissement, qui avait publié un montage photographique le représentant en uniforme d'officier allemand .
Sous la République Réélu, il rejoint l'intergroupe gaulliste dès sa formation en 1947 en dépit encore des réserves des gaullistes intransigeants sur ceux qui ont frayé trop longtemps avec le régime de Vichy. C'est ainsi qu'en 1947, il ne reçoit pas l'investiture du RPF pour se représenter aux municipales mais il apporte son soutien à Pierre de Gaulle. Il n'en finit pas moins par obtenir son investiture pour sa réélection en tant que député en 1951.
Durant la législature 1946-1951, il dépose pas moins de 99 propositions de loi ou de résolution relatifs principalement aux rentes-viagères, au commerce, à l'artisanat, à la famille, aux droits des femmes et aux gardiens d'immeubles, ce qui lui vaudra la qualification de « député des domestiques et des concierges ». Il est particulièrement impliqué dans le vote de la loi du relative à l'indexation des rentes viagères et il est à l'origine de celle instituant la carte des économiquement faibles. Il vote contre le projet de loi sur le statut de l'Algérie et contre la loi instituant le scrutin majoritaire avec apparentements.
Si, en tant qu'avocat, il lui arrive de défendre devant les tribunaux des personnalités compromises avec Vichy, il soutient surtout une politique d'apaisement et de réconciliation nationale. Il dépose ainsi le une proposition de loi ayant pour objet la suppression des tribunaux d'exception chargés de l'épuration légale : les Cours de justice et les Chambres civiques.