La bibliothèque du Grand Séminaire est une bibliothèque privée catholique située à Strasbourg, à proximité de la cathédrale, dans l'enceinte du séminaire Sainte-Marie-Majeure. Elle conserve d'importants fonds patrimoniaux, principalement dans le domaine des sciences religieuses, et abrite en particulier les derniers restes des bibliothèques ecclésiastiques d'Ancien Régime du Bas-Rhin.

Bâtiment vignette|gauche|Un bâtiment imposant. La bibliothèque occupe le premier et le second étage du séminaire situé au de la rue des Frères, une voie de la Grande Île de Strasbourg qui doit son nom aux chanoines de la cathédrale qui occupèrent cet espace (Bruderhof) jusqu'au Roland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue des Frères », Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), .

Abrité derrière de hauts murs en grès rose, cette imposante construction de quatre étages qui domine les rues avoisinantes fut érigée entre 1769 et 1775 sur les plans de l'architecte parisien François-Simon Houlié, à l'instigation du cardinal Louis-Constantin de Rohan, dont les armes ornent la balustrade de la galerie du second étage.

Outre la bibliothèque, l'édifice héberge une chapelle dédiée à Sainte-Marie-Majeure, ainsi qu'une salle de conférences, la salle Saint Léon IXAdrien Schneider, « Le Grand Séminaire Sainte-Marie-Majeure de Strasbourg », Almanach Sainte Odile 2015, septembre 2014, , . L'aménagement de l'ensemble, en particulier les boiseries de la bibliothèque, est de style Louis XVI.

Dans le vestibule menant à la bibliothèque, deux dessus-de-portes du , représentent, sur des toiles peintes en grisaille, l'une, des putti avec un livre et l'abbaye d'Ebersmunster au fond, et, l'autre, trois putti avec les attributs de l'abbé et une ruche évoquant la devise des bénédictins : ora et labora. En 2003, l'ensemble a été inscrit aux Monuments historiques au titre objet .

Histoire vignette|gauche|Collège et église des Jésuites à Molsheim (eau-forte du , musée de la chartreuse de Molsheim). La bibliothèque du grand séminaire trouve ses origines à Molsheim, petite ville épiscopale située à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Strasbourg, qui connaît son apogée entre 1580 et 1681. En effet, le décret du concile de Trente, qui exigeait la création d'un séminaire dans chaque diocèse, ne pouvait s'appliquer à la ville de Strasbourg, presque totalement passée à la Réforme – d'où le choix de Molsheim. L'évêque de Strasbourg, Jean de Manderscheid, cède à des Jésuites de la province du Rhin Supérieur l'hôpital local dans lequel ils ouvrent un collège en 1580. Un internat-séminaire y est adjoint en 1584, enfin une académie impériale et pontificale est érigée Karl Hengst, « Die Erzherzogliche Akademie Molsheim. Eine Universität der katholischen Reform. Zur Gründungsgeschichte einer Jesuitenuniversität », Ann. SHAME, 1980, ., inaugurée avec faste en 1618. Celle-ci perdure jusqu'en 1702, lorsqu'elle est transférée à Strasbourg et prend le nom d'« université épiscopaleGrand Séminaire, CORDIAL, 4 mars 2015 ».

En parallèle un séminaire avait également été créé à Strasbourg, éclipsant bientôt celui de Molsheim. vignette|Novum Testamentum Graecae, , offert par l’abbesse d’Andlau. Ces institutions bénéficiaient de dons, tel celui de l'abbesse d'Andlau qui offrit en 1607 un Nouveau testament grec (Novum Testamentum Graecae) de l'an mil en provenance de Constantinople, et de legs, comme celui de Lazare Rapp en 1621 avec l'importante collection constituée par son oncle Hieremias RappLouis Schlaefli, « Rapp, Hieremias (?-1609) », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 30, , qui avait été, comme lui, recteur d'Offenbourg Louis Schlaefli (en collaboration avec Hans-Juergen Guenther), Katalog der Bücher aus der ehemaligen Bibliothek der Pfarrherren Martin+Hieremias+Lazarus Rapp aus Offenburg die im Grand Séminaire zu Strasbourg zu finden sind : Bestand : 462 Titel zwischen 1481 und 1609 ediert, Emmendingen, 1995.

Fondée par des Jésuites investis dans la Contre-Réforme, la bibliothèque d'origine, qui fait la part belle aux ouvrages de controverse (jansénisme, quesnellisme...), a également été enrichie par des fonds protestants ayant appartenu à des convertis, tels que Jean Pistorius dit le Jeune (1546-1608), devenu vicaire général de Constance, ou Ulrich Obrecht (1646-1701).

En 1681 Louis XIV entre à Strasbourg, qui est alors rattachée à la France. Il restaure le culte catholique et fonde un nouveau séminaire en 1683, qui recevra en dotation la bibliothèque de MolsheimTrésors de nos bibliothèques : De libris illustribus, film documentaire de François Bonotaux, FR3 Strasbourg, , 13 min 31 (archives INA). La nouvelle université épiscopale est destinée à faire contrepoids à l'université protestante de la ville.

Les collections des deux institutions sont donc réunies à Strasbourg, implantées dans un premier temps au chevet de la cathédrale, dans l'attente de locaux appropriés. Un vaste local – l’actuelle grande bibliothèque – est intégré dans les plans de Houlié au moment de la reconstruction du séminaire (1769-1775).

Lors de la Révolution, la bibliothèque est confisquée et transférée dans l'ancienne église des Dominicains. Quand le bâtiment du séminaire est rendu à l’évêché de Strasbourg en 1823, le retour de l'ancienne bibliothèque peut être envisagé. Cette restitution devient effective en 1827, mais seuls 20 ou titres sur en font partie, parfois en provenance d'autres établissements, tels que les couvents. Grâce à cette initiative, ces ouvrages sont les seuls à échapper au bombardement allemand du qui détruit la bibliothèque municipaleAlfred Marchand, Le siège de Strasbourg, 1870 : la bibliothèque, la cathédrale, (), J. Cherbuliez (Paris), 1871. . En revanche la bibliothèque du séminaire est peu affectée au cours du siège de Strasbourg, et d'aucune façon lors de la Première Guerre mondiale. vignette|Incunable fortement endommagé par l'humidité lors de l'évacuation des collections à Orcival. Lorsque le second conflit mondial éclate en 1939, vingt caisses contenant les pièces les plus précieuses, telles que les manuscrits et les incunables, sont évacuées à temps en Dordogne. Cependant nombre d'ouvrages qui avaient été dissimulés dans le presbytère d'Orcival (Puy-de-Dôme) sont gravement altérés par l'humidité des lieux et ne peuvent plus être consultés. D'autres livres enfin furent entreposés à la Robertsau, un faubourg de Strasbourg, ou dans la salle du Cercle catholique de Rosheim, . Cependant l’occupant nazi remplace par une bibliothèque administrative à son usage, les vieux codices et d'autres ouvrages.

Après la Seconde Guerre mondiale, la bibliothèque fait l'objet d'une réorganisation, les ouvrages antérieurs à 1800 étant installés dans la « grande bibliothèque », les plus récents stockés dans la « bibliothèque de la cave ».

Collections Manuscrits La bibliothèque détient plus de manuscrits, dont quarante pour l'époque médiévale, pour les s et pour la période moderne.

Il s'agit principalement de bréviaires, de psautiers, d'obituaires, ou d'antiphonaires. Celui du couvent des clarisses d’Alspach () est remarquable notamment par sa lettrine « E » enluminée : le compartiment du haut abrite une Vierge à l'Enfant, celui du bas une Adoration des mages.

Parmi les joyaux de ce fonds figurent une version du du De natura rerum de Bède le Vénérable, le Codex Guta-Sintram (1154)« Le Codex Guta-Sintram de Strasbourg », in Revue d'histoire de la pharmacie, , 178, 1963, et une bible grecque des alentours de l'an Mil, le Novum Testamentum Graece, offert par l'abbesse d’Andlau au cardinal Charles de Lorraine.

vignette|upright|Calque du Hortus deliciarum réalisé par A. Straub avant sa destruction. Une œuvre majeure pour l'Alsace, disparue en 1870, le Hortus Deliciarum, trouve dans la bibliothèque du grand séminaire une rare documentation, en particulier une centaine de calques réalisés à partir de l'original (Engelhardt, Straub, Schneegans, Hugelin), les papiers du chanoine Straub, de Keller et de Robert Will, ainsi que d'autres publications.

Incunables et post-incunables (jusqu'en 1530) En 2013, on a dénombré 237 incunables et 525 post-incunables. vignette|gauche|La plus ancienne vue de Strasbourg (Argentina) illustrant la Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel (1493).

Un premier travail de catalogage des incunables avait été réalisé par François Ritter au début des années 1950François Ritter, « Catalogue des incunables et livres du siècle (jusqu'en 1530) de la Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg », in Archives de l'Église d'Alsace, 1953-1954, . Louis Schlaefli, qui prend en charge la bibliothèque en 1964, découvre 167 nouveaux incunables et post-incunables« Monsieur Louis Schlaefli. Prix d'honneur des amis du Vieux-Strasbourg 2000 » (L'Écho, Collège Saint-Étienne), ce qui le conduit à publier un Supplément au catalogue en 1994-1995« Supplément au catalogue des incunables et livres du siècle (jusqu'en 1530) de la Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg », in Archives de l'Église d'Alsace, 1994-1995.

Parmi les pièces les plus remarquables figurent la Stultifera Navis de Sébastien Brant (édition de Bâle, 1497), des bibles imprimées par Heinrich Eggestein (vers 1470) ou par Johann Grüninger (1481, 1483), des bréviaires, des missels, des rituels. Deux bibles identiques, imprimées par Grüninger à Strasbourg en 1485, peuvent faire l'objet de comparaisons, l'une, peu ornée, ayant appartenu à un humaniste désargenté qui coloria lui-même les gravures, l'autre richement peinte par un atelier spécialisé.

On y trouve également la plus ancienne vue de Strasbourg, illustrant la Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel, imprimée en 1493.

Ouvrages du (à partir de 1531) thumb|left|Portrait de l'humaniste Jean Sturm gaufré à la plaque sur une reliure du , signée par le Strasbourgeois Philippe Hoffott. Cette section comprend plus de et couvre toutes les branches du savoir. On y trouve en particulier les chroniques du cartographe humaniste Sébastien Münster ou celles de l'historien et théologien Johannes Stumpf.

On relève notamment les recueils de sermons de Geiler de Kaysersberg ; une vie rarissime de sainte Odile de Wimpfeling (1521) ; la Narrenbeschwörung de Murner, avec des gravures sur bois d'Urs Graf coloriées à la main, imprimée par Hupfuff en 1512 ; du même Hupfuff (vers 1511), un poème anonyme décrivant un intérieur strasbourgeois (Hussrath), particulièrement rare ; également quelques petites publications de Luther.

Collections des et siècles Ces collections constituent l'essentiel des fonds. Principalement dédiées aux sciences ecclésiastiques, elles comportent les sections suivantes : Bible et commentaires, patristique, histoire de l'Église, hagiographie, théologie, liturgie, homilétique, catéchèse et ouvrages de dévotion. Cependant la philosophie, l'histoire, la géographie et les lettres y sont également représentées.

Pièces d'archives et œuvres d'art Ce fonds comprend des cours professés à l'Université épiscopale, des documents relatifs à l'histoire de l'Alsace, les papiers personnels d'érudits et d'ecclésiastiques tels que l'abbé André SchalkL. Schlaefli, Inventaire des papiers de l'abbé André Schalk (1923-1991), août 2000 , Alexandre Straub, le chanoine Modeste SchickeléL. Schlaefli, Inventaire des papiers du chanoine Modeste Schickelé, 199X , le chanoine Joseph Gass, le bibliothécaire-archiviste et conservateur à Sélestat, Joseph WalterL. Schlaefli, Inventaire des papiers de Joseph Walter, bibliothécaire-archiviste et conservateur à Sélestat (1881-1952), juillet 1998 , les abbés André-Marcel Burg et Louis KammererL. Schlaefli, Inventaire des papiers de l'abbé Louis Kammerer (1912-1994), septembre 1998 , le père René Bornert, O.S.B.Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg, Répertoire alphabétique des manuscrits . vignette|Vierge en argent du .