thumb|Prisonniers de guerre français, nord de la France, 1940. thumb|Des prisonniers coloniaux travaillant dans la zone Sud en 1942.
Les prisonniers de guerre français de la Seconde Guerre mondiale, au nombre de , capturés par les armées du Troisième Reich après l'armistice lié à la bataille de France durant l'été 1940, sont d'abord hébergés dans des camps installés en France dans la zone occupée, dits Frontstalags, et sont ensuite envoyés à pied ou en train dans des camps en Allemagne à savoir les Oflags qui accueillent les officiers et les Stalags qui accueillent les soldats et sous-officiersLes prisonniers de guerre français 1940 - 1945, Premiers temps de la captivité, sur apra.asso.fr (association philatélique de Rouen et agglomération), consulté le 23 avril 2016.. Les Allemands réservèrent les Frontstalags du territoire français à l’internement des prisonniers originaires des colonies (dont les futurs départements d’outre-mer), même si un certain nombre d'entre eux furent également internés en Allemagne et inversement, seuls quelques Français demeuraient aux côtés des indigènes pour servir d’encadrement.
La France, puissance protectrice de ses propres prisonniers : le Service diplomatique des prisonniers de guerre Le , le maréchal Pétain charge Georges Scapini d'intervenir auprès des autorités allemandes « pour aplanir les difficultés qui pourraient affecter le sort de nos prisonniers ». Il bénéficie du titre de ministre plénipotentiaire (décret du ) puis d’ambassadeur de France (décret du ). Le maréchal Pétain et Pierre Laval acceptent ensuite en la proposition allemande de renoncer à la protection des prisonniers de guerre français par les États-Unis, puissance neutre prévue par les Conventions de Genève, et d'assumer la protection des prisonniers, au lendemain de l'entrevue de Montoire qui annonce la collaboration franco-allemande. Pétain nomme alors Scapini chef du Service diplomatique des PG. L'accord franco-allemand est signé le . La , chargée de s’assurer du respect de la Convention de Genève dans les camps, visite les camps de prisonniers, négocie auprès des Allemands des retours anticipés, reçoit et gère les demandes des familles et les interventions en faveur de prisonniers et s'occupe à partir de 1941 des secours pécuniaires aux familles de PG. Le SDPG est établi à Paris (au 44 rue Cortambert), à Vichy et à Berlin, où est installée à partir de la Délégation française à BerlinCENTRE DES ARCHIVES DIPLOMATIQUES DE LA COURNEUVE, fonds G. Scapini, notice biographique et SDPGGeorges Baud, Louis Devaux, Jean Poigny, Mémoire complémentaire sur quelques aspects des activités du Service diplomatique des PG, 1940-1945, 1984 (Anciens membres de la Délégation française de Berlin)Doriane Gomet, Sports et pratiques corporelles chez les déportés, prisonniers de guerre et requis français en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), Thèse de doctorat, Université Claude Bernard – Lyon I et Université de Stuttgart, 2012, . thumb|Liste de prisonniers 1940-1945
Camps de travail
Environ un tiers des prisonniers français furent libérés sous diverses conditions. Pour le reste, les officiers et sous-officiers furent maintenus dans des Offizierslager (des camps d'officiers ou « Oflags ») sans travailler conformément aux Conventions de Genève. Environ officiers furent faits prisonniers de 1940 à 1945.
À partir de 1942, dans le cadre de la politique de la relève menée par le gouvernement de Vichy, environ prisonniers sont « transformés », c'est-à-dire qu'ils restèrent en Allemagne, mais devinrent en théorie des travailleurs civils. Ils logent alors dans des camps spécifiques, dénommés camps de travailleurs.
Ils travaillent pour les Allemands, notamment l’organisation Todt ou pour des sociétés françaises qui participent à l’effort de guerre de l’Occupant. Ils sont payés 10 francs par jour pour 6 à 8 heures de travail, quand un manœuvre à la même époque est rémunéré 10 francs de l’heure. Leur alimentation est complétée par des marraines qui habitent près du camp et les nourrissent en échange de cigarettes. La situation sanitaire est précaire, ils souffrent de tuberculose et même de lèpre et ils sont soignés par des médecins prisonniers de guerre rapatriés en France car la convention de Genève prévoit que les prisonniers de guerre soient soignés par des médecins de leur camp. Ces prisonniers de guerre-médecins sont externés, ils vivent en ville, sont prisonniers sur parole et ont un laisser-passer.
Environ la moitié d'entre eux travaillèrent dans l'agriculture allemande, où les disponibilités alimentaires étaient adéquates et les contrôles étaient cléments. Les prisonniers de guerre coloniaux dans les Landes y sont employés dans la construction du mur de l’Atlantique et dans l’exploitation de la forêt des Landes, mais aussi sur des travaux agricoles, industriels et de terrassement. Les autres travaillèrent dans des usines ou des mines, où les conditions étaient beaucoup plus sévèresRichard Vinen, The Unfree French: Life under the Occupation (2006) .
Troupes coloniales thumb|Tirailleurs africains prisonniers en 1940. thumb|Le camp de prisonniers de guerre de soldats d'origine coloniale aménagé par les Allemands à Lanniron (Quimper) pendant la Seconde Guerre mondiale. Fin 1940, environ prisonniers issu de l'armée d'Afrique et de l'armée coloniale sont détenus dans 22 Frontstalags tous dans la zone occupée. En , ils sont plus de ( Nord-Africains, « Sénégalais », Malgaches, Indochinois, 380 Martiniquais, classés « sans race »). En , il reste encore Nord-Africains et autres coloniaux dont « Sénégalais », Malgaches, Indochinois, 520 Martiniquais (le terme désigne souvent des Guadeloupéens et les soldats des vieilles colonies sont souvent indifférenciés dans des unités métropolitaines). Leur nombre ne cessa de décroître pour n’être au moment de la Libération que quelque dont Nord-Africains. Une partie, essentiellement des Nord-Africains, fut libérée par les Allemands après accord avec le gouvernement de Vichy. Cependant, ils sont exclus de la libération des pères de famille nombreuse. La tension monte lorsque la garde de deux frontstalags -Vesoul et Nancy- est confiée en à des métropolitains libérés d'AllemagneJean-Luc Leleu, Françoise Passera, Jean Quellien, Michel Daeffler, La France pendant la Seconde Guerre mondiale, Atlas historique, édité par Fayard, ministère de la Défense, 2010, ..
Il y eut aussi de nombreuses évasions, mais une bonne partie d’entre eux périrent dans les camps, à la suite de maladies, notamment la tuberculose, qui ravagea les camps Nord-Est. Bien que soumis à une intense propagande de la part des Allemands qui entendaient en faire des soldats ou des espions, ils subissaient un strict régime de détention. Ces prisonniers provenaient des divisions nord-africaines (DINA DIA, DM) pour les soldats Nord-Africains et des divisions d'infanterie coloniales (DIC) pour les autres coloniaux toutes engagées dans la bataille de mai-juin 1940.
D’abord détenus avec tous les prisonniers capturés après la capitulation, ils ne tardèrent pas à en être séparés. Les Allemands ayant décidé surtout de transférer outre-Rhin les prisonniers français de souche européenne. En effet, aux yeux des nazis, les militaires coloniaux étaient des « sous-hommes » et n'avaient pas leur place sur le sol allemand. Ne voulant pas ainsi « souiller le sol allemand », les autorités du Reich, imprégnées du mythe de la honte noire, décidèrent de ne pas transférer ces soldats « indigènes » sur leur territoire (surtout les soldats noirs, les Nord-Africains pouvant être envoyés en Allemagne)http://www.fndirp.asso.fr/tirailleurs%20senegalais.pdf. Bien que les conditions de vie des soldats noirs se soient progressivement améliorées, leur condition était bien pire que ceux des soldats français blancs.Scheck, Raffael (2010). "French Colonial Soldiers in German Prisoner-of-War Camps (1940–1945)". French History 24 (3): 420–46. . , et leur taux de mortalité était bien plus élevé.
Les prisonniers coloniaux sont maltraités par les Allemands lors de leur capture. Une liste précise permet d’évaluer les pertes par exactions ou exécutions sommaires à .
Dans ces camps, l'état sanitaire n'est pas satisfaisant et l'alimentation insuffisante (la Croix-Rouge apporte un supplément). L'habillement laisse souvent à désirer et les chaussures font cruellement défaut d'où l'usage de sabots. Les prisonniers se plaignent du manque de courrier et de colis..
Dans les derniers jours de combat en juin 1940, les unités allemandes ont tué plusieurs milliers de soldats noirs et prisonniers de guerre des régiments coloniaux français. Certains sont torturés, massacrés ou exécutés comme c'est le cas le , à Febvin-Palfart, où 32 soldats marocains furent assassinés par des soldats SS alors qu'ils se trouvaient en transit.. Près de tirailleurs sénégalais furent exécutés par la Wehrmacht en mai-..
M. Ennergis, tirailleur marocain fait prisonnier à Lille, fin , raconte : Environ noirs ont survécu et ont été traités comme les autres prisonniers de guerre coloniauxRaffael Scheck, Hitler's African Victims: The German Army Massacres of Black French Soldiers in 1940 (2008) .
Statistiques et rapatriement Sur les français capturés en mai-, parvinrent à s'échapper avant d'arriver en AllemagneYves Durand, La Captivité, histoire des prisonniers de guerre français, édité par la FNCPG, 1979, . ; prisonniers réussirent à s'évader entre et .
Le tiers des 1 845 000 prisonniers l'ont été du au . Les deux autres tiers se sont rendus à partir du dont certains en entendant le discours de Pétain demandant l'armistice ou se trouvant dans des poches au moment de l'armistice.
Entre 1940 et 1941, prisonniers français furent rapatriés en France, certains pour des raisons médicales.. De 1940 à 1945, prisonniers français trouvèrent la mort ou disparurent au cours de leur captivité.
Les prisonniers furent rapatriés en France à l'été 1945. L'ambiance n'était pas joyeuse. Beaucoup sont revenus dans l'indifférence et dans le mépris. Certains prisonniers furent accusés de s’être laissé capturer plutôt que de mourir pour leur paysSarah Fishman, « Grand delusions : The unintended consequences of Vichy France's prisoner of war propaganda », Journal of Contemporary History, , , 1991, .. Pour les « indigènes », le retour parfois très tardif s'accompagna de nombreux incidents dont celui, particulièrement grave, meurtrier et exceptionnel, de Thiaroye.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Témoignages Francis Ambrière, Les Grandes Vacances, 1939-1945, Éditions de la Nouvelle France, Paris, 1946, 423 p. René Barbaud, Matricule 31173, combattant et prisonnier 1937-1945, Imprimerie Fort-Moselle, Metz, 1984, 190 p. Edmond Beauvillain, Un an et deux mois, Paris, La Pensée universelle, 1978. Louis Bodez, Mémoires d'un gefang, Copie 22, Pédernec, 1980, 95 p. Roger Bouëry, Les chiens verts, guerre et captivité 1939-1945, Éditions Watel, Brioude, 1986, 131 p. F. Brague, La moisson humaine. Carnet d'un prisonnier de guerre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1945, 414 p. Robert Brasillach, Journal d'un homme occupé, Paris, Les Sept Couleurs, 1955, 350 p. Francine David-Paponnaud (éd.), Disparu mais vivant. Prisonnier en Allemagne. Lettres de guerre et de captivité d'André David (1940-1945), - Prisonnier en Allemagne - lettres de guerre et de captivité d'André David (1940-1945), préface d'Yves Durand, Paris, L'Harmattan, coll. « Mémoires du siècle », 2012. Guy Deschaumes, Derrière les barbelés de Nuremberg, Paris, Flammarion, 1942. Vers la Croix de Lorraine, Paris, Flammarion, 1945. Christian Duplat, Histoire familiale du prisonnier de guerre Gaston Duplat, Stalag XVIII C, -. Presses Universitaires de Rennes,2023, 367 pages. Gustave Folcher, Les carnets de guerre 1939-1945 d'un paysan languedocien, Librairie François Maspero, Paris, 1981, 287 p.