La chapelle Saint-Libert est une ancienne église romane datant principalement du , se trouvant dans le plus vieux quartier de Tours, en partie construite sur le rempart du castrum gallo-romain du , le long de la Loire. Sa nef est inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le à l'initiative de la Société archéologique de Touraine (SAT)Chapelle Saint-Libert à Tours sur www.fondation-patrimoine.org (consulté le 23 juillet 2013).

L'église est désaffectée au début du Chapelle Saint-Libert. Monuments historiques de Tours sur www.actuacity.com (consulté le 23 juillet 2013). Reconvertie et défigurée par une activité industrielle et artisanale, désormais propriété de la SAT depuis 2011, elle a été réhabilitée peu après, après avoir fait l'objet de fouilles archéologiques, afin de devenir son siège social, son espace d'accueil et de réunions et un lieu d'accueil d'événements culturels.

L'édifice se situe au 37, avenue André-Malraux, à l'angle de la rue de la Bretonnerie, non loin de la rue Barbès (ancienne rue Saint-Libert)Histoire des noms de rues du quartier Blanqui sur /lesptitesbouch.org (consulté le 8 août 2013). À Tours, il existait aussi une chapelle contemporaine Saint-Libert, construite en 1980, affectée au culte catholique, située 9, rue du Clos-Saint-Libert, à ne pas confondreChapelle St Libert sur www.patrimoine-religieux.fr (consulté le 23 juillet 2013) ; Tours Nord sur tourainissime.blogspot.fr (consulté le 27 janvier 2015, mais dont la démolition a été programmée en 2014Voir : Une église chasse l'autre.

Description

left|vignette|La charpente de la chapelle date du .

L'édifice roman, de construction soignée, réduit à sa nef puisqu'il ne comporte ni chevet, ni clocher, fait de long (probablement à l'origine avec le chevet), de large et de haut avant restauration (au moins de plus avec le sol à son niveau d'origine retrouvé). Cela dégage une salle intérieure de de long sur environ. Les murs en pierre de taille de tuffeau ont une épaisseur moyenne de . Le bâtiment est pourvu de contreforts bien que l'église n'est pas voûtée en pierre. La chapelle dispose ainsi d'une belle charpente, refaite au , à chevrons formant vingt-sept fermes en chêne, comme une « coque de vaisseau » renverséeDenis Jeanson, Sites et monuments du grand Tours, l'Astragale, Tours, 1973, p. 199. La toiture à long pan est en ardoise. Deux portails en arc brisé, l'un au sud (encore fermé), l'autre à l'ouest, constituent les accès à la chapelle. Les renforts sur ce dernier permettent d'imaginer un porche et un pignon accentué faisant office de clocher, à moins que ce dernier ait été arasé. Les deux façades latérales à gouttereaux sont bordées d'un bandeau sous toiture, avec moulures et modillons sculptés représentant, côté nord, des têtes d'hommes, de femmes, des figures monstrueuses, des ornements géométriques et végétaux. Elles sont percées de trois fenêtres, qui ont été restituées au nord lors de la restauration et qui sont à arc en plein cintre, appareillé de 7 claveaux, sur la façade sud, plus riche — creusée en interne d'un lavabo ecclésiastique d'époque romane — qui donne par ailleurs actuellement sur un jardin privé. Celle du nord repose sur une portion des vestiges de l'enceinte gallo-romaine de la ville. On ne sait rien du décor proposé par le chevet qui concentrait peut-être l’essentiel de l’intérêt artistique de l’édifice, ni de l'aménagement intérieur, si ce n'est l'emplacement de l'autel. Désormais un module administratif contemporain tient lieu de chevet, agrandissant l'espace disponible.

Historique

L'église se trouve dans l'angle nord-est de l'ancienne enceinte gallo-romaine, formant le castrum de la vieille cité de « Caesarodunum », probablement la première fondation de Tours ; remparts antiques du Bas-Empire romain dont, outre les fondations de la chapelle, il reste d'autres traces : au château de Tours, au Musée des beaux-arts et parallèlement aux rues du Port Feu Hugon et du Petit Cupidon. Cette chapelle, dont le nom est trompeur compte tenu de ses dimensions originelles, a remplacé une église plus ancienne que l'on ne sait pas dater avec certitude, sur un lieu dont on ne savait pas jusqu'ici s'il était déjà affecté au culte auparavantHistorique de la chapelle Saint-Libert sur le site de la Société Archéologique de Touraine (consulté le 23 juillet 2013) - Voir aussi le diagnostic archéologique de la chapelle (supra). L'histoire de cette chapelle reste d'ailleurs obscure et incertaine, malgré les fouilles et les travaux archéologiques du début du S. Riou, B. Dufaÿ, Le site de la chapelle Saint-Libert dans la Cité de Tours, SAT, RACF, 2016.

L'église attestée au

À l'époque où Tours est encore bipolaire, on trouve mention d'une église sur ce qui pourrait être le site actuel, dans une charte de 919 qui fait état d'un échange de terrains, intervenu entre 866 et 877, entre les chanoines de Saint-Martin logés notamment dans la nouvelle partie ouest de Tours, Chateauneuf, et le comte de Tours, Hugues l'Abbé, à l'interieur de l'ancienne cité de Tours à l'est, pour un terrain situé dans cette partie, comprenant « église, mur d'enceinte et poterne », au profit dudit comte, pour environ On trouve trace de cet échange dans un diplôme du 27 juin 919 - Rapporté par exemple par : André Salmon, L'amphithéâtre romain de Tours d'après les chartes, Bibliothèque de l'école des chartes, 1857, vol. 18, n° 18, pp. 216-227.

Par cet échange de propriété, dont l'acte a disparu, elle serait donc devenue la première chapelle des comtes de Tours, non loin de la Tour Feu Hugon, censée être leur première résidenceIl s'agit d'une hypothèse tirée du texte de 919 et d'un autre antérieur, daté de 869, où le roi Charles le Chauve, soutenu par le pape Adrien, appelle les cités ligériennes à se protéger des Vikings par des tours carrées. Par exemple : É. G. de Clérambault, La tour Hugon et le château de Tours in Bulletin de la Société archéologique de Touraine (BSAT), tome XVI, L. Péricat, 1907-1908, pp. 237 et 243 ; Giraudet, Histoire de la ville de Tours, t. 1, 1873, pp. 80-81 - La Tour Feu Hugon. La première demeure des comtes de Tours sur lesptitesbouch.org (consulté le 30 juillet 2013)Voir cette question réactualisée dans S. Riou, B. Dufaÿ, op. cit., pp. 107-111.

Les preuves sont minces mais à supposer qu'il s'agisse de l'emplacement de la chapelle actuelle, dont on sait qu'il tangente le rempart gallo-romain de l'ancienne cité, il reste à justifier la propriété des moines sur le terrain supportant la chapelle, à cet endroit, éloigné de Martinpôle (Châteauneuf) où les moines sont normalement établis. La réponse est possiblement dans le canon 8 du concile qui s'est tenu en 465 à Vannes, à l'occasion de l'ordination de son évêque par l'évêque de Tours, Perpetuus, alors que Tours est archidiocèse, capitale de la Lyonnaise, province de la Gaule lyonnaise. Cette disposition canonique du permettait aux abbés - par exception - d'avoir un refuge à l'intérieur des murs de la cité, en raison des incursions vikingsPierre Gasnault, Le tombeau de saint Martin et les invasions normandes dans l'histoire et dans la légende, Revue d'histoire de l'Église de France, 1961, Vol. 47, N° 144, pp. 51-66. C'est ce refuge, où les moines auraient érigé une chapelle ou conforté l'existant, qui aurait fait l'objet de l'échange, une fois le danger écarté, sachant toutefois que Hugues l'Abbé cumulait les qualités d'Abbé de Saint-Martin et de comte de Tours.

Mais sur cette église déjà existante et attestée au , donc d'époque carolingienne, peut être déjà dédiée à Libert, reconnu comme saint par son contemporain Grégoire de Tours au Jean-Michel Gorry, Qui était saint Libert ? Vie de Léobard par Grégoire de Tours, présentation et traduction, Bulletin de la Société Archéologique de Touraine (BSAT), Tours, T. LVIII, 2012, pp. 121-126, on a peu d'information et aucune certitude spatio-temporelle (temps et lieu) ; pas plus sur ce qui a probablement précédé.

Ainsi rien ne renseigne sur l'existence et la date d'édification d'un éventuel oratoire-refuge au Bas-Empire (entre le ou le ) par les moines de Saint-Martin et de Marmoutier (où vécut Libert)Grégoire de Tours, mort en 594, ne mentionne que trois églises dans la cité : cathédrale; église Notre-Dame; église Saint-Gervais - V. Ancienne église Saint-Libert sur patrimoine-de-france.com (consulté le 23 juillet 2013) dont la source pourrait être : Émile Mabille, Notice sur les divisions territoriales et la topographie de l'ancienne province de Touraine, Bibliothèque de l'école des chartes, 1864, Vol. 25, N° 25, pp. 322-323, ni sur l'époque de la dédicace du lieu à Saint Libert (possiblement vers le , ou au , voire seulement au )Le culte de ce saint a pu naître dès sa mort, probablement organisé vers le , sachant que l'on trouve son évocation dans les litanies et le Martyrologe romain - V. Historique de la Chapelle Saint-Libert (SAT) précité, ni sur l'édification ultérieure de l'église carolingienne attestée au moment de l'échange (entre le ou le ), voire sur l'existence de bâtiments romains bien antérieurs.

L'emplacement actuel de la chapelle au sein de l'ancienne cité est certes plausible avec une telle antériorité, mais aucun autre indice, que son empiétement sur le mur gallo-romain qui le fait présumer, en atteste. Les fouilles modernes ne confirment d'ailleurs pas formellement l'hypothèse puisqu'elles n'ont pas révélé de vestiges significatifs des constructions antérieures suggérées par les historiens ; seulement quelques traces, plus tardives que celles attendues, bien que pouvant éventuellement remonter à la fin du carolingien (infra).

L'église actuelle du , protégée par sa reconversion laïque

Dans les textes, on ne trouve mention explicite d'un lieu consacré à « Saint-Libert », sous l'expression « oratoire de Saint-Léobard » (le nom latin de Libert), qu'au , rapportée par Jean Mann au , qui fait état d'un acte de cession de 1192 stipulant que l'oratoire avait été fondé par les ancêtres du vendeurJean Maan, Histoire de l'église de Tours, 1667, réédité par les Éditions du Python, traduit par Paul Letort, 2000, 160 p.. Compte tenu de l'architecture romane de la chapelle actuelle, il ne peut s'agir que de cette dernière - qui aurait donc été reconstruite entre-temps, si l'on tient pour possible l'identité de lieu entre cette dernière et l'église carolingienne. Cela situerait sa construction vers 1150Date énoncée dans le reportage sur TV Tours Val de Loire en 2012 : La Chapelle Saint-Libert fait peau neuve. On ignore cependant son état initial et l'histoire architecturale du bâtiment.

On sait seulement qu'après avoir fait partie supposément jusqu'à cette époque du domaine des comtes de Tours, la chapelle fait partie de celui des rois de France (les textes en témoignent au , au et au )Un aveu rendu au Roi en 1394 mentionne l'aumosne Saint-Livart et dans un autre aveu rendu en 1674 il est dit que l'église de Saint-Libert relevait du Roi à cause de son château de Tours, le fief ayant été aliéné par l'abbé de Preuilly - V. Ancienne église Saint-Libert (Patrimoine de France) précité. Un dernier aveu de 1737 comprend le fief de Saint-Libert parmi les seigneuries que reconnait tenir du roi, messire Gabriel Taschereau, seigneur de Baudry, Lignières et Bléré.