Le monastère Stella Maris ou monastère de Notre-Dame du Mont Carmel pour moines à Haïfa est un couvent de Carmes reconstruit au , et installé sur les pentes du Mont Carmel en Israël. Ce couvent de moines carmes - à ne pas confondre avec le couvent de Carmélites situé à - est l'héritier de l'installation historique des premiers ermites du Mont Carmel, fondateurs de l'ordre au . Ces premiers ermites installés à l'occasion des Croisades quittent le site au à la suite de la reconquête musulmane et le premier monastère est abandonné. Au des pères Carmes viennent reconstruire un monastère à quelques kilomètres de leur installation antérieure, sur le bord du plateau surplombant la ville d'Haïfa. Après un siècle de présence, ils sont à nouveau chassés du monastère par les autorités ottomanes. De retour 30 ans plus tard, ils reconstruisent un nouveau monastère détruit une nouvelle fois en 1821.
Appuyés par le roi de France, les carmes reviennent et reconstruisent le monastère et l'église à partir de 1827. L'église est dédicacée en 1836, le monastère entre en fonctionnement en 1846. Les moines ajoutent le phare Stella Maris à leurs constructions. C'est ce phare qui donne aujourd'hui le nom à l'ensemble des constructions.
L'église du monastère est construite au-dessus d'une grotte appelée grotte d’Élie. D'autres grottes sont situées à proximité, dont la plus sacrée et vénérée par les juifs, les chrétiens et les musulmans : la grotte Saint-Élie ou L'école des prophètes, située en contrebas du monastère, à l'extérieur de son enceinte, et transformée actuellement en synagogue.
Ce monastère est le point spirituel central pour tout l'ordre du Carmel. L'église et les grottes sont visitées par des pèlerins des différentes religions qui viennent visiter et prier sur les lieux où a vécu le prophète Élie.
Histoire Fondations antérieures Avant la présence des Carmes, au des moines byzantins édifient un monastère dédié à saint Élie dans une vallée à quelques kilomètres au sud du monastère actuel. Celui-ci est détruit en 614 par les Perses de Khosro IIÀ ne pas confondre avec l'autre monastère "Sainte-Catherine" construit par ces mêmes Byzantins (et à la même époque), au sommet du plateau, sur le lieu de l'actuel couvent "Stella Maris".. Vers 1150, un moine grec originaire de Calabre établit une communauté composée d'une dizaine de membres parmi les ruines de l'ancien monastère byzantin qu'il reconstruit et renomme Saint-ÉlieChapitre Plans annoté du Mont Carmel / L’École des prophètes ou grotte d’Élie .
Fondation initiale La tradition indique qu'en 1185, pendant la Troisième croisade, un groupe d'ermites mené par saint Berthold a commencé à habiter les grottes du mont Carmel à la suite du prophète ÉlieCe premier monastère était situé dans la vallée orientée Est-Ouest située à 3,5 km à vol d'oiseau au sud du monastère actuel, et à l'ouest du "Haifa Sde Yehoshua Cemetery".. Au début du , leur supérieur (qui est supposé être saint Brocard, bien que les preuves écrites manquent, la seule trace écrite étant «frère B.»Dans la règle du Carmel, il n'est fait référence qu'au "frère B." (dans la phrase d'introduction de la règle) ayant demandé au patriarche une règle de vie pour les ermites. La tradition a établi qu'il s'agissait de saint Brocard, second supérieur de l'ordre. Voir Regula Ordinis Carmelitarum des Carmes O.Carm et OCD) a demandé au Patriarche latin de Jérusalem, Albert Avogadro (1150-1214), de fournir au groupe d'ermites une règle de la vie écriteChapitre Plans annoté du Mont Carmel / Le couvent de Saint-Brocard à Wadi Siach (on le date de 1263).
Ce fut l'acte originaire de l'ordre, qui a pris le nom de « Ordre des Frères de Notre-Dame du Mont Carmel » ou Carmes. Une chapelle est consacrée à la Vierge Marie sous le titre de Marie, étoile de la mer (en latin: Stella Maris). Mais après quelques décennies, ces ermites commencent à quitter la Terre sainte en raison de l'insécurité liée aux reconquêtes musulmanes qui marqueront la fin des Croisades. Ils rentrent alors en Europe où ils diffusent ce nouvel ordre monastique.
À la fin de la première croisade menée par Saint Louis en Terre Sainte en 1254 (la Septième croisade), il ramène six carmes en France qui rejoignent ceux qui, depuis 1238 avaient commencé à chercher et fonder des maisons dans toute l'Europe. La chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, contraint les derniers ermites à se retirer du mont Carmel. Ceux qui avaient choisi de rester sur place sont massacrés par les MamelouksJörg Ratgeb (1480? - †1526) a peint une fresque retraçant la vie des Carmes au début du , sur les murs du réfectoire du monastère des Carmélites de Francfort-sur-le-Main. Sur cette fresque, la scène "Le massacre des derniers Carmes" montre la mise à mort des carmes sur le mont Carmel.. Cet épisode marque la fin de cette (première) implantation érémitique des Carmes.
Restauration au thumb|droite|Plan du mont Carmel par Jean Doubdan, Le voyage de la Terre Sainte, Paris, 1667. En 1631, la branche des Carmes Déchaux retourne en Terre Sainte, dirigée par le vénérable Père Prosper (père Prosper du Saint Esprit). Grâce à l'appui des diplomates français auprès des autorités ottomanes, ils achètent différentes maisons et ruines sur les pentes du Carmel, ainsi que différentes grottes. Fin 1632, ils installent un petit monastère construit sur le promontoire du mont Carmel, où ils vivent jusqu'en 1761Ce promontoire est situé à 4 km au nord de la vallée où se situait le monastère original, il surplombe la baie d'Haïfa et toute la plaine côtière. Il est situé sur la pointe sud-ouest de la baie allant de Saint-Jean d'Acre à Haïfa.. Néanmoins, à leur arrivée, la grotte Saint-Élie était déjà utilisée par des ascètes Mamelouks qui venaient y vénérer Élie (el-Khader, qui signifie « le vert », « le verdoyant »). À la suite d'incidents, les carmes se déplacent dans une autre grotte proche appelée "Grotte des disciples d’Élie".
En 1635, des conflits armés locaux obligent les carmes à fuir, ils reviennent en 1637 avec de nouvelles lettres de créance (devant leur assurer le soutien et la protection des autorités locales). En 1761 le souverain et gouverneur Dhaher al-Omar ordonne aux moines de quitter les lieux et fait détruire leur monastèreChapitre La "Vitae Formula" de saint Albert / Le couvent du Père Prosper (XVIIe siècle) .
Éphémère retour fin thumb|gauche|Le monument à la mémoire des soldats de campagne d'Égypte. Jean-Baptiste de Saint Alexis (Bertoldo Antonio Gioberti), carme déchaux obtient l'autorisation de reconstruire le monastère en 1767. Il lève les plans des ruines, puis dresse les plans du nouveau couvent situé en bordure du plateau, et sur le site de l'ancien couvent byzantin (couvent Sainte-Marguerite détruit en 614 par les Perses)<ref group="N">un siècle plus tard, en 1864, sera construit à proximité le phare Stella Maris qui donnera son nom au monastère.</ref>. Pour ce nouveau couvent, éloigné de la grotte Saint-Élie, le chœur de la chapelle surplombe une cavité réputée pour avoir été fréquentée par Élie (mais différente de la grotte el-Khader alors utilisée par les musulmans)Chapitre Grotte d'Elie et Stella Maris / La terrasse du promontoire . La première pierre est posée en 1767 et les travaux se terminent en 1774.
En 1799, Napoléon, lors de la campagne d'Égypte, met le siège devant Saint-Jean d'Acre. Il transforme le bâtiment du monastère en un hôpital de campagne où il abandonne, lors de son retrait hommes blessés et malades. Ces hommes seront massacrés par les troupes ennemiesChapitre Chronologie / Les Carmes au XVIIIe siècle. Les religieux carmes sont expulsés et les corps des soldats laissés en place. En 1804, lorsque le Père Jules du Saint-Sauveur revient prendre possession des bâtiments, il trouve le sol jonché d'ossements. Il rassemble tous les ossements dans des grottes dont il mure l'entrée. Mais les murs s'effondrent, et les bêtes sauvages dispersent les ossements. Dans les années 1830, le frère Mathieu, lors des travaux de reconstruction du monastère, récolte les ossements pour les ensevelir sous la pyramide à l'entrée de l'édifice.
En 1821, la structure survivante est détruite par le pacha de DamasJewish encyclopedia qui souhaite éviter que ses ennemis utilisent le site pour s'y fortifierChapitre Récit de Voyage / Correspondance d'Orient de Michaud concernant Haïfa. Il fait récupérer les pierres de l'édifice pour la construction de son palais pp. 568-570.
Restauration au En 1825, à la suite d'une intervention du roi Charles X, les carmes obtiennent du sultan l'autorisation de reconstruire le monastère. Le monastère est reconstruit de 1827Début des travaux le pour retirer les gravats du site et purger les structures instables. La première pierre est posée le . à 1836 grâce à des dons et des aumônes recueillis en grande partie en France, mais aussi dans toute l'Europe, par le Carme Déchaux Jean-Baptiste du très Saint Sacrement (Charles Casini)Chapitre Chronologie / Les Carmes au XIXe siècle. Joseph-François Michaud, dans ses chroniques d'Orient indique qu'il ne restait, à l'époque sur le Carmel, que 4 pères Carmes. Deux sont restés sur site pour diriger les travaux de reconstruction pendant que les deux autres ont parcouru l'Europe pour collecter les fonds. Il ajoute que 3 années seulement ont suffi à reconstruire les bâtiments. La réinstallation du Carmel et le maintien des Carmes ont été soutenus par les rois de France Charles X et Louis-Philippe IerAvant lui, le roi Louis XVIII avait également soutenu les Carmes face aux autorités ottomanes. Les transferts de fonds entre l'Europe et la Palestine ont été facilités par les interventions du Consul français à Acre.
L'église et le monastère actuel sont construits sous les ordres du frère Carme Cassini. La Dédicace officielle de l'église a lieu le alors que ses travaux ne sont pas encore terminés. Trois ans plus tard le pape Grégoire XVI décerne le titre de Basilique mineure au sanctuaire qui est maintenant connu sous le nom de "Stella Maris" (ce qui signifie Étoile de la Mer).
Les moines carmes commencent leur vie communautaire dans leur monastère en 1846. En , le Père Joseph-Marie du Sacré-Cœur, Supérieur général de l'Ordre du Carmel, se rend en visite officielle au monastère du mont Carmel, qui ainsi reçoit sa déclaration officielle d'existence en tant que "monastère carmélitain". vignette|300x300px|L'entrée actuelle du monastère. En 1841, les carmes négocient avec les autorités ottomanes le rachat du palais Abdallah construit à quelques mètres de leur couvent. Après 5 ans de négociations et avec le soutien des diplomates français, la vente est enfin signée. Le palais sert alors d’hospice pour les pèlerins. En 1867, les carmes ajoutent aux constructions un phare nommé "Stella Maris".
Durant une grande partie du , le monastère fut occupé par l'armée, d'abord les Britanniques, et plus tard l'israélienne. Aujourd'hui, il a été restitué à l'Ordre du Carmel, seul le phare reste occupé par l'armée.
Le Centre Carmélitain C'est à partir de 1955 que l'ensemble des bâtiments du couvent a pris l’appellation de "Stella Maris", nom qui juste alors était dévolu au seul phare.
L'église thumb|droite|upright|Intérieur de l'église Stella Maris
L'église principale du monastère, "Stella Maris" ou "Marie, étoile de la mer", est bâtie sur un plan en forme de croix.
Le plafond et le dôme de l'église sont décorés par des peintures réalisées par le frère Luigi Poggi de 1924 à 1928. Elles représentent des scènes de Ancien et du Nouveau Testament : Élie emporté dans les cieux, David tenant sa harpe, le prophète Isaïe, la sainte famille et les quatre évangélistes. Des inscriptions en latin de versets bibliques sont inscrites autour du dôme. Les murs de l'église sont en marbre italien. Celui-ci est tellement lumineux et bigarré que parfois les visiteurs pensent que les murs ont été peints.