L'Écume des jours est un roman de Boris Vian, considéré aussi comme un conte. Publié le , il a été rédigé entre mars et au dos d’imprimés de l’Association française de normalisation (AFNOR) et dédié à sa première épouse Michelle. Écrit en grand secret par l'auteur pour être présenté en au prix de la Pléiade, qu'il n'obtiendra pas, c'est .

Mais c'est aussi une très grande déception pour l'auteur. Le roman n'aura aucun succès de son vivant, malgré le soutien actif de Raymond Queneau et de Jean-Paul Sartre, qui publie des extraits du texte dans le d’ des Temps modernes.

L'Écume des jours ne sera reconnu par son public qu'à la fin des années 1960 (réédition dans la collection 10/18) avant de devenir un classique reconnu dans les décennies suivantes. Après la publication des œuvres complètes de l'auteur à partir de 1999 aux éditions Fayard en réunies par Marc Lapprand et Gilbert Pestureau, le roman est entré dans la Pléiade en 2010.

Boris Vian cite dans l'avant-propos du roman le lieu où il est censé avoir écrit cet ouvrage (La Nouvelle-Orléans), et d'autres où il n'a jamais mis les pieds, notamment Memphis et Davenport.

Les personnages évoluent dans un univers poétique et déroutant, avec pour thèmes centraux l’amour, la maladie, le travail, la mort, dans une atmosphère de musique de jazz, de climat humide et marécageux, qui rappellent les bayous de Louisiane.

Contexte Le prix de la Pléiade se décernait sur manuscrit. Il est refusé en à Boris Vian qui Sa déception s'exprime dans un de ces bouts rimés comme il les pratiquait en famille à Villedavret., intitulé Je n'ai pas gagné le prix de la Pléiade comprenant un grand nombre de mots inventés et de jeux de mots : Le prix de la Pléiade a été créé en 1943, destiné à mettre en vedette un jeune écrivain à une époque où les lauriers littéraires échappaient à la NRF.. Il garantissait au lauréat la publication de son texte et lui allouait une somme d'argent. Il a déjà révélé Mouloudji en 1944 puis Jean Genet en 1947 pour Les Bonneslire le paragraphe Prix de la Pléiade..

L'écriture de ce roman, bien que très rapide, a été très soignée. Boris Vian avait l'intention de « décrocher la lune » littéraire, alors qu'il vivait en même temps une intense période de jazz qui se poursuivra toute sa vie, même lorsqu'il dut cesser de jouer de la trompette pour raisons de santé..

N'ayant pas reçu le prix, l'ouvrage n'aurait pas dû être édité. Mais sous la pression de Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, qui en publie des extraits dans Les Temps Modernes, mais aussi de Gaston Gallimard, et finalement comme Paulhan ne s'y oppose plus, l'ouvrage paraît dans la collection NRF..

Toutefois, Boris Vian garde longtemps une dent contre le refus de ce prix, rancune qu'il exprime avec humour..

Présentations par l'auteur

L'avant-propos de l'auteur donne le ton et rappelle les Chroniques du menteur en cela qu'il parle de tout autre chose que du contenu du roman.. Son goût pour le canular apparaît dès la première phrase : , et dans les suivantes qui dévient de l'amour du jazz pour aboutir à , qui se termine par (écrit à)

Cet avant-propos est encore très policé si on le compare à la présentation du roman que Boris avait remise en à Louis-Daniel Hirsch chez Gallimard ; présentation jugée impubliable par Hirsch, qui continua cependant à demander à l'auteur des notices ou des prières d'insérer, et qui n'en reçut que de tout aussi fantaisistes.

L'Écume des jours , mais aussi, selon Raymond Queneau, . Cette œuvre poignante, lourde de sens, est tout à fait hors-série. Elle plonge le lecteur dans un univers dont les lois sont absurdes et impitoyables, où la mort s'abat sans crier gare.

Résumé Le roman commence par la présentation de Colin dans sa toilette matinale:

Le livre ne dispense que très peu d'indications physiques sur Colin. Le personnage évolue dans un monde fictif basé sur des lois qui lui sont propres, où il peut « se tailler les paupières en biseaux » ou « percer un trou au fond de sa baignoire » sans que cela ne semble fantastique, irréaliste, une fois intégré au monde de l’Écume des jours.

Colin « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres », « car son coffre-fort est rempli de cent mille doublezons. ». Il a un ami nommé Chick, qui ne dispose pas de cette chance, puisque, étant ingénieur, il est très pauvre (contrairement aux ouvriers). Le troisième personnage masculin est le cuisinier de Colin, Nicolas qui collectionne les aventures tout en restant aveugle face à l'amour d'Isis, une amie d'Alise et Chloé.

Un jour, Chick fait la connaissance d'une fille, Alise, une parente de Nicolas. Colin, jaloux, désire lui aussi connaître une fille, et tombe amoureux de Chloé lors d'une fête pour l'anniversaire du caniche Dupont. Il se marie avec elle et donne le quart de sa fortune à Chick pour qu'il puisse épouser Alise. Chloé tombe malade : un nénuphar pousse dans son poumon droit. C'est le début des problèmes d'argent pour Colin qui, après avoir investi une forte somme dans son mariage et dans une voiture de luxe, doit, pour la guérir, lui acheter des fleurs en grande quantité et l’envoyer à la montagne. Chloé, contrainte à ne boire que deux cuillères par jour, souffre beaucoup. Quand elle revient de la montagne, le nénuphar n’est plus là, mais elle ne peut utiliser maintenant qu'un seul poumon. Colin doit chercher un travail pour acheter des fleurs, quand Chloé tombe de nouveau malade, de l’autre poumon. Leur maison rapetisse progressivement et devient chaque jour plus triste et obscure, malgré les efforts de leur petite souris grise à moustaches noires pour nettoyer les carreaux et laisser passer les rayons de soleil.

Chick, passionné de Jean-Sol Partre, dilapide tout l'argent que lui a laissé Colin, d'abord uniquement dans des œuvres, puis en achetant tout objet ayant un rapport avec le philosophe. Utilisant l'argent uniquement pour assouvir sa passion, il n'épouse jamais Alise qui finit par tuer le philosophe avec un arrache-cœur (nom qui sera le titre du roman que Boris Vian publiera ensuite) et brûler les librairies proches de chez Chick, dans l'espoir de le sauver de son addiction devenue obsessionnelle. Pendant ce temps, n'ayant pas payé ses impôts, préférant conserver son argent pour agrandir sa collection, Chick subit un contrôle fiscal. Il est tué par les policiers alors qu'il tente de les empêcher de détruire les ouvrages du philosophe. Alise meurt peu après dans les flammes.

Lorsque Chloé est emportée par la maladie, Colin est ruiné, ayant consacré tout le reste de sa fortune dans l'espoir de la guérir. Comme il ne peut payer le prix fort, les religieux ridiculisent l'enterrement. La souris cherche à mourir entre les crocs d'un chat, car elle ne supporte plus de voir Colin si triste. Ce dernier semble se laisser mourir de tristesse.

Personnages Les noms de famille des personnages ne sont pas mentionnés, sauf celui d'Isis. Ils vivent avec des personnes de leur génération, dans un cercle d'amis (Nicolas, le cuisinier, deviendra ami de Colin). Seuls Alise et Nicolas font partie de la même famille.

Colin : le personnage principal est un jeune homme aisé dans la vingtaine, qui aime le jazz et l’amour et qui déteste la violence et le travail: "Il était presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il dormait." . « Il avait la tête ronde, les oreilles petites, le nez droit, le teint doré ». Il désire l'amour et le trouve en la personne de Chloé, un amour fou qui lui fera perdre tout ce qu'il a de plus cher. La maladie de Chloé l'obligera à travailler pour la première fois de sa vie : son premier emploi consiste à faire pousser des fusils, le second à surveiller une réserve d'or et le dernier à annoncer les malheurs la veille de leur arrivée. C'est au cours de ce dernier qu'il apprendra la mort de Chloé.

Chloé : elle incarne la beauté et la féminité. Elle est la femme parfaite pour Colin, jeune, jolie, douce et attirante, mais fragile. Son nom provient d’un morceau arrangé par Duke Ellington de la chanson appelée Chloe (Song of the Swamp) la chanson du marais ». Elle mourra d'un nénuphar dans les poumons.

Chick : il est le meilleur ami de Colin, et passionné et fou de la philosophie de Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre) même s'il ne comprend rien. C’est pour les œuvres de Partre qu’il se ruinera, et celles-ci seront sa priorité la plupart du temps. Contrairement à Colin, il doit travailler pour vivre. Il est le petit ami d’Alise, mais il lui préfère Partre. Son nom a comme celui de Chloé un rapport avec le jazz, et constitue une anecdote personnelle de Vian. Il est le double inversé de Colin.

Alise : elle est une jeune femme sentimentale et aimable. Elle est passionnément amoureuse de Chick et pleine de compassion pour Chloé, mais se rend compte parfois que sa vie aurait été plus simple si elle avait épousé Colin. Elle souhaiterait que Chick la demande en mariage. Sa passion pour lui la poussera donc au meurtre et à sa perte.

Nicolas : il est l'oncle d’Alise (puisque tout au long du roman cette dernière est désignée comme étant sa nièce) et le cuisinier de Colin, disciple de Jules Gouffé. Il ne fait pas partie de la même classe sociale que les autres personnages. Il est en même temps un ami fidèle de Colin. Il a un comportement libertin et ne remarquera pas l'attention d'Isis à son égard.

Isis : elle est issue de la haute bourgeoisie et la seule à avoir une famille. Elle est amoureuse de Nicolas, même si ce dernier ne le remarque pas. Elle est la seule à posséder un patronyme : de Ponteauzanne.

Jean-Sol Partre : il est penseur et philosophe comme son modèle. Il a écrit Le Vomi, allusion au livre de Sartre : La Nausée, ainsi qu’une célèbre étude sur les enseignes lumineuses, La Lettre et le Néon.

Mangemanche : il est le docteur qui est incapable de guérir Chloé. Il paraîtra également dans le roman L'Automne à Pékin.

La souris grise à moustaches noires : elle habite chez Colin. Au fur et à mesure que la maison rétrécira et deviendra de plus en plus obscure (elle s'assombrit et rétrécit en fonction des pensées et de l'humeur de Colin), elle essaiera de la rendre aussi lumineuse qu'au début de l'histoire. Mais elle échoue dans sa lutte inégale, et finit par se suicider sous les crocs d'un chat. Amie proche tant de Colin que de Chloé, leur malheur est très partagé.

Des trois couples, seul survit celui qui se contente d'une relation charnelle (à savoir Nicolas et Isis). Comme l’expose la préface, dès lors que l'on cesse de ne s'occuper que de soi, on trouve le malheur dans ses relations à l'autre.

Thèmes

L'amour : de nombreuses formes d'amour sont présentes dans ce livre, l'amour fou entre Colin et Chloé, l'amour impossible entre Chick et Alise et l'amour physique entre Nicolas et Isis. Dans le cas de Chick et Alise et dans celui de Colin et Chloé il s'agit d'un amour malheureux ; dans l'un naît un acte désespéré et dans l'autre, la mort.

Le monde du travail : Boris Vian dénonce dans cette œuvre les conditions de travail inhumaines. Chaque personne employée est ramenée au rang d'une machine.

La musique : le jazz est omniprésent tout le long du roman. Il y a de nombreuses références aux musiciens et compositions de jazz. Par exemple, le nom de Chloé provient de l'arrangement de Duke Ellington intitulé « Chloe ». Colin est également l’inventeur d’un instrument improbable, le pianocktail, qui prépare un breuvage .