Une taraïette (tarraieto, en provençal) est une poterie miniature d'un artisanat très fin représentant une pièce de métier :(cuisine, lavoir, etc.) permettant aux enfants de jouer à la dînette, et plus particulièrement un pichet à bec verseur miniature éponyme dans lequel les enfants soufflent pour imiter le chant du rossignol.

Fabriquées initialement à Apt, Saint-Quentin-la-Poterie, Vallauris et Aubagne, seuls ces deux derniers centres auxquels s'est joint celui de Dieulefit, continuent cette tradition.

La popularité de ces petits objets doit tout à la foire de la Saint-Jean à Marseille, dite foire à l'ail et aux taraïettes, initiée au XVe siècle et qui se déroule de la mi-juin à la mi-juillet, pendant laquelle elles étaient initialement vendues mêlées aux herbes de la Saint-Jean.

Étymologie

Dans le Grand Trésor du félibrige, Frédéric Mistral donne une définition de la tarraieto : petite poterie, petite pièce de vaisselle pour amuser les enfantsLes taraïettes provençales..

Le terme « taraïette », que l'on peut écrire aussi teraïette ou terraillette, est le diminutif de teiraio, qui désigne un pot en terre utilisé en particulier pour la cuisine.

Cette poterie vernies sert ou a servi à l'usage quotidien, tant dans la cuisine que dans le potager. Selon la tradition, .

En Provence, la taraïette, miniature de la vaisselle utilisée par les ménagères, n'est pas considérée comme un objet du folklore mais conserve un fort potentiel identitaire lié à la cuisine provençale.

Foire à l'ail et aux taraïettes

En 1447, le roi René, comte de Provence, créa deux foires pour Marseille, la foire de la Saint-Martin et la foire de la Saint-Jean, qui duraient dix jours chacune. Seule va survivre celle de la Saint-Jean. Elle était uniquement spécialisée dans la vente des aulxUsages et traditions. Le rite du jouet.

En juin 1526, François confirma cette dernière. Au fil du temps, elle fut déplacée dans les quartiers de Marseille. En 1790, elle s'installa sur les allées des Capucines (actuelle allée Léon-Gambetta). Puis elle se retrouva successivement au cours Belsunce, puis sur les allées de MeilhanFoire à l'ail et aux taraïettes. Outre l'ail pendu en longs chapelets, on y proposait de l'oignon, du thym, du romarin, de la sarriette et du basilic. C'étaient les herbes de la saint-Jean de ProvenceLes traditions de Marseille.

Ce n'est que vers 1860 qu'apparurent les poteries utilitaires en argile cuite, du matériel de cuisine (grosses jarres à huile, à olives, terrines, daubières, vire-omelettes, gargoulettes, tians), ainsi que les taraïettes, qui les reproduisaient en miniature pour le jeu des enfantsFoire à l'ail et aux taraïettes sur le site routard.com.. Parmi ces poteries miniatures, les rossignols furent vite les plus populaires. Cette foire perdure toujours et se déroule durant un mois à partir de la mi-juin sur le cours Belsunce.

Lieu d'origine

Parmi ses collections, le Museon Arlaten possède toute une série de taraïettes. Elles vont d'une cruche en terre cuite blanche, qui arbore une décoration florale recouverte d'un émail, à un oiseau à sifflet, le rossignol en terre que l'on remplit d'eau, en passant par des marmites en terre vernissée blanche ou marron. Cette série hétéroclite témoigne de la diversité des provenances et montre que les taraïettes provenaient d'un peu partout en Provence.

Au début du , elles étaient produites tant par les artisans potiers de Marseille que d'Apt, que par les ateliers d'Aubagne et de Vallauris. Actuellement, les taraïettes sont produites principalement par ces deux derniers centres provençaux, qui ont seuls maintenu une production de poteries culinaires. Jadis, les Comtadins achetaient les leurs aux artisans de Saint-Quentin-la-Poterie. Depuis la fermeture de ces ateliers, ce marché a été pris par les potiers de Dieulefit, en Drôme provençale.

Actuellement, les taraïettes d'Aubagne, ville qui est restée le grand centre de production, sont vendues par les revendeurs à la foire de la Saint-Jean de Marseille, ainsi que par des magasins de bibelots dans la plupart des grandes cités touristiques provençales (Saintes-Maries-de-la-Mer, Arles, Les Baux-de-Provence, Fontaine-de-Vaucluse, etc.). Lors des fêtes votives qui fleurissent en Provence tout au cours de l'été, quelques forains les proposent toujours sur leurs stands.

Quant à la ville d'Aubagne, elle organise deux foires pour ses potiers, la foire d'été et celle de Noël, où l'on trouve nombre de taraïettes. La foire d'été qui se déroule chaque année à la fin août a pris une dimension internationale avec 180 artisans venus du monde entier et plus de en deux joursArgilla, le marché potier d'Aubagne... Nommée depuis 1991 « Argilla », cette foire accueille, outre la quarantaine de locaux, des potiers venus de toute la France, d'Allemagne, des Pays-Bas ou d'Amérique du SudArgilla, le plus grand marché de la terre... Quant à la foire de Noël, intitulée foire aux santons et à la céramique, elle commence à la mi-novembre pour s'arrêter après les festivités calendalesFoire de Noël à Aubagne..

Forme et technique de production

Dans l'Encyclopédie départementale des Bouches-du-RhôneEncyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône.., les auteurs font le lien entre la fabrication des taraïettes et celle des santons :

La taille des taraïettes se situe entre 3 et 8 centimètres. Elles se présentent soit en terre cuite, sans aucune décoration, soit vernissées grossièrement, soit décorées à la main. Chantal Lombard explique le comment et le pourquoi de la décoration des taraïettes imitée de celle des poteries culinaires :

On distingue donc les taraïettes en terre cuite non vernissée et celles qui sont décorées. Parmi celles-ci, on trouve des taraïettes vernissées à glaçures jaunes, bleues ou vertes et même à glaçures transparentes, d'autres à émaux polychromes, jaunes, verts, ou imitant le grès, enfin des jaspées vertes ou jaunes.

Leurs formes, héritées du Moyen Âge, correspondent à une alimentation rustique. et l'on constate qu'elles répondent à des .

Les différentes taraïettes Chantal Lombard a pu dresser une liste assez précise des différentes taraïettes commercialisées d'après les catalogues des potiers.

Le rossignol L'inventaire serait incomplet sans les rossignols, ces petites cruches pourvues d'un sifflet qui, lorsqu'elles sont remplies d'eau et que l'on souffle dedans, émettent des trilles ressemblant à celles du rossignol.

Au musée Cantini, lors de l'exposition , le catalogue présentait une « trompette recourbée en cor de chasse » ; selon la tradition, ce type de trompette était vendu à la foire de la Saint-Jean de Marseille. Jean-Paul Clébert signale, quant à lui, une foire à l'ail importante qui se déroula tout au long du Moyen Âge, au hameau de Saint-Jean-de-Garguier, à Gémenos. Lieu de pèlerinage depuis l'Antiquité, cet ancien évêché (Locus Gargarius) attirait toujours les fidèles, qui dansaient et processionnaient en portant des tresses d'ail et en soufflant dans des trompettes d'argile, les toutouro d'Aubagne. Selon Fernand Benoit, cette cérémonie annuelle était un rite d'exorcisme.

Ces mêmes trompettes ont été identifiées par Hyacinthe Chobaut au sommet du mont Ventoux. Elles ont été retrouvées lors de la construction de l'observatoire. Il s'agissait d'un dépôt votif, fait par les populations pastorales locales, qui avaient édifié au cours de la Préhistoire un temple au sommet, et venaient conjurer le « maître vent » en soufflant dans ces trompettes. Clébert souligne que, dans les vieilles crèches provençales, les bergers étaient représentés avec ces trompettes rituelles.

Exorcisme et conjuration qui n'empêchent point que les sifflets en terre cuite aient été utilisés pour appeler le renouveau de la nature, comme le soulignent de nombreux ouvrages. Ce fut le cas à Saint-Jean-de-Fos, village de potiers, qui fabriquait des petites trompes en terre cuite (troïna ou trumpet). Elles furent utilisées de la seconde moitié du jusqu'au début du . Les cloches étant parties à Rome, entre le Jeudi saint et Pâques, les enfants de chœur, armés de ces petites cornes, trompetaient pour appeler les fidèles à la messe. Le dimanche de Pâques, une cérémonie avait lieu sous la croix de la Vierge du Roc Pointu. Il fallait s’emparer de la corne de son voisin et la briser contre le rocher. Le bas du rocher est encore recouvert des tessons accumulés pendant des annéesTroinas et trumpets de Saint-Jean-de-Fos...

Autre cas en Russie, où la tradition la mieux documentée sur l'usage du sifflet remonte à plus de . Ces sifflets étaient spécifiques à la région de Viatka (actuelle Kirov, et ancienne Khlynov) et étaient, à l'origine, associés à la fête du printemps, dite Svistounia (de svistet, « siffler »). Pour cette occasion, les femmes modelaient les sifflets dans de l'argile, en forme d'animaux. L'origine même de cette fête fait l'objet de plusieurs légendes.

La plus ancienne relation connue de cette fête est due au général Nikolaï Khitrovo en 1811, et signale que la « fête des sifflets », ou « danse des sifflets », se déroulait le quatrième samedi après Pâques. Les adultes dansaient, chantaient et buvaient au cimetière, pendant que les enfants soufflaient dans les sifflets qu'on leur avait offerts.

Des sources orales font remonter cette fête à 1418. Tous les historiens russes pensent que cette tradition devait remonter plus probablement aux anciens rites païens. Ceci est en concordance avec l'utilisation probable du sifflet pour célébrer le culte des morts. L'oiseau aquatique (thème fréquent des anciens sifflets russes) représente en effet l'âme des défunts dans de nombreuses religions.

En France, des « jours du sifflet » ont été répertoriés dans plusieurs villages sous la forme d'une foire. La « ferio des chioulets » se déroule à Castres, au cours du mois d'août, et à Réalmont, où elle s'appelle le « fenasse » ou « foire des coucuts », la foire aux rossignols ; elle se tient aussi annuellement à Érôme, chaque début de mai.

À Simorre, village voisin du centre potier de Sémézies-Cachan, le lundi de Pâques, a lieu la heyro dous chioulets (foire des sifflets). Au cours de cette journée, placée sous le patronage de saint Cerrat, le patron de Simorre, la foule s'installait autour de l'oratoire du hameau de Saintes où la tradition situait le tombeau du saint. On achetait les sifflets aux potiers venus vendre leur production, mais on y louait aussi domestiques et servantes.

L'utilisation des sifflets en terre laisse supposer une utilisation de ces objets pour la chasse. C'est le rôle de l'appeau, instrument qui sert à imiter le cri ou le chant d'un animal ou d'un oiseau. Il est possible que certains de ces jouets aient aussi été utilisés pour attirer (appeler) un gibier. Mais le rossignol de petit garçon reste un jouet, tout comme les taraïettes ménagères de la petite fille qui ne peuvent servir à faire la cuisine. Ce n'est qu'un sifflet globulaire à deux tons rapidement tourné par le potier. Et quand le garçon suivait son père à la chasse, il devait rester dans sa poche de peur de rentrer bredouille en ayant fait fuir les oiseauxDu sifflet en terre cuite à l'appeau...

La taraïette, marqueur de l'identité provençale

Les taraïettes, un des rares vestiges contemporains des ustensiles de ménage des Provençales du début du , sont devenues des témoins du passé. Elles évoquent aussi des pratiques culinaires disparues, puisque c'est essentiellement sur le potager que l'on cuisinait les aliments. Ce potager était .

Chantal Lombard se demande si le potager caractéristique de l'équipement citadin ne s'est pas répandu après les années 1820, dans la campagne provençale, quand les ruraux s'équipaient en vaisselle et plats de terre qui résistaient au feu de bois ou de charbon de bois.