La science en Europe au siècle des Lumières est l'étude de l'histoire des sciences au siècle des Lumières, en particulier en Europe. Certaines idées se répandaient jusqu'en Amérique. L'époque débute à la révolution scientifique des et , pour se terminer vers la Révolution française et est marquée par l’essor des sociétés savantes.

En philosophie et histoire des sciences, l'héliocentrisme accroît son influence et celle de l'aristotélisme perd du terrain, de même que la doctrine médicale de Galien. Au , les autorités scientifiques prennent le dessus des religieuses en termes de philosophie naturelle, tandis que les disciplines de l'alchimie et de l'astrologie perdent leur crédibilité scientifique.

La science du siècle des Lumières européenne favorise l'empirisme et le rationalisme, avec des idéaux d'avancement et de progrès. Néanmoins, Jean-Jacques Rousseau a critiqué les sciences de son époque parce qu'elles éloignaient l'homme de la nature et ne visaient pas à rendre les gens plus heureuxBurns (2003), entry: 7,103..

Durant la Renaissance, les sociétés savantes et les académies avaient remplacé les universités comme centres scientifiques. Ces institutions sont la structure centrale de la maturation de la profession scientifique. La vulgarisation scientifique acquiert également de la popularité parmi la population de plus en plus lettrée. Les encyclopédies sont introduites au public, ainsi que les idées de Newton, par Voltaire et Émilie du Châtelet.

Certains historiens des sciences voient cette période comme peu intéressante. Toutefois, durant le siècle des Lumières, des contributions significatives ont été apportées dans la pratique de la médecine, des mathématiques, de l'électricité. De son côté, la chimie est venue à maturation en tant que discipline scientifique, établissant les fondements de la chimie moderne. vignette|right|200px|Table d'astronomie tirée du Cyclopaedia de 1728

Histoire

La Renaissance des siècles précédents en Europe (qui a commencé en Italie), avait été une période qui s'est terminée par une véritable révolution scientifique. Des théories tout à fait nouvelles sont apparues, remettant en cause la façon dont l'homme voyait le monde et sa place dans ce dernier.

Causes

Les raisons de cette Renaissance sont multiples. La diffusion des connaissances s'améliore : au , on redécouvre des textes anciens (Aristote) conservés et enrichis par les Arabes (voir Renaissance du ), puis l'invention du papier est importée de Chine pour enfin culminer avec l'invention de l'imprimerie (1453) (également importée et améliorée par Gutenberg). Celle-ci a permis de diffuser en plus grand nombre des livres (les copies sur manuscrit prenaient du temps) et surtout de publier des livres en langues vernaculaires à la place du latin, donc de propager la culture.

De nombreux progrès sont apportés en géographie et en cartographie : Pierre d'Ailly et l'Imago mundi de 1410, carte de Fra Mauro en 1457. Ceux-ci encourage les progrès techniques autour de la navigation (caravelle) et du positionnement (boussole, sextant, etc.). L'exploration maritime s'étend autour du continent africain (Portugais), puis vers le nouveau monde.

Par ailleurs, de nouvelles idées circulent avec l'apport des connaissances byzantines, à la suite du déclin et de l'effondrement final de l'Empire byzantin en 1453 ainsi qu'avec la naissance du protestantisme et de l'hermétisme qui força l'Église catholique romaine à se remettre en cause, amorçant ce qui sera une séparation de la science et de la religion.

Conséquences

Copernic vécut pendant la Renaissance, mais les possibilités de diffusion de l'information n'étaient pas encore telles que ses idées, pas toujours si mal acceptées au départ, puissent être diffusées largement. On ne peut pas parler de révolution copernicienne au sens propre pour la Renaissance (elle fut un peu postérieure). Toutefois, il y eut bien un changement radical de vision du monde, qui portait davantage sur la prise de conscience par le plus grand nombre de la rotondité de la Terre (on l'avait redécouverte dans les milieux cultivés depuis le ), dès l'instant que les navigateurs eurent traversé l'Atlantique. En particulier, les voyages de Christophe Colomb eurent un retentissement considérable.

Les progrès scientifiques et techniques acquis durant la Renaissance, ainsi que le renouveau dans les autres domaines (art) furent l'une des causes de l'extraordinaire période d'explorations par les navigateurs européens, d'abord portugais, et italiens, puis espagnols et français, qualifiée de grandes découvertes, qui permit à l'Europe de s'assurer la suprématie mondiale.

Histoire des femmes

vignette|200px|right|Catherine Dachkov, une aristocrate russe lettrée, fondatrice de l'Académie impériale de Russie vignette|Portrait de M. et Lavoisier : Marie-Anne Pierrette Paulze a traduit des textes pour les travaux de chimie de son mari

Au siècle des Lumières, les femmes étaient exclues des sociétés savantes, des universités et des professions érudites. Les femmes éduquées étaient soit autodidactes, ou avaient eu des tuteurs ou l'éducation d'un père à l'esprit libéral. À l'exception des filles d'artisans qui pouvaient assister leur père au travail, les femmes érudites faisaient aussi partie de l'élite socialeKors, (2003), “Education”. L'inaccessibilité aux sociétés savantes a entraîné l'inaccessibilité aux instruments scientifiques, tel le microscope. Les restrictions au étaient telles qu'on interdisait aux femmes, y compris les sages-femmes, d'utiliser des forcepsWhitehead, (1991), p. 227.. Ceci explique que les hommes chirurgiens ont fini par dominer la gynécologie au cours de ce siècle.

Des satiristes ont ridiculisé les femmes scientifiques en les décrivant comme négligentes de leurs tâches domestiquesBurns, (2003), entry: 253.. Par exemple, Jean-Jacques Rousseau, dans Émile ou de l'éducation : « Ainsi toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce qu'on doit leur apprendre dès leur enfance. »Œuvres complètes de J. J. Rousseau : Émile ou de l'éducation.

Institutions

Malgré ces obstacles, certains hommes apportaient leur soutien aux femmes dans le domaine des sciences et plusieurs d'entre elles y ont apporté des contributions significatives au cours du . Notamment, deux femmes ont participé aux institutions de leur époque : Laura Bassi et la princesse russe Catherine Dachkov. Bassi était une physicienne ayant reçu son doctorat de l'université de Bologne et qui y devient professeur en 1732. Dachkov est devenue directrice de l'Académie impériale de Russie en 1783 grâce à ses relations avec la tsarine Catherine la Grande, marquant la première embauche d'une femme à la direction d'une académie scientifique.

Du côté de la Suède, Eva Ekeblad est la première femme admise à l'Académie royale des sciences de Suède.

Hors des institutions

De façon plus commune, des femmes ont participé à l'avancement des sciences en association avec un parent masculin ou un époux. Caroline Herschel a commencé sa carrière d'astronome, même à contrecœur, en assistant son frère William Herschel. Elle est reconnue pour la découverte de huit comètes ainsi que pour sa publication Index to Flamsteed’s Observations of the Fixed Stars (1798). Du côté de la chimie, Marie-Anne Pierrette Paulze a traduit des textes pour les travaux de son mari, Antoine Lavoisier. Elle assistait aussi à ses recherches et a illustré plusieurs de ses publications, dont son Traité sur la chimie (1789).

Beaucoup d'autres femmes sont illustratrices ou traductrices de textes scientifiques. En France, Françoise Basseporte est employée par les jardins botaniques royaux comme illustratrice. En Angleterre, Mary Delany développe une méthode d'illustration, également pour la botanique. Des aristocrates telles Mary Somerset et Margaret Harley cultivaient leur propre jardin botanique. En traduisant la Principia de Newton en français, Émilie du Châtelet inclut également des progrès récents de physique mathématique.

Progrès par discipline

Certains historiens des sciences voient cette période comme peu intéressantecf. Hall (1954), iii; Mason (1956), 223.. Toutefois, durant le siècle des Lumières, des contributions significatives ont été apportées dans la pratique de la médecine, des mathématiques, de l'électricité. Au , les autorités scientifiques prennent le dessus des religieuses en termes de philosophie naturelle, tandis que les disciplines de l'alchimie et de l'astrologie perdent leur crédibilité scientifique.

Astronomie

vignette|Le télescope de 12 m de William Herschel

L'héliocentrisme accroît son influence et celle de l'aristotélisme perd du terrain. Les idées de Newton sont introduites au public par Voltaire et Émilie du Châtelet.

Les astronomes du se fondent sur les travaux de Nicolas Copernic, Johannes Kepler et Newton pour raffiner le télescope et produire des catalogues d'étoiles, ainsi que pour expliquer la mécanique céleste en termes de conséquences de la loi universelle de la gravitationPorter, (2003), p. 328.. En 1705, Edmond Halley fait correctement le lien entre des descriptions d'apparitions remarquables de comètes et la comète qu'on nommera 1P/Halley, par des calculs d'orbitesTurner, (1963), p. 88.. Halley change aussi la théorie newtonienne de l'univers avec les étoiles fixes : en comparant les anciennes positions avec les positions courantes, il a observé un décalageHoskin, (1999), p. 174.. En documentant la parallaxe stellaire, James Bradley réalise que le mouvement inexpliqué des étoiles, qu'il avait observé avec Samuel Molyneux, est causé par l'aberration de la lumière : c'est une preuve du modèle héliocentrique, puisque c'est une révolution de la Terre autour du Soleil qui cause un mouvement apparent de la position d'une étoile. Cette découverte mène Bradley à une meilleure estimation de la vitesse de la lumièreMason, (1962), p. 297..

L'observation de Vénus au est une étape importante dans la compréhension des atmosphères. Durant le transit de Vénus de 1761, le Russe Mikhaïl Lomonossov observe un anneau autour de la planète, qu'il attribue correctement à la réfraction de la lumière solaire par l’atmosphère de Vénus. Davantage de preuves de son existence sont dues à Johann Hieronymus Schröter en 1779Schectman, (2003), pp. xxxvii, xl.. La masse de Vénus est calculée par Alexis Claude ClairautSchectman, (2003), p. xxxvi.. En 1781, l'astronome amateur William Herschel découvre une nouvelle planète grâce à son télescope à réflexion. Uranus est d'abord prise pour une comèteSchectman, (2003), p. xlii. et ce nom n'est devenu courant qu'après la mort de HerschelLittmann, (2004), p. 11..

L'Anglais John Michell fait la première hypothèse de l'existence d'étoiles sombres en 1783 : il postule que si la densité d'un objet stellaire devient assez grande, son attraction devient tellement grande que même la lumière ne peut s'échapperParker, (1991), p. 4.. Il déduit aussi que la position d'une étoile sombre peut être détectée par sa forte gravitation sur les étoiles environnantes. Ce concept est différent de celui de trou noir, mais peut être considéré comme un prédécesseur aux trous noirs résultants de la relativité générale d'Albert EinsteinSilver, (1998), p. 460..

Chimie

De son côté, la chimie est venue à maturation en tant que discipline scientifique, établissant les fondements de la chimie moderne. La discipline se détache progressivement de l'alchimie : par exemple, Andreas Libavius est un alchimiste représentatif de cette époque.