Le coup d'État du en Égypte est mené par les forces armées égyptiennes contre le président Mohamed Morsi, élu un an plus tôt à l'issue de la transition après la révolution égyptienne de 2011.

Le , un an après l'élection du président égyptien Mohamed Morsi, 14 millionsLes chiffres mentionnés les plus fréquemment par les sources de presse sont 17 et 14 millions. D'autres sources de presse annoncent entre 30 et 33 millions de manifestants mais une analyse rapide montre que ces chiffres sont irréalistes : . de manifestants à travers l'Égypte selon le porte-parole du Conseil suprême des Forces armées descendent dans les rues et appellent à la démission du président . Le lendemain, le CSFA, dirigé par le général et ministre de la Défense Abdel Fattah al-Sissi, donne 48 heures au président Morsi pour prendre les mesures nécessaires au rétablissement de la stabilité. Le , en début de soirée, le CSFA ordonne et arrête le président Morsi et déclare qu'il n'est plus le président de l'Égypte à partir de cette date.

Contexte En , le président Hosni Moubarak quitte le pouvoir après 18 jours de manifestations intensives, mettant ainsi fin à ses 29 ans de règne sur l'Égypte. L'armée s'empare alors des pouvoirs législatif et exécutif. Le mois suivant, les Égyptiens valident par référendum une réforme de la Constitution qui prévoit une transition rapide vers un pouvoir civil élu. En , de nouvelles violences éclatent, faisant plusieurs morts et conduisant l'armée à accélérer le transfert du pouvoir.

Lors des élections législatives de 2011-2012, les islamistes remportent la majorité des sièges. , à l'issue du second tour, Mohamed Morsi remporte l'élection présidentielle et devient ainsi le premier président du pays élu au suffrage universel dans une élection libre avec 51,7 % des voix face à Ahmed Chafik, ancien Premier ministre de Moubarak . ..

Le nouveau chef de l'État ne parvient pas à résoudre les problèmes que rencontre le pays et est vivement contesté, à la fin de l'année 2012, à la suite d'une déclaration constitutionnelle lui conférant la possibilité de légiférer par décret et d'annuler des décisions de justice en cours. Il fait ensuite adopter une modification de la Constitution qui, selon l'opposition, ouvre la voie à des interprétations rigoristes de l'islam et offre peu de garanties pour certaines libertés.

Un an après son arrivée au pouvoir, le président Morsi est massivement contesté par l'opposition qui regroupe diverses factions entre laïcs de gauche, anciens partisans du régime de Moubarak et des groupes révolutionnaires, dont notamment le groupe Tamarod () formé en qui lance une pétition exigeant le départ du président Morsi et obtient plus de 22 millions de signatures. Une partie de la population reproche à Mohamed Morsi une dérive dictatoriale et une politique menée dans le seul intérêt de son organisation, les Frères musulmans. Après des rassemblements massifs dans tout le pays, l'armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Sissi, lance un ultimatum le . Celui-ci est rejeté le lendemain par Mohamed Morsi qui défend sa légitimité en soulignant qu'il a été élu démocratiquement, avec 52 % des voix. Cependant, selon des observateurs, l'ultimatum a été lancé dès le mois d', par la coalition des opposants, alors que la situation économique était au plus mal.

Atef Saïd, chercheur en sociologie politique à l’université du Michigan et avocat égyptien des droits de l’homme, a publié une analyse des décisions politiques souvent contradictoires du gouvernement de Morsi qui s'expliquent par le désir d'assurer à tous les niveaux de l'État et de l'économie des places aux Frères musulmans.

Lors d'une conférence tenue le , Morsi appelle à une intervention égyptienne dans la guerre civile syrienne. L'armée refuse de s'impliquer dans cette guerre, expliquant que son rôle consiste uniquement à protéger les frontières égyptiennes. Bien que la constitution égyptienne déclare le président chef suprême des forces armées, ces dernières sont indépendantes du contrôle civil .. Le vendredi , des manifestations contre le président Morsi s'étendent à travers les villes égyptiennes — dont Le Caire, Alexandrie, Daqahliyah, Gharbeya et Assouan — comme des prochaines grandes manifestations attendues le . Des soutiens de Morsi manifestent également à .

Le mouvement Tamarod jusqu'à la destitution du président Morsi

Tamarod ou Tamarrud (تمرد, « rébellion ») a été l'un des déclencheurs des manifestations égyptiennes populaires de juin et qui ont précédé la destitution du président égyptien le . Il s'agit d'un mouvement populaire qui a été fondé par 5 activistes opposants au régime le , dans le but d'obtenir l'organisation d'une élection présidentielle anticipée. Leur but visait à réunir 15 millions de signatures (noms, adresses et numéros de cartes d'identité) au , jour anniversaire d'un an de présence au pouvoir du président.

De nombreux relais bénévoles se sont mis en place pour la récolte des signatures dans les rues, les places, aux feux routiers, sur les places de travail, dans les transports publics, les universités, les quartiers des villes égyptiennes. Lors d'une interview, Naguib Sawiris, chrétien copte et homme d'affaires influent, a déclaré à Reuters qu'il a supporté le mouvement grâce à sa station de télévision et son journal Al-Masri Al-Youm et les trois partis libres égyptiens qu'il avait fondés..

Le porte-parole du mouvement, Mahmoud Badr. annonce le le résultat de la pétition : signatures. Les listes ont été remises à la Haute Cour constitutionnelle comme preuves de la légitimité du mouvement.

Le mouvement lance alors un ultimatum au président Morsi en demandant sa démission avant le . Il soutiendrait le cas échéant l'intérim de Maher el-Beheiri, ancien président de la Haute Cour constitutionnelle. En cas de refus du président Morsi, une campagne de désobéissance civile serait initiée..

Le , des manifestations massives ont lieu dans tout le pays contre le pouvoir et pour la démission du présidentÉgypte, manifestations massives contre le pouvoir, Le Monde en ligne, juillet 2013. L'armée estime à le nombre de manifestants anti-Morsi a déclaré à l'AFP une source militaire, qui a ajouté . La coalition de l'opposition égyptienne appelle les manifestants à rester dans la rue jusqu'à la démission du régime « dictatorial » du président Morsi, accusé de gouverner au seul profit des islamistes et de laisser l'économie s'effondrer.. Le , plusieurs membres du gouvernement démissionnent.

Le , le parti salafiste Nour lance un « appel salafiste ». avec trois revendications majeures : la tenue d'élections anticipées, la formation d'un gouvernement technocratique et la formation d'un comité chargé de l'examen des amendements constitutionnels.

Compte tenu de la gravité, de la dégradation de la situation et de la violence qui s'installe entre les pro et anti-Morsi, malgré le déploiement des forces policières et militaires, le chef d'état-major de l'armée égyptienne donne 48 heures aux forces en conflit pour trouver un accord, à défaut de quoi une « feuille de route » sera imposée par l'armée qui précise « qu'elle ne veut pas s'impliquer dans la politique du pays ou dans le gouvernement »..

Les supporters du mouvement Tamarod

En plus d'un nombre important de citoyens égyptiens, le mouvement Tamarod est soutenu par les groupes ou partis Shayfeencom, le mouvement Kefaya, le Front du Salut nationalÉgypte: un "Front de salut national" créé par l'opposition, IRIB en ligne, 25 novembre 2012 et le mouvement de la Jeunesse du 6-Avril. Nabil Naem, un ancien responsable du jihad islamique égyptien se joint aux manifestations. et le parti modéré islamiste fondé par Abdel Moneim Abul Fotouh (Parti pour une Égypte forte, Strong Egypt Party) déclare qu'il soutient le mouvement et demande le des élections anticipées tout en redoutant un coup d'État militaire. Ce parti ne fera pas partie de la coalition qui renversera le présidentStrong Egypt Party supports protest on 30 June, opposes military coup Al-Ahram online, 18 juin 2013 .

El-Baradei, un des leaders du Front du Salut national (FSN) annonce que les anciens membres du Parti national démocratique (PND), dissous en , seraient acceptés sous la condition .

Les opposants au mouvement Tamarod

Les supporters du président ou ex-président Morsi, dont les membres de la confrérie des Frères musulmans et toutes les autres organisations islamistes lancent deux contre-campagnes appelées Mu'ayyed (supporters) et Tagarrod (impartialité) et réunissent 11 millions de signatures en faveur de Mohamed Morsi le . Certains d'entre eux critiquent vivement le mouvement Tamarod en dénonçant une manipulation de la volonté du peuple et lui reprochent d'être au service des forces de la contre-révolution qui soutiennent l'ancien régime Moubarak.

Déroulement des évènements

Juin

vignette|Manifestants anti-Morsi le 28 juin 2013 au Caire vignette|Femmes manifestant pour réclamer le départ de Mohamed Morsi

Le , des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent place Tahrir, au Caire, et aux alentours du palais présidentiel, tandis que d'autres manifestations se tiennent dans les villes d'Alexandrie, Port-Saïd et Suez. Initialement pacifiques, celles-ci deviennent violentes après la mort d'opposants à Morsi. Le , le quartier général des Frères musulmans au pouvoir est pris par les manifestants et dans le même temps, plusieurs ministres annoncent leur démission. L'armée égyptienne met fin aux fonctions de Mohamed Morsi le , et annonce la tenue prochaine d'élections présidentielle et législatives. Adli Mansour est nommé président par intérim.

Agressions sexuelles et viols

Lors des manifestations, 91 agressions sexuelles ou viols (vêtements arrachés, attouchements, viols collectifs) ont été recensées sur ou aux alentours de la place Tahrir entre le et le . Certaines femmes ont été « battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises, et attaquées avec des couteaux.. »

Juillet thumb|Le général al-Sissi annonce lors d'une allocution télévisée, durant la nuit du 3 juillet 2013, la destitution du président Morsi .

Le , à l'expiration de l'ultimatum, l'armée prend position dans les rues du Caire et s'empare notamment de la télévision publique, tandis que les pro et les anti-Morsi s'assemblent sur les places. Des blindés sont déployés. À , heure du Caire, le général al-Sissi, entouré d'officiers et de l'ensemble des opposants à Mohamed Morsi, dont des salafistes, Mohamed El Baradei et des dignitaires religieux coptes (le pape Tawadros II) et sunnites, prend la parole à la télévision. Il annonce la destitution de Mohamed Morsi et son remplacement par le président de la Haute Cour constitutionnelle, la suspension de la Constitution et la tenue d'élections présidentielle et législatives . Le , on apprend que Mohamed Morsi est détenu par l'armée et que des mandats d'arrêt sont émis à l'encontre des dirigeants des Frères musulmans, tandis qu’Adli Mansour prête serment comme président par intérim Égypte : Morsi retenu par l'armée, le juge Mansour prête serment, Le monde, 4 juillet 2013.. Mohamed Badie, le chef des Frères musulmans dénonce un et le retour à l'État . Pour lui, le coup d'État du signifie la fin de la démocratie en Égypte.. Cependant, le président égyptien par intérim déclare que les frères musulmans sont une partie de l'Égypte et qu'il y aurait dans les six mois de nouvelles élections libres auxquelles , y compris les frères musulmans..