Michel-Jean Amelot, marquis de Gournay, baron de Brunelle, né en et mort le , est un diplomate et administrateur français.

Sa mission la plus éclatante est son ambassade en Espagne, de 1705 à 1709. En pleine guerre de Succession, il y fait fonction de Premier ministre, parvenant à réorganiser les finances, le commerce, la marine, les troupes.

Biographie Jeunesse et formation

Michel-Jean Amelot est issu d'une famille d'avocats au parlement de Paris, originaire de l'Orléanais, établie depuis le règne de La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, sur books.google.fr, Paris, Duchesne, 1770, I, 223 ..

Il naît en Roger Gaucheron, « Introduction biographique », sur psl.eu, Étude sur Michel Amelot et l’administration du commerce (1699-1724) (consulté le 8 août 2026).. Il est le fils de Charles Amelot (1620-1671), seigneur de Gournay et de Neuvy, président du Grand Conseil ; et de Marie Lyonne (1631-1702)La Chenaye-Desbois, , 227.. Il est le neveu de Michel Amelot de Gournay, archevêque de ToursLa Chenaye-Desbois, , 226..

À l'âge de sept ans, on lui donne pour précepteur le peintre et graveur Roger de Piles. Celui-ci se charge de son éducation artistique. Il l'emmène notamment en Italie durant l'année 1673. Toute sa vie, Amelot sera un amateur d'art éclairé. Il gardera longtemps des liens avec son précepteur. Piles sera son secrétaire d'ambassade à Venise. Il l'accompagnera également dans ses ambassades au Portugal, en Suisse et en EspagneGuillaume Hanotin, Ambassadeur de deux couronnes : Amelot et les Bourbons, entre commerce et diplomatie, sur openedition.org, Madrid, Casa de Velázquez, 2018, , ..

Débuts dans la magistrature (1674-1682)

Le , à , Amelot devient conseiller au parlement de Paris. Le , il achète une charge de maître des requêtes Didier Ozanam, « Michel-Jean Amelot de Gournay », sur rah.es, 2022 (consulté le 7 août 2026)..

Il épouse en 1679 Catherine Le Pelletier de La Houssaie, nièce par alliance d'Henri d'Aguesseau. D'Aguesseau est à cette époque-là intendant du Languedoc.

Débuts dans la diplomatie (1682-1688)

Amelot effectue ses débuts de diplomate en tant qu'ambassadeur à Venise de à . Il est en mission au Portugal d' à . Dans ces deux offices délicats, il donne toute satisfactionIsabelle Storez-Brancourt, « Sic itur ad astra : quand le janséniste d'Aguesseau aborde le politique », sur cairn.info, dans Les Penseurs du Code civil, , Association française pour l'histoire de la Justice, 2009, . Mis en ligne le (consulté le )..

Envoyé extraordinaire en Suisse (1689-1698)

En 1689, il part comme envoyé extraordinaire du roi à Soleure, lieu de résidence des ambassadeurs de France auprès de la Confédération suisse. Ayant apaisé les plaintes des cantons suisses face à la politique française, il remporte un important succès diplomatique à Baden, en concluant le traité de neutralité du .

La Bernoise Catherine de Watteville obtient des informations du maire de Berne sur les intentions de son conseil, et les transmet à Amelot.. Lorsque son espionne est démasquée et emprisonnée en , le diplomate paie ses frais d'avocat. Le , Amelot devient conseiller d'État. La mission en Suisse consacre sa réputation de . Il y traite aussi de questions économiques importantesRoger Gaucheron, « Mission de M. R. Gaucheron en Suisse », sur persee.fr, Annuaire de l'École pratique des hautes études – Section des sciences historiques et philologiques, 1912, 119 (consulté le 6 août 2026).. En 1698, le roi le fait revenir de Suisse.

Directeur du commerce (1699-1705)

En , son oncle par alliance Henri d'Aguesseau se démet en sa faveur de la direction du commerce et des manufactures de FranceRoger Gaucheron, Étude sur Michel Amelot et l’administration du commerce, , , (consulté le 8 août 2026).. Amelot est placé sous les ordres du contrôleur général des finances, Michel Chamillart. Il abat là un travail considérable, inspiré des idées protectionnistes de Colbert.

Le , un Conseil du commerce est établi. Amelot y est le représentant permanent de Chamillart.

Ambassadeur extraordinaire en Espagne (1705-1709)

Plusieurs diplomates français ont échoué dans la mission d'ambassadeur en Espagne. Le , sur demande de la princesse des Ursins, Amelot est déclaré ambassadeur extraordinaire dans ce paysSaint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1983, II, 580, et .. Il arrive à Madrid le . En pleine guerre de Succession, on va bientôt l'y voir faire fonction de Premier ministreSaint-Simon, , 1985, V, 689., . Il prend en main les finances, le commerce, la marine, les troupes. En dépit de la guerre, il réussit à tout réorganiser, à trouver des ressources inattendues, à régler les dettes, à renforcer les effectifs de l'armée. Les soldats sont choisis avec plus de soin, ils sont plus nombreux, exactement payés, leurs magasins sont correctement approvisionnés.

Retour en France (1709-1714)

En 1709, son retour en France est annoncé. Il y est, dit Isabelle Storez-Brancourt, . La venue d'un administrateur et diplomate si méritant, si capable et si intègre fait souffler sur les ministres . Il apparaît en effet évident, aux yeux de tous, qu'un rôle de ministre va lui être confiéSaint-Simon, , 1984, III, 559.. On pense tout d'abord aux Affaires étrangères, car Torcy est sous la menace de madame de Maintenon et des jésuites. On parle aussi de lui pour les Finances, tant sa réussite dans ce domaine a été remarquable en Espagne. On parle de lui pour la Marine. Mais lorsqu'il arrive en septembre et qu'il demande à de permettre que son futur gendre devienne grand d'Espagne, il a la surprise d'être éconduit. Il n'obtient pas non plus un ministère, il est . Il finit par découvrir comment on l'a perdu auprès du roi : on a fait croire à qu'il était janséniste. Pure calomnie, selon Saint-Simon : Amelot est au contraire . Il reprend sa place au Conseil du commerce.

En 1710, l'abbé de Polignac est pressenti pour être ambassadeur en Espagne. Les souverains espagnols et madame des Ursins n'en veulent pas, et réclament le retour d'Amelot. n'envoie ni l'un ni l'autreSaint-Simon, , 1984, III, 1014..

Amelot achète en 1713 l'hôtel que l'architecte Germain Boffrand est en train de construire rue Saint-Dominique à Paris, qui porte aujourd'hui encore le nom d'hôtel Amelot de Gournay« L'hôtel Amelot de Gournay », sur paris-promeneurs.com, 2022 (consulté le 7 août 2026)..

Envoyé du roi auprès du Saint-Siège (1714 et 1715)

En 1714, les querelles autour de la bulle Unigenitus divisent profondément le clergé de France<ref>Olivier Andurand, « . Recevoir la bulle Unigenitus », sur openedition.org, La Grande Affaire : les évêques de France face à l Unigenitus, Presses universitaires de Rennes, 2017, .</ref>. Les remous sont tels que se résout à intervenir auprès du pape : il veut lui demander de clarifier des propositions jugées litigieuses par les opposants à la bulle, ou bien d'accepter qu'un concile national se tienne en France, chose que les papes détestent particulièrementSaint-Simon, , 1985, IV, 893 .. Amelot est chargé de cette mission délicateOlivier Andurand, « . Jugements, appels, accommodement : les évêques de France entre Paris et Rome », sur openedition.org, , , ..

Il arrive à Rome le , avec le caractère de simple envoyé du roiSaint-Simon, , 1985, IV, 894 et .. Bien reçu par , il n'est pas écouté des membres de la Curie, et se heurte enfin à l'intransigeance des deux prélats chargés de lUnigenitus, les cardinaux Fabroni et Paolucci, pour qui un concile national Olivier Andurand, « », , .. Sa mission est un échec.

Sous la Régence (à partir de 1715)

meurt le . Amelot rentre à Paris Yves Coirault, dans Saint-Simon, , 1985, V, 688, .. Il est bien reçu par le Régent, mais celui-ci, ennemi de madame des UrsinsSaint-Simon, , 1984, III, ., le craint en raison de son union étroite avec elle lors de son ambassade en Espagne. Il est nommé membre du Conseil des Affaires étrangères. Le président de ce Conseil, le maréchal d'Huxelles, jaloux de ses capacités, l'en exclut. De même, le duc de Noailles, président du Conseil des finances, et Hilaire Rouillé du Coudray, son second, sont jaloux des compétences financières d'Amelot. Soulignant qu'il n'est qu'un conseiller d'État, ils l'écartent du Conseil des finances.

Le , le Régent établit un nouveau Conseil du commerceRoger Gaucheron, Étude sur Michel Amelot et l’administration du commerce, , , ., où siège Amelot comme il le faisait dans l'ancien Conseil, du temps de . Il y joue un rôle prépondérant. Cinq des commissaires, dont Amelot, y ont un département. Ce Conseil est présidé officiellement par le maréchal de Villeroy, qui n'y apparaît jamais. La présidence de fait revient donc à Henri d'Aguesseau, le premier commissaire. Celui-ci meurt en Yves Coirault, dans Saint-Simon, , 1985, V, 690, .. Amelot lui succède en tant que premier commissaire, et devient par conséquent président de facto'' du ConseilYves Coirault, dans Saint-Simon, , 1984, III, 569, ..

Amelot est hostile au système de Law. Il prend part à sa liquidation.

Après l'épidémie de peste de Marseille en 1720, le Régent crée le un Bureau de santé, qu'Amelot préside chez luiRoger Gaucheron, Étude sur Michel Amelot et l’administration du commerce, , , .. Ce Bureau est remplacé de à par un Conseil de santé, dont Amelot fait partie, et qui se tient chez le Chancelier ou au Palais-Royal.

La réforme de remplace le Conseil du commerce par un Bureau du commerce. Amelot en est le président, et le Bureau se tient chez lui jusqu'à sa mort, qui survient le .

Famille

Michel-Jean Amelot de Gournay épouse le , dans la paroisse Saint-Jacques du Haut-Pas, à Paris, Catherine Le Pelletier de La Houssaie (morte le ), fille de Nicolas Le Pelletier, seigneur de La Houssaie, maître des requêtes ordinaire de l’hôtel du roi, et de Catherine Le Picart de Périgny.

De cette union naissent : Charles-Michel (1679-1730), marquis de Gournay, conseiller au Grand Conseil, puis président à mortier au parlement de Paris, gendre de Noël Danycan de l'Épine et beau-père de Joseph-Antoine Crozat ; Ours-Victor (1691-1707), mort à la chasse, à , sans qu'on sache bien s'il s'agit d'un meurtre ou d'un accidentSaint-Simon, , 1984, III, 33. ; X…, religieuse de la Visitation de Sainte-Marie ; Marie-Anne Ursule (1692-1741), mariée à Henri de Saulx de Tavannes.

Portrait

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes Famille Amelot

Liens externes

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