vignette|320 px|Carte des Alpes au Kircher, Athanasius, 1602-1680 Le peuplement des Alpes a été précoce et, en raison de leur position centrale, il est étroitement imbriqué, durant toutes les périodes, avec l’histoire européenne. Aujourd’hui, huit États comptent, dans leur territoire, des portions alpines (France, Monaco, Italie, Suisse, Liechtenstein, Autriche, Allemagne, Slovénie). En 1991 a été créée la Convention alpine, un organe transnational qui couvre une surface d’environ carrés.
Préhistoire
Le peuplement permanent de l’aire alpine par les hommes débute vers la fin du dernier âge glaciaire (environ 13500 av J.-C.) et se renforce durant l’âge du bronze (environ 2200 av J.-C.). Le peuplement lacustre du Néolithique est connu par le biais de vestiges archéologiques particulièrement bien conservés.
Des hommes s’installèrent dans les différents massifs du département sous des abris rocheux et des grottes comme à l'abri-sous-roche de la Grande Rivoire à Sassenage qui a abrité des hommes du Mésolithique (à partir de av. J.-C.) jusqu'à l'époque gallo-romaine et qui fait l'objet de fouilles conjointes entre des équipes archéologiques française et suisse« La Grande Rivoire » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr
La momie retrouvée dans les Alpes Vénostes, connue comme Ötzi l’homme des glaces, a vécu vers 3200 av J.-C. environ. À cette époque, la majorité de la population avait déjà abandonné l’économie de la chasse au profit de la cueillette, de l’agriculture et de l’élevage du bétail.
Des controverses subsistent à l’égard de la présence de formes de mobilité du bétail telles que la transhumance ou la pratique de l’alpage durant la PréhistoireVoyez Philippe Della Casa (a cura di), Prehistoric alpine environment, society, and economy, Bonn, Rudolf Habelt GmbH, 1999; Pierre Bintz, Thierry Tillet, Migrations et gestions saisonnières des Alpes aux temps préhistoriques, in « Storia delle Alpi » 3 (1998), pp. 91-105 et Noël Coulet, Vom 13. bis 15. Jahrhundert: die Etablierung der provenzalischen Transhumanz, in « Storia delle Alpi » 6 (2001), pp. 147-158..
Antiquité Le général carthaginois Hannibal Barca franchit les Alpes avec son armée en à la fin de l’année 218 av. J.-C., au début de la deuxième guerre punique déclenchée contre Rome.. L'empereur Charlemagne et le général Bonaparte répéteront cet exploit avec leurs armées respectives et dans le même but.
Entre 35 et 6 av J.-C., la région alpine est intégrée dans l’Empire romain. Un monument – le Tropaeum Alpium à La Turbie – commémore la victoire des Romains contre 46 gentes durant leurs campagnes alpinesPline l'Ancien, Histoire naturelle, livre III, 136-137.. La réalisation de routes (voies romaines) à travers divers cols alpins permit de relier les établissements romains au Sud et au Nord des Alpes, intégrant, en même temps, la population alpine dans la vie de l’Empire. En 63, le royaume des Alpes, jusqu'alors vassal de Rome, est intégré dans l'Empire romain.
Moyen Âge
Avec le partage de l’Empire romain et la chute de celui d’Occident entre le et le , l’histoire de l’aire alpine acquiert à nouveau un caractère essentiellement régional. Les sièges des diocèses deviennent d’importants centres d’agrégation territoriale. Alors que dans les Alpes de l’Italie occidentale et dans le Sud de la France de nouveaux diocèses sont créés précocement, à partir du , intéressant de nombreuses localités, dans les Alpes orientales, les diocèses comptent une extension plus importante et leur création a lieu plus tard (jusqu’au ). Même les nouveaux monastères établis dans les vallées alpines contribuent à la christianisation de la population localeVoir Hubert Jedin, Jochen Martin (Hg), Atlas zur Kirchengeschichte. Die christlichen Kirchen in Geschichte und Gegenwart, Freiburg i. B., Herder, 2004.. Dans cette phase, la formation de pouvoirs politiques supra-régionaux touche le Nord des Alpes, d’abord avec l’Empire carolingien, puis, après son partage, avec la naissance de la France et du Saint-Empire romain germanique. Les souverains allemands qui entre le et le reçoivent l’investiture impériale du Pape, doivent donc traverser les Alpes, avec leur cour pour se rendre à Rome.
Dans son célèbre ouvrage sur la civilisation de la mer Méditerranée, l’historien français Fernand Braudel définit les Alpes comme une « montagne extraordinaire », en se référant surtout à leurs nombreuses ressources, à l’importance des pratiques collectives, à la capacité de leurs habitants, à la présence de nombreuses et importantes voies de communicationVoir Fernand Braudel, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, A. Colin, 1949, vol. I. La forte présence de l’homme dans l’aire alpine reflète la croissance de la population européenne et l’expansion des terres agricoles dès le haut Moyen Âge. Au début, l’économie est caractérisée par une forme mixte, dans laquelle coexistent l’agriculture et l’élevage. Dès le bas Moyen Âge on assiste toutefois au remplacement de l’élevage ovin par celui des bovins, tandis que dans diverses régions septentrionales des Alpes l’élevage du bétail bovin qui s’oriente de plus en plus vers l’exportation et l’économie de marché, remplace l’agriculture. En même temps, d’autres formes du trafic interrégional et transalpin accroissent leur importance. Le col le plus important est celui du Brenner dont la route carrossable est réalisée déjà au . Dans les Alpes centrales et occidentales, par contre, jusqu’au les cols ne sont traversés que par des chemins parcourus par des bêtes de sommeVoir Jean-François Bergier, Gauro Coppola (a cura di), Vie di terra e d’acqua. Infrastrutture viarie e sistemi di relazioni in area alpina (secoli XIII-XVI), Bologna, Il Mulino, 2007..
Temps Moderne
Population et économie
Au début de l’époque moderne, la population de l’aire alpine peut être évaluée de manière assez précise. Si l’on considère comme base territoriale les aires incluses dans la Convention alpine, on estime à 3,1 millions les habitants des Alpes vers 1500, à 5,8 millions vers 1800, à 8,5 en 1900 et à 13,9 millions vers 2000Voir Jon Mathieu: Storia delle Alpi 1500–1900. Ambiente, sviluppo e società, Bellinzona, Casagrande, 2000, p. 35 (ici calculé en se référant à l’aire de la Convention Alpine); pour le dernier chiffre, voir Alpine Convention, Report on the State of the Alps, Innsbruck, 2007, p. 36 (donne nationales pour la période 1999-2005).. Jusqu’à la fin du , une large partie des vallées alpines demeurent des espaces essentiellement agricoles. La croissance de la population favorise l’intensification de l’exploitation du sol et la diffusion du maïs et des pommes de terre, ainsi que la production de fromage. La période végétative plus courte dans les régions d’altitude ne semble pas constituer, du moins jusqu’au , un facteur de pénalisation. Il en va autrement dans les périodes ultérieures lorsqu’elle se révèle un obstacle majeur pour l’intensification de l’agriculture, surtout si on compare la situation de la montagne avec celle des régions préalpine ou de plaine limitrophes où la productivité de la terre s’accroît à un rythme supérieur. À l’intérieur de l’aire alpine, on relève une différence nette entre les régions orientales, d’une part, et celles centrale et occidentale, d’autre part. Si dans les premières prévalent les exploitations agricoles de taille moyenne ou grande, dans les deuxièmes les exploitations agricoles sont, en général, de taille plus petite. Déjà avant le , ces régions sont intégrées dans de larges réseaux commerciaux et reliées aux pôles urbaines des plaines environnantes par d’intenses flux de main-d’œuvre saisonnière. À l’intérieur de l’espace alpin, par contre, le processus d’urbanisation avance très lentementSur ces thèmes, voir les numéros monographiques de Histoire des Alpes, 3 (1998) et 5 (2000)..
Politique et culture
L’idée selon laquelle le monde alpin aurait expérimenté une éclosion au Moyen Âge, puis une phase de déclin durant l’époque moderne demeure controversée. D’ailleurs, si d’une part avec la formation des États modernes, les centres politiques du pouvoir se sont localisés en grande partie aux marges ou en dehors de l’aire alpine, de l’autre cette distance par rapport aux centres du pouvoir a assuré d’amples marges d’autonomie sur le plan local et régional. En effet, dans le processus de formation des États, la proximité des centres des conflits européens – par exemple les guerres d’Italie entre 1494 et 1559 – a été un facteur important. À cette époque, les conditions des diverses régions alpines entament des parcours différents. On peut identifier trois parcours : celui centralisé, avec un prince jouissant d’amples pouvoirs (Alpes occidentales), celui communal (Suisse), et celui intermédiaire caractérisée par la présence d’une aristocratie puissante (Alpes orientales). Dès le , les savants, notamment ceux des villes proches des Alpes, signalent un intérêt croissant envers la montagne. Il se rattache, entre autres, à l’interprétation de la Bible quant à l’origine du monde qui mènera, par la suite, à la naissance de la géologie. L’intérêt à l’égard de la nature et des Alpes s’accroît ultérieurement au . Il est illustré en particulier par la popularité du livre Voyage dans les Alpes de Horace Bénédict de Saussure (1779-1796). Cet intérêt amène en 1787 le naturaliste genevois au somment du Mont Blanc. L’intérêt pour les Alpes touche aussi la littérature, comme l’attestent divers écrits de Jean-Jacques Rousseau dont le roman Julie ou la nouvelle Héloïse (1761). Ces évolutions culturelles favorisent une forte croissance des voyages vers les Alpes ; leur rôle est essentiel pour la naissance et la consolidation du tourisme alpin. Dans une Europe de plus en plus urbanisée, les Alpes acquièrent aussi une importance symbolique puisque leur environnement demeure dominé par la nature. Avec l’expansion coloniale, de nombreuses montagnes en Asie, en Australie, et en Amérique sont nommées « Alpes »Voir Bernard Debarbieux, La nomination au service de la territorialisation. Réflexions sur l'usage des termes « alpe » et « montagne », in Le Monde alpin et rhodaien, 25 (1997), pp. 227-241..
Époque contemporaine (s) vignette|320 px|Carte des Alpes à la fin du . Meyers Konversations lexikon — Vol. 1 carte à la page 394 Population et peuplement
Durant le et le , les Alpes connaissent d’importants changements. En premier lieu, l’évolution de la population alpine est caractérisée par des taux de croissance qui s’éloignent de plus en plus de ceux des aires extra-alpines, ces dernières étant plus dynamiques du point de vue démographique. En deuxième lieu, les courants migratoires – orientés surtout vers les destinations extra-européennes – demeurent importants et incessantsÀ cet égard, voir Luigi Lorenzetti, Raul Merzario, Il fuoco acceso. Famiglie e migrazioni alpine nell’Italia dell’età moderna, Roma, Donzelli, 2005.. Dans les premières décennies du on assiste ainsi, dans diverses aires alpines, à de véritables vagues de dépeuplement. Ce phénomène contribue à accroître le déséquilibre dans la distribution de la population au sein de l’arc alpin puisqu'il va de pair avec la forte croissance démographique des centres urbains situés aux altitudes inférieures qui deviennent, au cours du , les aires les plus dynamiques des AlpesCeci a été clairement mis en évidence par Werner Bätzing, Le Alpi una regione unica al centro dell’Europa, Torino, Bollati Boringhieri, 2005..
Économie