La synagogue de Heidelberg a été construite en 1878 et comme la majorité des synagogues en Allemagne, elle est détruite par les nazis en 1938.
Heidelberg est une ville du district de Karlsruhe dans le Land de Bade-Wurtemberg. Importante ville universitaire, située sur les deux rives du Neckar, elle compte actuellement un peu moins de habitants.
Histoire de la communauté juive La communauté juive au Moyen Âge Des Juifs ont certainement vécu à Heidelberg, ville de résidence des comtes palatins, dès le début du . La première mention officielle date de 1275. En 1300, Anselm, notre Juif à Heidelberg est enregistré comme témoin lors de la vente du village de Sandhofen au monastère de Schönau. Lors des pogroms de 1348-1349 dus à l'épidémie de peste noire, la communauté est anéantie et tous les biens des Juifs assassinés sont confisqués par l'électeur Robert le Rouge et offerts à son vassal Engelbert de Hirschhorn<ref name="Altstadt">: Juden im mittelalterlichen Heidelberg (Les Juifs dans Heidelberg médiéval); site: Heidelberger Altstadt</ref> En 1350, des familles juives de Worms et de Spire, ayant échappé aux pogroms déclenchés dans leur ville, trouvent refuge à Heidelberg où ils peuvent s'installer moyennant une forte taxe. L'argent de protection (Schutzgeld) reçu des Juifs va se monter annuellement à 100 florins, et cette taxe est inscrite dans les règlements de la ville à partir de 1357. Les Juifs ont alors l'autorisation d'acheter des terrains et des maisons, et certains occupent des positions respectables: un Juif est médecin à la cour du comte palatin et un autre collecteur d'impôts. Cette deuxième communauté va exister jusqu'à l'expulsion définitive en 1390 de tous les Juifs du Palatinat par Robert II. Tous leurs biens sont saisis, la synagogue est transformée en chapelle. De nombreux manuscrits juifs rares et précieux vont rejoindre les collections de l'université, à l'exception d'une copie du Talmud, qui est vendue après la guerre de Trente Ans à la Bibliothèque du Vatican.
Les Juifs à Heidelberg aux
Avant le milieu du , des Juifs sont autorisés à s'installer à Heidelberg de façon individuelle, mais pour un temps limité : en 1526, Abraham de Thum obtient l'autorisation d'y séjourner "une ou trois semaines". En 1528, le comte palatin Louis autorise Moïse de Silésie à passer deux ans à Heidelberg, moyennant le versement d'une redevance annuelle de 27 florins. Cet accord lucratif sera prolongé en 1530 pour trois ans.
Ce n'est qu'après 1648 que quelques familles juives obtiennent l'autorisation de s'installer en ville. La famille Oppenheimer arrive vers 1660, et c'est dans cette ville que nait en 1698 le Juif de cour Joseph Süss Oppenheimer. En 1689, lors du sac du Palatinat par les troupes françaises, 35 familles juives, représentant 167 personnes des villages environnant trouvent refuge à Heidelberg et doivent participer par une lourde taxe de séjour aux frais d'hébergement des soldats palatins.
En 1652, Jacob Israel (1621-1674) devient le premier professeur juif de l'université: Zeittafel zur Heidelberger Geschichte ab 1600. Botaniste et anatomiste, il organise des dissections publiques du corps humain avec frais d'entrée, et établit l'interdiction de l'élevage du porc dans la ville. Il vit dans la Judengasse.
Au début du , on compte onze familles, et ce nombre va augmenter au cours des décennies suivantes, passant à 18 puis 20 familles. En 1724, les Juifs sont admis à l'université de Heidelberg et en 1728, un étudiant juif obtient pour la première fois un doctorat à l'université. La nouvelle communauté aux avant le nazisme En 1827, Heidelberg devient le siège d'une synagogue de district et en 1875, le rabbinat de Heidelberg prend aussi en charge les villes de Ladenburg et de Sinsheim.
Après le rattachement de Heidelberg au grand-duché de Bade en 1803, les restrictions concernant les Juifs sont graduellement levées et ceux-ci obtiennent les pleins droits civiques. Mais un fort ressentiment antijuif persiste et les Juifs sont attaqués lors des émeutes Hep-Hep de 1819 et lors de la Révolution de mars de 1848.
En 1816, le nombre de Juifs à Heidelberg est de 218 sur une population totale de habitants, soit 2,4%. Fin 1839, le nombre de Juifs est de 284 sur une population totale de , et en décembre 1849 de 273 Juifs sur habitants: Zeittafel zur Heidelberger Geschichte ab 1800.
En quelques années, la population juive va fortement progresser pour atteindre 445 en 1852 et 927 en 1900 sur un total de habitants, avec le développement d'une classe moyenne et supérieure, partisan de l'assimilation et sur le plan religieux de la réforme. On trouve alors des professions libérales, des professeurs, des industriels et des banquiers. Le responsable du judaïsme réformé à Heidelberg et dans le pays de Bade est Karl Rehfuss (1792-1842), professeur à l'université et qui fonda une école élémentaire juive en 1821. Il est soutenu par R. Salomon Fürst (1792-1870), grand-rabbin de Heidelberg, puis grand rabbin de district à partir de 1827. Fürst adopte le livre de prière de la réforme et introduit un orgue dans la synagogue en 1854. En 1876, une nouvelle synagogue est inaugurée, ainsi qu'un nouveau cimetière juif. En 1894, la première loge B'nai B'rith est ouverte.
Dans le courant du , le nombre d'étudiants juifs à l'université va progresser pour atteindre un pic de 76 pendant la période 1884-1888. Certains viennent de la Russie tsariste, comme le poète hébreu Shaul Tchernichovsky (1875-1943) ou l'historien Yosef Klausner (1874-1958). Parmi les enseignants, plusieurs décident de se convertir pour pouvoir progresser dans la carrière académique, car l'université demeure un foyer d'antisémitisme. À partir de 1878, Herman (Tzvi Hirsch) Shapira (1848-1948), qui deviendra un des premiers responsables de Hovevei Tsion (Amants de Sion) et co-initiateur de l'Université hébraïque de Jérusalem et du Fonds national juif (KKL), suit pendant quatre ans des études de mathématiques et de physique à l'université.
Le nombre le plus élevé d'habitants juifs est atteint en 1925 avec personnes. Depuis le , de nombreux Juifs possèdent des entreprises industrielles ou commerciales, et le nombre de professeurs juifs à l'université va aller en croissant. En 1933, les commerçants juifs exercent dans tous les secteurs de l'économie. Il y a de nombreux grossistes et plusieurs fabriques de cigares, dont l'une emploie quelque 230 ouvriers. Une des usines les plus importantes détenues par des Juifs est la Möbelwerke Baden qui fabrique des meubles.
La période nazie Après 1933 et l'arrivée au pouvoir des nazis, les 45 professeurs de l'université d'origine juive sont obligés de démissionner de leur poste d'enseignant. Parmi eux, se trouvent les juristes Ernst Levy et , le romaniste Helmut Hatzfeld, le dermatologue Siegfried Bettmann et le physiologiste et prix Nobel Otto Meyerhof. En 1935, il ne reste plus qu'un seul étudiant juif à l'université, plus quelques-uns issus de mariage mixte.
En 1933, personnes juives vivent à Heidelberg, nombre auquel on peut ajouter 115 personnes converties mais d'origine juive. Cela représente environ 1,5% de la population totale de la ville. Progressivement, dès cette date, les Juifs sont éliminés de la vie économique, sociale et culturelle de la ville. Ils sont exclus de la plupart des professions et leurs commerces sont boycottés. Tous les établissements commerciaux ou industriels détenus par des Juifs sont vendus à des non-juifs pour des montants symboliques ou font faillites. À partir de , les enfants juifs ne peuvent plus étudier dans les écoles allemandes. Les Juifs ont l'interdiction de pénétrer dans les centres de loisir ou sportifs et doivent livrer aux autorités leurs radios, appareils photo, vélos, etc.
Lors de la nuit de Cristal du au , la synagogue est incendiée et de nombreux commerces et habitations détenus par des Juifs sont pillés et saccagés. 150 Juifs, principalement des hommes, sont arrêtés et envoyés au camp de concentration de Dachau.
Devant le danger menaçant, de nombreux Juifs quittent la ville dès 1933, et émigrent principalement aux États-Unis et en Palestine. Entre 1933 et 1939, ce sont près de 800 Juifs de Heidelberg, y compris ceux arrivés après 1933, qui ont fui la ville, tandis qu'en 1938-1939, quatorze Juifs d'origine polonaise sont expulsés vers la frontière polonaise.
Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, le , les Juifs ne peuvent plus résider dans des maisons aryennes et sont entassés dans des Judenhäusern (maisons juives), par exemple au 19a Bundenstrasse ou au 14 Landfriedstrasse. Le port de l'étoile jaune est rendu obligatoire en septembre 1941.
Le matin du , entre 4 heures et 7 heures, à l'instigation des Gauleiter de Bade et de Sarre-Palatinat, Robert Wagner et Josef Bürckel, les citoyens juifs de Heidelberg sont rassemblés par la Gestapo sur la Marktplatz (place du marché au centre-est de la ville) avec l'interdiction d'emporter plus de 50 kilos de bagage et plus de 100 marks, avant d'être embarqués dans des camions et conduits à la gare: Deportation in die "Baracken-Winter-Finsternis"; journal de la ville de Heidelberg du 18 octobre 2000.
À 18h15, un premier train contenant 282 hommes, femmes et enfants, enfermés dans des wagons plombés quitte Heidelberg vers le camp de Gurs en France, où ils arriveront après 4 jours de trajet. En tout, Juifs du pays de Bade et de Sarre-Palatinat seront déportés à Gurs lors de l'opération qui prendra le nom d'Action Wagner-Bürckel. À Gurs, 55 personnes de Heidelberg vont mourir en raison des mauvais traitements et des conditions sanitaires désastreuses, 31 autres meurent dans d'autres camps en France et 109 sont déportés vers divers camps d'extermination en Europe de l'Est. 91 réussissent à survivre en se cachant, et le sort de 13 autres est inconnu: Verfolgung und Widerstand in Heidelberg 1933-1945 (Persécution et résistance à Heidelberg – 1933-1945).
Les malades et leurs proches, les dirigeants de la communauté juive et les Juifs mariés à des « aryens » et leurs enfants, sont déportés au cours des années suivantes par petits groupes.
Du 12 au , les derniers Juifs de Heidelberg sont déportés au camp de concentration de Theresienstadt: Judenverfolgung in der Zeit des Nationalsozialismus; site rhein-neckar-wiki.de. Ce sont principalement les conjoints juifs de mariages mixtes qui avaient bénéficié jusqu'alors d'une certaine mansuétude. Seuls une quarantaine de Juifs réussissent à éviter la déportation en se cachant chez des amis non-juifs. Parmi eux, le , futur maire de Mannheim, qui est caché pendant 44 jours, dans l'appartement à Atzelhof, à côté de Spire, du social-démocrate Otti Winteroll, au péril de sa vie, jusqu'à l'arrivée des Américains en .
Le "Gedenkbuch für die Opfer der NS-Judenverfolgung in Baden-Württemberg" (Livre commémoratif pour les victimes de la persécution nazie des Juifs dans le Bade-Wurtemberg) donne le nom de 258 citoyens juifs de Heidelberg assassinés par les nazis.
Après la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive, formée d'anciens habitants de Heidelberg et de survivants des camps, compte environ 260 personnes en 1948. Ils ne seront plus que 100 en 1990 après une forte émigration vers Israël. Ce chiffre remonte à 500 vers 2004 avec l'arrivée de Juifs en provenance de l'Union soviétique.
Histoire des synagogues
Au Moyen Âge Le quartier où habitaient les Juifs était limité à la Judengasse (ruelle des Juifs), renommée au la Dreikönigstrasse, qui se terminait à une extrémité par la Judentor (porte des Juifs). Cette porte a été démolie au . La Simmelgasse devenue la Semmelgasse doit certainement son nom au Juif Simelin qui vivait à Heidelberg vers 1366.