Le Ghetto de Grodno ( — ) () est un ghetto établi par les nazis en à Grodno, où une communauté juive existait depuis le . Cette ville était située en Pologne depuis 1920, mais les clauses du pacte germano-soviétique du l'avait assignée à l'URSS. Comme pour les autres ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale le terme désigne des emplacements habités (villes, faubourgs, villages), dans les zones occupées par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, où les Juifs étaient rassemblés par la force et isolés de la population non-juive. Cette isolation représentait une partie de la politique dite de la solution finale dans le cadre duquel furent exécutés entre et Juifs en Biélorussie. La Shoah ou Holocauste peut être analysée comme un processus, dont les étapes sont : la définition des Juifs, leur expropriation, leur concentration, et enfin leur destruction. Le ghetto de Grodno n'est qu'un ghetto sur les 300 ghettos ayant été recensés en Biélorussie. Il se situe à proximité de la frontière polonaise et de la frontière lituanienne en Biélorussie.
La communauté juive de Grodno Comme Brest-Litovsk, Grodno abritait une très ancienne communauté juive fondée en 1389 quand le grand duc de Lituanie, Vytautas le Grand octroie une charte en faveur de l'établissement des Juifs.
Malgré les massacres et les guerres du , la population juive est en croissance continue et passe de à personnes de 1560 à 1793. Grodno abrite la deuxième communauté juive de la Lituanie d'alors (après Vilna) lorsque la ville devient russe en 1795. En 1912, la population juive dépasse les personnes soit environ 60 % de la population totale de la ville. Les Juifs y sont principalement des commerçants. Une très grande entreprise de tabac, Y. Shereshevsky, employait ouvriers et fermait le Chabbat et les jours de fête juive ;
Au , la communauté est dominée d'un point de vue religieux par les Mitnagdim, émules du Gaon de Vilna. Les mouvements socialistes et sionistes sont aussi présents jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Après le retour de Grodno à la Pologne après la Première Guerre mondiale, les entreprises juives sont victimes d'un boycott antisémite et de nombreux Juifs se tournent vers les professions de médecin ou d'avocat.
Les 18 et , quand les troupes polonaises se retirent de Grodno pour laisser la place aux Soviétiques, la communauté juive est victime d'un pogrom de grande ampleur.
Occupation de Grodno et création du ghetto
En 1931, 42,6 % des habitants de Grodno, soit personnes, étaient juifsЛ. Смиловицкий. Гетто Белоруссии — примеры геноцида (из книги «Катастрофа евреев в Белоруссии, 1941—1944 гг.». En 1937, la ville comptait encore juifs sur les habitants. Mais en 1941 il n'y avait plus un nombre aussi élevé de juifs à GrodnoБ. Марраш. Геула или попытка к бегству?И. Карпенко. Две гродненские истории. Beaucoup avaient tenté de fuir avant le début de l'opération Barbarossa en .
Grodno se trouva sous occupation nazie pendant 3 ans et un mois — du 23 (24) jusqu'au 16-24 (14Гетто в Гродно ) Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси. Les forces de la Wehrmacht prirent Grodno en un seul jour. Dans la ville, la panique fut au comble, l'idée de prendre la fuite pouvait être oubliée : « …même les juifs qui avaient eu le temps de fuir, les Allemands les rattrapaient aussi vite qu'ils s'enfuyaient. Et les juifs étaient obligés de revenir ».
Immédiatement des sanctions furent appliquées aux Juifs et de tout genre. Déjà avant la constitution du ghetto, ils durent porter, sous peine de mort, des signes distinctifs — le bandeau blanc avec l'étoile de David en liseré bleu qui fut remplacé par la suite par l'étoile jaune à six branches, cousue dans le dos et sur la poitrine. Les juifs ne pouvaient marcher que sur la partie carrossable de la chaussée et pas sur les trottoirs. Ils ne pouvaient marcher en groupe mais devaient rester isolés les uns des autres, il leur était interdit d'aller au marché, de se promener dans les parcs, d'aller dans les cinémas ou les théâtres. Chaque juif, à l'approche d'un Allemand ou d'un membre de la collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale, devait quelques mètres avant de le croiser veiller à enlever sa coiffeМ. Ботвинник. Исследователь Холокоста на Гродненщине. К портрету профессора Якова Мараша..
thumb|left|350px|Déplacement des Juifs dans le ghetto de Grodno. Novembre 1941.
Immédiatement après le début de l'occupation, tous les Juifs de 16 à 60 ans furent obligés de se présenter à un endroit fixé par les autorités occupantes pour la répartition des tâches du travail obligatoire. Pour l'exécution de leurs tâches, ils étaient traités comme des esclaves. Le , les Allemands rendirent la condition des Juifs plus pénible encore : les hommes entre 14 et 60 ans et les femmes de 14 à 55 ans furent obligés de travailler. Au travail, les juifs n'étaient pas nourris et ne recevaient aucun salaire. Pour des fautes légères : le seul fait, par exemple, de se redresser le dos quelques instants et ils étaient massacrés. Les Juifs étaient tués dans tous les cas parce que « toujours et pour tous les juifs sont coupables ». Un jour, les Allemands chassèrent les Juifs dans le fleuve Niémen et ne leur laissèrent aucune possibilité de sortir du fleuve jusqu'à ce qu'ils se noientИнститут Яд-Вашем. Энциклопедия Катастрофы. Гродно.
Au début du mois de , arriva à Grodno un détachement punitif en vue de l'extermination des représentants des intellectuels de la communauté juive — des enseignants, des artistes, des médecins, des juristes et des musiciens. Une liste fut établie et le les Allemands et les membres de la collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale les conduisirent dans les faubourgs et tuèrent 80 personnes — les membres les plus éminents et les plus cultivés de la communauté susceptibles d'organiser et de conduire la résistance.
Pour organiser l'exécution des ordres des nazis dans la communauté juive en , un judenrat (conseil juif) fut créé à Grodno. Lors de sa constitution, il comprenait 10 membres, mais ensuite les nazis les firent passer à 24. Les occupants placèrent à la tête du judenrat le directeur du collège David Brawer et des professeurs du TarbutФотография учителей «Тарбут» 1930-х годов. Давид Бравер пятый справа в среднем ряду..
En , les nazis commencèrent à organiser deux ghettos à Grodno (à environ deux kilomètres l'un de l'autre). Ils occupaient une surface d'un hectare et demi (entre la rue de Jérusalem, aujourd'hui appelée Antonov, et le quartier de la rue Balchaia Troitskaia)На факультете истории и социологии ГрГУ прошли мероприятия, посвященные Международному дню памяти жертв Холокоста. La division en deux ghettos avait pour but, dans l'esprit des Allemands de leur faciliter l'extermination déjà programmée de tous les juifs de Grodno : dans le ghetto ils avaient rassemblé les travailleurs qualifiés et dans le ghetto les juifs non-productifs.
Le Ghetto fut créé dans la partie centrale de la ville, dans la « vieille ville », non loin du château et des alentours de la Grande synagogue chorale de Hrodna, — dans les rues SkidelskaiaКнига:Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944 et Perets, dans le quartier de la place Skidelskaia, mais son entrée principale se trouvait du côté de la rue du Château (en russe : Zamkovaia, en allemand : Burgstrasse). Sur une surface de moins d'un demi kilomètre carré furent installés prisonniers. La vie de ce ghetto se prolongea de jusqu'au mois de . Le ghetto fut entouré de deux palissades de deux mètres de haut.
thumb|350px|Les Allemands chassent les juifs dans le ghetto à Grodno fin 41.
Le Ghetto fut organisé derrière la voie de chemin de fer, dans le quartier de la rue Perets (ancien faubourg du quartier de Slobodka), à côté de la vieille caserne le long de la place du marché. Ce ghetto occupait un plus grand emplacement que l'autre, mais ses habitants juifs vivaient dans des conditions pires que les juifs du ghetto . Les Allemands y envoyèrent juifs, en leur donnant six heures, sans moyen de transport pour ce faire, si bien qu'un millier de juifs, dans la panique, se blessèrent en s'écrasant contre les portes du ghetto. Le ghetto fut entouré d'une clôture le long de la rue Skidelskaia. L'entrée du ghetto se faisait par la rue de l'Artillerie (en russe : Artileriskaia, en allemand : Kremer Strasse). Le ghetto fut détruit en .
Aux environs du , la constitution du ghetto fut terminée et tous les juifs y étaient installés. Le chef du ghetto était Kurt Wiese, celui du ghetto Otto Streblev. Tous deux s'appliquaient et prenaient plaisir à fusiller personnellement des juifs et, par des témoins oculaires, on sait que Kurt Wiese devait changer de vêtements deux fois par jour parce qu'ils étaient tachés de sangПлан гетто в Гродно.
Conditions de vie dans le ghetto
Les conditions de vie dans le ghetto de Grodno étaient extrêmement pénibles, humiliantes, inhumaines. Selon le témoignage du survivant Khaïm Chapiro : « On portait l'étoile jaune de David devant et derrière. On ne marchait pas sur les trottoirs. On crachait sur nous, on pouvait nous tuer, si un Allemand vous attrapait. Et les Polonais aussi se moquaient méchamment. Nous étions des gens sans droits. Il arrivait, en se levant le matin, de sortir et de voir des pendus aux balcons… ». Toutefois les prisonniers souffraient relativement moins de la faim dans ce ghetto que dans beaucoup d'autres, et furent tués plus tard.
Les hitlériens intégrèrent Grodno par la création dans le troisième Reich du Reichskommissariat Ostland (« Les territoires de l'Est ») qui comprenait cette ville.
Les gens qui risquaient leur vie tous les jours, s'ingéniaient à échanger des vêtements et des objets personnels en échange de quelques aliments.
Dans les deux ghettos étaient distribués pour un prix modique des cartes de rationnement pour le pain, en échange desquels les juifs recevaient environ de pain par jour. Parfois le Judenrat, dans des circonstances spéciales, parvenait à obtenir de la viande de cheval. Dans les caves de la Grande synagogue chorale de Hrodna, les juifs parvinrent, quelque temps, à constituer une réserve de pommes de terre, que le judenrat partageait un peu entre les prisonniers.
Durant les premiers mois de l'existence du ghetto, les meurtres ne furent pas la cause principale des décès de prisonniers. La plus grande partie de ceux-ci étaient dus à des suicides de désespérés par l'horreur de la situation, ou à la mort pour cause de maladie. Beaucoup d'enfants moururent parce que leur organisme de supportait pas les conditions de survie dans le ghetto. Suivant les mots d'un prisonnier survivant, Frane Brojdie : « Les Allemands avaient atteint leur but. Physiquement et moralement les juifs étaient brisés. Ils étaient entièrement soumis. On leur avait enlevé leurs biens mais aussi leur capacité de raisonner. L'apathie, la fatigue, le désespoir, s'étaient emparés des juifs, ce qui facilitait le travail d'extermination des Allemands ».
Les juifs étaient obligés de vivre dans une horrible promiscuité, à tel point que beaucoup n'avaient même pas la place pour se coucher et qu'ils dormaient assis. C'est pourquoi, en , les nazis furent obligés de déplacer une partie des prisonniers du ghetto vers le qui était moins peuplé.
Destruction du ghetto
À l'époque de l'existence des deux ghettos à Grodno, juifs passèrent par ce camp, parmi lesquels environ perdirent la vie.