Louise-Marie de France, née le à Versailles et morte le à Saint-Denis, dite Madame Louise, Madame Dernière, ou Madame Huitième, est la plus jeune des enfants de et de Marie Leszczyńska. Elle est appelée Madame Louise après son baptême en 1747. Elle entre au Carmel en 1770 sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin, et y prend la charge de maîtresse des novices puis d'économe. Elle est élue prieure à trois reprises. Décédée en 1787, elle est déclarée vénérable en 1873.

Biographie La Fille du roi Louise-Marie de France est née le à Versailles. Elle est la dixième enfant que la reine, âgée de , met au monde. Les médecins assurent à la souveraine qu'un autre accouchement pourrait lui être fatal. La reine qui a peur de perdre les bonnes grâces de son mari, qui n'a que et est toujours ardent, préfère taire les mises en garde du médecin mais refuse peu à peu sa porte au roi.

C'est aussi l'époque où affiche sa première favorite sous le regard résigné mais indulgent de son « principal ministre » et ancien précepteur le cardinal de Fleury, qui ne connaît que trop les principaux défauts de caractère du roi : la timidité maladive et la propension à l'ennui.

Le roi délaisse la reine, et à ceux qui l'interrogent sur une onzième grossesse de la reine, il répond que le nourrisson sera « Madame Dernière ». Louise-Marie de France fut appelée Madame huitième puis, à partir de son baptême, Madame Louise.

En 1738, les quatre plus jeunes Mesdames de France sont confiées à l'Abbaye de Fontevraud, maison-mère de l'Ordre de Fontevraud dont l'abbesse, toujours une dame de haute naissance, est chargée par de l'éducation des filles de France. C'est à cette tâche que se consacreront Louise-Françoise de Rochechouart puis Louise-Claire de Montmorency..

Madame Louise s'y fait remarquer par son esprit, mais aussi par l'orgueil que lui inspire son rang. Encore enfant, elle n'hésite pas à réclamer que les personnes à son service se lèvent quand elle entre dans une pièce parce qu'elle est, dit-elle, . À quoi il lui est répondu par sa préceptrice : .

Elle est baptisée dans la religion catholique avec pour parrain François Marc Antoine de Bussy et pour marraine Marie-Louise Bailly-Adenet.

C'est à Fontevraud que les filles du roi apprennent le mariage de leur sœur aînée, Madame Élisabeth avec l'infant Philippe d'Espagne puis, quelques années plus tard, celui de leur unique frère Louis avec l'infante Marie-Thérèse, sœur de l'infant Philippe, la naissance de leur nièce, la mort de leur jeune belle-sœur et le remariage de leur frère. Pendant ce temps, la France est en guerre et remporte nombre de victoire aux Pays-Bas autrichiens.

En 1744, sa sœur Madame Thérèse meurt à l'âge de 8 ans sans avoir revu la cour ni ses parents qu'elle avait quittés à l'âge de deux ans. Le couple royal ne pouvant quitter Versailles pour des raisons d'étiquette et de coût, le roi commande à Nattier les portraits de ses trois filles survivantes.

En 1748, Madame Victoire, âgée de 15 ans, quitte Fontevraud pour retourner à Versailles. Louise-Marie, âgée de 11 ans, termine son éducation en compagnie de son autre sœur, la timide Madame Sophie, 14 ans. Le Traité d'Aix-la-Chapelle redonne la paix à l'Europe, la France rend ses conquêtes tandis que le gendre du roi reçoit le Duché de Parme. Louis XV, qui s'est aliéné la cour en prenant pour favorite une bourgeoise, devient également impopulaire dans les couches populaires.

« Madame » Louise En 1750, à l'âge de 13 ans, Madame Louise revient avec sa sœur Madame Sophie à la cour où le roi la surnomme affectueusement « Chiffe ». Elles font connaissance avec leur mère, la reine Marie Leszczynska, reine sans influence, vieillissante, pieuse, charitable et résignée, leur frère l'intelligent mais sévère dauphin Louis et leurs sœurs aînées, la douce Henriette dite Madame, l'autoritaire Madame Adélaïde et leur belle-sœur, la diplomate Marie-Josèphe de Saxe affectueusement surnommée Peppa qui met au monde son premier enfant, une fille, Marie-Zéphyrine de France.

Légèrement bossue, Madame Louise reste toujours une princesse à part, fuyant le monde, cherchant réconfort et courage dans la religion. a plusieurs projets de mariage pour elle, notamment en 1766 avec l'empereur , mais aucun ne voit le jour. La princesse ne soutient guère les démarches du roi et de ses diplomates, voire les contrarie en exagérant sa bosse chaque fois qu'elle croise l'un deux dans une galerie du château.

Déjà en 1748, alors que Louise, âgée de 11 ans, était encore à Fontevraud, la rumeur prétendait que son père lui destinait le prince Charles Édouard, prétendant Stuart au trône anglais. Madame Louise déclara alors :

On raconte aussi que, ne manquant pas de caractère, la princesse n'hésite pas à exagérer sa déformation physique quand elle croise un ambassadeur, afin de faire tourner court tout projet matrimonial.

De plus Madame Louise supporte mal la cour avec ses intrigues, ses jalousies et son cérémonial qui, la mettant sans cesse en représentation, est vécu comme un esclavage l'obligeant à être perpétuellement en représentation, à changer d'habit plusieurs fois par jour, à se précipiter sans courir d'un endroit à l'autre du château.

Les deuils Les années 1750 et 1760 sont pour la famille royale un temps de deuil. Quelques mois après le retour de Madame Louise à la cour, sa sœur Madame Henriette, la fille préférée du roi, meurt à seulement. Malgré d'heureuses naissances puisqu'en neuf ans, la dauphine donne le jour à sept enfants dont cinq fils, l'impopularité du roi se répand dans toutes les couches de la société (on prétend même à Paris qu'il ferait partie d'un réseau de trafic d'enfants). En 1756, le roi est victime d'un attentat dont il se remet mais le régicide, jugé par le Parlement de Paris, est exécuté dans des conditions particulièrement cruelles.

En 1759, la duchesse de Parme, sœur jumelle d'Henriette, meurt à Versailles bientôt suivie par leur neveu, le duc de Bourgogne, fils aîné du dauphin en 1761, puis par leur nièce Isabelle de Parme (épouse du futur ) morte en couches à en 1763. La même année, le traité de Paris met fin à la guerre de Sept Ans et consacre la défaite de la France face à l'Angleterre.

Le duc de Parme meurt en suivi par l'unique fils du couple royal, le dauphin Louis qui s'éteint à l'âge de en , ainsi que leur grand-père maternel, l'ex-roi de Pologne au château de Lunéville en . Sa belle-sœur la dauphine Marie-Josèphe meurt en 1767. Enfin la mort de la reine Marie Leszczynska, en juin 1768 met un terme à cette série de deuils. Ces années difficiles et la confrontation avec la superficialité de la cour sont pour Madame Louise des années de mûrissement.

Quelque temps plus tard, la présentation à la cour de la comtesse du Barry, nouvelle favorite de (qui aux yeux de la cour est de basse extraction et d'origine douteuse) pousse Madame Louise à faire officiellement part de son désir d'entrer au Carmel, un ordre cloîtré et austère où elle souhaite, loin de la cour superficielle et perverse, prier pour le salut de son père.

Le Carmel Son entrée au Carmel thumb|Visite de à Madame Louise de France au carmel de Saint-Denis.Huile de Maxime Le Boucher.

En 1764, à l'instigation du duc de Choiseul, principal ministre, les jésuites sont chassés de France au grand dam de la famille royale, proche de la compagnie.

En 1770, la cour prépare le mariage du nouveau dauphin, futur et de l'archiduchesse Marie Antoinette. Comme ses sœurs, Madame Louise est opposée à ce mariage négocié par le duc de Choiseul, adversaire des jésuites. A la stupéfaction générale, Louise sollicite de son père l'autorisation de se faire carmélite. Elle fait appel à Christophe de Beaumont, archevêque de Paris pour intercéder en sa faveur auprès de son père, le . Le Roi, bien qu'affligé par cette décision, donne son accord écrit le La lettre écrite du Roi a été perdue. Une copie est conservée dans les annales du carmel de St Denis. Voir .. En revanche, ses sœurs lui garderont rancune de ce départ.

Sa phrase : , témoigne de sa foi sincère et de sa volonté de racheter par ce sacrifice en accord avec sa vocation l'âme de son père, en vue d'expier les péchés de ce dernier.. Avant même son entrée au Carmel, elle a commencé, en cachette, à porter l'habit de religieuse au palais, et vivre, comme elle le pouvait une vie monacale, voir ..

Elle choisit d'entrer au carmel de Saint-Denis, le « plus pauvre carmel de France » où, d'après la rumeur, la règle passe pour être très rude. Ce Carmel, qui menaçait de fermer à cause de ses trop faibles moyens financiers, se trouve ainsi sauvé par l'arrivée d'une carmélite apportant une forte dot et susceptible d'attirer d'importantes oboles. Comme nom de religion, on lui donne celui de A ne pas confondre avec d'autres carmélites ayant porté le même nom : , en hommage à sainte Thérèse d'Avila, mystique et réformatrice de l'Ordre du Carmel, que Madame Louise aimait particulièrement, ainsi que pour répondre à une intention, que les carmélites de Saint-Denis s'étaient proposé, à savoir, donner le nom du supérieur du Carmel de Saint-Denis, qui était Monsieur l'abbé Augustin Bertin, à la première postulante qui entrerait sous son autorité..

Madame Louise prend l'habit le . C'est la jeune dauphine, qui vient d'épouser le futur Louis XVI qui lui remet son voile. Elle prononce ses vœux religieux le , et c'est une autre de ses nièces, la comtesse de Provence (épouse du futur ), dans une cérémonie très officielle, qui lui remet le voile noir de carmélite.

Missions au Carmel

À peine entrée au Carmel, elle se voit confier la charge de maîtresse des novices. Ce ne sont pas moins de 13 jeunes novices qu'elle doit diriger, guider et parfois modérer dans leur enthousiasme.

Fin 1771, elle est nommée à la charge d'économe du monastère. Elle fait effectuer plusieurs travaux qu'elle suit avec soin. En 1779 elle fait reconstruire l'église (délabrée) par Richard MiqueThérèse de Saint-Augustin s'opposera même à son architecte concernant le travail le dimanche : celui-ci pour gagner du temps fait travailler ses ouvriers les dimanches et jours de fêtes. Thérèse refuse que le repos dominical soit profané et pour bien le signifier… indique aux ouvriers comme au responsable des travaux qu'elle refuse de payer ces jours-là ! Voir .

Prieure du couvent

Elle est élue prieureLa prieure est élue pour 3 ans. en 1773, 1776 et 1785. Elle refuse d'user de son statut de fille de roi pour en tirer des privilèges ou intervenir auprès d'autres personnes en faisant jouer son statut. Cependant, lorsque la défense de la pureté de la foi, ou l’intérêt de l’Ordre du Carmel est en jeu, elle se démène sans compter, établissant une correspondance importante. Elle est même en contact avec Benoît Labre.

Louis XV meurt le . Son petit-fils, , neveu de Madame Louise, monte alors sur le trône.

Lorsque chasse de son empire tous les religieux contemplatifs, elle organise leur arrivée en France, accueille dans son couvent les carmélites qui arrivent de leurs différents carmels, avant de leur trouver une place dans d'autres Carmels. Ainsi, en , elle accueille 13 religieuses carmélites chassées du carmel de Bruxelles. Les religieuses s'entassent donc, durant un certain temps, à 58 dans leur carmel de Saint-Denis. Quelques années plus tard, avec la révolution, les persécutions et la fermeture des couvents, le flux de carmélites repart dans l'autre sens.

Son décès