Le Napoléon est un ferry construit de 1975 à 1976 par les chantiers Dubigeon de Nantes pour la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM). Mis en service en sur les lignes de la continuité territoriale entre le continent français et la Corse, il restera pendant plus de dix ans le navire amiral de la SNCM. Supplanté par le Danielle Casanova en 1989, il est transféré sur les lignes du Maghreb vers l'Algérie et la Tunisie, tout d'abord à temps partiel puis à temps plein à partir de 1996. Vendu en 2002 à la compagnie marocaine Comarit, il est renommé Berkane (, Barkan) et affecté aux lignes entre le Maroc et l'Espagne. À la suite de la faillite de son armateur en 2012, il est immobilisé au port d'Alméria jusqu'à sa vente fin 2014 pour sa démolition effectuée à Aliağa à partir du mois de janvier 2015.

Historique Origines Au début des années 1970, quelques années après sa création, la Compagnie générale transméditerranéenne (CGTM) fait le constat que sa flotte en service entre le continent et la Corse tend rapidement à devenir inadaptée au transport massif des véhicules durant l'été et ne permet pas d'absorber la totalité du flux de passagers, en constante augmentation. Les lacunes sont telles que la compagnie se voit obligée de doubler ses car-ferries à l'aide de ses cargos afin de transporter le surplus de véhicules en été, ce qui s'avèrera très impopulaire auprès des passagers. Dans le cadre des discussions avec l'État, la CGTM est conduite à présenter un schéma général sur l’évolution de sa flotte, basé sur le remplacement entre 1975 et 1982 des navires de la flotte actuelle, en particulier le Napoléon et le Fred Scamaroni dont la configuration ne correspond plus à la tendance du trafic. Si les jumeaux Corse et Comté de Nice sont toujours performants, leurs installations fonctionnelles et peu confortables posent problème face aux exigences croissante de la clientèle. Le confort des aménagements était par ailleurs l'une des principales raisons qui avaient motivé l’acquisition du Roussillon et de l’Île de Beauté, à bord desquels la a été supprimée et des espaces de restauration et de distractions de qualité ont été mis en place, mais à l'instar des autres navires, leur capacité garage reste néanmoins insuffisanteSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016).

Face à l'obsolescence progressive de sa flotte, la CGTM doit donc trouver une solution. À cet effet, l'armateur est aidé par les travaux de la commission interministérielle Longeaux qui se charge d'examiner les moindres aspects du marché en vue de définir la solution la plus adéquate possible. L'hypothèse retenue sera celle d'un navire de 155 mètres dont l'architecture sera articulée autour d'un tambour central, ce qui permettrait d’avoir un garage proposant une capacité légèrement supérieur de l'ordre de 500 places et avant tout une plus grande facilité dans les opérations commerciales. L'accès est prévu au moyen d'une porte rampe arrière, d'une porte avant, ainsi que de deux portes latérales. En plus de la capacité du garage, la vitesse est une caractéristique primordiale dans la mesure où ce navire doit être capable d'effectuer une rotation par jour pendant la saison d’été, ce qui requiert une vitesse d'au moins 23,5 nœuds. Afin de pouvoir accoster par tous les temps, y compris les plus mauvaises conditions, ses qualités manœuvrières doivent être les plus performantes possibles. À cet effet, il est prévu de le doter de deux propulseurs d'étrave de 800 chevaux et de deux safrans. Tout cela doit permettra à cette nouvelle unité de transporter chaque semaine, en période estivale, autant de passagers et le double de voitures que deux des car-ferries alors en service. En raison de ses dimensions exceptionnelles, le futur navire ne pourra cependant être affecté qu'à la desserte d'Ajaccio, le port de Bastia étant trop restreint pour l'accueillir. La commission Longeaux préconisait initialement la construction de deux navires identiques pour la desserte respective de ces deux ports, mais la problématique des infrastructures bastiaises conduira rapidement à l'abandon de cette solution.

Les caractéristiques techniques définies, la compagnie se penche alors sur les aménagements intérieurs. Avec une capacité arrêtée à environ 1 850 passagers en traversée de nuit et 1 400 en traversée de jour, il est prévu un self de 300 places, un restaurant de 200 places, un bar-lido avec piscine, ainsi qu’un cinéma de 200 places ou, à la place, un salon de 100 places. Les couchettes constituent la majorité des installations pour les passagers, elles seront complétées par deux locaux de fauteuils Pullman à l’arrière, de part et d’autre de la cuve de la piscine. Ces installations seront réparties en deux classes, la classe proposera des cabines équipées pour la plupart de sanitaires privés tandis que la 2 classe sera essentiellement composée de couchettes SNCF. Afin de faciliter l’embarquement et le débarquement des passagers avec véhicule, deux escalators, réversibles, sont prévus à l’avant et à l’arrière.

Le choix du constructeur va se porter sur les chantiers Dubigeon de Nantes. Afin de garantir une mise en service pour l'été 1976, la commande du navire est passée avant la fin de l'année 1973, le . Afin de rendre possible ce projet, la CGTM, incapable d'assumer seule un investissement aussi conséquent, a pu bénéficier d'une aide financière de l'État dans le cadre de la mise en place de la continuité territoriale. Le futur fleuron de la CGTM est baptisé Napoléon, nom précédemment porté par le premier car-ferry desservant lignes de la Corse, tout juste retiré de la flotte.

Construction thumb|left|Le Napoléon en finitions à Nantes vers 1976. Le Napoléon est mis sur cale à Nantes le et lancé le , il est baptisé le même jour en compagnie de sa marraine, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, épouse du président Giscard d'Estaing. Le Napoléon passe ensuite en carénage aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire du 23 au . Au cours des travaux de finition, la mise en place du service de continuité territoriale entre le continent et la Corse amène alors à la nationalisation de la CGTM qui devient la Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM) le .. Cet évènement va entraîner quelques modifications du navire par rapport au projet initial. À la demande des pouvoirs publics, la piscine va être supprimée afin d'augmenter le nombre de fauteuils Pullman. Il ne subsistera également qu'une seule porte rampe latérale, à bâbord. Le , des essais préliminaires se déroulent dans la Loire suivis des essais à la mer du à 14h15 au à 8h00 autour de l'archipel des Glénan où le navire atteint la vitesse de 25,3 nœuds. Le Napoléon est livré à la SNCM le , à ce moment, il est le plus gros car-ferry au monde et le restera jusqu'à la mise en service du ferry finlandais Finnjet en 1977. thumb|right|Le Napoléon lors de ses essais en mer.

Service SNCM (1976-2002) Le à 9h33, Le Napoléon, arborant sur sa cheminée les couleurs de la SNCM, quitte Nantes sous les ordres du commandant Mouilhade. Au cours du passage du détroit de Gibraltar, le navire essuie une tempête, permettant de témoigner de sa remarquable tenue de mer et de très bonne stabilité. Au terme de ce voyage, il accoste à Marseille le à 16h26 au poste 86.

Le lendemain, à 7h00, le navire appareille pour se diriger vers la forme 9 afin d’effectuer un carénage. Cependant, lors de la manœuvre, un dysfonctionnement de la commande du pas de l'hélice bâbord survient. Aussitôt, l'ordre de mouiller l'ancre bâbord et d'actionner les propulseurs à puissance maximale est donné, mais ceci n'empêche pas le Napoléon de heurter avec son bulbe d’étrave le quai du poste 87. À la suite de son entrée en cale sèche, il est constaté une déformation du côté tribord du bulbe, nécessitant une immobilisation jusqu’au , puis de nouveaux essais en mer. Cet incident entraînera le report de sa mise en service, prévue initialement pour le .

Le , le Napoléon appareille à 19h30 à destination d’Ajaccio pour son voyage inaugural, avec à son bord 1 096 passagers et 258 voitures. Le lendemain aux alentours de 7h00, le navire arrive pour la première fois en Corse, salué par trois coups de canon, auxquels il répond en sonnant sa sirène. Accueilli par les habitants, la musique municipale en tenue de grognards ainsi que des majorettes, son arrivée est accompagnée au son de La Marseillaise et de L'Ajaccienne après que la passerelle soit mise en place, puis la cérémonie de bienvenue est conclue par Austerlitz. À 11h30, le Napoléon appareille pour une mini-croisière jusqu’au golfe du Valinco durant laquelle un repas est servi au restaurant La Malmaison et un concert est donné par la musique municipale. Cette sortie en mer s'achève à 16h30 par le retour du car-ferry au quai L'Herminier. Une réception est ensuite donnée à 17h00 dans le salon napoléonien de la mairie d'Ajaccio, où le commandant Mouilhade reçoit la médaille de la ville des mains du maire, Charles Ornano, avant de signer le livre d’or. À l'issue de son inauguration, le Napoléon entame son service régulier dans le cadre de la continuité territoriale entre la Corse et le continent. En raison de sa longueur l'empêchant d'accoster à Bastia, il n'est dévolu dans un premier temps qu'à la seule desserte d'Ajaccio depuis Marseille mais également Toulon en été.

Dans la nuit du , au cours d'une traversée entre Tunis et Marseille par mauvais temps, l'équipage du Napoléon reçoit un appel de détresse du cargo espagnol Angel, qui a vu son chargement de rails de chemin de fer se désarrimer sous l'effet de la houle, ce qui a provoqué son chavirage. Lorsque le Napoléon arrive sur place dans l'après-midi, deux embarcations sont repérées, l'une vide, l'autre occupée par sept marins rescapés qui sont transférés à bord du ferry vers 16h00. Durant le sauvetage, le second Jacques Dubois descend dans l'embarcation afin d’arrimer les naufragés, ce qui lui vaudra une médaille de bronze et le diplôme de sauvetage de la part du délégué départemental de la SNSM à bord du Provence le . En plus du second Dubois, le commandant Castelli recevra les mêmes distinctions et trois matelots ayant participé au sauvetage seront félicités.

Quelques mois plus tard, le , vers 5h30, alors que le Napoléon arrive en rade de Marseille en provenance d'Ajaccio et s'apprête à embarquer le pilote du port entre l'île de Maire et le Frioul, le cargo Tenes de la Compagnie nationale algérienne de navigation survient brusquement sur la route du ferry. Le navire algérien, arrivant par tribord, vire à droite au risque d’être éperonné. Devant la situation, le commandant Mouilhade, donne immédiatement l'ordre de virer à gauche afin que les coques des deux navires se frottent, ce qui a pour effet de limiter les dégâts. Le flanc du Napoléon est endommagé jusqu’à l'arrière et les abords de onze cabines ont également subit des dégâts. De son côté le roulier algérien a lui aussi essuyé des dommages le long de sa coque. L'incident n'a fait aucun blessé.

Dans la nuit du 15 au alors que le Napoléon navigue entre Ajaccio et Marseille par mauvais temps, l'équipage aperçoit vers 4h10 une fusée de détresse. Une fois le CrossMed averti, le navire se déroute en direction de la fusée. En chemin, une nouvelle fusée est aperçue et vers 4h45, un canot pneumatique avec un seul occupant à son bord est repéré, il s'agit d'un néerlandais rescapé du naufrage de son voilier ayant sombré quelques heures auparavant. En raison des très mauvaises conditions météorologiques, l'équipage ne peut déborder une des embarcations sans courir un grand risque, il est alors décidé d'approcher le navire au plus près du naufragé. À l'issue de la manœuvre, celui-ci est recueilli à bord et le navire reprend sa route vers Marseille.