Le trictrac, plus rarement tric trac ou tric-trac, est un jeu de société de hasard raisonné pour deux joueurs qui se joue avec des dés sur un tablier semblable à celui du backgammon. Il appartient à la famille des jeux de tables.
Son intérêt ludique réside dans les multiples combinaisons, dans l’importance des prises de décisions et dans ses règles très abouties. Il demande une attention permanente de la part des joueurs que ce soit ou non à leur tour de jouer. Son vocabulaire, très richeFallavel, Le Jeu du trictrac, chez Nyon, Paris, 1776. Le chapitre intitulé Explication des termes comporte près de 200 entrées. et qui peut paraître désuet à ceux qui ne pratiquent pas le jeu, se retrouve fréquemment dans la littérature française.
Le but du jeu n’est pas de sortir ses dames le plus rapidement possible, contrairement au jacquet ou au backgammon, mais de marquer un maximum de points. Les parties se terminent le plus souvent avant que toutes les dames ne soient sorties.
Historique du jeu framed|Le Jeu du trictrac, Chez Charpentier, 1715. Fragment du frontispice, gravure de Tardieu.Quoique le trictrac soit un jeu de société de la famille très ancienne des jeux de tables, la plus ancienne mention connue du mot trictrac se trouve dans une lettre de Nicolas Machiavel datée du . Le jeu a pris sa forme actuelle au cours du même siècle, et sa grande vogue est arrivée en France aux , à la cour et dans les milieux aristocratiques. Il a connu une renaissance durant la Restauration avant de quasiment disparaître à la fin du . Il fait partie des jeux de hasard raisonné tels que le backgammon qui était connu en France sous l’appellation toutes tablesLes règles en sont données dans la Suite au jeu du trictrac, Charpentier, Paris, 1699. ou le jacquet, bien plus simple et qui n’est apparu que vers 1800 si l’on prend pour référence la première règle connue datant de 1818Lepeintre, Cours complet de trictrac avec un abrégé du gammon, du jacquet et du garanguet, Guillaume, Paris, 1818..
Le plus ancien traité sur le trictrac a été écrit par Euverte Jollyvet, avocat au parlement de Paris, en 1634Euverte Jollyvet, L’Excellent Jeu du trique-trac, Guillemot, Paris, 1634. dans le but de standardiser les règles du jeu qui devaient se transmettre alors par tradition orale. Depuis cette date, seulement des modifications mineures ont été apportées et les règles ont connu une grande stabilité comme l'attestent les différents traités de la bibliographie. Un des auteurs en avait déjà fait la constatation en 1818Lepeintre, Cours complet de trictrac, chez Guillaume, Paris, 1818, . : « Il est constant qu’il y a cent cinquante ans qu’on le joue comme on le fait à présent, sans que ses règles aient subi de variations importantes. »
Le dernier traité d’importance a été publié en 1852Julien Lelasseux-Lafosse, Le Jeu de trictrac rendu facile, chez Ledoyen, Paris, 1852..
Ancienneté et origine géographique du jeu de trictrac Les principales sources pour déterminer l’ancienneté et l’origine géographique du trictrac, en tant que jeu de tables spécifique, sont les traités à son sujet parus depuis le .
Euverte Jollyvet dans le premier traité de l’histoire du jeu de trictrac (1634 et plusieurs rééditions au cours du ), écrit ne rien savoir ni de l’ancienneté du jeu de trictrac ni de son pays de provenance.
L’auteur anonyme du deuxième traité du trictrac, édité chez CharpentierFiche de l'imprimeur-libraire Henri Charpentier sur le site de la BNF (1698, 1701, 1715), ne prend pas parti quant à l’ancienneté du jeu ni à son origine, si ce n’est qu’il cite deux pays possibles, la France et l’Allemagne (en fait, Vienne en Autriche), et qu’il donne son sentiment en faveur de la France.
vignette|Table de trictrac fabriquée vers 1785. Laurent Soumille en 1738 et 1756, dans le troisième traité, et Fallavel en 1776 dans le quatrième, n’abordent pas le sujet, pas plus que Guiton, auteur du premier traité du , 1816 et 1822, ni Julien Lelasseux-Lafosse celui du dernier traité d’importance en 1852.
Pierre-Marie-Michel Lepeintre, auteur du deuxième traité du , en 1818, n’apporte pas plus d’informations, mais il s’avance sans fournir de source sur le fait qu’il aurait été introduit en France au début du .
Les traités écrits sur le trictrac ne permettant pas de remonter plus loin que le début du , il faut se tourner vers la littérature pour y chercher des indices mais comme le mot trictrac était aussi donné au tablier utilisé pour tous les jeux de tablesLaurent Soumille, Le Grand Trictrac, Giffart, Paris, 1756, : « On l’appelle le grand trictrac pour le distinguer du toutes tables qui est une espèce de jeu, comme aussi le coquimbert. Le mot de trictrac se prend aussi pour le tablier sur lequel on joue. » Le coquimbert était une manière de jouer appelée aujourd’hui qui perd gagne. et que des versions modernes de textes anciens font apparaître le mot trictrac qui n’existait pas dans les originaux, la recherche du mot trictrac dans ses différentes orthographes doit s’accompagner de celle d’expressions spécifiques au jeu.
Une pièce en vers intitulée La Friquassée crotestyllonnée, des antiques modernes chansons, dont la préface est datée de 1557, reprend notamment, en jouant parfois sur les mots, un grand nombre d’expressions de jeux d'enfants, pratiqués alors à Rouen, dont trois sont aussi typiques du jeu de trictrac.
Cependant, ces expressions étant alors très courantes (les deux premières désignaient un mari trompé, la dernière une prostituée), la référence au trictrac n'est pas assurée. Par ailleurs, en 1907 est paru un livre rassemblant notamment des jeux de groupe encore pratiqués dans le bocage normand, parmi lesquels celui intitulé « Petit jean, Gros Jean, et Margot la fendue » qui se jouait avec trois morceaux de bois, un petit, un plus long et un autre en forme de fourcheA. Madelaine, Au Bon Vieux Temps : récits, contes et légendes de l'ancien Bocage normand, jeux, Vieilles chansons, Delesques, Paris, 1907, , et qui pourrait bien correspondre à celui cité dans La Friquassée crotestyllonnée de 1557.
Tic-tac et trictrac Le tic-tac ou tick-tack est un jeu très proche du trictrac, utilisant une partie de ses situations caractéristiques et d’autres spécifiques. Les règles de déplacement des dames sont moins contraignantes, et les points ne sont pas comptés. Dès qu’une situation de jeu marquante est obtenue par un joueur, il gagne la partie. Il s’agit ainsi d’un jeu très rapide, quelques minutes à un quart d’heure de temps de jeu, favorisant les paris et les renvisvoir la définition du mot renvi sur le portail lexical du CNRTL..
Euverte JollyvetEuverte Jollyvet, L’Excellent Jeu du tricque-trac, veuve Jean Promé, Paris, 1656, . lui donne l’appellation de petit tricque-trac et par opposition celle de grand tricque-trac au trictrac. Il écrit aussi qu'il n’était pas joué par les Français.
Il apparaît avoir surtout été joué en Angleterre où deux auteurs en donnent des règles au milieu du Charles Cotton, , 1674, et Francis Willughby, , milieu du ..
Malgré le lien de parenté évident entre les deux jeux, aucune source ne permet d’affirmer que le tic-tac est le précurseur du trictrac ni qu’il en est une régression.
Orthographes et étymologie du mot trictrac vignette|300px|Les Joueurs de trictrac par Le Maître des Jeux, peintre de l’entourage des frères Le Nain, Musée du Louvre. Le mot trictrac a connu plusieurs orthographes : tricque-trac, trique-tracEuverte Jollyvet utilise les deux orthographes, tricque-trac et trique-trac, dans L’Excellent Jeu du tricque-trac, veuve Jean Promé, Paris, 1656., triquetracJean Nicot, Thrésor de la langue française, 1606.., trictracCharpentier, Soumille, Fallavel, Guiton, Lepeintre, Lelasseux-Lafosse. et plus rarement tric trac ou tric-trac que l’on trouve dans la littérature. De nos jours, seules les trois dernières orthographes sont utilisées, les autres étant tombées depuis longtemps en désuétudeJean-François Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, Mossy, Marseille, 1787-1788 : « On a écrit aûtrefois trictrac, ou Trique-trac: on n’écrit plus que le premier : ils se prononcent de même, l’e du second étant très-muet »..
Pour ce qui est de l’étymologie, aujourd’hui, il est majoritairement admis que le mot trictrac est une onomatopée. Pourtant, tous ne sont pas du même avis.
Euverte Jollyvet, premier auteur sur le jeu de trictrac (1634), estime que le mot trictrac est une onomatopée avant de demander au lecteur de se contenter de cette origine linguistique vu que « le sujet est un jeu et non une science » :
L’auteur anonyme du deuxième traité, édité chez Charpentier (1698, 1701, 1715), préfère une autre étymologie que l’onomatopée et propose une origine grecque, plus noble et savante :
Laurent Soumille en 1738 et 1756 dans le troisième traité, affirme en citant les plus connus des lexicographes que le mot trictrac est une onomatopée :
Fallavel en 1776 dans le quatrième traité, est le plus directFallavel, Le Jeu du trictrac, Nyon, Paris, 1776, . : « le jeu tire son nom du bruit qu’on fait en y jouant. »
Guiton, auteur du premier traité du , en 1816 et 1822, n’aborde pas le sujet.
Lepeintre, auteur, en 1818, du deuxième traité du , prend d’abord une distance vis-à-vis de l’onomatopée avant de l’adopter :
Lelasseux-Lafosse, polytechnicien et auteur du dernier traité d’importance du , en 1852, cite les deux hypothèses précédemment avancées sans prendre parti :
Il ressort de cette succession chronologique de citations que rien ne vient étayer aucune des deux thèses. Si celle sur l’origine grecque apparaît complexe, celle de l’onomatopée bien que séduisante n’en est pas moins incertaine et ne devrait être utilisée qu’avec des réserves. Cependant une autre définition ancienne du mot trictrac tend à renforcer l’hypothèse de l’onomatopée, trictrac étant aussi le nom donné au à une chasse à la battue :
Une piste n’a jamais été évoquée, celle d’une utilisation du latin pour créer le nom du jeu, Triquetra signifiant triangle qui est la forme caractéristique des cases du tablier de triquetrac.
Classe sociale des joueurs de trictrac et popularité du jeu selon les époques Ancien Régime vignette|Tablier de trictrac au monogramme d'Henri IV, fabriqué entre 1594 et 1610Descriptif sur le site du Musée national du château de Pau. Ses bandes sont discrètement percées des trous nécessaires à la circulation des fichets. Le trictrac ne semble pas avoir été joué ou très peu en dehors des salons de la haute société où il était pratiqué par les deux sexes :
Le titre complet L’Excellent Jeu du tricque-trac. Très Doux Esbattement és nobles compagnies, du traité d’Euverte Jollyvet, sieur de Votilley, se suffirait à lui seul pour justifier cette supposition concernant le . Une citation de ce livre édité pour la première fois en 1634 est sans ambiguïté :
À la fin du règne de Louis , le trictrac garde encore toute sa popularité dans les salons comme il l'est attesté dans le traité du Jeu de trictrac, comme on le joue aujourd’hui édité en 1698, 1701 et 1715 :
vignette|200px|Frontispice de la deuxième édition du Grand Trictrac de Soumille, Giroud, Avignon, 1756. Sous Louis , en 1738, l’abbé Laurent Soumille dans la préface de son traité Le Grand Trictrac, édité à Avignon, témoigne d’une désaffection des joueurs pour le trictrac et en attribue la cause à la complexité des règles et à celle de la rareté des bons maîtres :
Le livre de Soumille a probablement contribué à relancer le jeu de trictrac et la période qui a suivi est celle des élégantes tables de trictrac qui viennent meubler les salons. Jusqu’alors, les tabliers à charnières étaient utilisés.
Sous Louis , Fallavel dans son traité du Jeu du trictrac, ou les Principes de ce jeu est optimiste sur la popularité du jeu mais émet de manière indirecte ses craintes sur son avenir :
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