L'histoire de l'Acadie française débute officiellement en 1604 lorsque le Français Pierre Dugua de Mons, accompagné de Samuel de Champlain, qui y participe en tant qu’explorateur, géographe et cartographe, et de Jean de Poutrincourt, fonde la colonie, à l'île Sainte-Croix ; l'année suivante la colonie est déplacée à Port-Royal, dû aux conditions hostiles. L'arrivée des Européens change complètement le mode de vie des Amérindiens alors qu'un certains métissage a lieu avec les Acadiens, en plus d'une influence culturelle réciproque. L'Acadie soufre dès sa fondation de sa position stratégique entre le Canada et la Nouvelle-Angleterre. En plus des guerres civiles entre seigneurs, les attaques britanniques culminent par la conquête en 1710, officialisée par le traité d'Utrecht en 1713. L'Acadie anglaise est le nom donné à la période suivante.

Origines

Toponyme

vignette|upright=0.5|Giovanni da Verazzano L'origine du toponyme Acadie n'est pas certaine mais il semble qu'il est utilisé pour la première fois en 1524 par l'explorateur Giovani da Verrazano sous la forme Arcadie, du nom d'une région de Grèce, par allusion à la beauté de ses arbres. . Le nom est en fait appliqué à la région de l'actuelle ville de Washington mais, par suite des contacts de plus en plus fréquents avec les Amérindiens, la lettre « r » est oubliée alors que le toponyme est appliqué au territoire actuel. Il se pourrait aussi que le toponyme provienne directement de langues amérindiennes, notamment du micmac Cadie, ce qui signifie terre fertile.

Premières tentatives En Nouvelle-France, le libre commerce est déjà implanté dans le secteur de la pêche et de la fourrure mais ses acteurs s'intéressent plus au profit qu'à la colonisation. À l'opposé, l'imposition d'un monopole commercial favorise une seule personne qui se voit par contre imposer des obligations, telles que la colonisation. La France est alors aux prises avec de nombreux problèmes internes et des projets dans des lieux éloignés comme l'Acadie, semblant peu rentables, ne sont pas considérés comme une priorité ; le gouvernement décide donc d'accorder le monopole à des compagnies. Le résultat est presque nul : le commerce se limite essentiellement à la fourrure et à la morue, les commerçants s'opposent au monopole et ses détenteurs luttent entre eux. La politique coloniale française n'est de toute manière pas clairement définie avant la fin du .

Le commerce et la circulation maritime font l'objet de tensions entre la France et l'Angleterre, dont les zones de pêche se recoupent en Acadie ; la colonie devient au fil du temps le théâtre d'affrontements entre les deux puissances.

Ainsi donc, malgré la guerre, le roi Henri IV de France accorde en 1598 des lettres patentes à Troilus de Mesgouez. Ce dernier fonde une colonie à l'île de Sable : c'est un échec et seuls 12 colons sont toujours en vie en 1603. La colonie de Tadoussac, fondée en 1600 par Pierre de Chauvin, est elle aussi un échec. Aymar de Chaste obtient le monopole de la Nouvelle-France, aussi en 1603. Il commande l'expédition de François Gravé, qui ne fonde aucun établissement mais qui se rend jusqu'à Hochelaga, l'actuelle Montréal.

Île Sainte-Croix, Port-Royal et Saint-Sauveur Le Huguenot Pierre Dugua de Mons obtient, à l'automne 1603, le monopole de la Nouvelle-France pour une décennie. Il s'associe à des marchands de Rouen, Saint-Malo et La Rochelle. Il s'embarque au printemps 1604 avec une soixantaine de colons et des officiers comme François Gravé, Jean de Poutrincourt et Samuel de Champlain ; ce dernier est le principal responsable du choix de l'établissement en Acadie.

La flotte se regroupe à Port-au-Mouton en juin et, après avoir contourné le cap de Sable, explore le littoral de la baie française, l'actuelle baie de Fundy. L'île Sainte-Croix est choisie pour l'implantation de la colonie, et deux bateaux chargés de fourrures, avec à leur bord Poutrincourt, sont envoyés en France. Champlain, à la recherche de métaux précieux, repart explorer le littoral jusqu'à l'arrivée de l'hiver ; il ne trouve aucune mine mais explore toutes les côtes jusqu'au fleuve Pentagouët , la frontière Ouest de la colonie.

Le scorbut emporte la moitié de la population lors du premier hiver ; l'île Sainte-Croix fut choisie pour ses capacités de défense mais son isolement rend la survie difficile. Parti chercher des vivres, François Gravé ne retourne que vers la mi-juin, accompagné de 36 hommes. Champlain poursuit son exploration : il remonte le cours de la rivière Kennebec et se rend jusqu'au cap Cod, site de l'actuelle ville de Boston. Manquant de vivres, il retourne à l'île Sainte-Croix. Les habitations sont démontées et réinstallées à Port-Royal, sur la rive opposée de la baie de Fundy. De Mons retourne en France et François Gravé prend la tête des 40 colons.

Le deuxième hiver est plus clément et les colons obtiennent des fourrures et de la viande des Amérindiens ; le scorbut tue quand même 12 personnes. Les ravitaillements arrivent en juillet, sur un bateau comptant comme passagers Poutrincourt, l'apothicaire Louis Hébert, l'avocat et écrivain Marc Lescarbot ainsi que Claude de Saint-Étienne de la Tour et son fils Charles. Des grains sont plantés et dès la récolte, en septembre, Poutrincourt et Champlain retournent au cap Cod afin de trouver un site plus accueillant mais n'explorent que quelques kilomètres de plus qu'en 1604. L'hiver de 1606 à 1607 est très agréable car la température est plus douce, la nourriture est abondante. Marc Lescarbot présente Le Théâtre de Neptune, la première pièce de théâtre nord-américaine et Champlain crée l'Ordre du Bon-Temps, le premier club social.

De Mons néglige le commerce des fourrures. Les plaintes de marchands français oubliés lors de l'attribution du monopole incitent le roi à le révoquer avant échéance en 1607. Incapable de rentabiliser la colonie, De Mons rapporte la plupart des colons en France.

La ville de Jamestown, en Virginie, est fondée en 1607 par les Anglais ; Jametown précède Port-Royal en tant que colonie viable. Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain concentrent ensuite leurs efforts sur la vallée du fleuve Saint-Laurent, avantagée par sa géographie, ses ressources en fourrures et ou les relations avec les Amérindiens sont plus structurées. La ville de Québec y est fondée en 1608 et les efforts de colonisation des français sont désormais concentrés dans cette nouvelle colonie du Canada. L'Acadie, tout en restant une partie de la Nouvelle-France, connaît dès lors un développement différent. L'Acadie se trouve en fait menacée par sa position géographique, étant située à l'entrée du fleuve Saint-Laurent, entre les Grands Bancs et les colonies anglaises. D'ailleurs, la charte de la Virginie comprend tout le littoral jusqu'au parallèle nord, comprenant donc une bonne partie de l'Acadie, notamment Port-Royal.

Jean de Poutrincourt, qui avait obtenu la concession de Port-Royal en 1604, revient en Acadie en 1610 avec le titre de gouverneur. Il est accompagné de plusieurs colons et artisans, dont son fils Charles, Louis Hébert, les La Tour père et fils et le prêtre Jessé Fléché. La concurrence avec le Canada devient de plus en plus forte, les hivers sont difficiles et le ravitaillement insuffisant ; Port-Royal ne connaît en fait aucune évolution durant trois ans. Cédant aux demandes du roi et de certaines personnalités telles qu'Antoinette de Pons, Poutrincourt fait venir deux jésuites, Pierre Biard et Énemond Massé. Ils arrivent en 1611 accompagnés d'une soixantaine de colons dont Jeanne de Salazar, qui est probablement la première femme acadienne.

Les deux jésuites accusent Jessé Fléché d'avoir baptisé des Micmacs sans leur donner l'éducation nécessaire ; il semble que ce dernier ait cédé aux pressions de Poutrincourt afin d'obtenir plus de fonds. La polémique divise la colonie en deux, le père Biard la considère comme excommuniée et Poutrincourt est destitué temporairement en 1612. Antoinette de Pons lui retire ses fonds et ordonne la fondation de la colonie de Saint-Sauveur, sur l'île des Monts Déserts, à l'embouchure du fleuve Pentagouët .

Attaque d'Argall vignette|L'incendie de Port-Royal. En 1613, la Virginie compte déjà 200 habitants ; Samuel Argall y est responsable des routes maritimes. Fort d'une armée de 60 hommes, il attaque la colonie de Saint-Sauveur et emprisonne la trentaine d'habitants. Il amène la plupart à Jamestown mais reçoit aussitôt l'ordre de retourner en Acadie. En octobre, il détruit ce qu'il reste de Saint-Sauveur et de l'habitation Sainte-Croix et se rend à Port-Royal au début novembre. À la suite de ces attaques, la plupart des colons sont rapatriés en France mais certains décident de rester sur les lieux. Ceux-ci font venir presque à chaque année des ravitaillements de La Rochelle. Jean de Poutrincourt visite la colonie en 1614 mais l'ampleur de la destruction l'incite à n'en faire qu'un comptoir. Toutefois, les trois éléments de base de l'économie sont en place : la pêche, la traite et l'agriculture ; il ne manque qu'un véritable peuplement.

Colonisation écossaise

vignette|gauche|Carte topographique de la Nouvelle-Écosse de William-Alexander en 1632. Dès 1613, l'Écosse réclame la souveraineté sur une colonie du nom de Nouvelle-Écosse, comprenant grosso modo l'Acadie française ; le roi Jacques VI en accorde la concession à William Alexander. Le fort Charles est fondé en 1629 près des ruines de Port-Royal et de 50 à 75 colons écossais y sont installés. L'Écosse et l'Angleterre ne parviennent toutefois pas à contrôler le territoire.

Retour à la France

Dès 1627, la France précise sa politique de colonisation et le cardinal de Richelieu crée la Compagnie de la Nouvelle-France ou Compagnie des Cent-Associés. En 1632, l'Angleterre rend l'Acadie à la France par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye. Isaac de Razilly est nommé gouverneur et il débarque le à La Hève avec trois Capucins et trois cents Hommes d'Elite (militaires) d'origines inconnuesGazette de France de 1632. À noter que la Virginie compte déjà et le Massachusetts . Les Écossais sont délogés du fort Charles et Razilly distribue 40 concessions.

La rive Est du fleuve Pentagouët est reprise, permettant le rétablissement de l'industrie de la fourrure. La Compagnie de la Nouvelle-France accorde l'île Royale à la compagnie Desportes, le fleuve Saint-Jean et le cap de Sable à Charles de Saint-Étienne de La Tour et le reste du territoire à la compagnie Razilly. Nicolas Denys, arrivé en 1632, fait le commerce du bois. Il obtient en 1635 la concession d'un territoire allant de Canceau à la baie des Chaleurs et comprenant l'île Royale, l'île Saint-Jean et Terre-Neuve. La Hève prend rapidement de l'expansion et Port-Royal reste modeste alors que La Tour se préoccupe surtout du commerce.

Guerre civile acadienne

thumb|Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort Saint-Jean contre D'Aulnay, par Charles William Jefferys. Isaac de Razilly meurt en 1635 et il est remplacé par son cousin Charles de Menou d'Aulnay, qui fait déplacer la capitale à Port-Royal, vraisemblablement pour des raisons agricoles mais probablement aussi pour mieux contrôler le commerce des fourrures, auquel La Tour est aussi intéressé. Une guerre civile est déclenchée entre les deux hommes, qui vont même jusqu'à faire appel au Massachusetts. Les décisions rendues par le gouvernement français se basent sur une mauvaise connaissance de la géographie et ignorent les concessions précédentes, ce qui ne fait qu'envenimer la situation. En 1645, D'Aulnay prend d'assaut le fort La Tour en l'absence de ce dernier. Son épouse Françoise-Marie Jacquelin se voit obliger de capituler au bout de quatre jours de siège, malgré une résistance considérée héroïque ; elle meurt peu après dans des circonstances nébuleuses. Contrôlant désormais le fleuve Saint-Jean, D'Aulnay se voit même accorder le titre de gouverneur en 1647.