Les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, ultimes bombardements stratégiques américains au Japon, ont lieu les et sur les villes d'Hiroshima () et de Nagasaki (). Hiroshima est le siège de la de la deuxième armée générale et le centre de commandement du général Shunroku Hata, et Nagasaki est choisie comme cible plutôt que la cité historique de Kyoto.

Utilisant a posteriori le prétexte du rejet par les dirigeants japonais des conditions de l'ultimatum de la conférence de Potsdam, les États-Unis souhaitent imposer au Japon sa reddition sans condition, l'éviction de l'empereur Hirohito et l'adoption d'un régime politique démocratique. Le gouvernement américain souhaite aussi, puisque la bombe A est désormais opérationnelle (Little Boy à l'uranium, Fat Man au plutonium), la tester en grandeur nature et montrer aux autres pays, en particulier à l'URSS, la supériorité de feu décisive qu'elle donne à l'Amérique, ce qui fait de ces bombardements un message annonciateur de la guerre froide. Ces bombardements, que certains considèrent comme l'un des principaux crimes de guerre des Alliés, demeurent la seule utilisation de l'arme nucléaire durant un conflit.

C'est finalement le , à la suite de ces bombardements, mais aussi de l'invasion soviétique de la Mandchourie commencée le et de la reddition de l'armée japonaise du Guandong le , que le gouvernement japonais cède et accepte sa capitulation. Moins d'un mois plus tard, la signature des actes de capitulation du Japon le en baie de Tokyo marque la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le nombre de personnes tuées par l'explosion, la chaleur et la tempête de feu consécutive est difficile à déterminer et seules des estimations sont disponibles, allant de , sans compter les cas ultérieurs de cancers (plusieurs centaines) ou autres effets secondaires. Les survivants des explosions, les hibakusha, sont devenus le symbole d'une lutte contre la guerre et les armes atomiques à travers le monde.

L'impact de ces bombardements fait craindre par la suite l'usage de l'arme atomique dans une guerre nucléaire, un effet à la base de la dissuasion nucléaire qui a largement pesé dans les choix stratégiques de guerre froide. Préparatifs vignette|À droite, Robert Oppenheimer, le « père » de la bombe, en compagnie de Leslie Groves, général chargé du projet Manhattan.

Un projet de longue haleine Sous le nom de code projet Manhattan, le programme secret de recherche et de construction d'une arme nucléaire est lancé en 1942., moins de sept mois après l'entrée en guerre des États-Unis, avec l'assistance du Royaume-Uni et du Canada dans le cadre de l'accord de Québec signé en 1943, et la participation de nombreux scientifiques européens.

Les deux bombes utilisées contre le Japon (Little Boy à l'uranium et Fat Man au plutonium) sont respectivement les deuxième et troisième à avoir été construites et elles demeurent les seules déployées depuis cette date sur un théâtre d'opérations. Elles sont précédées par une première bombe expérimentale dont l'essai a eu lieu sous le nom de code Trinity au Nouveau-Mexique en juillet 1945.

En décembre 1944, le de bombardement de l'USAAF est formé sous le commandement du colonel Paul Tibbets pour larguer ces bombes une fois qu'elles seront construites ; il est déployé à Tinian en mai et juin 1945..

Cet escadron est équipé de bombardiers B29 issus d'une série spéciale, fabriquée en vue des bombardements atomiques, dite « Silverplate », du nom du programme de participation de l'USAAF au projet Manhattan.. Il s'entraîne à l'aide de bombes conventionnelles, mais construites au gabarit des bombes atomiques, les « bombes citrouille ».

Les deux bombardiers qui vont larguer leur bombe sur Hiroshima et Nagasaki, Enola Gay et Bockscar, appartiennent à cette série spéciale.

Trinity Trinity est le nom du tout premier essai d'une bombe atomique au plutonium, surnommée « Gadget » en partie parce que ce n'est pas une arme opérationnelle. Il a lieu dans le désert du Nouveau-Mexique, le , sur la base aérienne d'Alamogordo et démontre l'efficacité d'une arme nucléaire..

Quatre jours plus tard, les B-29 modifiés du de bombardement commencent à mener des raids d'entraînement contre des villes japonaises avec des bombes conventionnelles de la forme et du poids des bombes atomiques ; d'autres missions ont lieu les 24, 26 et . Les chasseurs japonais n'essaient pas d'intercepter les appareils que leur altitude de bombardement de protège contre la lutte antiaérienne..

Choix des cibles

vignette|300px|Emplacement des villes d'Hiroshima, Kokura et Nagasaki et route des bombardiers.

Les participants (le directeur adjoint du projet Manhattan , le capitaine William Sterling Parsons, les mathématiciens et physiciens John von Neumann et William Penney.) à la réunion du « Comité des objectifs » (Target Committee) à Los Alamos les 10 et choisissent les cibles sur le territoire japonais dans l'ordre suivant. : Kyoto (ville des ancêtres de la dynastie Tennō et ancienne capitale du Japon, l'impact psychologique en était jugé particulièrement intéressant) ; Hiroshima (ville des ancêtres du domaine de Chōshū, c'était l'une des principales bases militaires du pays pendant la guerre sino-japonaise (1894-1895) et la configuration du terrain se prêtait à une attaque par détonation aérienne) ; Yokohama (qui finalement subit un bombardement classique le ) ; l'arsenal de Kokura (déjà frappé lors du bombardement de Yahata en ) ; Niigata ;

Parmi ces cibles, les deux premières sont classées « AA », les deux suivantes « A », la cinquième « B ». La possibilité de cibler le palais impérial à Tokyo avait été discutée, mais cette option non recommandée dans la mesure où Tokyo avait déjà été largement bombardée par ailleurs.

Selon Robert Jungk, dans son livre . :

Sur la courte liste des cibles pour la bombe atomique, en plus d'Hiroshima, Kokura et Niigata, il y avait aussi la ville des temples, Kyoto. Quand l'expert sur le Japon, le professeur Edwin O. Reischauer, entendit cette terrible nouvelle, il se rendit précipitamment dans le bureau de son chef, le major Alfred MacCormack, dans un département des services de renseignement de l'armée. Le choc le fit fondre en larmes. MacCormack, un avocat cultivé et respectueux de la vie humaine, arriva à persuader le secrétaire à la Guerre Henry L. Stimson d'accorder un sursis à Kyoto et de retirer la ville de la liste.

Reischauer réfute cette version dans son livre , 1986, :

J'aurais probablement fait ça si j'en avais eu l'occasion, mais ce récit ne contient pas une once de vérité. Comme cela a déjà été amplement prouvé par mon ami Otis Cary de Doshisha à Kyoto, la seule personne qui mérite les honneurs pour avoir sauvé Kyoto de la destruction est Henry L. Stimson, le secrétaire à la Guerre de l'époque, qui avait connu et admiré Kyoto lors de sa lune de miel plus de trois décennies auparavant.

Cette affirmation est partiellement confirmée par Richard Rhodes, qui décrit le refus de Stimson au sujet du bombardement de Kyoto., allant contre la volonté du général Leslie Groves.

Kyoto, qui avait été mise au premier rang dans une version antérieure de la liste parce qu'elle était l'ancienne capitale impériale, est remplacée par une autre ville, à la demande du secrétaire à la Guerre Henry Lewis Stimson, du fait de sa valeur culturelle ; elle avait également été épargnée par les bombardements incendiaires pour les mêmes motifs... Nagasaki est donc retenue à sa placeD. M. Giangreco, Hell to Pay: Operation Downfall and the Invasion of Japan 1945–1947, Annapolis, Maryland, Naval Institute Press, 2009, , 163..

Le , Henry L. Stimson réunit le comité intérimaire. Les participants discutent de l'opportunité d'envoyer aux Japonais un avertissement avant l'attaque. Ils craignent que les Japonais ne déplacent des prisonniers de guerre en direction des zones prévues pour le bombardement ou que les bombardiers ne soient abattus. Il se peut aussi que la bombe soit un fiasco avec une explosion incomplète. Edward Teller propose de faire exploser la bombe de nuit, sans avertissement, au-dessus de la baie de Tokyo pour éviter les pertes humaines et choquer l'opinion. Cette idée est rejetée : les Japonais avaient déjà prouvé leur combativité sans limites avec les kamikazes (avions suicides) et il n'est pas sûr qu'une action sans destruction massive soit suffisante pour les déstabiliser.

Oppenheimer suggère d'attaquer avec plusieurs bombes le même jour pour définitivement arrêter la guerre. Le général Groves s'y oppose, car les cibles ont déjà fait l'objet de bombardements conventionnels et les effets des bombes ne seront pas assez significatifs sur ces terrains déjà dévastés. De plus, les estimations de la puissance d'une explosion nucléaire alors disponibles ne correspondent au mieux qu'à la moitié, au pire à un dixième de la puissance effective. Aucun essai n'ayant été réalisé, les effets ne sont pas encore connus. Ce n'est qu'après l'essai Trinity que la nature de la mission peut être décidée.

Déclenchement des opérations Depuis plusieurs mois, le gouvernement japonais avait chargé l'URSS, qui n'avait pas déclaré la guerre au Japon, de faire officieusement des offres d'armistice aux États-UnisL'Union soviétique était le seul pays qui n'était pas en guerre contre le Japon qui l'avait chargé depuis plusieurs mois de négocier pour lui un traité d'armistice avec les États-Unis. C'est pourquoi l'URSS n'avait pas signé la déclaration relative au Japon à la conférence de Potsdam..

Le , les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine transmettent la déclaration de Potsdam demandant la capitulation sans conditions du Japon, mais sans clairement exiger ou écarter la destitution de l'empereur, et avertissant que le pays serait dévasté si la guerre continuaitLa déclaration relative au Japon signée par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine ne parle pas de « bombe atomique » mais se termine par une menace claire : , dans John Costello, La Guerre du Pacifique, , vol. 2, Pygmalion, 1982.Un second avertissement est transmis le lendemain de l'attaque d'Hiroshima, et deux jours avant celle de Nagasaki par la présidence des États-Unis à l'occasion d'un communiqué officiel : , dans John Costello, La Guerre du Pacifique, , vol. 2, Pygmalion, 1982.. Le gouvernement japonais rejette les demandes alliées le (mokusatsu)...

Réaction du Japon à l'ultimatum de Potsdam Les échanges entre Hirohito, le cabinet et l'état-major montrent que l'empire du Japon n'était pas sur le point de se rendre sans condition. Les archives japonaises et le journal du Garde des sceaux Kōichi Kido indiquent que l'empereur et le cabinet insistèrent pour obtenir une reddition conditionnelle, alors que le gouvernement menait des négociations parallèles avec l'Union soviétique. Parmi ces conditions se trouvaient le désarmement des troupes par les autorités japonaises, le jugement des criminels par les autorités japonaises, l'absence de forces d'occupation sur le sol japonais et la préservation du régime impérial et de l'EmpereurHerbert Bix, Hirohito and the Making of Modern Japan, 2001, ..

En réponse à la déclaration de Potsdam du , le gouvernement japonais organise le 28 une conférence de presse au cours de laquelle le Premier ministre Kantarō Suzuki annonça l'intention du Japon « d'ignorer » (mokusatsu) l'ultimatum. Une ambiguïté subsiste cependant quant à l'attitude de Suzuki : favorable à la capitulation, il doit composer avec la faction belliciste de l'armée, et a peut-être souhaité, par cette expression, exprimer un simple refus d'aborder la question en public, ou signifier que l'ultimatum n'apportait rien de nouveau. Le terme est cependant compris par les États-Unis comme un refus catégorique de toute redditionHerbert Bix, Hirohito and the Making of Modern Japan, 2001, ; Paul-Yanic Laquerre, Shôwa : Chroniques d’un dieu déchu, Kindle, 2008, ..