L’affaire Agnès Marin est une affaire judiciaire datant de concernant Agnès Marin, une interne du Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon, violée puis assassinée par un élève de l'établissement, mineur au moment des faits et récidiviste.
Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, peine confirmée en appel.. L'État français est condamné en pour pour l'avoir placé dans ce collège mixte sans suivi approprié en dépit de ses antécédents.. Le Collège Cévenol, en difficulté financière depuis une vingtaine d'années, ferme ses portes le vendredi ..
Description
Le , dans un bois proche du Chambon-sur-Lignon, Matthieu M., un pensionnaire du Collège Cévenol, âgé de ., viole et tue une élève du même établissement âgée de presque ., Agnès Marin, après vingt minutes de sévices sous la menace d'un couteau de cuisine., puis brûle son corps. L'affaire connait un énorme retentissement, car le jeune homme est scolarisé bien qu'il ait commis, un an plus tôt, un viol prémédité reposant sur le même mode opératoire.
Sous prétexte de chercher des champignons hallucinogènes dans le bois, à quelques dizaines de mètres du stade, le meurtrier attire sa victime dans un ravin de la forêt accessible directement du parc du collège, et l'attache à un arbre.. Puis il lui porte plusieurs coups avant de la violer et de la battre de nouveau. Agnès tente sans succès de se défendre. et finit par succomber. Ayant trouvé une recharge d'essence à briquet dans le sac de la jeune fille, il la verse sur le corps et y met le feu, nourri avec du bois trouvé sur place, avant de quitter les lieux et de réintégrer l'internat, comptant à l'époque une soixantaine de pensionnaires.. Agnès avait prévenu ses camarades de cette promenade.
Aussi, ayant remarqué son absence à l'étude et au dîner, ses amis commencent à fouiller le domaine du lycée et la forêt voisine malgré l'interdiction du surveillant.. Plusieurs lycéens voient le suspect sortir seul du bois, le visage dissimulé par une écharpe. Plus tard dans la soirée, il fait semblant de participer aux recherches organisées par l'établissement, malgré sa figure striée de griffures infligées par la victime.. , affirme au sujet de la victime le procureur du Puy-en-Velay, René PagisCette affaire est évoquée dans .. Estelle, l'une des meilleures amies d'Agnès, va contribuer par sa déclaration aux gendarmes à compliquer, voire retarder, leur travail de recherche et de reconstitution de son emploi du temps de ce mercredi après-midi. Les élèves ayant quartier libre ce jour-là, la plupart des internes de l'établissement ont l'habitude de descendre au village. Et Estelle raconte qu'elle et Agnès se sont quittées à , car elle lui avait promis de servir cet argument « au cas où ». En réalité, elle ne l'a plus vue depuis le tout début de l'après-midi.
Malgré la mobilisation de et d'un hélicoptère, le corps carbonisé de la victime n'est donc retrouvé que le surlendemain en forêt, à trois kilomètres du collège, suivant les indications de Matthieu passé finalement aux aveux..
Outre les violences sexuelles, l'autopsie révélera dix-sept coups de couteau dans le thorax et à la tête d'Agnès. Son ADN sera retrouvé dans une tache de sang sur le pantalon porté par le meurtrier ce jour-là..
Enquête Quatre jours après le crime, son passé judiciaire est communiqué. Matthieu M. est né le à Nîmes. Son père, Dominique, est formateur en travail social, et sa mère, Sophie, est comptable dans une clinique et conseillère municipale. Il a également deux sœurs cadettes.. Il grandit à Nages-et-Solorgues, village du Gard où, en , soit quinze mois avant l'assassinat d'Agnès Marin, il commet un viol alors qu'il est âgé de . La victime, Julie, et ancienne camarade d'école primaire, est bâillonnée, attachée et violée avec un godemichet. Elle le dénonce le soir même, entraînant son incarcération, ses aveux et sa mise en examen. Malgré la gravité des faits, il ne reste que trois mois en détention : un pédopsychiatre de Montpellier, Claude Aiguesvives, remet en effet un rapport qui lui est favorable. Après sa remise en liberté, validée par quatre expertises psychiatriques, il est placé sous contrôle judiciaire. Pour obtenir sa libération, son père fait valoir qu'il est admis au collège-lycée Cévenol, après avoir essuyé les refus d'inscription auprès de seize autres établissements..
À la suite du scandale provoqué par ces révélations, Philippe Bauwens, directeur du collège-lycée Cévenol, tente maladroitement de défendre sa réputation. Il dit avoir reçu l'adolescent violeur pour un long entretien, avant d'accepter son inscription.. Les parents de la victime assurent qu'il sait que le meurtrier est déjà mis en examen pour viol prémédité avec arme.. Le directeur dément, mais finit par reconnaître que le père de l'adolescent lui a bien . Il prétend lors du procès n'avoir , et ignorer à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).. , prétend-t-il pour se justifier. , dit Jean-Michel Hieaux, le vice-président du lycée..
Pour tenter de se justifier, la PJJ s'abrite derrière une interprétation du secret professionnel.. Comme la direction du lycée, elle évoque le secret de l'instruction et rejette la faute sur la juge des libertés et de la détention chargée de l'affaire du premier viol, qui commet la première des erreurs : ne pas s'opposer au choix des parents du meurtrier concernant cet internat mixte. D'autant que le collège-lycée Cévenol, en grande difficulté financière, accueille des élèves vulnérables car très éloignés de leurs familles et facture par an pour les internes.. Et lorsque l'éducatrice de la PJJ responsable de Matthieu M. remet son rapport validant ce choix, il y est déjà scolarisé depuis deux mois. Par ailleurs, ses parents n'ayant déménagé qu'à une dizaine de kilomètres, il revient à chaque période de vacances dans le Gard où il n'a pourtant plus le droit de séjourner, ce qui révolte sa première victime puisqu'elle le croise.. Quant au suivi psychiatrique du criminel, le procès démontre qu'il est bâclé , puisque confié successivement à une psychiatre lituanienne à peine francophone, puis à un infirmier et enfin à un psychothérapeute sans diplôme chargé de suivre l'adolescent au Collège Cévenol..
Procès La justice joint les deux dossiers dans lesquels l'adolescent est impliqué : ils sont traités par le juge d'instruction du TGI du Puy-en-Velay, François Maury. La famille de Julie, la première victime, demande que les débats se tiennent à huis clos, sauf pour une seule journée du procès où les journalistes peuvent entrer dans la salle d'audience. La mère de Julie précise n'avoir malheureusement pas été surprise en apprenant ce crime et son auteur, ajoutant qu'elle sait qu'il recommencera.
Alors que le ministère public réclame trente ans de prison, écartant déjà la moindre excuse de minorité pour l'accusé., le récidiviste est condamné le à la réclusion criminelle à perpétuité., peine rarissime pour un crime commis avant l'âge de dix-huit ans. La famille d'Agnès ayant obtenu une levée partielle du huis clos, afin d'établir les différentes responsabilités éducatives et judiciaires., la presse suit les débats dans une salle annexe équipée d'un écran géant. Les experts psychiatres qui ont examiné l'inculpé mettent en lumière le profil d'une personnalité psychotique de type schizoïde, avec une perversité étonnante et une dangerosité effrayante.. Lors du réquisitoire, l'avocat général estime que le choix de cet internat mixte, véritable , est .. Le lycée de l'intéressé, faisant preuve d'un , dénonce-t-il.
L'éducatrice de la PJJ chargée du suivi de l'adolescent ne se rend qu'une fois au collège Cévenol, en , plus de trois mois et demi après son admission.. Ne parvenant pas à rencontrer le directeur, celui-ci ayant annulé le rendez-vous pour cause de carnaval organisé dans le lycée, elle ne parle qu'au conseiller d'éducation, qu'elle ne reverra jamais. Selon le responsable du lycée, elle ne l'informe pas du viol avec arme et préméditation pour lequel l'élève est mis en examen... , expliquera-t-elle. Elle ne demande pas à être informée de ce : l'introduction d'alcool fort au sein du lycée. Les enquêteurs découvrent que le dossier disciplinaire du futur meurtrier ne mentionne pas non plus la consultation de sites internet à caractère pédopornographique au centre de documentation du lycée, ce qui lui a pourtant valu une semaine d'exclusion. Et il n'y est pas indiqué que des camarades l'ont vu promener une autre élève en laisse ou passer les mains sous sa jupe au vu de tous.. Lors du procès, l'avocat général relève que l'adolescent a dans l'internat avec une jeune fille, qui est éloignée de sa famille, celle-ci résidant à Tahiti, et qui va fréquemment passer le week-end dans celle de Matthieu dans le Gard.. Deux fois exclu une semaine, ce dernier évite même d'extrême justesse un refus d'inscription pour l'année suivante, lors d'un passage devant le conseil de la vie scolaire en .. Malgré cela, la direction du lycée n'a jamais de contact avec le juge d'instruction chargé du premier viol et n'effectue aucun signalement à la PJJ. Appelé au procès, Jean-Louis Daumas, le directeur central de la PJJ et ancien membre de cabinets ministériels, refuse devant le tribunal de reconnaître des erreurs de son administration, concédant seulement une , mais pas de dans le suivi de l'adolescent.. Lors du procès, il signale que le cabinet du ministre de la justice n'a pas commandé d'inspection.
Le , au lendemain de l'annonce du verdict qui condamne Matthieu M. à perpétuité, les avocates de la défense, maîtres Joëlle Diez et Isabelle Mimran, annoncent qu'elles font appel de cette décision..
Le , les parents d'Agnès Marin portent plainte contre l'État pour « faute lourde » afin de faire la lumière sur les responsabilités de chacun, notamment sur les lacunes du suivi judiciaire du meurtrier. Le juge d'instruction de Nîmes est visé par la plainte. Il a remis en liberté Mathieu M. alors qu'il était incarcéré pour le viol de Julie. Trois ans plus tard, l'État est condamné pour « faute lourde » à verser à la famille d'Agnès Marin.
En , le Conseil supérieur de la magistrature blanchit l'ancienne juge d'instruction de Nîmes, qui libère le futur criminel en ..
À partir du et pour une durée de , Matthieu M. est rejugé en appel à la cour d'assises des mineurs du Puy-de-Dôme à huis clos. Il est âgé de .. Le , la cour d'assises du Puy-de-Dôme confirme en appel la peine de réclusion criminelle à perpétuité, l'assortissant cette fois-ci d'une obligation de soins sans limitation de durée, comme il avait été unanimement demandé, tant par les avocats de la défense que par ceux des parties civiles..
Le , Matthieu M. se pourvoit en cassation, mais le , une de ses avocates, Joëlle Diez, avertit le parquet et la partie civile que le meurtrier et ses parents renoncent au pourvoi en cassation. La condamnation en appel devient définitive..
Depuis, Matthieu M. purge sa peine à la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin)..
Suites L'affaire porte un coup fatal à la réputation du collège Cévenol, déjà en grande difficulté financière depuis plusieurs années. Le , il ferme définitivement ses portes, après d'existence.
En , Sophie et Dominique Moulinas publient un livre, Parents à perpétuité (éditions Flammarion), dans lequel ils reviennent sur le procès, les crimes et la vie de leur fils Matthieu. Cette publication a suscité des protestations des parents d'Agnès Marin contre le fait que, selon eux, les parents de l’auteur du meurtre ..
Dans un jugement rendu le , le tribunal de grande instance de Paris a condamné l'État pour dans la mesure où le juge d'instruction a remis en liberté le meurtrier trop rapidement, sans attendre le rapport de l'expert, sans demander l'avis de la protection judiciaire de la jeunesse, et à cause de son choix de placement inapproprié dans un collège mixte. Il a octroyé aux parents, grands-parents et au frère d'Agnès Marin une indemnisation financière à hauteur de ..
Ouvrage ; J'ai lu, , , .