Les Églises antéchalcédoniennes, ou préchalcédoniennes, ou encore non chalcédoniennes, sont les communautés du christianisme qui ne se sont pas ralliées au concile de Chalcédoine de 451 et se distinguent donc de la majorité des chrétiens à partir de cette date. Ces Églises se fondent historiquement, soit pour les « Églises des deux conciles » sur les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), soit pour les « Églises des trois conciles » sur ces deux conciles ainsi que sur celui d'Éphèse (431).
Les Églises des trois conciles sont également nommées par certains auteurs et par elles-mêmes Églises orthodoxes orientales, au prix d'une confusion avec les Églises orthodoxes, qui sont chalcédoniennes : ces dernières adhèrent au concile de Chalcédoine. Certains appliquent aussi le terme d'Églises orthodoxes orientales aux Églises des deux conciles, qui pourtant n'utilisent pas l'adjectif « orthodoxe ».
À l'inverse, les Églises qui acceptent le concile de Chalcédoine sont dites « chalcédoniennes ». Très largement majoritaires au sein du christianisme contemporain, celles-ci incluent notamment l'Église orthodoxe (ou Église des sept conciles), l'Église catholique (ou Église des 21 conciles) et la plupart des Églises issues de la Réforme protestante.
Terminologie et définition
Les antéchalcédoniens font partie du christianisme oriental. Ils sont divisés en deux communautés, que l'on appelait traditionnellement « l'Église nestorienne et les Églises monophysites. ». La dénomination la plus courante de ces deux groupes est devenue, respectivement, celle d'Églises des deux conciles et d'Églises des trois conciles. Cette définition est précisée, entre autres, par les historiens Hervé Legrand, Henri-Irénée Dalmais, Antoine Arjakovsky et Odon Vallet..
Aussi peut-on lire dans lEncyclopædia Universalis que les Églises antéchalcédoniennes , qui , ainsi que les communautés chrétiennes du sud de l'Inde et l'Église d'Éthiopie.
La première de ces deux communautés n'a accepté que les deux premiers conciles œcuméniques, d'où son appellation de « Églises des deux conciles » ; l'autre communauté en a accepté un troisième, d'où son nom de « Églises des trois conciles ». Les unes et les autres récusent les formulations christologiques du concile de Chalcédoine (451), promulguées comme seules licites, ce qui leur vaut l'appellation d'« antéchalcédoniennes ». Le concile de Chalcédoine condamne le monophysisme, redéfinit la notion d'hypostase au sein de la Trinité divine et affirme l'existence de deux natures, divine et humaine, en la personne unique de Jésus-Christ.
Elles n'appartiennent pas à l'Église orthodoxe proprement dite mais sont en dialogue avec elleSyrian Orthodox Resources – Middle Eastern Oriental Orthodox Common Declaration. Odon Vallet note à cet égard que les Églises antéchalcédoniennes « ont affirmé de nettes différences dogmatiques et ne sont donc pas orthodoxes ». Il ajoute : « Les Églises éthiopienne, égyptienne (copte), syrienne, assyrienne et arménienne sont dites non chalcédoniennes pour ne pas avoir accepté les décisions du concile d'Éphèse (431) sur Marie mère de Dieu ou celles du concile de Chalcédoine (451) sur l'égale et double nature humaine et divine du Christ. »
Le nombre précis des chrétiens antéchalcédoniens est difficile à évaluer. Cependant, Antoine Arjakovsky estime dans les années 2010 qu'ils représentent un total d'environ 60 millions de personnesAntoine Arjakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, « Folio Essais », 2013, p. 69-76..
Ils se sont parfois implantés en Asie, notamment en Inde (avec les communautés malabares) et dans l'est de la Chine, à Xian, pour les Églises des deux conciles, ou encore en Inde (avec les malankars) pour les Églises des trois conciles.
Autres définitions Les formulations christologiques du concile de Chalcédoine (451) promulguées comme seules licites dans l'empire byzantin, Antoine Arjakovsky dit que non seulement les Églises des trois conciles, mais aussi celles des deux conciles les récusent, ce qui leur vaut l'appellation d'« antéchalcédoniennes ». Selon le Concise Oxford Dictionary of the Christian Church, les attitudes à l'égard de la définition de Chalcédoine de l'Église dite nestorienne, située dans l’Empire perse des Sassanides et non affectée par les décrets de l'empire byzantin, étaient ambivalentes, en raison d'une compréhension différente du terme hypostaseE. A. Livingstone. The Concise Oxford Dictionary of the Christian Church (OUP Oxford, 2013), p. 116, ce qui est l'opinion aussi de Baum et WinklerThe Church of the East: A Concise History (Routledge, 2003), p. 30, pendant que d'autres chercheurs affirment même que cette Église (qu'on appelle pré-éphésienne plutôt que pré-chalcédonienne) sans accepter le concile de Chalcédoine comme tel, en accepte la doctrine.
Odon Vallet aussi classe l'Église assyrienne de l'Orient avec celles qui explicitement rejettent l'enseignement chalcédonien : « Les Églises éthiopienne, égyptienne (copte), syrienne, assyrienne et arménienne sont dites non chalcédoniennes pour ne pas avoir accepté les décisions du concile d'Éphèse (431) sur Marie mère de Dieu ou celles du concile de Chalcédoine (451) sur l'égale et double nature humaine et divine du Christ ».
Dans l'''Encyclopædia Universalis, Irénée-Henri Dalmais et Hervé Legrand ne se prononcent pas sur cette question. Ainsi peut-on lire dans lEncyclopædia Universalis que « les Églises dites préchalcédoniennes ou non-chalcédoniennes, ou encore, et de préférence, orientales anciennes' [...] sont elles-mêmes divisées en deux groupes : l'Église nestorienne et les Églises monophysites. L'Église nestorienne (aujourd'hui officiellement dénommée Église apostolique d'Orient) [...] ». (En réalité, l'Église dite nestorienne est divisée depuis 1964 en deux Églises distinctes : l'Église assyrienne de l'Orient et l'Ancienne Église de l'Orient). L'Encyclopædia Universalis continue en disant que l'Église nestorienne « entend s'en tenir à la seule confession de foi de Nicée-Constantinople et récuse les décisions ultérieures, notamment le titre de Mère de Dieu (Théotokos) pour désigner la mère du Christ. Les Églises monophysites comprennent celles d'Égypte (copte), d'Arménie (Église apostolique grégorienne), de Syrie (jacobite) – avec les communautés chrétiennes de l'Inde du Sud qui se sont unies à celle-ci depuis le milieu du xviie siècle – et l'Église d'Éthiopie, étroitement liée, depuis les origines jusqu'au milieu du XVIIe siècle, à l'Église copte ainsi que les communautés chrétiennes du sud de l'Inde et l'Église d'Éthiopie, étroitement liée, depuis les origines jusqu'au milieu du XXe siècle, à l'Église copte. Ces Églises récusent les formulations christologiques de Chalcédoine, promulguées comme seules orthodoxes par la législation impériale byzantine ».
D'autres historiens n'incluent pas les Églises des deux conciles parmi les Églises orthodoxes orientales. C'est la vue de Christine ChaillotVie et spiritualité des églises orthodoxes orientales: des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne (Cerf, 2011), Gilbert van Belle, Jean-Marie Mayeur, John Anthony McGuckin, Jeffrey Gros, Leo F. LefebureVrai et saint: Écritures chrétiennes et autres religions (LIT Verlag Münster, 2018),Basile ValuetFrères désunis (Artèges, 2011), Saïd Élias SaïdLes églises orientales et leurs droits: hier, aujourd'hui, demain (Cariscript, 1989)
Aussi Jean Delumeau, qui emploie l'expression « Églises orthodoxes non chalcédonienne », en exclut l'Église assyrienneJean Delumeau, Le Fait religieux (Fayard, 2014), p. 160].
C'est dans le sens indiqué par ces historiens que le terme « Églises orthodoxes orientales » est utilisé par les Églises elles-mêmes qui participèrent à la Conférence des Églises orthodoxes orientales d'Addis-Abeba en 1965, et qui s'opposent le plus fortement à la théologie des Églises des deux conciles (voir Dialogue entre les Églises des trois conciles et l'Église apostolique assyrienne de l'Orient).
C'est dans le sens indiqué par ces historiens que le Saint-Siège utilise ce terme en excluant les Églises des deux conciles des « Églises orthodoxes orientales, appelées aussi « nonchalcédoniennes » parce qu’elles ne reconnaissent pas le quatrième Concile œcuménique, [et] sont de trois grandes traditions : copte, syriaque et arménienne »Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, L’évêque et l’unité des chrétiens. Vademecum œcuménique (le 5 juin 2020), p. 44.
Selon Jérôme Anciberro, l'Église assyrienne « n'utilise jamais le terme « orthodoxe » pour elle-même». L'appellation « Église orthodoxe orientale » ne se trouve pas entre celles qui sont appliquées à l'Église assyrienne par Dominique Letourneau Martin Baumann et Jörg Stolz, et Didier Giorgini
Dans le monde anglophone on fait une distinction entre les « Oriental Orthodox Churches », qui ne regroupent que les Églises des trois conciles (sans inclure celles des deux conciles) et les « Eastern Orthodox Churches », c'est-à-dire les Églises des sept concilesAram Keshishian, "The Oriental Orthodox Churches"John H. Erickson, "Beyond Dialogue: The Quest for Eastern and Oriental Orthodox Unity Today" (St Vladimir's Orthodox Theological Seminary).
Apostolicité La plupart des Églises antéchalcédoniennes revendiquent traditionnellement avoir été fondées par les premiers apôtres de Jésus de Nazareth ou des disciples directs de ceux-ci : Pierre à Antioche pour l'Église syriaque orthodoxe, Marc à Alexandrie pour l'Église copte orthodoxe, Barthélemy et Thaddée pour l'Église apostolique arménienne ou encore Thomas pour l'Église malankare orthodoxe syrienne du Kerala.
Implantations et fidèles La plupart des fidèles des Églises orthodoxes orientales vivent au en Éthiopie, en Érythrée, en Égypte, en Syrie, au Liban, en Arménie et en Inde ; il existe d'importantes diasporas en Europe, en Amérique du Nord et Amérique du Sud ou encore en Australie. Selon Arjakovsky, qui considère les Églises dites des deux conciles comme Églises orthodoxes orientales, l'ensemble de toutes ces Églises représente environ soixante millions de fidèles. Jérôme Anciberro, selon lequel les « Églises des deux conciles » ne sont pas des Églises orthodoxes orientales, indique le nombre des fidèles de chaque Église des quatre catégories dans lesquelles il divise les Églises orientales (respectivement des 2, des 3, des 7 et des 21 conciles), avec une grande disparité entre les confessions, les plus petites ne comptant guère plus de quelques milliers de fidèles tandis que l'Église orthodoxe éthiopienne en dénombre près de quarante millions.
Le nombre précis des chrétiens antéchalcédoniens est difficile à évaluer. Cependant, Antoine Arjakovsky estime qu'ils représentent aujourd'hui un total d'environ 60 millions de personnesAntoine Arjakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, « Folio Essais », 2013, p. 69-76.. Les croyants se sont parfois implantés en Asie, notamment en Inde (avec les communautés malabares) et dans l'est de la Chine, à Xi'an, pour les Églises des deux conciles, ou encore en Inde (avec les malankars) pour les Églises des trois conciles.
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