Brunehaut ou Brunehilde (en latin BrunichildisGrégoire de Tours, Historiarum, , 38, 51 (texte latin). ; ce nom d'origine germanique signifie déesse cuirassée, cf. page . À l'époque mérovingienne, les noms des gens sont connus à travers leur transcription en latin.), née vers 547 en Espagne wisigothique et morte exécutée en 613 à Renève (actuelle Côte-d'Or), est une princesse wisigothe devenue reine des Francs.

Elle règne sur au moins un royaume mérovingien (Austrasie ou Burgondie) pendant trente-trois ans. Elle est aussi célèbre pour sa rivalité meurtrière avec une autre reine franque, Frédégonde, à l'origine de nombreux assassinats intra-familiaux.

Contexte historique : les territoires francs au vignette|droite|upright=1.2|Le royaume des Francs après le partage de 561.

Le en Gaule franque est marqué par le partage du regnum Francorum après la mort de Clovis (en 511). Par la suite, quatre royaumes émergent : Reims, Soissons, Paris et Orléans.

En 558, à la suite de la mort de son dernier frère Childebert (roi de Paris), Clotaire devient le seul survivant et récupère l'ensemble des royaumes francs. À sa mort en 561, ses quatre fils effectuent une nouvelle fois un partage du royaume : Sigebert à Reims, Chilpéric à Soissons, Caribert à Paris, Gontran à Orléans, ce dernier royaume incluant maintenant le territoire burgonde (Burgundia, Burgondie, ) conquis entre-temps. Ils se répartissent de nouveau l'Aquitaine séparément.

Très vite, Sigebert déplace sa capitale de Reims à Metz ; Gontran déplace la sienne d'Orléans à Chalon-sur-Saône.

En 567, Caribert est le premier des frères à mourir ; sa part est partagée entre les trois survivants : en particulier, Sigebert (Metz) reçoit Paris et Chilpéric (Soissons) Rouen.

Vers la fin du , apparaissent les deux nouvelles dénominations d'Austrasie pour le royaume de Metz et de Neustrie pour le royaume de Soissons et ses dépendances.

Biographie Brunehaut est la fille d’, roi des Wisigoths, et de GoswintheChristian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 , page 60.. Étant princesse wisigothe, elle a été élevée dans la religion arienne.

Sa longévité lui a permis de jouer un rôle important durant les règnes de son époux, de son fils et de ses petits-fils ; c'est sous le règne de son arrière-petit-fils qu'elle est livrée à un roi ennemi et mise à mort.

Mariage avec le roi des Francs Sigebert vignette|gauche|Mariage de et Brunehaut. Grandes chroniques de France. Manuscrit du , Bibliothèque nationale de France, Paris.

Au printemps 566, ayant abjuré l'arianisme, elle épouse à Metz , roi de Metz. Ce mariage est négocié par Gogon..

Le mariage de Brunehaut est évoqué dans le livre de Grégoire de Tours et dans un poème de Fortunat. La princesse est alors présentée sous un jour favorable.

De ce mariage naissent : Ingonde, qui épousera le prince wisigoth Herménégild, fils aîné du roi arien Léovigild ; Clodoswinthe, qui aurait épousé le roi des Wisigoths d'Espagne (frère cadet d'Herménégild) ; elle serait la mère du roi wisigoth SwinthilaLucas Tudensis, , . ; Childebert en 570.

Règne de son époux Sigebert Un peu après son mariageLe mariage de Galswinthe semble postérieur à celui de Brunehaut. Cf. ., sa sœur aînée Galswinthe épouse ChilpéricBouyer, 1992, pages 60 et 76., dont une concubine, Frédégonde, aspire fortement à devenir reine..

Le meurtre de Galswinthe vers 570, suivi par le remariage de Chilpéric avec Frédégonde, déclenche une longue guerre entre l’Austrasie et la Neustrie, au nom de la faide germanique. Avec l'appui de Gontran, Brunehaut obtient à titre de compensation (wergeld) la cession à elle-même du douaireCe que les Germains appellent Morgengabe : don de l'époux à l'épouse au lendemain de la nuit de noces. de Galswinthe, consistant en plusieurs cités d'Aquitaine.

Mais Chilpéric ne tient pas son engagement et se lance au contraire dans une guerre contre Sigebert.

En 575, celui-ci réplique en lançant à partir de Paris deux attaques, d'une part vers Rouen, d'autre part vers la Picardie. Chilpéric s'enferme dans Tournai, tandis que Sigebert obtient le ralliement d'une partie de son armée à Vitry, près d'Arras : il est alors « hissé sur le pavois » (reconnu comme roi). Mais il est assassinéBouyer, 1992, page 61. juste après par deux envoyés de Chilpéric.

Chilpéric s'empare alors de Paris où Brunehaut est faite prisonnière et emmenée à Rouen ; en revanche, leur fils Childebert est emmené à temps par un fidèle, Gondovald ; la noblesse du royaume de Sigebert le proclame ensuite roi à Metz et il reçoit l'appui de Gontran, qui devient son tuteur.

En 576, Brunehaut épouse le fils de Chilpéric, Mérovée. Chilpéric réagit à cet acte de rébellion en faisant tonsurer Mérovée qui est ensuite assassiné (577). Mais cet épisode permet à Brunehaut d'échapper à Chilpéric.

Règne de son fils Childebert Brunehaut rejoint son fils à Metz. Elle se heurte alors à une forte opposition des grands du royaume, dont les principaux Aegidius, évêque de Reims et le duc Gontran Boson.. Grégoire de Tours rapporte un épisode au cours duquel Brunehaut aurait été directement menacée par un proche d'Aegidius, Ursion : « Éloigne-toi de nous, femme… Maintenant, c'est ton fils qui règne… Éloigne-toi, pour que les sabots de nos chevaux ne t'écrasent pas sur leur passage. »Cité par . Voir Frédégaire .42.

En 584, est assassiné, laissant un fils âgé de seulement quatre mois, Clotaire.

En 585, la majorité de Childebert est proclamée, ce qui permet à Brunehaut de retrouver une meilleure position. Un rapprochement avec Gontran a lieu en 587, avec le traité d'AndelotTexte intégral : (Histoire des Francs, , chapitre 20).Andelot se trouve dans l'actuelle Haute-Marne. : au cas où un des deux rois mourrait sans fils, l'autre hériterait de son royaume (les droits éventuels de Clotaire, fils de Chilpéric, étant donc laissés de côté).

À la mort de Gontran en 592, Childebert hérite comme prévu de la couronne de Burgondie et sa mère Brunehaut règne de fait sur l’Austrasie et sur la Burgondie, mais doit faire face aux attaques de Frédégonde, régente de Neustrie pour le compte de son fils âgé de 8 ans.

En 595, Brunehaut réorganise les institutions du royaume des Francs de son mari mort. Elle rédige la décrétion de Childebert qui sera énoncée par son fils Childebert en 595 et apportera au royaume franc une organisation étatique et royale qui modifiera en profondeur les institutions médiévales.

Childebert meurt en 596, très probablement empoisonné, peut-être à l’instigation de Frédégonde, laissant deux fils Thibert (ou Théodebert) en Austrasie et Thierry (ou Théodoric) en Burgondie.

Règnes de ses petits-fils et Thibert reçoit l'Austrasie et Thierry la Burgondie. Brunehaut est chargée de la régence. Elle reste d'abord auprès de Thibert à Metz.

Frédégonde lance une offensive, mais elle meurt en 597, ce qui suspend provisoirement les hostilités, n'ayant que 13 ans.

En 596, Brunehaut arrête une attaque avare en payant un tribut (chronologie)..

Mais elle est en butte à l’opposition de l’aristocratie qui finit par la rejeter, à l'occasion de la mort du duc Wintrio, qui avait conspiré contre elle et qu’elle avait fait mettre à mort.

Régence de Burgondie à partir de 601 En 601Date à vérifier., Brunehaut se réfugie auprès de , roi de Burgondie.

En 603, elle nomme maire du palais Protadius (ou Protade), un fidèle, qui seconde sa volonté de renforcement du pouvoir royal, en particulier à travers l'impôt. Protadius est tué par des grands en 605.

Conflit entre Thibert et Thierry (610-612) L'objet du conflit est l'Alsace, attribuée à Thierry à la mort de Childebert. Thibert élève des revendications et passe à l'offensive en 610.

Après plusieurs péripéties, Thibert est fait prisonnier, puis il est assassiné à Chalon-sur-Saône en 612.

, devenu roi d'Austrasie, meurt à Metz en 613 à 26 ans, peut-être empoisonné, mais plus probablement de mort naturelle.

Il laisse quatre fils, mais Brunehaut soutient l'avènement sous sa régence d'un seul d'entre eux, , âgé de 12 ans.

Règne et mort de son arrière-petit-fils, vignette|droite|Mise à mort de Brunehaut.Enluminure des Grandes Chroniques de France de , vers 1375-1380.Paris, BnF, département des manuscrits, ms. Français 2813, .

Une partie de la noblesse d’Austrasie, menée par le maire du palais Warnachaire qui jugeait Brunehaut d'être la cause d'un désordre général en Austrasie, se révolte et décide de soutenir le roi de Neustrie . Abandonnée par ses armées, Brunehaut s’enfuit dans le Jura suisse. Rejointe par le connétable de l’armée de Neustrie, Herpon, elle est arrêtée et livrée à Clotaire.

Celui-ci fait exécuter deux des quatre arrière-petits-fils de Brunehaut ( et Chramn). Le troisième, Childebert, s'enfuit et le dernier, Mérovée (probablement filleul du roi , peut-être une des raisons pour lesquelles il a été épargné), est envoyé en exil en Neustrie auprès du duc Ingobad. Jonas de Bobbio, dans sa Vita sancti Columbani, donne cinq frères à Sigebert et les fait tous exécuter sous les ordres de .

Mort de Brunehaut

En 613, Clotaire fait supplicier Brunehaut durant trois jours en la livrant aux exactions de son armée, à Renève. Finalement, elle est attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval indompté. Son corps brisé est ensuite brûlé. Ses restes sont apportés et enterrés à l’abbaye Saint-Martin d'Autun qu’elle avait fondée (fin de l’année 613)selon C. Bouyer, 1992, page 62, « la tradition veut que l'une des églises qu'elle avait fait construire à Autun ait recueilli ses restes ».. L'abbaye aujourd'hui détruite, les fragments du sarcophage sont conservés au musée Rolin à Autun.

Il s'agissait autant d'une exécution que d'une mise à l'épreuve de la nature royale de Brunehaut : celle-ci, étant reine, avait commandement au nom de Dieu sur la nature et les animaux ; que le cheval n'en tînt pas compte devait prouver à tous que Dieu avait retiré son soutien à la reine, et que le royaume revenait bien à Clotaire.

Cette mort violente assura, cependant, sa postérité. Comme l'écrivit l'historien Bruno Dumézil :

Historiographie Brunehaut / Brunehilde Une majorité d'historiens francophones utilise la graphie Haut. La totalité des historiens non francophones et une minorité d'essayistes francophones utilisent la graphie Hild.

Elle est nommée Brunehaut à partir du par les historiens francophones.. Plus récemment, certains auteurs francophones comme Roger-Xavier Lantéri et Anne Bernet préfèrent la forme Brunehilde, voire Brunehild pour Barbey d'Aurevilly dans sa nouvelle La vengeance d'une femme. D'autres historiens francophones contemporains, comme Bruno Dumézil, conservent la forme traditionnelle pour la distinguer du personnage mythologique, la valkyrie Brunehilde.

Sources Les sources concernant Brunehilde sont les suivantes. : Grégoire de Tours, Histoire des Francs, fin ; Grégoire le Grand, Registre des lettres, vers 600 ; Venance Fortunat, Poèmes, ; Chronique de Frédégaire, ; Jonas de Bobbio, Vie de saint Colomban, vers 650 ? ; Anonyme, Vie de Didier de Vienne ; Anonyme, Liber historiæ Francorum (Le Livre de l'Histoire des Francs), vers 727.

Les trois dernières sources sont nettement hostiles a priori à Brunehaut.

Une personnalité maltraitée par l’historiographie traditionnelle

vignette|Miniature médiévale () représentant l'exécution de Brunehaut.