La guerre de Succession de Bavière ( - ) est un conflit qui opposa la monarchie des Habsbourg-Lorraine à une alliance prusso-saxonne, visant à empêcher les Habsbourg-Lorraine de faire l'acquisition du duché de Bavière. La guerre ne voit pas se dérouler de bataille allant au-delà de quelques escarmouches mineures, mais causa des pertes significatives, avec notamment des milliers de soldats morts de maladie et de famine. Reflétant la frustration du soldat en quête de nourriture, le conflit fut appelé, en Prusse et en Saxe, la guerre des Pommes de terre (Kartoffelkrieg).

Le , l'électeur Maximilien III Joseph de Bavière, dernier représentant de la branche cadette des Wittelsbach, meurt de la variole, sans descendant. Son plus proche parent en ligne masculine, l'électeur Charles-Théodore de Palatinat, un descendant de la branche aînée des Wittelsbach, revendique le lien de parenté, mais n'ayant pas de descendance légitime, son héritier est un cousin d'une branche cadette, Charles II Auguste de Palatinat-Deux-Ponts. Au-delà de la frontière sud bavaroise, Joseph II du Saint-Empire, qui convoite le territoire bavarois, s'était marié à la sœur de Maximilien Joseph en 1765 pour renforcer toute réclamation qu'il pourrait effectuer. Cependant, son entente avec l'héritier, Charles-Théodore, de partager le territoire bavarois n'avait pas pris en compte les nouvelles demandes de l'héritier présomptif, Charles Auguste.

L'acquisition de territoire dans les États de langue allemande constituait une partie importante de la politique de Joseph d'Autriche d'étendre l'influence de sa famille en Europe centrale. Pour Frédéric II de Prusse, la revendication de Joseph menaçait l'ascendant des Hohenzollern dans leur politique allemande, mais il hésitait sur sa politique destinée à maintenir le statu quo par le biais de la guerre ou de la diplomatie. L'Impératrice-douairière Marie-Thérèse, qui co-régnait avec son fils, considérait qu'un conflit avec l'Électorat de Bavière n'en valait pas la peine. En effet, ni Marie-Thérèse, ni Frédéric ne voyaient pas d'intérêt à poursuivre les hostilités. Mais Joseph ne voulait pas renoncer à sa demande, malgré les insistances de sa mère. Frédéric-Auguste de Saxe, de son côté, voulait préserver l’intégrité territoriale du duché pour Charles-Auguste (qui était son beau-frère), et n'avait pas d'intérêt à voir les Habsbourg-Lorraine faire l'acquisition de territoire supplémentaire sur leur frontière sud et ouest. La France, quant à elle, déjà impliquée dans la guerre d'indépendance des "Insurgents" américains contre la Grande-Bretagne, cherchait à assurer le maintien de l'équilibre des forces. Finalement, Catherine II de Russie menaça d'intervenir aux côtés de la Prusse avec , forçant ainsi Joseph à reconsidérer sa position. Avec la médiation de Catherine, lui et Frédéric négocièrent une solution vis-à-vis du problème que posait la succession de Bavière avec le traité de Teschen, signé en .

Pour certains historiens, la guerre de Succession de Bavière était la dernière guerre de Cabinet, où les troupes manœuvraient tandis que les diplomates voyageaient d'une capitale à l'autre pour régler les problèmes de leurs monarques. Par la suite, les guerres de la Révolution française et les guerres napoléoniennes différeront dans leurs portées, leurs stratégies, leurs organisations ainsi que leurs tactiques.

Par ailleurs, les historiens allemands des s ont aussi trouvé dans cette courte guerre les racines du dualisme allemand.

Contexte Compétition impériale

En 1713, Charles VI du Saint-Empire persuada les têtes couronnées d'Europe d'accepter la Pragmatique Sanction. Dans cet accord, ils acceptaient que les filles légitimes de l'empereur deviennent reines de Bohême, de Hongrie et de Croatie ainsi qu'archiduchesse d'Autriche, ce qui représentait une évolution dans la tradition de succession mâleMichael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence, 1683–1799, London, Longman, 2003, p. 246..

L'empereur du Saint-Empire était traditionnellement élu dans la maison des Habsbourgs depuis trois siècles. Charles VI arrangea le mariage de sa fille aînée, Marie-Thérèse avec François de Lorraine. Ce dernier renonçait au duché de Lorraine au profit du beau-père de Louis XV en échange du grand-duché de Toscane pour renforcer sa position en vue de l'élection du futur empereurMarshall Dill, Germany: A Modern History, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1970, p. 49–50.. La plupart des chefs d'État allemands du Saint-Empire romain germanique acceptèrent la Pragmatique Sanction et la nomination de François au titre de futur empereur du Saint-Empire. Cependant, les duchés de Bavière et de Saxe ne ratifièrent pas l'accord et étaient suffisamment importants pour empêcher son électionHochedlinger, p. 246.. À la mort de Charles VI en 1740, sa fille, Marie-Thérèse, dut défendre ses droits sur la Bohême, la Hongrie et la Croatie.

thumb|left|En tant que prince-électeur et duc de Bavière, Maximilien III Joseph apporta la paix et la prospérité à son royaume. À sa mort, plusieurs personnes songeaient à diviser le duché.

Charles, prince-électeur et duc de Bavière, gendre de l'empereur Joseph , revendiquait les territoires allemands de la dynastie de Habsbourg, le Bavarois se présentant comme le successeur légitime de Charles VI. Les revendications du duc de Bavière reflétaient la raison d'État. Il prétendait que si les femmes devaient hériter alors il devait être le premier dans l'ordre de succession car sa femme Marie-Amélie était la fille de Joseph . Charles VI et son prédécesseur Joseph étaient tous les deux morts sans fils. Charles de Bavière suggéra que l'ordre de succession devait passer à la fille de Joseph au lieu des filles de son frère cadet, Charles VIDill, p. 49–50 ; Hajo Holborn, A History of Modern Germany, The Reformation, Princeton NJ, Princeton University Press, 1959, p. 191–247.. Pour diverses raisons, la Prusse, la France, l'Espagne et la Pologne soutenaient les revendications de Charles de Bavière sur les territoires de Habsbourgs et le titre d'empereur et se rétractèrent de leurs engagements sur la Pragmatique SanctionAlfred Benians, Cambridge Modern History, volume 6, Cambridge, Cambridge University Press, 1901–1912, p. 230–233 ; Dill, p. 49–50 ; Holborn, p. 191–247..

Charles de Bavière avait besoin de soutien militaire pour s'emparer du titre impérial par la force et il l'obtint avec le de . Au cours de la guerre de Succession d'Autriche, il s'empara de Prague où il fut couronné Roi de Bohême. Il envahit également la Haute-Autriche dans le but de prendre Vienne mais des exigences diplomatiques compliquèrent ses plans. Ses alliés français redirigèrent leurs troupes en Bohême où Frédéric II de Prusse, récemment couronné, profitait du chaos en Autriche et en Bavière pour annexer la SilésieBenians, p. 230–233 ; Dill, p. 49–50 ; Holborn, p. 191–247..

Les options militaires de Charles disparurent avec le retrait français. Adoptant une nouvelle stratégie, il négocia son élection au trône impérial. Il vendit le comté de Glatz à Frédéric de Prusse à un prix réduit en échange de son vote. Son frère, Clément-Auguste de Bavière, archevêque et prince-électeur de l'électorat de Cologne vota pour lui lors de l'élection impériale et le couronna personnellement le lors de la cérémonie traditionnelle à Francfort. Le jour suivant, la capitale bavaroise de Charles, Munich, capitule face aux Autrichiens pour éviter un pillage par les troupes de Marie-Thérèse. Dans les semaines qui suivirent, son armée submergea les territoires de Charles et en particulier ses terres ancestrales de Bavière et de Bohême.

Charles VII passa la plus grande partie de son règne d'empereur de trois ans à Francfort tandis que Marie-Thérèse combattit la Prusse pour son héritage en Bohême et en Hongrie. Frédéric ne pouvait pas sécuriser la Bohême pour Charles mais il parvint à chasser les Autrichiens de Bavière. Durant les trois derniers mois de son court règne, Charles vécut à Munich où il mourut de la goutte en . Son fils, Maximilien III Joseph hérita des territoires électoraux de son père mais pas de l'ambition impériale paternelle. Avec la paix de Füssen (), Max Joseph promettait de voter pour François de Lorraine, le mari de Marie-Thérèse, dans l'imminente élection impériale. Il acceptait également la Pragmatique Sanction. En retour, il obtenait la restitution de ses territoires familiauxHochedlinger, p. 258.. Pour ses sujets, ces négociations mirent fin à cinq années de guerre et ouvrirent la voie à une période de relative prospérité qui dura deux ans jusqu'à la mort de Max Joseph en 1777Charles Ingrao, « Review of Alois Schmid, Max III Joseph und die europaische Macht », The American Historical Review, vol. 93, , déc. 1988, p. 1351..

Rivaux

En tant que duc de Bavière, Max Joseph était le prince de l'un des plus grands États de la portion germanophone du Saint-Empire romain germanique. En tant que prince-électeur, il possédait le plus haut rang de l'Empire après l'empereur, avec de larges droits économiques, légaux et judiciairesVoir Holborn, p. 191–247, pour de plus larges explications sur le statut d'électeur au sein du Saint-Empire.. Il était le fils d'un empereur (Charles VII) et le petit-fils d'un autre (Joseph ). En dépit de la paix de Füssen, tous ses enfants pouvaient prétendre au trône impérial. Lorsqu'il mourut de la variole le , ces revendications devinrent discutables car il n'avait eu aucun héritier pour lui succéder et de nombreux ambitieux voulaient démembrer son patrimoineJean Berenger, A History of the Habsburg Empire 1700–1918, C. Simpson, Trans. New York, Longman, 1997 , p. 96–97.

Héritier évident La branche de Sulzbach de la famille Wittelsbach hérita du duché de Bavière. Charles-Théodore IV, âgé de 53 ans, duc de Juliers, était le candidat légitime. Malheureusement pour Charles-Théodore, il était déjà électeur-palatin. D'après les termes des traités de Westphalie de 1648, il devait céder l'électorat palatin à son héritier avant de pouvoir prétendre à la succession de Bavière. Il n'était pas particulièrement impatient de le faire même si la Bavière était plus grande et puissante. Il préférait rester dans le Palatinat où il connaissait bien le climat social.

Il soutint les arts et fit construire à Mannheim, sa capitale, un grand nombre de théâtres et de musées pour un coût colossal. Il accueillit Voltaire dans l'un de ses nombreux palais. Durant les visites, Charles-Théodore avait persuadé le secrétaire de Voltaire, le Florentin Cosimo Alessandro Collini (1727–1806) de se mettre à son service, ce qui fut mal perçu dans les cercles des Lumières Jörg Kreutz, Cosimo Alessandro Collini (1727–1806). Ein europäischer Aufklärer am kurpfälzischen Hof. Mannheimer Altertumsverein von 1859 – Gesellschaft d. Freunde Mannheims u. d. ehemaligen Kurpfalz; Reiss-Engelhorn-Museen Mannheim; Stadtarchiv — Institut f. Stadtgeschichte Mannheim (Hrsg.), Mannheimer historische Schriften Bd. 3, Verlag Regionalkultur, 2009 .. Thomas Carlyle décrivait Charles-Théodore comme une Thomas Carlyle, « History of Friedrich II of Prussia called Frederick the great: in eight volumes. Vol. VIII » dans The works of Thomas Carlyle in thirty volumes, Londres, Chapman and Hall, 1896–1899, p. 193.. Le ministre français des Affaires étrangères français, Charles Gravier, comte de Vergennes, qui le connaissait, décrivait les manies de Charles-Théodore avec plus de force :