Sambizanga est un film angolais et français réalisé par Sarah Maldoror et sorti en 1972. C'est une adaptation du roman de José Luandino Vieira A Vida Verdadeira de Domingos Xavier. Le film est un drame politique qui se déroule en 1961, au début de la guerre d'indépendance de l'Angola. Le film a remporté plusieurs prix dans des festivals de cinéma internationaux.

Le film se passe en Angola en 1961. Domingos Xavier, un militant révolutionnaire angolais, est arrêté par la police secrète portugaise. Il est emmené à la prison de Sambizanga à Luanda. Il y subit des interrogatoires puis des tortures destinés à lui soutirer les noms de ses contacts indépendantistes. Le film se place du point de vue de Maria, la femme de Domingos. Elle part avec son bébé sur le dos à la recherche de son mari de prison en prison. Elle se débrouille seule. Elle crie sa rage. Elle ne faiblit pas. La mort de Domingos Xavier va provoquer l'attaque de la prison de Luanda le , qui est la date officielle du début de la lutte armée contre l’occupant portugais.

Synopsis Texte en insert en début de film :

Sur le chant Monangambécri de ralliement utilisé par les militants pour rassembler les villages pendant la lutte anticoloniale de libération de l'Angola, des travailleurs en shorts en loques cassent de grosses pierres et les amènent dans des sceaux sur la tête, croisés par un tracteur de chantier menant au concasseur de Dondo. Un contremaître blanc, Monsieur Silvestre, vient voir le conducteur, Domingos, qui indique qu'un pneu est crevé. , dit Domingos au tractoriste de nuit, Timóteo, affirmant que ce Blanc est son ami.

Domingos se rend à son village, saluant tout le monde. Il y retrouve sa femme Maria et son bébé, joue un peu au ballon avec les enfants puis partage son repas. A la nuit, il va voir Timóteo dans un dortoir, lui présentant un tract anticolonialiste de Luanda à distribuer, qui appelle à renforcer l'organisation du mouvement contre les Portugais en formant des groupes clandestins. Il retourne ensuite voir Maria et leur bébé.

Au petit matin, Domingos est arrêté par des soldats noirs alors que deux hommes parviennent à s'enfuir. Les voisins se rassemblent pour consoler Maria. En montage alterné, Domingo est attaché dans la Land Rover conduite par un aspirant blanc et se démène en criant, tandis que deux femmes, pipe à la bouche, calment Maria et que d'autres amènent de la nourriture. Une voisine conseille à Maria d'aller voir l'administration avec son bébé Bastião et de le faire crier pour savoir où se trouve Domingos.

Un jeune jouant aux billes, Zito, voit que Domingos est transféré dans une maison de son musseque et va prévenir son Pépé qu'il accompagne à l'administration puis au débarcadère pour le dire à Mano Chico, lequel remercie Zito en lui donnant des bonbons, regrettant qu'il ne puisse aller à l'école.

Maria se met en route sur la chanson de deuil d'une femme évoquant la route et l'amour en une longue scène de marche. Chico cherche Miguel et apprend qu'il a le bras cassé. La belle Bebiana l'accompagne chez Pépé Vicente dans une cabane de pêcheur et lui reproche en chemin de danser avec une autre, mais Chico affirme n'aimer qu'elle. Arrivé devant Miguel, il dit qu'il va épouser Bebiana qui le gifle et s'en va. , lance le vieux Vicente. Miguel décide d'aller voir Mussunda.

Maria arrive à l'administration où le secrétaire mulâtre lui dit que son mari est un brigand et la renvoie chez elle. Elle tombe en larmes et est conduite au dehors, traitant le soldat qui la connaît de . Celui-ci lui indique quand même que Domingos a été transporté à Luanda et la conduit au bus en lui conseillant de s'y adresser à la police politique.

Elle se rend chez Mame Tété et sa famille qui l'accueille. Un des enfants l'accompagne au poste au matin où un secrétaire blanc lui conseille d'aller au poste du centre-ville où sont les prisonniers politiques. Les hommes du PIDE l'éconduisent sans discuter. En parallèle, différents plans montrent Domingos en prison. Miguel se rend à Luanda.

Le tailleur Mussunda discute avec son ami Maneco, affirmant que le riche est l'ennemi du pauvre. Son ami Miguel arrive mais il faudrait savoir le nom du prisonnier. Mussunda l'envoie au chef du groupe et l'invite à une fête samedi soir, où jouera le Ngola.

Domingos est interrogé par la PIDE qui argue que sa femme l'attend à l'extérieur et qu'il pourrait rentrer chez eux, mais il refuse de répondre. Il est dénoncé par un indicateur qui affirme que Domingos et Sousinha connaissent un Blanc. Un membre blanc de la PIDE agresse Domingos, le traite de sale nègre et s'acharne sur lui jusqu'à ce qu'il perde connaissance.

Rentré de Luanda, Miguel va voir la mère de Sousinha, voisine de Maria qui avait fait fuir les deux hommes lors de l'arrestation de Domingos, et notamment son fils, disparu depuis. Elle lui indique que c'est Domingos Xavier qui avait été arrêté. Il lui répond qu'il ne le connaît pas mais ajoute : .

Dans sa cellule, Domingos reçoit un message signé de Timóteo sur un morceau de papier qu'il avale aussitôt, annoncé en voix-off : De son côté, Maria arrive à voir l'autre poste, mais Domingos ne figure pas sur la liste et on lui dit que ceux du chantier sont au poste dont elle arrive, avant de l'éconduire.

Domingos est mené par deux cipayes depuis sa cellule à l'interrogatoire : les prisonniers lui souhaitent tous courage au passage. Le Blanc s'acharne à nouveau sur lui. Une seule question :

Zito voit Maria entrer dans la prison et prévient le vieux Pépé. Domingos est jeté inanimé dans une cellule collective où on lui ferme les yeux : . Timóteo dit : et les prisonniers chantent à plusieurs reprises tandis que la caméra mouvante capte leurs visages éplorés. Le chant est repris par la voix de femme qui accompagnait la marche de Maria tandis que l'on voit nombre de femmes devant la prison. Maria en sort dévastée, tenant son bébé dans les bras, tout de suite assistée par les femmes ainsi que Pépételo et Zito.

A la fête du samedi soir, Mussunda et Miguel dansent tandis que dans un lieu à part Maria pleure son deuil en compagnie des femmes et qu'à côté des hommes jouent aux cartes. Chico accueille Pépételo et Zito à la fête. Mussunda apprend la mort de Domingos et se met à pleurer. Il interrompt ensuite le groupe de musique et s'adresse aux pour annoncer la mort de Domingos et souligner qu'il s'est comporté en nationaliste, ne disant rien du Mouvement. Il conclut : , et invite à continuer à danser.

Mussunda et Miguel rendent visite à Timóteo sur le chantier pour lui confier la charge de chef de groupe du Mouvement et lui annoncent qu'il vont lancer une action pour libérer les prisonniers du Tarrafal le Le 4 février 1961, la population africaine qui vivait aux alentours de Luanda attaque la prison de Sao Paulo, la plus importante de la capitale. Cette date marque le début de la guerre d'indépendance de l'Angola .

Fiche technique Titre : Sambizanga Réalisation : Sarah Maldoror Scénario : Sarah Maldoror (script) ; Claude Agostini et Maurice Pons (scénario, dialogues) ; Mário Pinto de Andrade (dialogues additionnels), d'après le roman de Luandino Vieira A Vida Verdadeira de Domingos Xavier Photographie : Claude Agostini Montage : Georges Klotz Studio de production : Isabelle Films Distribution : New Yorker Films (États-Unis, tous supports, 1973), Animatógrafo (Portugal, sortie en salles, 1974) Pays : , Genre : drame et historique Durée : Langue : portugais, kimbundu, lingala Format : , couleur Son : mono 1972, date de sortie France : au cinéma Studio de la Harpe, Paris Édition DVD version originale sous-titrée en français après restauration 4K : 2022, René Chateau Vidéo

Distribution Domingos de Oliveira : Domingos Xavier Elisa Andrade : Maria Jean M'Vondo : Petelo Adelino Nelumba : Zito Benoît Moutsila : Chico Tala Ngongo : Miguel Lopes Rodrigues : Mussunda Henriette Meya : Bebiana Manuel Videira : l'agent du PIDE, chef de brigade Jacques Poitrenaud, le tortionnaire Ensemble vocal Les Ombres et la voix d'Ana Wilson avec les militants congolais et angolais de Brazzaville

Production Le scénario se base sur le roman A Vida Verdadeira de Domingos Xavier de José Luandino Vieira, écrivain angolais blanc né au Portugal engagé dans la lutte anti-coloniale. Il est emprisonné pendant 11 ans pour son engagement.. Sarah Maldoror est très proche du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA). Son compagnon Mário Pinto de Andrade, est l'un des principaux chefs du MPLA. Il participe à l'écriture du scénarioFiche du film sur le site Africultures. Page consultée le 16 juillet 2013.. Le film est tourné au Congo.

Le tournage dure sept semaines à la périphérie de Brazzaville. Le montage est réalisé à Paris et prend dix semaines.

Sont remerciés au générique : Le gouvernement de la République populaire du Congo L'Agence de coopération culturelle et technique Le Mouvement populaire de libération de l'Angola Le CNC a accordé une avance sur recettes de , pour un budget global de l'ordre de .

En dehors de Jacques Poitrenaud en tortionnaire sadique, tous les acteurs du film sont des non-professionnels. Domingos Xavier est interprété par un tractoriste rencontré par hasard sur un chantier, et Maria par une sociologue militante capverdienne vivant à Alger et qui avait déjà joué dans Monangambée. La plupart des autres sont des militants angolais ou congolais, certains jouant leur propre rôle de guérillero emprisonné et torturé. La part laissée à l’improvisation fut donc assez grande.

Les acteurs sont tous non professionnels, parlent dans leur propre langue : lingala, kimbundu, portugais, etc. . Le film est diffusé en Angola, après l'indépendance en 1974.

Le film reste invisible pendant de nombreuses années. Il est restauré en 2021 avec l'aide de la famille de Sarah Maldoror. Cette restauration fait partie de l’African Film Heritage Project, une initiative créée par The Film Foundation’s World Cinema Project, la FEPACI et l’UNESCO.

Analyse Selon Mbye Cham, Sambizanga . Sarah Maldoror y restaure le rôle des femmes dans la lutte, ce que le roman de José Luandino Vieira met peu en avant.

Sambizanga est en effet un film qui questionne la place des femmes dans la lutte anti-coloniale. Maria est tenue à distance. Domingos ne lui dit rien de ses activités politiques. Quand il est arrêté, elle s'engage à son tour.

Joseph Ki-Zerbo évoque à propos de Sambizanga la quête désespérée de la mère dans Le Vent des Aurès. Josef Gugler indique que Vieira raconte l'histoire d'une soldat inconnu de la guerre de libération tandis que Maldoror présente la ballade d'un soldat inconnu et de sa femme. Il met effectivement l'accent sur les différences entre le roman et le film, lequel en suit la trame mais la ramène de cinq à quatre jours. Venant dix ans après l'écriture du livre, le film se situe dans la lutte alors que le livre insiste davantage sur la situation qui justifie la rébellion. Il modifie le personnage de Domingos : dans le roman, il refuse simplement de trahir Sousinha et Silvestre alors que dans le film Domingos est un militant qui dirige un groupe du Mouvement et en distribue les tracts de Luanda fournis par Silvestre. De même, dans le livre Maria se décourage au point d'abandonner par deux fois sa recherche tandis que dans le film, elle ne lâche rien. Les plans sobres et tranquilles du couple avec leur bébé contrastent avec l'accélération des plans et la multiplication des angles durant l'arrestation. Les flots tumultueux de la rivière au début et à la fin du film évoquent la puissance du mouvement de résistance. Les scènes de torture de Domingos sont plus insistantes dans le film que dans le livre, faisant de Domingo un martyr. Et le montage alterné entre lui et Maria renforce la tension dramatique, ce qui n'empêche pas le film d'affirmer une continuité chronologique.