(en ), né le à Gavrilovskoïe dans le gouvernement de Vladimir (Empire russe) et mort le à Moscou, est un bourreau et militaire soviétique.
Major-général () des services secrets soviétiques, il est spécialisé dans l’élimination physique des prisonniers politiques et les tueries de masse de 1926 à 1953. Sa capacité de travail, son sérieux et son sens de l’organisation l’ont amené, au bout de 27 ans de service dans la Tchéka puis l’OGPU et le NKVD, au poste d’exécuteur en chef. Joseph Staline lui confiait personnellement les missions d’élimination importantes, visant tant de nombreux contingents de population que des personnalités en vue du régime (dans le cadre des Grandes Purges).
Blokhine est sans doute l'un des plus grands meurtriers de l'Histoire : on lui attribue environ exécutions accomplies de ses propres mains Parrish, Michael (1996). The Lesser Terror: Soviet state security, 1939–1953. Westport, CT: Praeger Press. , p. 324. Glenday, Craig (2010). Guinness World Records 2010. Random House Digital. , p. 284-5. dont dans le cadre du massacre des officiers polonais faits prisonniers après l’invasion de la Pologne en 1939, lors des massacres de KatyńParrish, Michael (1996). The Lesser Terror: Soviet state security, 1939–1953. Westport, CT: Praeger Press. , p. 324-325.Montefiore, Simon Sebag (2005). Stalin: The Court of the Red Tsar. New York: Vintage Books. p. 197-8, p. 332-4.. Il a été surnommé « le bourreau de Staline ».
Déchu de ses fonctions et de ses titres lors de la déstalinisation, il sombre dans l'alcoolisme et la maladie mentale avant de mourir par suicide ou d'un infarctus du myocarde en 1955.
Jeunesse et ascension au Guépéou Né le au sein d’une famille de paysans à Gavrilovskoïe, un village du gouvernement de Vladimir, Blokhine est berger, palefrenier et maçon avant d'être incorporé à l’armée impériale russe lors de la Première Guerre mondiale.
Il s’engage dans la Tchéka en et est admis au Parti communiste. En 1926, Joseph Staline le remarque pour son zèle à s'acquitter du « travail noir » (, tchiornaïa rabota, le « sale boulot » des éliminations physiques) et en fait son homme de main. En six ans, il devient le chef de la KommandanturaMontefiore, p. 198., un service du NKVD ne dépendant que du secrétaire général du PC Staline, qui l’emploie pour des missions létalesMontefiore, p. 325.. La Kommandantura, dont les effectifs étaient environ ceux d'une compagnie, était basée à la Loubianka. Nommé par Staline lui-même, et ne prenant d’ordres que de lui, le personnel de la Kommandantura ne fut que peu touché par les trois purges qui décimèrent successivement l’OGPU puis le NKVD.
Blokhine avait reçu le titre officiel de « directeur de la prison interne de la Loubianka », ce qui lui permettait, en tant qu’exécuteur en chefRayfield, p. 324., de mener à bien les ordres de Staline, dans les délais.
Sa carrière progresse rapidement : il est capitaine le , major le , colonel le , commissaire le , major-général le Selon http://www.memo.ru/history/NKVD/kto/biogr/gb49.htm.. Blokhine a été aussi diplômé de l'Institut d'ingénierie de Moscou en 1937.
Bourreau de la nomenklatura Sur les exécutions arbitraires accomplies sous Staline Parrish 2006, p. 324., le plus grand nombre fut effectué par les équipes du NKVD sur ordre de troïkas locales, mais les tueries de masse et les liquidations de personnalités en vue étaient dévolues à la Kommandantura.
vignette|Le dramaturge Vsevolod Meyerhold, photographié par le NKVD après son arrestation fin . Il a été exécuté par Blokhine le , après s’être rétracté et avoir protesté par écrit auprès de Molotov contre les tortures qui lui étaient infligées pour lui faire avouer qu'il était un espion à la solde du Japon et de la Grande-Bretagne. Son épouse, l'actrice Zinaida Reich, avait été assassinée de de poignard à la , dans leur appartement de Moscou.
En ce qui concerne les personnalités du régime tombées en disgrâce, leur torture (visant à obtenir des « aveux », éventuellement avant un procès à grand spectacle) puis leur liquidation (par balle dans la nuque) étaient réservées à Blokhine. Ce fut le cas en particulier de nombreux « Vieux Bolcheviques », dont Zinoviev et Kamenev condamnés en application de l’Article 58 du code pénal de la RSFSR à l’issue du « procès des 16 » (), du maréchal Mikhaïl ToukhatchevskiRayfield, Donald (2005). Stalin and His Hangmen: the tyrant and those who killed for him. Random House. pp. 322–325. (après le « procès des généraux de l'Armée rouge ») et de deux ex-directeurs du NKVD : Guenrikh Iagoda (après le « procès des 21 », en 1938) et Nikolaï Iejov (1940).
Cas particuliers traités par Blokhine Stanislav Kossior, un des responsables du Parti Communiste ukrainien, responsable de l'application de la collectivisation de l'agriculture en Ukraine et de l'Holodomor consécutive, est arrêté en 1938. Il supporte les tortures du NKVD et refuse d'« avouer », mais plie quand on le force à assister au viol de sa fille âgée de 16 ans ; il est condamné à mort et exécuté en 1939Selon Figes, Orlando, The Whisperers, Londres : Allen Lane, 2007, p. 248..
Grigori Koulik, maréchal et héros de l'Union soviétique, connu pour avoir, en s'opposant à Lev Mekhlis et à Béria, plaidé en 1939 auprès de Staline pour que les prisonniers de guerre polonais ne soient pas tous exécutés. Son épouse, Kira Simonich, est assassinée par Blokhine, sur ordre de Staline, au moment de sa promotion au grade de maréchalSelon Sebag-Montefiore p. 293-4 & p. 332.. Koulik est emprisonné en 1947, et exécuté lui aussi par Blokhine en 1950.
Nikolaï Iejov, directeur du NKVD de à , prédécesseur de Lavrenti Beria et ancien supérieur hiérarchique de Blokhine. Cette version est défendue par certains historiens, notamment l'historien britannique Simon Sebag Montefiore in Stalin: The Court of the Red Tsar. Random House Digital, , : « Le , Staline signa à mort […] entre autres celles d'Isaac Babel, Vsevolod Meyerhold, Mikhaïl Koltsov […] Iejov est emmené dans une salle spéciale sise 7, allée Varfionosevski (une salle au sol incliné, avec un manche d'arrosage, qu'il avait lui-même conçue) ; Béria, le procureur A.P. Afanassev et l'exécuteur Blokhine l'y attendent. » Et Montefiore ajoute que Iejov ne pouvait passer en jugement public, et que sa mort resta secrète pendant des mois (on le disait interné dans un asile psychiatrique). Selon d’autres sources, Iejov aurait été liquidé par Ivan Serov, futur directeur du NKVD(voir http://www.newsru.com/russia/24jun2010/beria.html).
Eicke, Robert Indrikovich (Эйхе, Роберт Индрикович), letton, un des agents de la dékoulakisation et membre d'une troïka impitoyable. Il a déjà été auparavant longuement torturé, et même condamné, mais Beria veut personnellement lui arracher d'ultimes aveux. Eicke, saignant profusément d'un œil énucléé, persiste dans ses dénégations ; Blokhine l’achève.
D’autres victimes de Blokhine Les généraux Iona Yakir et Ieronim Ouborevitch, le diplomate Lev Karakhan, le militant communiste ukrainien Emmanuel Quiring, le dirigeant bolchévique Ivar Smilga, le dirigeant du komsomol Alexandre Kossarev (Косарев, Александр Васильевич, 1903-1939), Vlas Tchoubar, militant communiste ukrainien ayant participé à l'Holodomor (1939), Mikhaïl Frinovski, adjoint de Nikolaï Iejov, les écrivains Mikhaïl Koltsov, Isaac Babel, le dramaturge Vsevolod Meyerhold…
vignette|Carte montrant la répartition géographique des massacres dits « de Katyn ». Kalinine (aujourd’hui Tver) est le site le plus au Nord ; les qui y ont eu lieu de la main de Blokhine comptent pour un tiers environ du massacre de masse perpétré par le NKVD sur plus de de guerre polonais.
Pour son travail sans faille durant les Grandes Purges, Blokhine reçoit l'ordre de l'Insigne d'honneur en 1937Parrish 1996, p. 324–5. On sait maintenant que le total des morts lors des purges de 1937-38 a atteint environ 1 million de morts (selon Europe-Asia Studies, vol. 54, n° 7, 2002, 1151–1172 : Soviet Repression Statistics: Some Comments par Michael Ellman)..
Cheville ouvrière des massacres dits « de Katyń » Blokhine donne toute sa mesure après l’invasion de la Pologne par l'URSS () : il est nominalement chargéSanford, George, Katyn and the Soviet Massacre of 1940: Truth, Justice and Memory, Routledge, 2005 , p. 112. de la liquidation du tiers environ ( hommes) des officiers polonais prisonniers de guerre, crime de guerre connu sous le nom de massacre de Katyn, et réussit à accomplir sa tâche en moins d’un mois, aidé d’une équipe d’une trentaine d’agents du NKVD.
Contexte En , l'Union soviétique vient de signer un traité de paix avec la Finlande après avoir presque perdu la guerre d'Hiver, et a été chassée de la SDN pour avoir attaqué son petit voisin. Par ailleurs, en URSS la polonophobie est alors une politique publique objective : l'invasion de la Pologne le par les troupes soviétiques a succédé à une opération nationale d'épuration ethnique de grande ampleur, dirigée par le NKVD contre les Polonais (ou ceux qui sont supposés être Polonais) vivant en URSS (voir Opération polonaise du NKVD).
vignette|upright|Le monastère de St-Nil, sur l', près d'Ostachkov (oblast de Tver), sert de prison à environ officiers polonais faits prisonniers en . Ils sont assassinés par Blokhine en à de là, à Kalinine (aujourd'hui Tver), et enterrés au charnier soviétique de Mednoïe.
Le substrat légal de cette opération nationale anti-Polonais (qui a eu pour résultat en URSS l'arrestation de Polonais et la mise à mort de d'entre eux) est l'ordre Приказ НКВД от 11.08.1937 № 00485 (directive , adopté par le Politburo le et signé par Nikolaï Iejov deux jours plus tardVoir Wikisource, http://ru.wikisource.org/wiki/Оперативный_приказ_НКВД_ССР_№_00485.. Et le , à la suite d'une note de Beria adressée à Staline, quatre membres du Politburo (Staline, Kliment Vorochilov, Molotov et Mikoyan) signent le « protocole N° 13 », l'ordre d'exécuter Polonais, des prisonniers de guerre étiquetés « résolument hostiles à l'Union soviétique » détenus dans des camps de concentration en Ukraine et en Biélorussie.
L'organisation pratique du massacre est confiée à C. C. Merkoulov, chef de la spéciale du NKVD, et à ses adjoints Koboulov and BachtakovVoir https://web.archive.org/web/20080505093030/http://www.electronicmuseum.ca/Poland-WW2/katyn_memorial_wall/kmw_resolution.html., le chef de la cellule NKVD de Kalinine étant alors Dmitri Stepanovitch Tokarev (Дмитрий Степанович Токарев). L’équipe désignée pour travailler à Kalinine comprend aussi le major du NKVD Nikolaï Sinegoubov (Николай Иванович Синегубов), et le kombrig Mikhaïl Krivenko (Михаил Спиридонович Кривенко)
Par ailleurs, Beria, après avoir éliminé les collaborateurs de son prédécesseur Nikolaï Iejov (exécuté le ) avait proposé à Staline de liquider aussi le plus éminent d’entre eux : Blokhine. Mais Staline refuseSimon Sebag Montefiore écrit dans son livre Stalin: The Court of the Red Tsar. Random House Digital, , p. 325. , et Beria a noté sur le dossier de Blokhine que l’intéressé, convoqué par son directeur et averti des soupçons qui pesaient sur lui, a protesté de son innocence et de son dévouement total, et a promis d’en donner la preuve dès que l’occasion s’en présenteraitSelon http://www.novayagazeta.ru/gulag/2389.html..
vignette|Amenés par train de leur prison de l'île Stolobny, près d'Ostachkov, les prisonniers de guerre polonais étaient débarqués à de là dans une petite station des faubourgs de la ville de Kalinine (aujourd’hui Tver), chargés dans les cars spéciaux Mercedes-Benz surnommés черный ворон (tcherny voron, « corbeau noir »), qui contenaient une cinquantaine de prisonniers, et amenés au siège du NKVD de Kalinine pour y être exécutés.
Organisation pratique du meurtre de masse Blokhine a fait aménager un sous-sol du local du NKVD de Kalinine (aujourd’hui Tver), afin de pouvoir y liquider à la chaîne 250 prisonniers par nuit, pendant le mois d’.