Robert Gall est un artiste-peintre alsacien, né Robert Emile Martin Gall le à Colmar, et mort dans la même ville le , des suites d’un cancer de l’estomac. Connu pour ses peintures murales au Mont Sainte-Odile, il doit essentiellement sa notoriété à ses nombreuses réalisations dans le domaine de l’art sacré, mais aussi à ses dons de dessinateur et d’illustrateur. Il a également été enseignant tout au long de sa carrière. Il s’est beaucoup investi dans la conservation du patrimoine de sa ville et de sa province.

Biographie

Origine familiale Son père Émile Martin Gall (1868-1927) était instituteur, et sa mère Mathilde Schoenewerk (1868-1960), au foyer, aimait la musique (et le chant).

Il est l’aîné d’une fratrie de trois enfants, avec un frère Émile (1905-1935) et une sœur Mathilde (1908-2009).

Formation Après des études secondaires au Lycée Batholdi de Colmar où il obtient son « Certificat d’Études Secondaires Cycle », Robert Gall entre à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg en section « Peinture décorative » – il bénéficie de l’enseignement de Georges Daubner (1865-1926) – où il obtient son diplôme avec une mention Bien et le Prix de la Ville (1924). vignette|Promotion de Robert Gall à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts En 1925, il obtient la première médaille à l’École Nationale des Arts Décoratifs de Paris (année scolaire 1924-1925). Reçu au concours d’entrée à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, en tant qu’élève titulaire, il entre dans l’atelier de Jean-Pierre Laurens (1875-1932) dont il suit les cours jusqu’à 1926.

Souhaitant compléter sa formation dans le domaine de l’art religieux, Robert Gall entre fin 1926 aux Ateliers d’art sacré de Maurice Denis (1870-1943) et de George Desvallières (1861-1950). vignette|Atelier de peinture à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg Compagnon des Ateliers d’Art Sacré, Robert Gall participe aux travaux de ses maîtres en région parisienne, puis en Alsace (église Sainte-Barbe de Wittenheim avec Desvallières et église Sainte-Odile de Lapoutroie avec Denis) et restera en contact avec eux jusqu’à leur mort, comme le confirme leur correspondanceLa correspondance de Robert Gall avec ses maîtres Maurice Denis et George Desvallières est conservée au Musée Maurice Denis à Saint Germain en Laye[FS1] [FS1]Faire lien externe :

https://archives.yvelines.fr/rechercher/archives-en-ligne/correspondances-du-musee-departemental-maurice-denis/correspondances-du-musee-maurice-denis?arko_default_60e5b91d0761c--ficheFocus=&arko_default_60e5b91d0761c--filtreGroupes%5Bmode%5D=simple&arko_default_60e5b91d0761c--filtreGroupes%5Bop%5D=AND&arko_default_60e5b91d0761c--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_650419373074c%5D%5Bop%5D=AND&arko_default_60e5b91d0761c--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_650419373074c%5D%5Bq%5D%5B%5D=Don%20Geneviève%20Biellmann%2C%202021&arko_default_60e5b91d0761c--filtreGroupes%5Bgroupes%5D%5B0%5D%5Barko_default_650419373074c%5D%5Bextras%5D%5Bmode%5D=select&arko_default_60e5b91d0761c--from=0&arko_default_60e5b91d0761c--resultSize=25&arko_default_60e5b91d0761c--contenuIds%5B%5D=1688895&arko_default_60e5b91d0761c--modeRestit=arko_default_60e5c0d6da5ea.

Famille et amis Très attaché à sa région natale, Robert Gall revient en Alsace et s’installe définitivement à Colmar. Il épouse en , Carmen Jacobs (-), rencontrée à l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg, et qui avait comme lui suivi les cours aux Ateliers d’art Sacré à Paris. Le couple aura trois filles : Geneviève (1931), Odile (1932-2024) et Catherine (1936-2023). Ils vivront toute leur vie, 12 rue Charles Grad à Colmar, où l’artiste avait son atelier, construit en 1935.

De caractère très sociable, et aimant le travail de groupe, Robert Gall nouera des amitiés fidèles, qui se traduisent parfois en collaboration professionnelle, comme avec son ami d’enfance Pierre Schmitt (1902-1998).

Son réseau relationnel comprend de nombreux hommes d’église, prêtres ou animateurs engagés, comme le frère Médard (1899-1988) attaché au FEC (Foyer des Étudiants Catholiques) à Strasbourg. Il est aussi lié à de nombreux artistes alsaciens, parmi lesquels on peut citer Hansi.

Seconde guerre mondiale La seconde guerre mondiale marque une période charnière dans sa vie.

Été 1944 Au début des vacances scolaires, Robert Gall quitte Colmar pour Labaroche, une commune très étendue dans les Vosges où il s’installe avec sa famille dans une ferme isolée « pour que les Allemands ne l’occupent pas » à la demande de sa propriétaire, amie de la famille et obligée de quitter l’Alsace. Durant cette période, Robert Gall produit un grand nombre de dessins (voir ci-dessous Œuvres graphiques et illustrations).

Automne 1944 Une partie de la France est déjà libérée. À Labaroche, les habitants entendent passer au-dessus de leurs têtes les vagues de bombardiers alliés qui vont vers Allemagne. Les canonnades et les tirs croisés au sol sont de plus en plus intenses entre l’armée de libération qui avance dans Labaroche et l’armée allemande qui recule. Des Nebelwerfer sont installés sur les hauteurs non loin de la ferme et font un bruit assourdissantNebelwerfer : lance-roquettes allemand à 5, 6 ou 8 tubes selon le calibre et la version ; appelé aussi « orgues de Staline »..

Les Allemands expulsent les habitants de leurs maisons. L’isolement de la ferme incite certaines personnes des alentours à demander asile à Robert Gall, qui les accueille. Deux d’entre eux sont des soldats déserteurs de la Wehrmacht, incorporés de force. Jusqu’à dix-neuf personnes se trouvent alors sous le toit de la vieille ferme. vignette|Ferme en 1944 avant la retraite de l'armée allemande de Labaroche. vignette|Ferme incendiée par l'armée allemande pendant la retraite de Labaroche en 1945. L’armée allemande brûle systématiquement les fermes lors de son recul afin qu’elles ne puissent pas servir d’abri à l’armée de libération qui avanceExplication donnée à Robert Gall par un militaire allemand.. Ces incendies permettent de suivre le déplacement de la ligne de front.

L’espoir de voir arriver la fin de la guerre grandit. L’environnement proche se retrouve pris dans les combats et la ferme ainsi que la petite cave sont aménagées pour protéger au mieux tous ses habitants.

Robert Gall transmet des informations (mouvements et positions des troupes…) aux responsables des maquis de la vallée de Munster (Zimmerbach) et du fond de la vallée d’Orbey.

Hiver 1944 - 1945 Les combats sur Labaroche s’intensifient encore en . Toute la maisonnée est alors expulsée à son tour par les Allemands mi-.

Robert Gall et sa famille doivent retourner dans leur foyer à Colmar encore sous occupation allemande. Colmar sera libéré par les alliés le .

Après la libération En , grâce au directeur de la prison Colmar-Logelbach, Robert Gall rencontre le peintre allemand Otto Dix (1891-1969), alors prisonnier de guerre. Sous prétexte de travaux de jardinage, Otto Dix vient travailler régulièrement dans l’atelier de Robert Gall, où il exécute l’esquisse préparatoire pour le triptyque de la « Madone aux barbelés ». L'oeuvre sera acquise des années plus tard par la ville de Berlin. Louis-Paul Mathis, ami proche de Robert Gall précise : « La composition du triptyque montre le paysage vosgien avec le Grand et le Petit Hohnack, le blanc clocher de Logelbach qu'Otto Dix voyait de son camp de prisonnier ». vignette|La cour Bachmann détruite pendant la bataille de la Poche de Colmar. Ammerschwihr, 1945 Par la suite, les deux hommes ont la possibilité de quitter l’atelier et de se rendre dans les environs de Colmar et dans les Vosges où ils réalisent des dessins sur plusieurs sujets en commun tels que la Poche de Colmar, le lieu dit de Saint Gilles et les Vosges. Ensemble, ils travaillent dans un atelier lithographique pour la conception et l’exécution du projet d’une affiche pour la venue du Général De Gaulle pour célébrer la libération de Colmar. Louis-Paul Mathis parle d’une « osmose artistique ». Otto Dix admire le retable d’Issenheim au Musée Unterlinden et partage avec Robert Gall le même intérêt pour Grünewald.

La rencontre entre les deux hommes et leur complicité se muent en une amitié profonde, attestée par leur correspondance après la guerre et jusqu’à la mort d’Otto Dix.

Enseignement, pédagogie et transmission de son amour du patrimoine Robert Gall a été professeur de dessin toute sa vie.

D’ à , il enseigne au collège Saint André de Colmar (classes de la à la ). D’ à , il travaille à la Matthias Grünewald Schule (nom du Lycée Batholdi sous l’occupation) à Colmar. Au lendemain de la guerre, il enseigne au Lycée des jeunes gens de Colmar. Il travaille au Lycée de Munster, comme maître auxiliaire de à , puis pendant cinq ans au Collège Victor Hugo de Colmar ( à ), et à nouveau au Lycée de Munster de à année de sa retraite.

La guerre terminée, il s’investit beaucoup dans la vie culturelle de sa ville et participe à des expositions. Par l’enseignement, des visites au Musée Unterlinden, des publications et des conférences, il fait partager son admiration pour Matthias Grünewald et son retable.

Très sensible au patrimoine de sa ville, il soutient aussi la restauration du Quartier des Tanneurs à Colmar et s’investit dans la transmission du patrimoine local et régional.

Œuvres Si Robert Gall a peint relativement peu de tableaux de chevalets, il a été un décorateur extrêmement prolifique et un infatigable dessinateur.

Art monumental vignette|Peinture de Robert Gall à la Clinique Sainte-Thérèse de Colmar Robert Gall a œuvré et milité pour le renouveau de l’art religieux en Alsace. Il a été l’un des fondateurs de la Société des artistes chrétiens d’Alsace en 1934. Il a reçu de très nombreuses commandes pour des lieux de cultes alsaciens (peintures murales, chemins de croix, vitraux). Son activité dans le domaine de l’art religieux monumental, qui couvre une longue période (1930-1960), s’interrompt dans le contexte du Concile de Vatican II, son style ne correspondant plus aux nouvelles orientations du goût du clergé.

S’il a réalisé des peintures murales dans beaucoup d’églises, une grande partie d’entre elles ont hélas aujourd’hui disparues, jusqu’à des destructions récentes comme le chemin de croix de la chapelle de la clinique Sainte-Thérèse de Colmar. vignette|Verrières de l'église St Peter de Carencro, Louisiane (USA) Parmi les rares peintures conservées in situ, on peut citer celles de l’église Saint Martin de Walheim (1930), dans la chapelle du Calvaire d’Obernai (1937), à l’église Sainte Rose de Lima à Rosenwiller (1943-1947), et surtout le chemin de croix et les peintures de l’église Saint-Nicolas Ruelisheim (1951-1953).

Robert Gall a créé des cartons de vitraux exécutés sous sa conduite, en collaboration avec le peintre-verrier Léon Kempf (actif à Logelbach de 1936 à 1967). Il peignait la grisaille lui-même. On peut citer, parmi ses réalisations dans ce domaine, des verrières dans les églises Saint-Lambert de Vendenheim (1936), Sainte-Anne de Turckheim (1952), Saint-Léger de Munster (1953, classé Monument historique), Saint-Michel de Bourbach-en-Haut (1956-1957), Saint-Jean-Baptiste de Traubach-le-Haut (1956). Il est également l’auteur d’une série de verrières commandées par une église en Louisiane (USA), St Peter de Carencro (1949).

La production de Robert Gall ne s’est pas limitée à l’art religieux. Il a exécuté quelques décorations monumentales de salles publiques, ainsi que deux verrières offertes par la ville de Colmar à la ville de Bâle en 1946, intitulées : A Bâle sa voisine charitable et Ce n'est pas par la violence que l'humanité progresse.

Mont Sainte-Odile Robert Gall va pleinement exprimer son admiration pour l’Hortus Deliciarum d’Herrade dite de Landsberg dans des copies à grande échelle, de ses célèbres illustrations, peintes sur les murs du monastère du Mont Sainte-Odile, qu’admirent toujours les pèlerins aujourd’hui.