Joseph-Charles d'Almeida, né à Paris le et mort le , est un physicien français, fondateur du Journal de physique en 1872 et de la Société française de physique en 1873.
Biographie Origines familiales Joseph-Charles d'Almeida, fils illégitime de , rentier, futur comte de Lavradio, qui avait francisé son nom, et de Louise Joséphine Pierrette Miller, naît le à Paris, 40 rue de Verneuil. Son père était conseiller de l'ambassade du Portugal à Paris en 1830 et partageait les idées politiques de ses amis François-René de Chateaubriand et Jean-Guillaume Hyde de Neuville. Francisco de Almeida, né au Portugal en 1796, habitait la capitale depuis 1819. Membre de la Société philomathique de Paris, il y a prononcé en 1824 un éloge du botaniste portugais José Correia da Serra (ministre plénipotentiaire du Portugal à Washington) Luis Miguel Bernado, Historias Da Luz E Das Cores, Editora da Universidade do Porto, 2005.. De 1851 à 1869, ce diplomate deviendra ministre plénipotentiaire à la légation portugaise à LondresHugues Didier et Madalena Larcher (dir.), Pédagogie missionnaire — Traduire — Transmettre, Éditions Karthala, 2012 ..
Joseph-Charles d'Almeida est baptisé le à l'église Saint-Thomas-d'AquinSaint-Thomas d'Aquin, Baptêmes 1822 : Cote D6J 3721, Archives de Paris.. Né de parents portugais, il se fait naturaliser français en 1844 à l'âge de Les Inspecteurs généraux de l'Instruction publique. Dictionnaire biographique 1802 - 1914 sous la direction d'Isabelle Havelange, de Françoise Huguet, de Bernadette Lebedeff-Choppin et de Guy Caplat, Paris, Institut national de recherche pédagogique, 1986..
Études Il fait ses études au lycée Saint-Louis puis au lycée Henri-IV. Il est professeur adjoint auprès du frère de Paul Desains au lycée Napoléon, préparateur de Pierre-Henry Blanchet de 1843 à 1848, agrégé de physique et nommé professeur au lycée d'Alger (1848). De 1848 à 1850, il sera à Alger comme le professeur Charles Simondata.bnf.fr., fondateur de l'observatoire de Marseille, le maître de Charles Bourseul (1829-1912), précurseur français du téléphone en 1854Le Petit Parisien du 25 novembre 1912.. À la fin de 1852, il entre avec Marcellin Berthelot au laboratoire d'Antoine-Jérôme Balard à Paris. Ses travaux sur la décomposition par la pile des sels dissous dans l'eau lui vaudront le titre de docteur ès sciences.
À partir de 1853, il donna dans son appartement de la rue Royer-Collard des cours à Nestor Gréhant pour le préparer à la licence de sciences physiques. Ami du médecin Armand Moreauhttp://data.bnf.fr/12952671/francois-armand_moreau/ ., il présenta son élève Nestor Gréhanthttp://www.editions-harmattan.fr/auteurs/article_pop.asp?no=8244&no_artiste=11500 . à Claude Bernard, qui deviendra son discipleLa santé par l'hygiène par Nestor Gréhant, Librairie Ch. Delagrave, 1907..
Travaux et carrière Le nom de Joseph-Charles d'Almeida est cité dans les carnets de Jules Janssen (1824-1907), qui lui montre ses spectres. Janssen le rencontre à ses conférences en L'émergence de l'astronomie physique en France (1860-1914) : acteurs et pratiques - Stéphane Le Gars, thèse de doctorat, discipline : épistémologie, spécialité : Histoire des sciences et des techniques, université de Nantes, HAL, 2007 ..
Il est l'un des précurseurs des photos anaglyphes en 1858.
En 1860, en commun avec Pierre-Paul Dehérain, il fait des recherches sur l'électrolyse d’un mélange d’alcool et d’acide azotique (ancien nom de l'acide nitrique)Nouvelles archives du Muséum d'histoire naturelle - 1903..
Le , Adolphe de Paiva (attaché à la légation au Portugal) écrit au ministre affirmant que d'Almeida doit partir pour quelques mois au Portugal pour des raisons familiales assez graves ; cette lettre mentionne que le vicomte José de Paiva Francisco José de Paiva, 1.º barão e 1.º visconde de Paiva — O Portal da História., ministre plénipotentiaire du Portugal à Paris, était l'ami intime de ce physicienArchives nationales, cote F/21/481 Lettre d'Adolphe de Paiva : ..
Trois lettres de la collection Feinberg New York, Private collection Feinberg . montrent que d'Almeida, durant son séjour aux États-Unis en 1862, a rencontré William Douglas O'Connor William Douglas O'Connor — The Walt Whitman Archive., Rebecca Harding Davis (journaliste féministe américaine) et James Thomas Fields (éditeur et poète américain), ce dernier fit connaître au physicien Henry Longfellow (poète américain), Ralph Waldo Emerson (philosophe et poète américain) et Louis Agassiz (botaniste et géologue américano-suisse) The correspondance of Walt Whitman, , 1842-1867, NYU Press, 2007, ..
À partir de 1868, d'Almeida conseille à Gabriel Lippmann de se diriger vers la section scientifique de l'École normale supérieure, où il entra à l'âge de Institut de France. Académie des Sciences. La vie et l'œuvre de Gabriel Lippmann (membre de la section de physique générale) — Lecture faite dans la séance annuelle du par Picard, secrétaire perpétuel.. Après Lippmann, Émile Picard sera aussi l'élève de Joseph-Charles d'Almeida de 1868 à 1874 ; ce dernier est décrit comme un professeur distingué à qui on doit la première réalisation du relief au moyen des anaglyphes.
En 1869, il assiste, avec Antoine-Jérôme Balard, Marcellin Berthelot, Jules Jamin, Étienne-Jules Marey et d'autres, à l'inauguration du canal de Suez. ..
Jules Ferry, dans une lettre du adressée à Léon Gambetta et évoquant le siège de Paris, révèle à son correspondant que le porteur de la lettre, , est un de ses .
Membre du comité scientifique de défense, il quitte Paris en ballon, le , à bord du Gutenberg, avec Isaac Georges Lévy ., rejoignant le même jour Montépreux (Marne). Il tente ensuite d'utiliser un procédé mis au point par Jean-Gustave Bourbouze pour établir une liaison télégraphique avec Paris en utilisant la Seine comme fil de ligne, lui depuis Poissy tentant de communiquer avec Bourbouze et Desains à ParisLucien Poincaré, La Physique moderne. Son évolution, Flammarion, 1909 .. Il eut l'idée de photographies microscopiques comme moyen de correspondanceIsabelle Havelange et al., « ALMEIDA Joseph Charles d' » in Havelange Isabelle et al., Les inspecteurs généraux de l'Instruction publique. Dictionnaire biographique 1802-1914, Institut national de recherche pédagogique, 1986 p. 126-127.. La guerre terminée, il reprend ses cours au lycée Henri-IV.
Albert Fernique, qui s’occupait depuis longtemps de photographie, se trouvait en rapport avec d’Almeida, siégeant au ministère de l’Instruction publique, et il travaillait avec lui pour le Comité à des expériences relatives à la reproduction photo-microscopique des dépêches. ..
En 1872, il fonde le Journal de physique, avec Charles Brisse et la collaboration des principaux physiciens français : Berthelot et Desains. Alfred Cornu (1841-1902) fut amené à travailler pour le journal pour ses travaux relatifs à la diffraction de la lumière.
Joseph Charles d'Almeida a le premier donné une théorie de la génération des courants dans la machine de Gramme ; on la trouve dans le Journal de physique, Tome 1, pages 64 à 68, 1872.
En 1873, d'Almeida est l'un des cofondateurs. . de la Société française de physique (SFP), dont il devient le secrétaire général. La société comptait, au moment de sa mort, plus de , dont près de reçus en 1880Séances de la Société française de physique, année 1881 ..
Sa dernière résidence se trouve au 31 rue Bonaparte où il meurt en 1880Archives de Paris, cote D1P4 137..
Dans son testament olographe du , il nomme comme légataire universelle Félicité Cécile Janet (nièce du philosophe Paul Janet), institutrice. Il a légué à la Société française de physique les manuscrits d'André Ampère sur l'électrodynamiqueAmpère et l'histoire de l'électricité - CNRS.Archives de Paris : Direction générale de l'Enregistrement, des Domaines et du Timbre, Registre des mutations par décès..
Postérité Il est probable que Joseph-Charles d'Almeida est mort d'une crise cardiaque comme le suggère la presse de l'époque : Le Petit Parisien écrit :
Le savant a été enterré au cimetière du Montparnasse à Paris en concession perpétuelle . Cependant la ville de Paris a repris la concession le et les restes du défunt ont été transférés à l'ossuaire du Père-LachaiseOssuaire parisien : Thiais après le Père-Lachaise — Olivier Pelladeau, Funéraire-Info, .. Ce physicien était issu « de la plus vieille famille aristocratique portugaise », et, bien que né et mort dans la capitale, la ville de Paris « ne lui attribua aucune plaque ou rue en son nom »La diplomatie du libéralisme portugais et la solidarité aristocratique internationale (1828-1832) — Grégoire Bron, Ler história , 2015, ..
En 1880, la SFP a rendu hommage à Joseph-Charles d'Almeida en lui érigeant un buste, placé dans sa salle de réunions. Ce buste, portant l'inscription « Fondateur de la Société de physique » et réalisé par le sculpteur Eugène Guillaume, a, semble-t-il, été présenté à l'Exposition nationale de 1883. On en trouve en effet une description dans La sculpture aux salons de 1881, 1882, 1883, et à l'Exposition nationale de 1883, par Henry JouinInstitut national d'histoire de l'art, page sur Henry Jouin, Paris, E. Plon, Nourrit et , 1884, , .. Le président suivant de la SFP fut Edmond Bouty (1846 – 1922). La personne qui a rédigé une lettre le pour l'érection de ce buste dans la salle de séances de la Société française de physique située au 44, rue de Rennes est Éleuthère Mascart, ancien président de la Société française de physique, président du comité de souscriptionArchives nationales de Pierrefitte-sur-Seine – cote : F/21/481 Buste d’Almeida, pour la Société française de physique (1881-1882)..
Il était membre, puis président de la Société philomathique de Paris de 1865 à 1866 et fondateur de l'Association française pour l'avancement des sciences de 1864 à 1880..
En 1907, Nestor Gréhant, médecin chercheur et professeur de physiologie, évoque les origines portugaises du physicien qui « partit lors du siège de 1870 en aérostat de ParisLa santé par l'hygiène, Delagrave, 1907 . ».
En 1913, le rapport sur une mission confiée à d'Almeida par le gouvernement de la Défense nationale, dont l'objet était d'établir des communications entre la province et Paris en 1870-1871, sera édité. Aussitôt la paix signée, d'Almeida présenta ce rapport à Adolphe Thiers, alors chef du pouvoir exécutif. Le physicien Paul Janet réalisa une introduction dans le rapport de d'Almeida et en a fait la lecture en inaugurant la Section de radiotélégraphie à École supérieure d'électricité, en . Dans ce document, d'Almeida décrit l'accueil bienveillant et cordial de Léon Gambetta, qui lui fit la promesse d'appuyer son projet. Dans son travail, d'Almeida nous fait soupçonner des rivalités qui paralysaient ses travaux comme l'un de ses photographes, Georges LévyBallon : « Le Gutenberg » - Coppoweb.com. (associé à Reboul est cité dans l'ouvrage d'Henri Dutrait-Crozon Gambetta et la défense nationale 1870-71 aux Éditions du Siècle, 1914, tous deux assuraient le service flotteurs et autres courriers que le courant de la Seine devait porter à Paris) qui fut menacé pour avoir transmis des photos à la presse. Dans son allocution, le physicien Paul Janet évoque l'admiration et l'inspiration de Charles d'Almeida pour Jules VerneRapport sur une mission confiée à Charles d'Almeida par le Gouvernement de la Défense nationale, Imprimerie Deslis Frères et , Tours, 1913..
Avec l'invention de la stéréoscopie par Charles Wheatstone et les anaglyphes 3D travaillés par d'Almeida, Louis Lumière va reprendre ces travaux en les adaptant au cinéma en 1936Invention des techniques de la 3D - La 3D au cinéma (TPE des élèves du Lycée français de Los Angeles)..
Publications Décomposition par la pile des sels dissous dans l'eau, Martinet, 1856 — Thèse de doctorat. (avec Augustin Boutan) Problèmes de physique, Dunod, 1862 — En ligne : la quatrième édition (1874).