Les campagnes impériales (turc ottoman : سفر همايون, Sefer-i humāyūn)سفر همايون, en turc ottoman, correspond aux campagnes militaires de Soliman, selon Sami Frashëri dans son livre Kamûs-ül Â'lâm. de Soliman le Magnifique furent un ensemble de campagnes militaires menées par Soliman . Dixième sultan de l'Empire ottoman, il fut appelé Soliman le Magnifique en Occident et le Législateur en Orient (turc : ), pour sa réforme substantielle du système légal ottoman. Pendant son règne de près de 46 ans (le plus long de l'histoire de la dynastie ottomane) de 1520 à son décès en 1566, l'Empire ottoman fut l'État le plus puissant du monde. À son apogée, l'Empire s'étendait de Vienne, en Europe centrale, à la péninsule Arabique, au Moyen-Orient, couvrant plus de de superficie.
Soliman fut proclamé sultan en 1520 à 25 ans, succédant à son père Selim dont il fut l'unique fils. Le début de son règne marqua l'avènement d'une politique d'expansion territoriale pour l'Empire ottoman. En plus des campagnes militaires menées par ses vizirs et amiraux, Soliman commanda lui-même 13 campagnesCertaines sources affirment que Soliman entreprit 14 campagnes au lieu de 13, dans la mesure où Soliman se prépara effectivement pour une campagne contre son fils Şehzade Bayezid en 1559, mais il y renonça lorsque Bayezid décida de se replier en Perse.. La durée totale de ces dernières fut de 10 ans et trois mois. Les détails des huit premières campagnes furent conservés dans le journal que tenait Soliman. Ses deux principaux adversaires tout au long des campagnes qu'il entreprit furent Ferdinand , membre de la maison de Habsbourg (ultérieurement empereur romain germanique), principale opposante à l'avancée des troupes ottomanes en Europe, et Tahmasp , chah de la Perse séfévide. Par ailleurs, la majorité des campagnes de Soliman fut tournée vers l'ouest, cela montrant distinctement l'ambition du sultan de se procurer le plus de territoires possibles au sein du continent européen. Ainsi, en 1521, Soliman captura le bastion chrétien de Belgrade, chose que son arrière grand-père Mehmed le Conquérant ne put réaliser. Puis, en 1526, la bataille de Mohács s'acheva avec la nette défaite du roi de Hongrie Louis II, décédé sur le champ de bataille. En conséquence, la majeure partie du territoire hongrois fut occupée par l'Empire ottoman. Néanmoins, en 1529, Soliman connut un premier revers de taille : les troupes ottomanes, incapables de forcer la résistance autrichienne lors du siège de Vienne, furent forcées de se retirer. La bataille marqua l'avancée extrême des Ottomans en Europe centrale. En effet, bien que l'Empire ottoman étendit son territoire à l'ouest dans les années qui suivirent, de 1529 à 1566, aucune des victoires subséquentes n'eut un impact suffisant pour légitimer et sécuriser totalement les nouvelles conquêtes ottomanes. En Orient, les conflits avec la dynastie perse séfévide tournèrent en faveur des Ottomans. Ainsi, par ses victoires, Soliman put annexer la majeure partie du Moyen-Orient. Sous son règne, les Ottomans annexèrent également de grandes portions de l'Afrique du Nord, s'étendant de l'eyalet d'Égypte déjà conquis en 1517, à la régence d'Alger, instaurée lors de la capture de la ville par Barberousse en 1525. En 1551, Soliman s'emparera également de la Tripolitaine, lors de la victoire ottomane lors du siège de Tripoli, contre les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. En outre, le règne du sultan fut également marqué par la domination qu'exerçait la marine ottomane, menée notamment par l'amiral Hayreddin Barberousse, sur la mer Méditerranée, la mer Rouge, et le golfe Persique.
En , Soliman, sultan de l'Empire ottoman pour près de 46 ans, se préparait pour son ultime campagne. Bien qu'ayant presque 72 ans et étant considérablement affaibli, au point qu'il dût effectuer le trajet alité, Soliman commanda théoriquement sa treizième expédition militaire. Le , Soliman quitta Constantinople à la tête de l'une des plus grandes armées qu'il eut jamais commandé. Au cours de la campagne, le campement ottoman à Siklós fut attaqué par Nikola Šubić Zrinski, ce qui poussa Soliman à assiéger la forteresse de ce dernier, à Szigetvár. Cette décision fut lourde de conséquences, dans la mesure où elle détourna l'avancée ottomane vers Vienne cette année-là. Finalement, bien que le siège se soit soldé par une victoire turque, les lourdes pertes subies lors de la bataille (pourtant contre des défenseurs presque dix fois moins nombreux), et surtout le décès de Soliman dans sa tente de causes naturelles poussèrent le grand vizir Sokollu Mehmed Pacha à avorter la campagne, devant retourner à Constantinople pour l'investiture du nouveau sultan Sélim II.
Peu de temps après le décès de Soliman, l'Empire ottoman bascula dans une période de stagnation. Bien que le règne du sultan ait été avant tout synonyme de grands accomplissements militaires, l'époque signala également l'apparition de pratiques teintes de corruption, qui furent pour la majeure partie responsables du début de la longue période de décadence que connaîtra l'Empire par la suite. Enfin, il est communément accepté que le règne de Soliman correspondit à l'apogée de la puissance économique, militaire, politique et culturelle de l'Empire ottoman, les treize campagnes militaires entreprises par le sultan ayant considérablement contribué à cela.
Campagnes Légende
# Campagne Dates Notes Image1 Belgrade –Filibe (Plovdiv)–Niš–Belgrade–Semendire (Smederevo)Menés par Soliman, les Ottomans se préparèrent pour prendre la ville de Belgrade, chose que l'arrière grand-père du sultan Mehmed le Conquérant ne put réaliser. Disposant d'une garnison de seulement , et sans aucune aide de la Hongrie, Belgrade tomba en .Belgrade au .2Rhodes –Kütahya–Denizli–Rhodes–AlaşehirLe siège de Rhodes fut la seconde tentative des Ottomans d'expulser les Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem de l'île qui leur servait de bastion. La victoire ottomane à l'issue du siège signala le début de la domination ottomane sur le Bassin Levantin. À l'été 1522, Soliman déploya une flotte de 400 navires, tout en menant personnellement une armée de à travers l'Asie mineure. Les Chevaliers, en infériorité numérique considérable, capitulèrent le , au bout d'un siège de cinq mois. Néanmoins, Soliman, après négociation avec le grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, permit à l'Ordre de quitter l'île.Le siège de Rhodes.3Mohács –Belgrade–Peterwardein (Petrovaradin)–Eszek (Osijek)–Mohács–Ofen (Buda)–Szegedin (Szeged)–Bécse (Bečej)Le , les forces hongroises menées par le roi Louis II furent défaites à la bataille de Mohács par les forces ottomanes du sultan Soliman. Louis fut tué pendant la bataille, ce qui mit fin à l'indépendance du royaume de Hongrie, puisqu'il mourut sans héritier. La Hongrie et la Croatie devirent alors des territoires disputés entre les Habsbourg d'Autriche et les Ottomans. L'empereur Ferdinand de Habsbourg, frère de Charles Quint, prit comme épouse la fille de Louis II, et fut élu roi par la noblesse de Hongrie et de Croatie. Néanmoins, Soliman désigna le prince de Transylvanie Jean Zápolya comme souverain. Après que la résistance hongroise se fut effondrée, l'Empire ottoman devint la puissance dominante en Europe du Sud-Est.La bataille de Mohács.4 Vienne –Mohács–Ofen (Buda)–Komorn (Komárom)–Győr–VienneLa première tentative des Ottomans pour prendre Vienne échoua en 1529. Menés par Charles V et son frère Ferdinand, les Habsbourg prirent Buda à Jean Zapolya, mais tous les gains de cette campagne furent perdus dès 1529 à la suite d'une contre-attaque ottomane. La même année, Soliman assiégea Vienne, et bien qu'il ne parvienne pas à s'en emparer, cette date marqua l'apogée de la puissance ottomane et de son extension en Europe centrale. La campagne de Vienne peut également être vue comme un succès pour les Turcs, dans la mesure où Jean Zápolya put conserver son titre de roi de Hongrie, en tant que vassal de l'Empire ottoman et ce, jusqu'à son décèsEncyclopaedia Britannica, Expo 70 ed., Vol 21, . Le siège de Vienne.5Güns (Kőszeg) –Eszek (Osijek)–Babócsa–Rum–Styria–Güns (Kőszeg)–Pettau (Ptuj)–Varaždin–PožegaLes Ottomans essayèrent à nouveau de prendre Vienne en 1532, mais leur tentative échoua une seconde fois. Après que Soliman eut traversé la Drave à Osijek au lieu d'emprunter la route habituelle vers Vienne, il se dirigea vers l'ouest et pénétra dans le territoire hongrois, alors occupé par Ferdinand. Soliman s'empara d'abord de quelques villages, puis il décida d'assiéger la ville de Güns (Kőszeg), à proximité de la frontière autrichienne. Selon certains historiens, les Turcs furent repoussés par les forces hongro-croates. Certains affirment plutôt que le baron croate Nikola Jurišić, commandant de la ville, accepta de se rendre aux forces ottomanes, après avoir accepté des termes proposés par Soliman lui étant favorables. Malgré tout, les Ottomans se retirèrent au bout du siège, à l'arrivée des pluies d'août.