Les peuples européens de l'Antiquité, rendaient des cultes polythéistes. Lors de leurs conversions au christianisme (christianisation), une part de leur culture fut intégrée à la culture chrétienne (inculturation).

Religion grecque vignette|redresse=.6|Artémis d'Éphèse, déesse polymaste, au Musée d'histoire de Marseille

Artémis d'Éphèse À Marseille, Notre-Dame-de-la-Garde (en provençal, Nostro-Damo de la Gardo), souvent surnommée « la Bonne Mère » (la Boueno Maire en provençal), est une des basiliques mineures de l'Église catholique romaine. La colline Notre-Dame-de-la-Garde constitue un site classé depuis 1917Marseille : Monuments Historiques, sur le site culture.gouv.fr. Le culte rendu à la bonne mère serait l'héritier de celui que rendait les phocéens de Massalia à Artémis d'Éphèse, qui après le concile d'Éphèse devint le prototype de la vierge MarieArtémis d’Éphèse (Turquie), déesse anti-mariage des Amazones, et prototype de la Vierge Marie.

Strabon indique que c'est sur l'emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer que les mêmes érigèrent un temple à Artémis. Il explique que les Massaliotes, « désirant marquer de toutes les manières que cette région leur appartenait, (…) ont là aussi construit un sanctuaire d'Artémis d'Éphèse, affectant à cet effet une langue de terre formant île entre les bouches du fleuve ». Un temple similaire fut bâti à Avenio, l'actuelle Avignon.

Isis Dans la cité hellénisée de Catane, en Italie, une dénommée Agathe fut martyrisée par ablation des seins. Dans sa Chronique des derniers païens, Pierre Chuvin relate que la déesse Isis, protectrice de Catane, considérée comme la « bonne déesse » (Agathè Daimôn) fut, dès que le christianisme devint la religion dominante, remplacée par sainte AgathePierre Chuvin, Chronique des derniers païens. La disparition du paganisme dans l'Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien, Éd. Fayard, Paris, ..

thumb|left|Isis lactens, dite Agathé daimôn, allaitant Harpocrate, avatar d'Horus. thumb|Peinture murale du martyre de sainte Agathe (fin du )

Pierre Sauzeau, qui professa à l'Université Paul Valéry – Montpellier III, explique comment Agathe devint l'héritière d’Isis à Catane. La déesse Isis, venue d'Égypte, y assumait les fonctions de protectrice de la navigation ; elle portait l’épithète d’Euploia, en grec ancien , qui donne une heureuse navigation, ou Ploiaphèsa. Elle était fêtée au cours d'une procession carnavalesque qui perdura jusqu'au et au cours de laquelle on lui offrait du lait dans des seaux en forme de sein. Quand Agathe la détrôna, ce furent désormais ses seins mutilés qui furent mis à l'honneurPierre Suzeau, De la déesse Héra à la Panaghia. Réflexions sur le problème des continuités religieuses en Grèce et en Grande-Grèce.

Le 5 février Cette inculturation prit un autre aspect quand le culte d'Agathe de Catane s'étendit de la Provence au Languedoc. Devenue Santo Gato (santa Gata en graphie occitane classique), littéralement « Sainte Chatte », par un glissement sémantique classique impliquant l'aphérèse du a, la sainte aux seins coupés acquit des prétendus pouvoirs sur les éléments et les saisons. Fêtée, le , date présumée de son martyre, elle était invoquée contre les feux du ciel et les fléaux du temps. Fernand Benoit indique que cette date du était marqué par des rites de sorcellerie pour accélérer le passage de l'hiver au printemps. Par association avec les rituels supposés où les sorcières provoquaient orages et tempêtes en faisant tourbillonner l’eau d’un étang ou même d’un récipient quelconque, il était interdit de faire la lessive le jour de la fête de sainte Agathe.

vignette|gauche|redresse=.9|Sainte Agathe, devenue Santo Gato, jetant ses sorts et ses maléfices lors de la nuit du 4 au 5 février vignette|droite|redresse=.8|Sainte Agathe présentant ses seins coupés, détail du retable de saint Jean-Baptiste de Jacques Durandi

Par contre, la veille, il était conseillé de mettre les mains dans le pétrin pour faire du pain en l'honneur de la sainte. Les pains de Sainte-Agathe étaient cuits au four, le , pour être bénis le lendemain au cours de la messe. Ils sont proches, par leur forme, des cassateddi di Sant'Aita ou minni di Sant'Aita, gâteaux réalisés à Catane pour la fête de la sainte Cassateddi ou minni di Sant'Aita. Cette tradition des pains de la sainte est toujours vivace à Mons dans le Var où un bas-relief de ses seins figure même à la base du rempart du village Les patronages de sainte Agathe.

Cette bénédiction des pains provenait de la tradition erronée qu'Agathe de Catane, dans ses représentations, portait sur un plateau des miches de painLes seins de sainte Agathe. Pour préserver l'efficacité de son intercession, il était interdit aux ménagères de faire des miches le jour de sa fête. Car la sainte était censée, tous les , apparaître sous la forme d'un chat pour venir punir les femmes qui lui avaient déplu en travaillant en ce jourSainte Agathe dite Saint Chat. Solennellement bénis, après la consécration, ces petits pains devenaient ainsi les pains de Sainte-AgatheLa bénédiction des pains de sainte Agathe, réputés particulièrement efficaces pour préserver gens et biens contre l'incendie et la foudre.

vignette|droite|redresse=.5|Saint Bacchus Les prénoms Denis est dérivé du nom de Dionysos, le dieu grec de l'ivresse.

Religion romaine

Le Saint-Vinage de Boulbon

En Provence, a lieu chaque année le Saint-Vinage de Boulbon, fête mi-bacchique, mi-catholique, qui se déroule en la chapelle Saint-Marcellin de Boulbon. Elle est placée sous le patronage d'un saint réputé être aussi .

Les festivités commencent le , à la tombée de la nuit, et excluent toute présence féminine. Seuls les hommes s'entassent dans la chapelle de saint Marcellin, une bouteille emplie de vin à la main. Le garde champêtre de la commune est chargé d'apporter un panier plein de litres de vin réservés au clergé et à la municipalité.

Lors de la messe, sont lues les « Noces de Cana », tiré de l'Évangile selon Jean, puis le prêtre se doit d'annoncer : . À ce signal, tous les hommes brandissent leur bouteille pour la bénédiction puis en boivent une rasade car ce vin est devenu souverain contre toute maladie. Frédéric Mistral y voyait une réminiscence d'un culte bachique. Il pourrait se situer dans la droite ligne de ces « messes à Bacchus » encore célébrées en Bourgogne au cours de la période médiévaleDaniel-Rops, Histoire de l'Église, T. IV, La cathédrale et la croisade, p. 68..

Saint Valentin

vignette|droite|Chasse de saint Valentin en la collégiale saint Jean-Baptiste à Roquemaure Les Lupercales, dont la fête est la précédente historique du carnaval, à la mi-février, fut remplacée par la Saint-Valentin par le pape Gélase . Son caractère de fête de la fécondité a été conservé et Saint Valentin fut désigné patron des amoureux.

Carnaval

Le mot « carnaval » apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval »Marguerite de Navarre, L'Heptaméron, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : « Ung jour, en masque, à ung carneval […] ». Il vient de l'italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »Étymologie de Carnaval sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales ; Lo Zingarelli, Vocabolario della lingua italiana ; Henriette Walter, Le français dans tous les sens, Robert Laffont éditeur, Paris, 1988, page 106.. Il signifie donc littéralement « entrée en carême ». Ce mot se retrouve toujours dans « caramentran » en provençalCaramentran - Carnaval en Provence.

Le soleil invaincu

vignette|droite|redresse=.7|Pièce de monnaie en or représentant Constantin et Sol Invictus.

La fête du Sol Invictus était le . Constantin , le premier empereur romain converti au christianisme, fut au début de son règne adepte du Soleil invaincu, comme en témoignent ses émissions monétaires. Celui-ci a fait du dimanche, qui était le « jour de Sol » (, un jour de repos en hommage au Sol Invictus par une loi du .

Le dimanche fut par la suite rennommé : « jour du Seigneur »Portail de la liturgie catholique édité par le Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle (SNPLS) de la Conférence des évêques de France - Dimanche - Dom Robert Le Gall : Ainsi pouvait-on donner un sens chrétien à ce jour que les païens appelaient « jour du soleil » (encore sonntag en allemand et sunday en anglais) et qui était le deuxième de la semaine planétaire (jours de Saturne, du Soleil, de la Lune, de Mars, de Mercure, de Jupiter et de Vénus, d’où viennent les noms des jours de la semaine). Le dimanche peut être le jour du soleil, car c’est le jour où le Christ, vrai « soleil de justice » (Ml 3, 20), s’est levé après le coucher de sa mort rédemptrice..

Durant la christianisation de l'Empire romain, la célébration de la naissance de Jésus de Nazareth le par les chrétiens de Rome a progressivement remplacé le culte de Sol InvictusPortail de la liturgie catholique édité par le Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle (SNPLS) de la Conférence des évêques de France - Noël, le 25 décembre : le passage d’un culte païen à la célébration chrétienne - Père Norbert Hennique : Le choix de la date du 25 décembre pour célébrer la Nativité de Jésus a ainsi permis de « christianiser » le culte païen du « soleil invaincu » en célébrant le Messie annoncé par le prophète Malachie (4,2) comme le « Soleil de justice » ou encore par le Christ comme la « Lumière du monde » selon le verset de saint Jean (8,12).S. Hijmans, « Sol Invictus, the Winter Solstice and the Origins of Christmas », Mouseion, III-3, 2003, 377-398. L'édit de Thessalonique de 380 décrété par Théodose Ier interdit définitivement le culte de Sol Invictus faisant du une fête exclusivement chrétienne.

La bûche de Noël

thumb|left|Lou grand et lou pitchoun au cacho fio thumb|Embrasement de la bûche du cacho fio

En Provence, la soirée de Noël commençait par l'ancienne coutume païenne du cacho fioLe Gros Souper, Anita Bouverot-Rothacker, éd. Jeanne Laffitte, . Cet allumage rituel de la bûche de Noël (calendau, en provençal) correspondait à un rite du feu caché et présageait le retour du feu neuf, le feu du premier soleil de la nouvelle annéeArts et traditions de Noël en Provence.

La cérémonie avait lieu devant la cheminée avant de se mettre à table pour le gros souper. Le plus jeune et le plus vieux portaient ensemble une bûche d’un arbre fruitier (poirier, cerisier, olivier) qui devait brûler pendant trois jours et trois nuits. Ils devaient faire trois fois le tour de la table recouverte de ses trois nappesLo cacho-fio sur le site tradicioun.org. Une triple libation sur la bûche était ensuite pratiquée par le plus jeune de l'assemblée, avec du vin cuit.

Noms des mois Chez les anciens romains, les mois étaient majoritairement nommés d'après un dieu. Par exemple : janvier vient du dieu Janus ; mars du dieu de même nom, le dieu de la guerre ; mai vient de maïa, la déesse mère ; juin est dédié à Junon.

Noms hebdomadaires

Les sept jours de la semaine correspondaient aux sept « astres errants ».

Les noms de personne

Les prénoms théophores :

Marcel, Martial, Marc, Martin sont originellement dédiés à Mars.

Le titre de Pontifex maximus Ce titre était originellement porté par le grand prêtre à la tête du collège des pontifes dans la Rome antique. Le mot « pontife » signifie « celui qui fait le pont », ici dans le sens d'intermédiaire entre le monde divin et le monde terrestre.

vignette|redresse=1.5|Fragment de tegula, trouvée à Mirabel-aux-Baronnies, nommant PETRONIUS PAP(E) F. qui fut abbé du monastère du Groseau Il a été attribué au pape en 642, que l’on appelle encore « souverain Pontife ». Ce titre honorifique permettait de différencier l'évêque de Rome des autres évêques ou abbés du monde chrétien qui pouvaient porter alors le titre de pape.