Le terme Rudeltaktik (en français : tactique des meutes) ou en anglais Wolfpack (en français : meute de loups) se réfère à une tactique militaire d'attaque en masse utilisée par les U-Boote (sous-marins) allemands de la Kriegsmarine pendant la bataille de l'Atlantique au cours de la Seconde Guerre mondiale contre les convois Alliés.
Dans l'Océan Pacifique, des sous-marins de la Marine américaine utilisèrent cette même tactique contre les expéditions japonaises pendant la campagne sous-marine alliée.
Meutes L'idée selon laquelle une attaque groupée de sous-marins est plus efficace qu'une attaque isolée est . Elle impose cependant la concertation entre attaquants que l'état des technologies de communication ne permettait pas avec les premiers submersibles. Durant le premier conflit mondial, les Allemands avaient ainsi imaginé qu'un sous-marin de commandement pourrait, dans la zone d'opérations, diriger les attaques des autres submersibles. Cette idée ne fut pas réaliséeBrezet, op. cit., pages 87-88..
thumb|upright|Karl Dönitz, commandant des U-Boote, concepteur de la tactique Rudeltaktik. En 1935, le commandant des U-Boote Karl Dönitz rédige un manuel décrivant la tactique d'attaque de groupe (Gruppentaktik). Ainsi, la tactique est prête à l'emploi dès le début du conflit.
En 1939, Dönitz, publie un autre livreKarl Dönitz, ("L'Arme sous-marine"), Berlin, 1939, Mittler. dans lequel il évalue qu'il faudrait que l'Allemagne dispose de pour être en mesure d'atteindre les objectifs militairesPadfield, op. cit., P. 162.. Sur ces , 90 seraient en embuscade, par groupes de trois, pour intercepter les convois sur les trois principales routes identifiées (Atlantique nord, centre de l'Atlantique et le long des côtes africaines après GibraltarPadfield, op. cit., carte de la page 448.).
La planification de la marine de guerre allemande (ou : "plan Z") ne prévoit que de tous types, parmi lesquels correspondant à la demande de Dönitz : 90 de type VII.B et 60 de type IX. Les autres sont soit des sous-marins côtiers, soit des modèles privilégiés à l'époque, comme des croiseurs sous-marins (similaires au Surcouf français), ou encore, des « sous-marins d'escadre » destinés à ouvrir la route des forces de surface.
À l'ouverture des hostilités, Dönitz ne dispose en tout et pour tout que de , 18 dans l'Atlantique, 21 en mer du Nord, 10 dans la mer Baltique et 8 autres non opérationnelsBrezet, op.cit., p. 102..
L'attaque en meute repose sur le principe d'établir des cordons d'U-Boote, disposés en travers des routes présumées des convois. Avec un espacement d'environ entre deux U-Boote, le convoi a, en théorie, peu de chance d'échapper à la détection.
Une fois repéré, il est pris en filature par un U-Boot, lequel prévient par radio, en cryptant les messages grâce au système Enigma, le quartier général des U-Boote en Europe (Befehlshaber der U-Boote ou BdU - également le titre de Dönitz) en précisant la position, le cap et la vitesse du convoi. Le BdU dirige alors les autres U-Boote éléments de la meute vers le convoi afin de l'intercepter, synchronisés de telle manière qu'ils puissent converger pour une attaque dans la nuit. Les sous-marins rejoignent à vitesse maximum (donc en surface) la position fournie pour attaquer à plusieurs et pour déborder l'escorte du convoiOwen, op.cit., p. 63.. Cette convergence soudaine de sous-marins a été l'origine du nom de la tactique, ou meute de loups, s'apparentant aux attaques des loups gris.
L'organisation de ces groupes implique de disposer de suffisamment d'U-Boote, de posséder des renseignements pour savoir où établir les lignes, et enfin de connaitre la vitesse à laquelle le groupe pourra se concentrer sur sa proie.
Le nombre d'U-Boote disponibles augmentera au fil du temps (concernant le nombre de bateaux en mer, il faut compter ceux qui sont en route pour la zone du combat et ceux qui retournent, pour une raison ou une autre, vers leurs ports d'attache respectifs). Les renseignements sont fournis, d'une part, par le B-Dienst capable de décrypter une partie des messages britanniques et, d'autre part, par les avions Focke-Wulf Fw 200 Condor qui observent les routes maritimes. Le regroupement des U-Boote dans la zone où le convoi a été repéré prend une vingtaine d'heures, selon les calculs des sections de recherche opérationnelle des Alliés.
Le point faible de la réside dans les communications, donc dans les échanges par radio. Chaque message est susceptible d'être repéré et la position de l'émetteur d'être localisée par triangulation. La doctrine de Dönitz impose que l'U-Boot qui découvre le convoi envoie aussitôt un message initial, puis un toutes les heures. Les Alliés, via les instruments de radiogoniométrie, sont rapidement capables de repérer l'U-Boot émetteur et de l'obliger à plonger, s'ils ne parviennent pas à le détruire.
Tactiques d'attaque Il n'y a pas de coordination précise entre les U-Boote. Ils se rassemblent en un lieu donné, en se basant sur les émissions radio de celui qui suit le convoi, au moyen des fréquences d'ondes moyennes prévues. Chacun sélectionne des cibles, pour attaquer individuellement le convoi en fonction de sa position et de sa situation.
La recherche opérationnelle avait mis en évidence que les meilleures positions d'attaque des U-Boote se situaient aux flancs des navires alliés. Un convoi s'organise donc en forme de rectangle très allongé, avec un grand nombre de colonnes (12 par exemple) de 4 ou 5 navires. thumb|right|250px|Un convoi allié en direction du Cap (Afrique du Sud) sous protection aérienne
La vitesse d'un convoi est déterminée par celle du navire le plus lent. Pour cette raison, plusieurs types de convois seront prévus. Les convois « rapides » regroupent des navires dont la vitesse maximum dépasse . Les convois « lents », des navires dont la vitesse est inférieure. Enfin, il est considéré que les navires dont la vitesse excède les peuvent naviguer seuls, le risque d'interception par un U-Boot (d'une vitesse maximum 16-17 nœuds) étant faible. Le code attribué à chaque convoi permet de distinguer les différents types.
Chaque colonne est distante de trois encablures de jour et cinq de nuit, et les cargos y sont espacés de Avant le départ, chaque navire doit fournir la hauteur de ses mâts. Ceci permet aux autres navires de calculer, et de garder, aisément leur distance.Hague, p. 27..
Vu la forme des convois, une attaque par les flancs est donc, en pratique, peu efficace.
Otto Kretschmer, commandants allemands d'U-Boote, utilise avec succès une tactique différente. Il se place à l'arrière du convoi et remonte le long des cibles potentielles en naviguant en surface. Une fois au milieu du convoi, il tire ses torpilles et plonge. Il se laisse alors dépasser par le convoi, avant de recommencerOwen, op. cit., p. 63..
Une autre tactique consiste pour le sous-marin à se placer à l'avant du convoi. Il plonge sans vitesse, se laisse rattraper par le convoi, lance ses torpilles et revient à l'avant du convoi pour renouveler son attaque. La vitesse en surface d'un U-Boot est de l'ordre de , bien supérieure à la vitesse d'un convoi. Il peut donc facilement, même en faisant un grand détour pour éviter toute détection, venir se replacer à l'avant du convoi..
Tactiques de défense Exposé dès son attaque, l'U-Boot peut profiter du bruit des hélices du convoi pour échapper aux escorteurs.
Il peut aussi utiliser des leurres, comme le Bold, mais surtout profiter du grand défaut de l'ASDIC des escorteurs. Quand celui-ci approche à moins de de sa cible, l'écho n'est plus utilisable. L'U-Boot peut alors en profiter pour changer de direction et échapper à l'attaque.
Opérations Wolfpack Environ 250 de ces groupes ont été formés au cours de la guerre, certains ne durant que quelques jours et d'autres jusqu'à quelques mois. Le nombre de sous-marins dans chaque groupe variait de 3 à 4 pour environ dans les plus grands groupes.
Quelque ont été sollicités dans le cadre d'une meute de loups pendant la guerre.
1940 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date de formation Date de dissolutionhttp://uboat.net/ops/wolfpacks/index.html Prien 7 Rösing 5
1941 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date de formation Date de dissolution West 23 Kurfürst 5 Süd 4 Hammer 3 Grönland 21 Kurfürst 7 Markgraf 15 Bosemüller 8 Seewolf 17 Brandenburg 11 Goeben 6 Breslau 6 Mordbrenner 4 Schlagetot 9 Reissewolf 7 Stosstrupp 6 Raubritter 14 Arnauld 4 Störtebecker 19 Steuben 6 Benecke 4 Gödecke 4 Letzte Ritter 3 Seeräuber 8 Ulan 3 Seydlitz 7
1942 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date de formation Date de dissolution Ziethen 12 Robbe 4 Schlei 7 Hecht 3 Umbau 4 Westwall 8 Aufnahme 4 Umhang 3 Blücher 3 Wrangel 2 York 4 12 Mar 1942 Ziethen 4 Eiswolf 8 Naseweis 3 Bums 6 Robbenschlag 8 Blutrausch 10 Strauchritter 9 Hecht 9 Greif 6 Pfadfinder 8 Endrass 9 Eisteufel 11 Hai 6 Wolf 11 Nebelkönig 10 Pirat 13 Steinbrinck 14 Lohs 19 Blücher 8 Eisbär 5 Vorwärts 18 Stier 6 Iltis 7 Pfeil 11 Trägertod 10 Blitz 19 Tiger 17 Luchs 19 Letzte Ritter 4 Tümmler 6 Wotan 11 Panther 34 Leopard 8 Puma 13 Streitaxt 10 Veilchen 13 Südwärts 6 Natter 15 Delphin 9 Kreuzotter 13 Westwall 20 Schlagetot 10 Wal 8 Boreas 10 Drachen 5 Panzer 11 Draufgänger 10 Büffel 3 Raufbold 14 Ungestüm 13 Spitz 11 Delphin 17 Falke 23
1943 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date de formation Date de dissolution Habicht 10 Jaguar 8 Haudegen 26 Landsknecht 21 Nordwind 7 Rochen 13 Pfeil 13 Nordsturm 5 Hartherz 10 Ritter 13 Taifun 5 Robbe 8 Neptun 11 Knappen 4 Sturmbock 9 Burggraf 18 Wildfang 10 Tümmler 6 Neuland 22 Ostmark 11 Westmark 17 Raubgraf 13 Stürmer 19 Unverzagt 6 Wohlgemut 5 Dränger 11 Seeteufel 17 Seewolf 19 Seeräuber 7 Eisbär 12 Sans nom 5 Löwenherz 14 Taifun 4 Adler 16 Lerche 10 Meise 34 Sans nom 8 Specht 24 Amsel 16 Star 16 Drossel 13 Amsel 1 6 Amsel 2 6 Amsel 3 6 Amsel 4 6 Fink 28 Sans nom 9 Elbe 16 Rhein 12 Elbe 1 13 Elbe 2 13 Isar 4 Lech 3 Inn 4 Iller 6 Naab 7 Donau 1 12 Donau 2 11 Oder 9 Mosel 21 Trutz 18 Trutz 1 4 Trutz 2 8 Trutz 3 4 Geier 1 4 Geier 2 4 Geier 3 3 Sans nom 6 Wiking 7 Monsun 9 Leuthen 21 Rossbach 26 Schlieffen 18 Eisenbart 12 Siegfried 23 Schill 10 Siegfried 1 6 Siegfried 2 8 Siegfried 3 6 Jahn 12 Körner 11 Tirpitz 1 4 Tirpitz 2 5 8 Nov 1943 Tirpitz 3 5 8 Nov 1943 Tirpitz 4 4 8 Nov 1943 Tirpitz 5 3 8 Nov 1943 Eisenhart 1 3 Eisenhart 2 3 Eisenhart 3 3 Eisenhart 4 3 Eisenhart 5 3 Eisenhart 6 1 Eisenhart 7 3 Eisenhart 8 4 Eisenhart 9 3 Eisenhart 10 1 Schill 1 8 Schill 2 9 Schill 3 9 Weddigen 17 Coronel 19 Coronel 1 19 Coronel 2 21 Coronel 3 9 Amrum 6 Borkum 17 Föhr 6 Sylt 6 Rügen 1 8 Rügen 2 6 Rügen 3 8 Rügen 4 9 Rügen 5 9 Rügen 6 11 Hela 4 Rügen 7 3
1944 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date de formation Date de dissolution Isegrim 15 Borkum 1 3 Borkum 2 2 Borkum 3 3 Rügen 31 Hinein 8 Stürmer 13 Werwolf 21 Igel 1 15 Igel 2 15 Hai 1 16 Hai 2 3 Preussen 31 Hartmut 4 Boreas 12 Orkan 4 Taifun 4 Hammer 5 Thor 6 Blitz 9 Donner 9 Keil 5 Donner & Keil 14 Trutz 26 Dragoner 6 Grimm 10 Greif 6 Trutz 7 Dachs 6 Grimm 17 Feuer 4 Schwefel 3 Zorn 13 Regenschirm 4 Panther 21 Stier 18
1945 Nom du Wolfpack Nombre de U-Boote Date formation Date dissolution Rasmus8 Hagen 13 Seewolf 6 Faust 9
Voir aussi Articles connexes Gruppe Monsun, groupe utilisant la méthode Rudeltaktik dans l'océan Indien Bataille de l'Atlantique (1939-1945) Unterseeboot Liste des U-Boote de la Seconde Guerre mondiale Campagne sous-marine alliée dans le Pacifique
Références
Source
Catégorie:Tactique militaire Catégorie:Glossaire militaire Catégorie:Bataille de l'Atlantique (1939-1945)