thumb|Petit roque du roi blanc (en e1) : on déplace le roi de deux cases vers la tour en h1 qui arrive en g1, et on place la tour derrière en f1.

Le roque est un déplacement spécial au jeu d'échecs. Il consiste à déplacer le roi de deux cases vers une des tours, et à placer cette tour derrière le roi. Ainsi, le roque permet, en un seul coup, de mettre le roi à l'abri tout en centralisant une tour, ce qui permet par la même occasion de mobiliser rapidement cette dernière. Il s'agit du seul coup légal permettant de déplacer deux pièces, sans respecter le déplacement classique du roi et de la tour de surcroît. On distingue le petit roque quand le roi se déplace vers la tour la plus proche (voir figure) et le grand roque quand le roi se déplace vers la tour la plus éloignée.

Étymologie Le mot « roque » vient du mot persan pour char, l'ancien nom de la tour, « roukh » (), également à l'origine du nom anglais de la tour, « ».

Historique Le roque trouve son origine dans le saut du roi. Il existait deux formes de ce saut : soit le roi se déplaçait une fois comme un cavalier, soit il avançait de deux cases lors de son premier coup. Le déplacement du roi en forme de cavalier pouvait être utilisé tôt dans la partie pour mettre le roi en sécurité ou plus tard pour échapper à une menace. Cette seconde forme était jouée en Europe dès le . En Afrique du Nord, le roi était transféré à une case sûre par une procédure en deux mouvements : le roi se déplaçait sur la deuxième rangée du joueur, puis la tour et le roi échangeaient leurs places initiales.

Différentes formes de roque se sont développées avec la diffusion des règles au cours des , ce qui a augmenté la puissance de la dame et du fou, leur permettant d'attaquer à distance et des deux côtés de l'échiquier, renforçant ainsi l'importance de la sécurité du roi.

La règle du roque a varié selon les lieux et les époques. Dans l'Angleterre, l'Espagne et la France médiévales, le roi blanc pouvait sauter vers les cases c1, c2, d3, e3, f3 ou g1, à condition qu'aucune capture n'ait lieu et que le roi ne soit pas en échec et ne traverse pas une case menacée ; le roi noir pouvait se déplacer de manière analogue. En Lombardie, le roi blanc pouvait également sauter vers a2, b1 ou h1, avec des cases correspondantes pour le roi noir. Plus tard, en Allemagne et en Italie, la règle fut modifiée de sorte que le déplacement du roi soit accompagné d'un mouvement de pion.

Dans le Manuscrit de Göttingen (vers 1500) et dans une partie publiée par Luis Ramírez Lucena en 1498, le roque consistait à déplacer la tour, puis à déplacer le roi lors de deux mouvements séparés.

La version actuelle du roque a été établie en France en 1620 et en Angleterre en 1640. Elle permet de combiner le déplacement de la tour et le saut du roi en un seul mouvement.

À Rome, du début du jusqu'à la fin du , la tour pouvait être placée sur n'importe quelle case, y compris celle du roi, et le roi pouvait être déplacé sur n'importe quelle case de l'autre côté de la tour. Cela s'appelait le roque libre.

Dans l'édition de 1811 de son traité sur les échecs, Johann Allgaier a introduit la notation 0-0. Il distinguait entre 0-0r (à droite) et 0-0l (à gauche). La notation 0-0-0 pour le roque du côté de la dame a été introduite en 1837 par Aaron Alexandre. Cette pratique fut adoptée dans la première édition (1843) de l'influent Handbuch des Schachspiels et est rapidement devenue la norme. Dans la notation descriptive anglaise, le mot "Castles" (roque) était initialement écrit en toutes lettres, avec "K's R" ou "Q's R" pour désambiguïser si nécessaire ; finalement, la notation 0-0 et 0-0-0 fut empruntée au système algébrique.

Principe Il s'agit de déplacer horizontalement le roi, sans qu'il ait encore bougé durant la partie, de deux cases vers l'une des deux tours du même camp et de placer la tour la plus proche du Roi, sur la case qu'il touche dans le sens contraire de son déplacementRègles du jeu d'échecs de la Fédération internationale des échecs, article 3.8.a (3.8.ii dans les règles originales en anglais). On parle de petit roque lorsque le roi et la tour (colonne h) ne sont séparés que par deux cases (sur l'aile roi), et de grand roque, lorsque les deux pièces sont séparées par trois cases (sur l'aile dame - tour sur la colonne a).

En notation algébrique, le petit roque se note 0-0 et le grand roque se note 0-0-0.

Petit roque Le Roi blanc se déplace de deux cases en direction de la tour, et la tour se place immédiatement à gauche du Roi. Dans cette situation, le roque noir est provisoirement interdit car il y a une pièce (le cavalier g8) entre le roi (e8) et la tour (h8).

Coups précédents : 1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fc4 Fc5Positions initiale et finale

Grand roque Le grand roque s'effectue de la même manière que le petit roque : le roi avance de deux cases en direction de la tour (en a1 ou en a8), et cette dernière se place de l'autre côté du roi. (Cet exemple permet deux roques : un grand roque blanc et un petit roque noir.)

Coups précédents : 1. e4 e5 2. Cc3 Cc6 3. b3 Fc5 4. Fb2 d6 5. De2 Cf6Positions initiale et finale

Règles concernant le roque Conditions pour roquer

Le roque nécessite plusieurs conditions : toutes les cases qui séparent le roi de la tour doivent être videsRègles du jeu d'échecs de la FIDE, article 3.8.b.2.b (3.8.2.b dans les règles originales en anglais). Par conséquent, il n'est pas permis de prendre une pièce adverse en roquant ; ni le roi, ni la tour ne doivent avoir quitté leur position initiale. Par conséquent, le roi et la tour doivent être dans la première rangée du joueurCette règle a été ajoutée aux règles de la Fédération internationale des échecs en 1972 : Sans cette règle, il aurait été légal de promouvoir un pion sur la colonne e en tour, puis d'effectuer un roque verticalement. Ce roque spécial a été découvert par Max Pam et utilisé par Tim Krabbé dans un problème d'échecs avant que les règles n'aient été modifiées pour l'interdire., et chaque camp ne peut roquer qu'une seule fois par partieRègles du jeu d'échecs de la FIDE, article 3.8.b.1 (3.8.2.a dans les règles originales en anglais) ; en revanche, le roi peut déjà avoir subi des échecs, s'il s'est soustrait à ceux-ci sans se déplacer. aucune des cases (de départ, de passage ou d'arrivée) par lesquelles transite le roi lors du roque ne doit être contrôlée par une pièce adverseRègles du jeu d'échecs de la FIDE, article 3.8.b.2.a (3.8.2.a dans les règles originales en anglais). Par conséquent, le roque n'est pas possible si le roi est en échec. Dans la situation de la figure de droite, les Blancs ne peuvent pas roquer puisque le fou noir en a6 (voir notation algébrique) menace la case f1 (symbolisée par la croix rouge) par laquelle le roi devrait transiter pour faire son roque. En revanche la tour, ainsi que sa case adjacente dans le cas du grand roque, peuvent être menacées.

Exécution Comme tous les coups, le roque doit s'effectuer avec une seule main. Pour éviter toute contestation, le roque s'exécute en déplaçant d'abord le roi, et seulement ensuite la tour. Si un joueur roque en déplaçant la tour en premier, son adversaire peut considérer que ce dernier déplace la tour et est en droit d'invoquer la règle « pièce touchée, pièce jouée » et de l'obliger à déplacer uniquement cette dernière, lui interdisant alors de roquer de ce côtéRègles du jeu d'échecs de la FIDE, article 4.4.b.

Si un joueur touche volontairement son roi puis sa tour mais n'a pas le droit de roquer de ce côté, il doit jouer un coup de roi (il peut s'il en a le droit roquer de l'autre côté). S'il n'a aucun coup de roi légal à sa disposition, il est libre d'effectuer tout autre coup légalRègles du jeu d'échecs de la FIDE, article 4.4.c.

Stratégie Utilité du roque et définition du moment idéal pour roquer Dans son livre Murir son style par l'exemple, Jeremy Silman rappelle vigoureusement l'utilité du roque. Il compare le roi à des présidents américains (Bush, Johnson ou Nixon) qui n'ont pas combattu eux-mêmes durant les guerres qu'ils ont menées en Irak ou au Viêt-Nam :

Il en est selon Silman de même aux échecs : en restant à leur place d'origine, les rois restreignent la circulation des tours et font une cible facile en cas d'ouverture des colonnes centrales, il est donc plus prudent de mettre cette pièce essentielle en sécurité jusqu'à ce que les risques soient réduits. Le roi est plus en sécurité dans son roque car il est plus difficilement visé par les pièces de l'adversaire et les attaques frontales lui sont évitées par la barrière de pions.

Il n'est pas possible de donner une règle générale pour savoir à quel moment roquer, en particulier dans une partie où des complications naissent dès l'ouverture et où ce coup peut sembler une perte de temps. Le moment idéal pour roquer dépend de la position, mais il est néanmoins nécessaire de ne pas se car laisser le roi au centre, où il est facilement attaquable, est une faiblesse sérieuse. Il faut donc roquer le plus vite possible, dès que l'occasion se présente. Cependant, il peut être aussi profitable de laisser planer un doute crédible pour son choix entre grand et petit roque... voire carrément d'y renoncer, le roi pouvant parfois rester parfaitement en sécurité au centre.

En exemple, voici une partie illustrative disputée entre Radzinski et Alekhine (ce dernier avec les Noirs) où le roi noir est resté en sécurité au centre et où le retard de roque des Blancs a entraîné pour eux la perte de la partie, leur adversaire disposant des moyens d'en profiter :

1. e4 e5 2. Cf3 d6 3. Fc4 Cc6 4. c3 Fg4 5. Db3? Dd7 6. Cg5 Ch6 7. Fxf7+ Cxf7 8. Cxf7 Dxf7 9. Dxb7 Rd7! 10. Dxa8 Dc4 11. f3 Fxf3! 12. gxf3 Cd4! 13. d3 (13. cxd4? Dxc1+ 14. Re2 Dxh1 donne l'avantage aux Noirs) 13...Dxd3 14. cxd4 Fe7! 15. Dxh8 Fh4 0-1Le Courrier Des Echecs, revue mensuelle d'échecs par correspondance, n° 460, février 1997, p. 37..

Raisons qui peuvent retarder ou empêcher le roque Erreurs stratégiques Plusieurs raisons peuvent faire qu'un joueur repousse le moment de roquer pendant l'ouverture. La première est un retard de développement des pièces. Cela arrive quand, dans l'ouverture, un des joueurs, au lieu d'assurer ce développement, joue des coups de pion inutiles ou fait jouer plusieurs fois une pièce déjà développée. Un exemple de l'exploitation de cette situation se trouve dans la partie intitulée Mat de Legal. La seconde sera un trop fort appétit pour les pions : un joueur cherchera à prendre les pions de l'adversaire et en oubliera de développer ses propres pièces. C'est par exemple, selon Alexandre Kotov, ce qui arrive dans la Partie immortelle. Il est néanmoins difficile de connaître la limite entre le pion qu'on peut prendre sans risque et celui dont la prise offre à l'adversaire la possibilité d'attaquer. La dernière raison est une : un mauvais plan de développement des pièces peut permettre à l'adversaire d'activer son jeu. Devant parer les menaces, le joueur qui a fait de mauvais choix devra retarder la mise en sécurité de son roi.

L'attaque sur un roi qui n'a pas roqué est très fréquente et débouche souvent sur la victoire. Néanmoins le fait que l'adversaire n'ait pas roqué n'est en général que temporaire, c'est pourquoi, dans la plupart des cas, il faut l'attaquer de manière rapide pour profiter de cet avantage.

Choix défensif

Dans une position où le centre est fermé, le fait de ne pas avoir roqué, comme tout retard de développement, se fait moins sentir car il est difficile pour les pièces adverses de s'infiltrer dans la position. C'est par exemple le cas d'une ligne de la variante Portish-Hook de la défense française (qui fait partie de la variante Winaver) : 1. e4 e6 2.d4 d5 3.Cc3 Fb4 4.e5 c5 5.a3 Fxc3+ 6.bxc3 Da5 7.Fd2 Da4 8.Dg4. Ici la réponse 8... Rf8 qui évite de créer des faiblesses sans amenuiser les chances d'égalisation est préférable à 8... g6 qui conserve la possibilité de roquer.