, né le et mort le , est un vice-amiral de la Marine impériale japonaise qui a exercé plusieurs commandements importants au cours de la guerre du Pacifique. Il a commandé notamment, fin , une puissante Force, cinq cuirassés, dont les deux cuirassés géants et , et dix croiseurs lourds, au cours des batailles de la mer de Sibuyan et au large de Samar, les deux dans le cadre de la grande Bataille du golfe de Leyte à l'est des Philippines, où sa décision de ne pas pousser un avantage indéniable a contribué à la défaite japonaise, décision qui n'a finalement jamais été expliquée.

Carrière Avant la guerre du Pacifique Diplômé, en 1910, de l'Académie navale impériale du Japon d' dans la , classé sur 148 élèves, il embarque comme midship (Shōi Kōhosei), sur les croiseurs protégés Kasagi et Niitaka. Nommé enseigne de (Shōi), fin 1911, il sert sur la canonnière , il suit les premiers cours de l'École de torpillage et de l'École de canonnage et est promu enseigne de (Chūi) fin 1913. Il sert alors sur le cuirassé pré-dreadnought Satsuma, puis sur le destroyer Sakaki et le croiseur cuirassé Iwate. Promu lieutenant de vaisseau (Daii) fin 1916, il sert sur le croiseur protégé , sur le destroyer Kaba. Il suit les premiers cours de l'École de Guerre navale, et les cours avancés de l'École de Torpillage. Il sert sur le destroyer Minekaze, puis à l'état-major de la Escadre. À partir de 1920, il embarque sur les destroyers Yakaze et Hakaze. Ses premiers commandements, après 1920, sont les destroyers Shigure, et Oite. Il rejoint l'état-major de la Escadre, puis enseigne à l'École de Torpillage. Promu capitaine de corvette (Shōsa) en 1922, il commande les destroyers Wakatake (ex-DD-2), Hagi, Hamakaze. Promu capitaine de frégate (Chūsa) en 1927, il commande le destroyer Urakaze, enseigne à l'École de Torpillage, puis commande les et de destroyers. Promu capitaine de vaisseau (Daisa) en 1932, il commande le de destroyers. En 1934, il reçoit le commandement du croiseur Abukuma, puis dirige l'École du torpillage. Après 1937, il commande le après sa reconstruction en cuirassé rapide. Promu contre-amiral, en , il reçoit le commandement de la Division, puis de la Division de Destroyers en 1939, et en , il met sa marque sur le croiseur , comme commandant de la Division de croiseurs, constituée des croiseurs de la classe Mogami, et rattachée à la Flotte du vice-amiral Inoue, responsable du secteur des Mers du Sud.

À la tête de la , en mer de Java et à Midway

Pendant l'offensive japonaise en Asie du Sud-Est

Opérant à partir de l'Indochine française, la division participe brièvement à la recherche des et (), et à la couverture des débarquements en Malaisie, à Bornéo, aux Indes orientales néerlandaises. Le contre-amiral Kurita conduit la Division lorsqu'elle prend part à la bataille du détroit de la Sonde (-), où les croiseurs et Mikuma ont contribué à la destruction des croiseurs et , et à un raid conduit par le vice amiral Ozawa, dans les premiers jours d', au cours duquel vingt-trois navires de commerce, totalisant ont été capturés ou détruits dans le golfe du Bengale.

À la bataille de Midway vignette|Le Mikuma, en flammes, à la bataille de Midway Le , le contre-amiral Kurita est promu vice-amiral. La Division de Croiseurs n'a pas pris part à la bataille de la Mer de Corail et a rejoint, fin mai, la du vice-amiral Kondō, pour assurer la couverture des troupes qui devaient débarquer à Midway. Mais le , pendant l'approche, les navires du vice-amiral Kurita ont été repérés par le sous-marin . Une erreur de manœuvre du Mikuma, au cours d'un mouvement d'évitement de ce submersible, a entrainé un abordage avec le . Très ralentis, les deux navires ont alors mis le cap à petite vitesse vers l'île de Wake. Attaqués, le lendemain , à deux reprises, par l'aviation américaine basée à Midway, sans résultats, puis par des bombardiers en piqué Dauntless des et , les deux croiseurs ont alors été touchés, à plusieurs reprises chacun, et le Mikuma a été coulé, tandis que le réussissait à rentrer à Truk puis au Japon.

Commandant de la division de cuirassés, devant Guadalcanal

Fin , le vice-amiral Kurita quitte la Division de Croiseurs, à la tête de laquelle le contre-amiral Nishimura le remplace, et reçoit en juillet le commandement de la Division de Cuirassés, qui est constituée du et du Haruna, rattachée à la Flotte. En août à l'arsenal de Kure pour recevoir de nouveaux équipements, la Division de Cuirassés n'a pas participé à la bataille des Salomon orientales, du 23 au . En septembre, basée à Truk, elle participe au sein de la flotte et en coopération avec la flotte du vice-amiral Nagumo, à la couverture éloignée des opérations de renforcement des forces japonaises à Guadalcanal.

Début octobre, la division de cuirassés devient la Force de Bombardement d'Urgence de la Flotte, et le lendemain de la bataille du cap Espérance () où la division de Croiseurs du contre-amiral Goto a été repoussée avant d'avoir pu bombarder l'aérodrome d'Henderson Field, le vice-amiral Kurita a emmené ses deux cuirassés rapides effectuer un violent bombardement de nuit sur l'aérodrome tenu par les Marines. Près de huit cent soixante-dix obus de sont tirés, dont une centaine de nouveaux obus explosifs incendiaires et à fragmentation dits de type “sankaidan”. Près de cinquante avions y ont été détruits, soit plus de la moitié des avions qui s'y trouvaient. Les jours suivants, ce sont les croiseurs lourds de la Flotte, qui ont bombardé de nuit les positions américaines de Guadalcanal.

Après la bataille des îles Santa Cruz, où la Division de Cuirassés n'a pas subi de dégâts significatifs, elle a assuré la couverture éloignée des opérations qui ont abouti aux batailles des 12-13 et 14-, au cours desquelles ont été coulés le et le , puis au début de 1943, à l'évacuation de Guadalcanal. Le , le vice-amiral Kurita est nommé à la tête de la Flotte, en remplacement de l'amiral Kondō.

Comme commandant-en-chef de la flotte Au début de 1944, l'organisation des forces navales japonaises a évolué. La Flotte combinée a été remplacée, en tant qu'unité opérationnelle, par la Flotte Mobile au commandement de laquelle a été nommé le vice-amiral Ozawa qui avait déjà succédé à la tête de la flotte au vice-amiral Nagumo, appelé à des commandements à terre. Après les violentes attaques aériennes de l'aviation embarquée américaine sur l'atoll de Truk (opération Hailstone du ), puis sur les Palaos fin mars, les grands bâtiments japonais eurent pour bases les mouillage des îles Lingga, au sud de Singapour, et de Tawi-Tawi, en mer de Sulu.

À la bataille de la mer des Philippines

vignette|Le Kongō, ou le Haruna, pendant la bataille de la mer des Philippines, avec, à droite, le porte-avions léger Chiyoda Pour l'exécution du Plan A-Gō de défense des îles Mariannes, dans une “bataille décisive”, le vice-amiral Kurita a été mis à la tête de la “Force d'Avant-Garde” (ou Force “C”) de la Flotte Mobile aux ordres du vice-amiral Ozawa, avec quatre cuirassés, dont les deux cuirassés géants et , trois porte-avions légers, huit croiseurs lourds et un croiseur léger, le vice-amiral Ozawa commandant personnellement la Force “A”, avec trois porte-avions lourds (le très récent grand porte-avions , et les deux grands porte-avions rapides Shōkaku et Zuikaku, vétérans de l'attaque de Pearl-Harbor), deux croiseurs lourds et un croiseur léger, une Force “B”, aux ordres du contre-amiral Jōjima étant constituée des deux porte-avions de second rang (paquebots transformés ne dépassant pas 25 nœuds) de la classe Hiyō et du porte-avions Ryūhō, du cuirassé et du croiseur lourd . Au cours de la bataille de la mer des Philippines, la flotte de l'amiral Spruance a mené d'abord un combat défensif, et au demeurant extraordinairement efficace, contre l'aviation embarquée japonaise du vice-amiral Ozawa, tandis que deux sous-marins américains coulaient deux des trois grands porte-avions rapides japonais le . Le , l'aviation embarquée américaine a réussi à couler le porte-avions Hiyō de la Force “B”, tandis qu'au sein de la “Force d'Avant-Garde” du vice-amiral Kurita, le porte-avions léger Chiyoda et le cuirassé rapide Haruna étaient légèrement endommagés.

À la bataille pour le golfe de Leyte

Le plan Sho-Gō de défense des Philippines a dû tenir compte, pour l'ordre de bataille japonais, de la débâcle qu'avait été, pour l'aéronautique navale japonaise, la bataille des 19-20 juin 1944, pour la défense des îles Mariannes. Le nombre des appareils et de pilotes expérimentés était tombé si bas, de l'ordre de la centaine, que, malgré sa désignation, la “Force de Frappe” de la Marine impériale japonaise n'était plus l'escadre des porte-avions, tous placés sous les ordres directs du vice-amiral Ozawa mais les navires porte-canons, sept cuirassés, et treize croiseurs lourds, rassemblés pour la plupart dans la Force d'Attaque de Diversion aux ordres du vice-amiral Kurita. L'intention de manœuvre était une attaque en tenaille, par le nord et par le sud du golfe de Leyte, contre les forces amphibies américaines, qui ont commencé à débarquer le sur la côte orientale de l'île de Leyte. Les navires aux ordres du vice-amiral Kurita ont quitté le mouillage des îles Lingga, dès le , pour aller refaire leurs pleins en baie de Brunei à Bornéo. Ils en sont repartis le 22, la force principale aux ordres directs du vice-amiral Kurita devant passer par le détroit de San-Bernardino et contourner par le nord et l'est l'île de Samar, pour entrer par le nord, dans le golfe de Leyte, le 25 au matin, et y retrouver les deux cuirassés de la Force du vice-amiral Nishimura, passés par le détroit de Surigao, au sud. Les porte-avions du vice-amiral Ozawa n'avaient plus pour mission que d'attirer sur eux les porte-avions rapides de la flotte, commandée par l'amiral Halsey, qui devait assurer la couverture éloignée de l'opération de débarquement sur Leyte (Opérationn King Two). La contrepartie en était évidemment que la couverture aérienne des forces à la mer devait être assurée par l'aviation basée à terre, mais faute d'une coordination correctement établie, les navires du vice-amiral Kurita ne bénéficieront pas d'une couverture de chasseurs contre l'aviation embarquée américaine, pendant les batailles du 24 et du .

En mer de Sibuyan

Mais dans la nuit du 22 au 23, le long de la côte ouest de Palawan, deux sous-marins américains ont repéré la Force d'Attaque de Diversion du vice-amiral Kurita, l'ont attaquée et ont coulé deux croiseurs lourds, parmi lesquels l', le navire amiral. L'amiral a été repêché par un destroyer et plusieurs heures se sont passées avant qu'il ait pu hisser sa marque à bord du . Plus grave, lAtago disposait d'importants équipements de communications et d'un personnel spécialisé dans ce domaine, qui ont gravement fait défaut dans les batailles qui ont suivi.

Le surlendemain, après que les reconnaissances aériennes de la flotte américaine eurent révélé l'ampleur de l'attaque japonaise par le nord et par le sud du golfe de Leyte, l'amiral Halsey, en butte aux attaques de l'aviation japonaise basée à terre, qui contrariaient sa recherche des porte-avions du vice-amiral Ozawa, a concentré les attaques de ses porte-avions rapides sur les cuirassés de la “Force centrale”, c'est-à-dire celle du vice-amiral Kurita, ainsi désignée par les Américains, et qui se trouvait alors en mer de Sibuyan. vignette|gauche|Le Musashi, sous les bombes américaines, en mer de Sibuyan, le 24 octobre 1944 Le a subi onze vagues de bombardiers-torpilleurs et bombardiers en piqué, il a perdu de la vitesse et de la flottabilité. Le cuirassé rapide Haruna et le ont également été touchés, le croiseur lourd a dû rebrousser chemin. En début d'après-midi, le vice-amiral Kurita a fait faire demi-tour à ses navires, en attendant le résultat des attaques de l'aviation basée à terre contre les navires américains, s'est-il justifié auprès de l'amiral Toyoda.