L'armée dite de Châlons est une unité militaire française qui combattit durant la guerre franco-prussienne de 1870. Mise sur pied au camp de Châlons le à partir d'éléments de l'armée du Rhin dont elle est issue, elle sera engagée dans les combats sanglants de Beaumont et Sedan et disparaitra lors de la capitulation du .
Création de l'unité
À la suite de la succession d'aventures malheureuses début août de l'armée du Rhin à Wissembourg, Frœschwiller-Wœrth et Forbach, l'impératrice Eugénie, nommée régente en l'absence de Napoléon III, convoque les deux chambres le . Ces dernières décident la destitution du cabinet Ollivier au profit du général de Montauban, comte de PalikaoIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 1, page 337.. Trois jours plus tard, sous la pression de l'opinion publique, de l'opposition et d'une partie de l'armée, l'empereur décide par décret de confier le commandement de l'armée du Rhin au maréchal BazaineIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 1, page 340..
Le , l'empereur se rend à Châlons et, lors d'un conseil de guerre réduit, décide de la nomination de Bazaine comme généralissime des armées françaises, du général Trochu en tant que gouverneur de Paris et de Mac Mahon comme commandant de l'armée de ChâlonsIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, pages 152 et 153.. Ainsi, cette nouvelle armée constituée des éléments disponibles ou en cours d'acheminement, comprenait le , qui avait rejoint le camp de Châlons entre le 14 et le , le du général de Failly, dont l'ordre du de rejoindre l'armée fut contrarié par la présence de l'ennemi à Saint-Dizier, le du général Douay, dont la formation à Belfort fut perturbée par les besoins en renfort du lors des combats précédents, et enfin le de formation récente, constitué à partir des régiments d'infanterie encore disponibles, de régiments de marche formés par les laissés dans les dépôts et de régiments de la Garde. Après de multiples péripéties, les quatre corps d'armée se trouvent finalement rassemblés à Reims le In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 1 pages 255 à 260 et tome 2, pages 150 à 152..
Chronologie des opérations thumb|Marche sur Sedan de l'armée de Châlons Tandis que Mac Mahon souhaite se retirer sur Paris afin de reconstituer son armée, l'impératrice et le gouvernement, qui redoutent les conséquences d'un retour sur la capitale de l'empereur, le convainquent de secourir Bazaine qui vient de se retrancher sur Metz après deux nouveaux engagements à Rezonville et Saint-Privat les 16 et . Sous la pression, et trompé par une dépêche de Bazaine lui précisant son intention de s’échapper de Metz par le nordCette dépêche, datée du 19 août et expédiée par Bazaine à l'issue des combats de Saint-Privat, se terminent par « (...) Je compte toujours prendre la direction du nord, et me rabattre ensuite par Montmédy sur la route de Sainte-Menehould à Châlons (...) ». Reçue par Mac Mahon au matin du 22 août, ce message l'amena à changer le mouvement de l'armée et à se diriger sur Montmédy comme il l'écrivit à Bazaine le jour même « Reçu votre dépêche du 19. Suis à Reims; me porte dans la direction de Montmédy (...) » In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, Tome 2, pages 147, 158 et 159., Mac Mahon se décide le à quitter Reims et à marcher vers le nord-est afin de passer la Meuse entre Sedan et Verdun.
Tandis que les quatre corps de Mac Mahon se dirigent vers le nord-est, l'armée allemande, fort de ses succès récents, se réorganise en deux groupes : En face de Metz, la armée, quatre corps de la et une division, Opposées à l'armée de Châlons, la armée, constituée de cinq corps, est associée à une nouvelle armée, l'armée de la Meuse ou armée, comprenant trois corps d'armées et quatre divisions de cavalerieLa armée allemande est sous les ordres du Prince royal de Prusse. Elle comprend les et corps bavarois ainsi que les , et corps. La armée allemande est sous les ordres du Prince royal de Saxe. Elle comprend les et corps et la Garde prussienne. In La guerre de 1870, pages 38 et 39.. L'ensemble représente environ , et plus de 810 pièces d'artillerieCes chiffres, contrairement à ceux de l'armée française, ne comprennent que les combattants et n'incluent pas les troupes du train, du service de santé, les infirmiers, etc.In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2 page 169..
La progression de l'armée françaises est lente et cette dernière finit par être rattrapée par les troupes allemandes avant même d'avoir franchi la Meuse. Les Allemands, qui se dirigeaient vers Paris, ont deviné l'intention de Mac Mahon et ont obliqué dès le en direction du nord. Le 29, après un premier contact à Nouart avec le corps saxon, le de de Failly bivouaque sans précaution à Beaumont. Aux alentours de midi et demi, le , les premiers obus s'abattent sur les campementsIn La guerre de 1870, pages 38 et 39.. Trois corps d'armées allemands vont fondre sur les troupes de Beaumont : le corps bavarois à gauche, le corps prussien au centre et le corps d'armée saxon à droite. Malgré la résistance de l'infanterieLors des combats du à Warniforêt, le général Bretteville est blessé tandis que le général Morand est tué. Le lieutenant-colonel Pallier du , le colonel de Béhagle du de ligne périssent à Beaumont. Le colonel Berthe du et le lieutenant-colonel Demange du de ligne sont grièvement blessés. Ce dernier, amputé de la cuisse, meurt le 12 septembre à l'hôpital de Mouzon. et les reprises de combats à Mouzon, malgré une charge héroïque du Le appartenant au est envoyé au secours du . Il est décimé et perd son chef de corps le colonel de Contenson, In La guerre franco-allemande, tome 2 page 251. le corps de de Failly est battu et doit retraiter sur Sedan.
La bataille de Beaumont a pour conséquence le renoncement du maréchal de Mac Mahon à venir secourir Bazaine à Metz. Contraint, il replie dès le au soir ses différents corps d'armée sur les villes de Bazeilles et SedanIn La guerre de 1870, pages 39 et 40..
Les Allemands n'attendent pas et dès le 31, le corps bavarois du général Von der Tann affronte le et s'empare du pont de chemin de fer qui enjambe la Meuse au sud de BazeillesIn Histoire de la guerre de 1870-71, page 61.. Le lendemain, le , les et armées allemandes attaquent ensemble l'armée de Mac Mahon positionnée dans les deux villes. Le maréchal est blessé dès 6 heures du matinIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2 page 305. alors qu'il cherche à rejoindre le commandant du , le général Lebrun, attaqué par le corps bavarois à Bazeilles. D'abord remplacé par le général Ducrot, le commandement de l'armée échoit finalement, sur ordre du ministère de la guerre, au général Winpffen, récemment nommé à la tête du d'armée. L'ordre de repli sur Mézières donné par Ducrot est contredit par le nouveau commandant qui souhaite une victoire. L'armée allemande finit par encercler l'ensemble de l'armée qui se replie sur la citadelle de SedanIn La guerre de 1870, pages 42 et 43.. Au matin du , Napoléon III fait hisser le drapeau blanc : c'est la capitulation. Le général Winpffen, dont la démission est refusée par l'empereur, signe l'acte au château de BellevueIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2 pages 349 à 356.. Cette bataille, qui voit l’anéantissement de l'armée de Châlons, a coûté à la FranceLes se décomposent en : , , prisonniers durant la bataille, prisonniers lors de la capitulation ainsi que désarmés en Belgique. Parmi les tués, cinq généraux : Guyot de Lespart, Margueritte, Girard, Liédot et Tilliard, In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2 page 360..
Du 3 au , date à laquelle ils sont transférés en Allemagne, prisonniers sont parqués sur la presqu’île d'Iges dans des conditions telles que ce camp improvisé prendra le nom, suivant les auteurs, de « camp de la misère » ou « camp de la faim »In Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, page 361 et La Guerre de 1870, page 46..
Composition et ordre de bataille
Le , l'armée de Châlons est constituée de quatre corps d'armée et de réserves d'artillerie et de cavalerie, elle comprend environ , cavaliers, 393 pièces d'artillerie et 76 mitrailleuses. Le lieutenant-colonel Rousset en donne une décomposition estimative par grande unitéIn Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, pages 166 et 167.:
+ Effectifs de l'armée de Châlons Fantassins Cavaliers Artillerie Mitrailleuses d'armée 84 22 d'armée 61 18 d'armée 78 18 d'armée 150 18 Réserve de cavalerie - 14 - Réserve d'artillerie - - 6 -
L'ordre de bataille à cette même date et l'identification des troupes constitutives proposés ci-après provient du même ouvrageL'ordre de bataille proposé ci-après provient majoritairement de l'ouvrage du lieutenant-colonel Rousset, Histoire générale de la guerre franco allemande - 1870-1871, tome 2, appendice pièce , pages 515 à 519..
Commandement et état-major
Commandant en chef : maréchal Mac Mahon, duc de Magenta puis général Wimpffen () Chef d'état-major général : général Faure Commandant de l'artillerie : général Forgeot Commandant du génie : général Dejean Intendant général : intendant général Vigo-Roussillon
corps d'armée
Le d'armée est commandé par le général Ducrot, son chef d'état-major est le colonel Robert. Le général Ducrot, ancien chef de corps de la , succède au maréchal de Mac Mahon qui vient de prendre le commandement de l'armée de Châlons. Le général Frigola commande l'artillerie.
d'infanterie La du d'armée est sous les ordres du général Wolff du général Moréno d'infanterie de ligne (colonel Bréger, 3 bataillons) d'infanterie de ligne (colonel Bluem, 3 bataillons) de chasseurs à pied (commandant Potier, 1 bataillon) brigade du général Postis du Houlbec d'infanterie de ligne (lieutenant-colonel Germain, 3 bataillons) de zouaves (colonel Barrachin, 3 bataillons) 3 batteries du d'artillerie (lieutenant-colonel Lecœuvre, 2 batteries de 4 et 1 de mitrailleuses) et 1 compagnie du du génie
d'infanterie La du d'armée est sous les ordres du général Pellé du général Pelletier de Montmarie d'infanterie de ligne (colonel Ardoin, 3 bataillons) d'infanterie de ligne (colonel Theuvez, 3 bataillons) de chasseurs à pied (commandant d'Hugues, 1 bataillon) du général Gaudil d'infanterie de ligne (colonel Pellenc, 3 bataillons) de tirailleurs algériens (colonel Morandy, 3 bataillons) régiment de marche (colonel Lecomte, 3 bataillons) 3 batteries du d'artillerie (lieutenant-colonel Cauvet, 2 batteries de 4 et 1 de mitrailleuses) et 1 compagnie du du génie
d'infanterie La du d'armée est sous les ordres du général l'Héritier du général Carteret-Trécourt d'infanterie de ligne (colonel Beaudoin, 3 bataillons) de zouaves (colonel Détrie, 3 bataillons) de chasseurs à pied (commandant Viénot, 1 bataillon) du général Lefebvre d'infanterie de ligne (colonel Rogier, 3 bataillons) de tirailleurs algériens (commandant Canale, 3 bataillons) Bataillon des francs-tireurs de Paris (commandant Robin, 1 bataillon) 3 batteries du d'artillerie (lieutenant-colonel Gheguillaume, 2 batteries de 4 et 1 de mitrailleuses) et 1 compagnie du du génie
d'infanterie La du d'armée est sous les ordres du général de Lartigue sous les ordres du général Fraboulet de Kerléadec d'infanterie de ligne (lieutenant-colonel Billot, 3 bataillons) de zouaves (colonel BaucherLe colonel Baucher fut nommé général le 25 août et fut remplacé à la tête du régiment par le lieutenant-colonel Méric, 3 bataillons) de chasseurs à pied2 compagnies du de chasseurs étaient restées à Strasbourg (capitaine Briatte, 1 bataillon) sous les ordres du général Carrey de Bellemare d'infanterie de ligneLe d'infanterie était enfermé à Strasbourg (colonel Blot)