Jean Buhler, de son vrai nom Jean Bühler, est un écrivain, photographe, journaliste et voyageur suisse né en à La Chaux-de-Fonds et mort en 2017 au Locle.
Auteur d'une trentaine de livres, de plus de articles de journaux et de quelque photographies Une partie de ces documents est déposée au Département audiovisuel de la Bibliothèque de sa ville natale, sa vie est caractérisée par le goût de l’aventure et de l'écriture en ayant soin de toujours conserver son indépendance.
Biographie Jean Buhler est né le à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel (Suisse). La maison de sa naissance, à la rue de la Paix, se trouve à de celle où, 32 ans auparavant, naissait Blaise CendrarsDe nombreux documents, lettres de Cendrars et billets de son épouse Raymone, articles, texte de conférences, photos de Jean Buhler et d'autres auteurs, sont déposés à la Bibliothèque de la Chaux-de-Fonds..
Les Sauser (le nom d’origine de Cendrars) et les Bühler sont originaires de Sigriswil. Ces deux noms figurent sur la « Tabula Avunculorum » (table des ancêtres) de la vieille église du village de Sigriswil. Jean Buhler rencontrera Blaise Cendrars pour la première fois en 1949 à Saint-Segond (Villefranche-sur-Mer) puis les deux hommes se reverront à Paris. En 1960 Jean Buhler, qui a effectué des recherches dans le registre des naissances de sa ville natale, publie Blaise Cendrars, homme libre, poète au cœur du monde dans lequel il est le premier à révéler l'origine suisse et chaux-de-fonnière de Blaise Cendrars, preuves à l'appui. Cet ouvrage est régulièrement ignoré de la critique spécialiséeArticle du journal L'Express intitulé Blaise Cendrars: Jean Buhler remet les pendules à l'heure paru le 3 mai 2013.
Un curieux rapprochement est encore à signaler entre Blaise Cendrars et Jean Buhler : Cendrars a fait paraître les mémoiresFeu le Lieutenant Bringolf. Traduction de Paul Budry. Version de Blaise Cendrars. Paris, Au Sans Pareil, coll. « Les Têtes brûlées » (dirigée par Blaise Cendrars), , 1930. et L'Étrange Aventure du Lieutenant Bringolf. Préface de R.-A. Reiss. Traduction de Paul Budry. Version de Blaise Cendrars. Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1930 (parution simultanée). de l'aventurier Hans Bringolf qui fut diplomate, escroc, légionnaire, officier de l'armée américaine aux Philippines, volontaire à 65 ans pour combattre les Soviets en Finlande. Revenu en Suisse, Bringolf écrivit un second livre qui fut traduit en français par Jean Buhler, comme lui revenu de Finlande en Suisse en 1941. Ce livre est intitulé Un Aventurier suisse sous les drapeaux de l’étranger. Jean Buhler a également consacré à Hans Bringolf le dernier chapitre de Foncer, petite série de Suisses hors du commun.
Jean Buhler est grand pour son âgeIl mesurera 1,89 m à l'âge adulte et pratique l'athlétisme au sein du club l'OlympicClub fondé en 1907 de la Chaux-de-Fonds. Il est premier lors de la journée des jeunes dans la catégorie 14 à 16 ans.
Les premiers voyages À seize ans, il tente de rejoindre sans passeport l’Éthiopie en guerre contre l'Italie fasciste. Il se retrouve à la prison de sa ville natale, à la plaisamment nommée rue de la Promenade. L'année suivante, il assiste aux Jeux olympiques d'été de 1936 dans une équipe de jeunes athlètes invités avant d'obtenir son baccalauréat en latin-langues vivantes au gymnase de La Chaux-de-Fonds. Il ne passe à l’université de Neuchâtel puis à celle de Genève que pour s’en échapper et vagabonder.
À vingt ans, il a parcouru, presque toujours à pied, une grande partie de l’Europe : cicerone (guide) à Naples, invité par des villageois albanais à devenir leur popeLe pope de Chimère, 2001, membre d’une troupe tzigane au Monténégro, puis battant le pavé de Paris, homme-sandwich aux Pays-Bas, manœuvre ferroviaire en Allemagne, soutier à Copenhague où il reçoit l’ordre de rejoindre l’école de recrues à la caserne des Vernets à Genève.
Les années de guerre
Sa carrière militaire, dès 1939, est tout aussi mouvementée. Caporal mitrailleur en Suisse, on le retrouve dès 1940 reporter en Finlande. Il y survit en écrivant, en allemand, maints articles sur l’Albanie pour les journaux finlandais. Une tentative pour passer au Brésil échoue, les Allemands le renvoient en Laponie.
Revenu en Suisse, il est invité à entrer à la rédaction de L’Impartial. Travaillant de cinq heures du matin à cinq heures de l’après-midi, il trouve le moyen d’écrire ses premiers livres : d’abord Frontière, récits militaires à l’intention de ses camarades de bataillon, puis Sur les routes d’Europe une relation romancée de ses voyages de prime jeunesse, enfin Prends ma vie camarade. Il s’agit d’un roman inspiré par le dogme de la communion des saints et la réversibilité des mérites. De cette époque date aussi le recueil de poèmes Convalescence que l’auteur a écrit à dix-neuf ans et qu’il publie quatre ans plus tard à compte d’auteur.
C’est alors le commandement de l’armée suisse qui le convie à faire partie d’une compagnie de reporters en uniforme. Il fera ainsi connaissance du brigadier Roger Masson, chef du service de renseignements de l’armée suisse, qui lui facilitera l’octroi de congés militaires. Car les voyages continuent malgré la guerre.
En , le caporal Buhler en civil est aux côtés de la résistance française. Il n’a que son stylo pour arme et participe quand même à quelques actions chaudes. À l’époque il ne fait pas encore de photo. Il participe à l’engagement de Pont-RoyalPont routier qui traverse l'Isère à l'amont de Saint-Pierre-d'Albigny et ouvre l'accès de la Maurienne. Germaine Veyret-Verner, Revue de géographie alpine, Année 1945, Volume 33, Numéro 33-3, sur l’Isère et assiste à la libération de Pontarlier, de Baume-les-Dames et de Pont-de-Roide-Vermondans. À Besançon le , jour de la libération, il couche à l’hôtel des Postes, dans la chambre laissée vacante par le commandant de la place, le général von Felbert.
Après la guerre, en 1947, ses amis de Baume-les-Dames viendront le chercher en Suisse pour le présenter à Charles de GaulleToutes ses aventures du temps de guerre sont racontées dans une interview vidéo de réalisé par le cinéaste Frédéric Gonseth de Lausanne dans le cadre du projet archimob (archives de la mobilisation)..
Avant la fin de la guerre, Jean Buhler est recruté par les éditions Ringier, on lui propose de suivre un cours de photographe-reporter à Bâle. Le premier reportage hors du pays se fera en direction de Belgrade en . Au bout de trois semaines, il est expulsé car il a tenté de sortir de la capitale pour aller visiter le pays. Un avion de la Croix-Rouge française le ramène à Paris avec des rescapés français, parfois Alsaciens enrôlés de force dans la Wehrmacht. C’est ensuite le Don suisse pour les victimes de la guerre qui fait appel à lui pour son secrétariat de Zurich et qui l’envoie avec un des premiers trains de secours à Varsovie : cinq jours de voyage, avec changement de locomotive à chaque ligne de démarcation des zones occupées (française, américaine, russe). Les hostilités étant terminées, le monde s’ouvre de nouveau à la curiosité des voyageurs.
L'aventure familiale vignette|Jean Buhler à Minj (Hauts plateaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée, vallée du Wahgi), après un atterrissage forcé en venant de Port-Moresby, 1960 Jean Buhler choisit d’aller découvrir l’Afrique. Muni d’un ordre de mission du ministère français des colonies, mission aux frais de l’intéressé, mais qui ouvre la porte des résidences et des postes de commandement. Il visite l’Algérie, le Maroc, s’arrête longuement au Hoggar où il rencontre le lieutenant Barthé qui poursuit les recherches linguistiques commencées par le père Charles de FoucauldSALVY (Cmdt G.) et BARTHE (Lt.), 1955, « Les populations sahariennes Arabes et Touareg », Cah. Ch. de Foucauld, (9), vol. 38 (), pp. 73-96.. Le voyage se poursuivra au Tchad et jusqu’au Congo. Le pécule du voyageur étant épuisé, il doit travailler et c’est en ramassant un peu d’or dans les forêts du Mayombe que Buhler gagne de quoi payer son billet de retour en avion.
Une autre aventure commence : le mariage. À peine uni, le couple va se fixer au Portugal. Un premier fils, Pierre-AlainPierre-Alain meurt à Marseille, à l'âge de 32 ans, laissant un petit livre publié à titre posthume : La wue, la mue. Paris, Éditions des Femmes, 1983., naît à Sintra. Le second s’appellera François car il aurait dû naitre en France mais le père étant reparti pour continuer ses études sur l’Atlantique, la mère a préféré rentrer accoucher à la Chaux-de-Fonds. FrançoisIl est musicologue et enseignant aura trois mois quand son père fera sa connaissance après avoir chassé la baleine aux Îles Féroé et être revenu d’Islande à bord du chalutier MFV Jon ThorlakssonChalutier construit en 1949. qui débarque sa cargaison de morues à Cuxhaven, en Allemagne.
Deux ans plus tard, alors que Jean Buhler voyage au Chili, un troisième enfant, AnneAnne Malena, elle est professeur à l'université d'Alberta au Canada, naît à La Chaux-de-Fonds.
De 1949 à 1984, il collabore aux services de presse de l'Aide suisse à l'Europe qui deviendra ensuite Swissaid. Il sera aussi invité par l'UNESCO à occuper un poste de conseiller du ministère de l'information du Togo. La FAO l'invitera à Rome puis l'OCDE l'enverra au Portugal.
Voyages et reportages ont continué jusqu'à l'âge de 90 ans. À noter en 1956 un raid en 2CV avec Pierre Frantz de Suisse en AfghanistanCe voyage fit l'objet de plusieurs articles de journaux mais ce n'est que 50 ans plus tard que paraîtra le livre Sur la route de La Chaux-de-Fonds à Kaboul.. À peine rentré il repart en Hongrie pour couvrir l'insurrection de BudapestUn extrait est disponible depuis la Suisse sur le site de la Radio suisse romande. Il écrit Ne pas oublier, récit romancé de la révolution hongroise.
Jamais impliqué en politique, Jean Buhler n'en a pas moins participé à un sit-in devant l'usine nucléaire de Marcoule en 1958 avec le philosophe Lanza del Vasto et ses compagnons de l'Arche pour protester contre l'enrichissement de l'uranium, prélude à la fabrication de la première bombe atomique française. Ils sont évacués par une compagnie de CRSUn reportage a passé à la Radio suisse romande. En 1960, il effectue un tour du monde à l'invitation de Qantas : il rencontre fin juin Caryl Chessman dans le couloir de la mort à la prison d'État de San QuentinReportage dans L'Illustré, puis à Darjeeling Pem Pem, la fille du sherpa Tensing Norgay qui lui permet d'interviewer son père, co-vainqueur de l'Everest. Il rencontrera aussi plus tard Tenzin Gyatso, le dalaï-lama, à Dharamsala. vignette|Jean Buhler (à gauche) avec Tensing Norgay, Darjeeling, octobre 1960
De nombreuses conférences et causeries ont marqué son existence. Par exemple au Club 44. Certaines ont été enregistrées et archivées au Département audiovisuel (DAV) de la Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds. Parfois en mer lors de croisières culturelles, notamment vers l'Exposition universelle de 1967 de MontréalSéminaire culturel de Coop (Suisse).
C'est à la demande d'Edmond Kaiser qu'il ira au Biafra en 1968 et écrira le vibrant Tuez-les tous ! Guerre de sécession au Biafra. Ce livre a eu assez de succèsIl est cité dans l'étude de Françoise Ugochukwu French journalists as translators of the Nigerian Civil War pour être traduit en portugais et en allemand en 1969. On aura plus tard Les Derniers, les premiers : de la lèpre au développement rural en Inde, biographie de l'Indien Baba Amte.