Charles Marie Isidore Benoît de Bourbon (en espagnol : Carlos María Isidro Benito de Borbón y Borbón-Parma) également connu sous le nom de (ou en espagnol), né le à Aranjuez et mort le à Trieste, est un infant d'Espagne, second fils du roi et frère de . Il accompagne ce dernier lors de sa détention en France par l'empereur , qui les a forcé à renoncer à la couronne espagnole. Il rentre en Espagne à la chute de Napoléon, et devient le point de ralliement des ultraroyalistes lorsque l'absolutisme de Ferdinand VII leur semble faiblir.

Proclamé roi d’Espagne à la mort de son frère en 1833 par les partisans de la loi salique, en opposition à sa nièce, la jeune , il prend le nom de . Soutenu par une partie du peuple espagnol, appelés carlistes, c'est-à-dire les partisans de Carlos, il rentre en Espagne et provoque la première guerre civile pour la succession royale. Dès 1833, Charles reçoit le soutien des provinces basques, ainsi d'une grande partie de la Catalogne, mais ne parvient pas à se faire reconnaître comme souverain légitime par la totalité des provinces espagnoles, et perd la guerre.

Durant le conflit, il s’installe dans le Nord de l’Espagne et règne en tant que roi en Haute-Navarre jusqu’à la défaite finale de ses partisans, en 1839. Il se réfugie en France, où il est assigné à résidence à Bourges, à l'hôtel de Panette. Le , il renonce officiellement à ses droits au trône en faveur de son fils aîné Charles de Bourbon, et prend le titre de « comte de Molina ». De ce moment, il est appelé « roi père » (« rey padre ») par les carlistes. Ses héritiers poursuivent la cause traditionaliste, et combattent contre l’autorité royale durant deux autres guerres carlistes (de 1846 à 1849, puis de 1872 à 1876), demeurant actifs jusqu'au milieu du siècle, sans jamais obtenir le trône d’Espagne.

Jeunesse (1788-1814)

Naissance et famille gauche|vignette|294x294px|Portrait de l’infant Charles. Fils cadet du futur roi et de son épouse Marie Louise de Bourbon-Parme, Charles est né au Palais royal d'AranjuezGaceta de Madrid, 1 de abril de 1788, p. 215. https://www.boe.es/datos/pdfs/BOE//1788/027/A00215-00216.pdf le et titré infant le même jour, à la cour de son grand-père, le roi Charles III, qui s’éteint la même année.

Second fils et cinquième enfant d’une fratrie de sept enfants, Charles, second dans l’ordre de succession, reçoit la même éducation que son frère aîné, Ferdinand, prince des Asturies.

Membre de la branche royale espagnole des Bourbons, Charles est également, par sa mère, l’arrière-petit-fils du roi et de la reine Marie Leszczynska, ainsi que du roi , dont il est doublement le descendant, du côté maternel comme du côté paternel.

L’infant Charles et la crise de la monarchie L’enfance de Charles est marquée par les débuts difficiles du règne de son père, qui doit faire face à la répercussion des conséquences de la Révolution française de 1789 en Espagne, et son déroulement ultérieur, plus particulièrement la prise de pouvoir en France par Napoléon Bonaparte en . La crise qui menace la monarchie espagnole culmine après le de et le soulèvement d'Aranjuez de , à la suite duquel le Premier ministre Manuel Godoy perd définitivement le pouvoir, tandis que Charles IV se voit contraint d’abdiquer en faveur de son fils Ferdinand VII. Deux mois plus tard, tous deux paraphent les abdications de Bayonne, par lesquelles ils cèdent, chacun de leur côté, leurs droits à la Couronne d’Espagne à . En tant que second dans l’ordre de succession, Charles est également contraint de renoncer à ses droits sur le trône au profit de l'empereur français lors de l'entrevue de Bayonne. Ce dernier y renonce à son tour au profit de son frère Joseph Bonaparte.

L’occupation française et le premier exil vignette|L'Infant Charles de Bourbon, portrait préparatoire réalisé en 1800 par Francisco de Goya.|alt=|194x194pxBeaucoup d’Espagnols ne veulent pas reconnaître les abdications et, continuant à considérer Ferdinand VII comme leur roi, déclenchent en son nom la guerre d'indépendance espagnole, cependant que d’autres, appelés de façon dépréciative les francisés (afrancesados), appuyaient l’Espagne napoléonienne et le nouveau roi Joseph-Napoléon ; ce conflit donne lieu à la première guerre civile de l’histoire contemporaine de l’Espagne.

Comme son frère, Charles est détenu au château de Valençay pendant l'occupation de l'Espagne.

Retour en Espagne (1814-1833)

Restauration absolutiste des Bourbons Après la défaite de Napoléon et la restauration de Ferdinand VII sur le trône, Charles rentre à Madrid, avec le reste de sa famille, en 1814 et devient bientôt l'appui principal du parti réactionnaire, face aux partisans de la Constitution libérale espagnole, proclamée en 1812 par les Cortes de Cadix. Ferdinand VII, dont le régime absolutiste est restauré, renie ses engagements de conserver la Constitution , et en persécute les défenseurs.

Souhaitant paraître comme un héritier crédible, Charles épouse en , sa propre nièce, l'infante Françoise de Portugal, fille du roi et sœur de la reine Marie-Isabelle.

Règne consitutionnaliste de Ferdinand VII

gauche|vignette|Portrait du roi Ferdinand VII, frère aîné de Charles.Entre 1814 et 1820 ont lieu six tentatives de renversement du gouvernement, la plupart à travers des pronunciamientos, dont les cinq premiers échouent, jusqu’au succès de celui de Riego. Après le triomphe de la révolution de 1820 commencée avec le pronunciamiento de Riego le , Ferdinand VII promulgue le un décret royal affirmant : . C’est ainsi que commence la deuxième expérience libérale en Espagne. Ferdinand a néanmoins bien l'intention que cette expérience soit la plus courte possible : il organise la dès le , lorsqu'il jure pour la première fois sur la Constitution de 1812. À partir du printemps 1822, le soulèvement royaliste, appuyé en Espagne par un dense réseau contre-révolutionnaire, et au sommet duquel se trouvait le roi, s’étend : les royalistes parviennent à former une armée qui compte entre et hommes, mais le coup d'État de juillet 1822 échoue à permettre au roi de remettre en place une monarchie absolue. Le roi de France Louis XVIII, appelé à l'aide par Ferdinand VII, et son gouvernement décident d'une expédition militaire en Espagne pour soutenir l'absolutisme, avec l'accord plus ou moins explicite ou la neutralité des autres puissances de la Quintuple Alliance. Une bonne part des libéraux qui se trouvent à Cadix fuirent en Angleterre via Gibraltar. Dès que Ferdinand retrouve la liberté, il promulgue un décret dans lequel il déroge l’ensemble de la législation du Triennat libéral.vignette|Portrait de l’infant Charles durant la Restauration. Dès que récupère ses pouvoirs absolus le , à l’encontre de sa promesse de pardon et des conseils du duc d’Angoulême, il engage une répression féroce et arbitraire. Toutefois, dès qu'il est confirmé que l’Inquisition ne sera pas restaurée et qu'est approuvée en une amnistie envers les libéraux, et bien que cette dernière soit extrêmement limitée, les ultras commencent à s’organiser et à conspirer contre le gouvernement, avec le ferme soutien de l’Église espagnole et des Volontaires royalistes, devenus le bras armé du royalisme ultra. Grâce au soutien de l’infant Charles, de son épouse Marie Françoise de Bragance et de sa belle-sœur la princesse de Beira, leurs chambres au palais constituent le centre du . Le , des opposants au roi forment à Manresa une Junte supérieure provisoire du gouvernement de la Principauté présidée par le colonel Agustín Saperes , qui dans un arrêté du insiste sur la fidélité envers le roi Ferdinand VII. Pour légitimer la rébellion, les affirment que leur objectif est de qu'ils disent par le gouvernement. Mais il leur arrive également d'exalter , frère du roi et héritier du trône, qui partage leur idéologie.

Succession contestée et début du carlisme Le roi n'ayant pas eu d'enfant de ses trois mariages, l'infant Charles semble destiné à régner. Mais le roi épouse en quatrièmes noces sa nièce Marie-Christine des Deux-Siciles en , qui tombe enceinte au début de l'année suivante. S'appuyant sur un édit datant de 1789 que son père n'avait pu publier, , par la Pragmatique Sanction du 29 mars 1830, abolit la loi salique de 1713 par laquelle , en contradiction avec la coutume espagnole, avait autrefois exclu les femmes du trône. Il appelle ainsi son enfant à naître, quel que soit son sexe, à lui succéder après son décès ; l’infant Charles se voit ainsi privé de la succession qui jusque là lui incombait, à la grande consternation de ses partisans ultra-absolutistes, déjà désignés comme . C'est bien une fille, la future , qui naît en , suivie de sa sœur Louise-Fernande en .

Les ultras sont pris par surprise par la publication du décret, mais ne se résignent toutefois pas à ce que la très jeune Isabelle puisse devenir la future reine ; ils tentent de profiter de l’occasion de l’aggravation de l'état de santé de Ferdinand VII . Son épouse la reine Marie-Christine est soumise à la pression des ministres et de l’ambassadeur du royaume de Naples . Ces derniers lui assurent que l'armée ne l'appuiera pas dans sa régence lorsque mourra le roi. Marie-Christine assure postérieurement qu'elle chercha à éviter une guerre civile, en influençant son époux afin qu’il révoque la Pragmatique Sanction de 1830. Le , le roi signe son annulation. Contre les espoirs des ultras, le roi retrouve ensuite la santé et destitue son gouvernement le . Le 31 décembre il annule dans un acte solennel le décret dérogatoire qui n’a pas encore été publié mais que les carlistes se sont chargés de divulguer. Ainsi, la princesse Isabelle, âgée de deux ans, devient à nouveau héritière au trône.

La rupture avec les carlistes se produit à la suite de la décision prise par le gouvernement le d’expulser de la cour la princesse de Beria en raison de son implication directe dans les conspirations ultras et de l’influence qu’elle exerce sur son beau-frère Charles, l'encourageant notamment à défendre ses prétentions à la succession à l'encontre de la fille du roi. Afin de sauver les apparences, on dit qu’elle avait été appelée auprès de son frère, le roi Michel de Portugal. Celui-ci est alors aux prises avec une situation similaire à celle que va connaître l'Espagne, à savoir la crise de succession portugaise (1826-1834).

De façon inattendue, Charles informe son frère le roi que, avec son épouse Marie Françoise de Bragance et ses enfants, il accompagne sa belle-sœur dans son voyage au Portugal. Ils quittent Madrid le et arrivent à Lisbonne le 29. Ce faisant, Charles évite de reconnaître Isabelle en tant que princesse des Asturies et héritière du trône, titre et statut qui lui sont définitivement octroyés en juin de la même année. Au cours des semaines suivantes, Ferdinand VII et son frère Charles échangent une abondante correspondance dans laquelle il apparait clairement que ce dernier refuse de reconnaître Isabelle, scellant la rupture définitive entre eux. Le roi finit par lui ordonner de s'installer dans les États pontificaux et de ne jamais revenir en Espagne, mettant une frégate à sa disposition ; Charles ne se soumet pas à l'ordre, donnant des excuses de tout type. Le , les Cortès se réunissent dans l'église Saint-Jérôme-le-Royal, comme en 1789, pour le , la reconnaissant officiellement comme héritière de la couronne. Trois mois plus tard, le dimanche , le roi Ferdinand VII meurt. La première guerre carliste commence, entre les partisans d’Isabelle et de la régente Marie-Christine d'une part, et d'autre part les , partisans de leur oncle et beau-frère Charles.

Guerre de succession d’Espagne (1833-1839)

Début des troubles et prises de position gauche|vignette|La mort du roi Ferdinand VII (1833).