L’Histoire de la presse écrite au Royaume-Uni a joué un rôle majeur dans le développement des idées et des techniques, en raison d’un dynamisme et d’une liberté très tôt revendiqués, qui en ont fait la pionnière à l’échelle mondiale.

Le premier périodique anglais a été publié en 1622 et s’appelait Weekly News from Italy. Édité par Nicholas Bourne et Thomas Archer, il suit de deux ans seulement les premières publications en anglais d’informations datées, comme le Corrant out of Italy, qui remontent au .

En juillet 1641, sous Charles Ier d'Angleterre, la liberté de la presse est instituée lorsqu'est abolie la Chambre étoilée par le Long-Parlement et les premiers comptes-rendus des séances parlementaires sont publiés. La presse écrite participe activement aux rivalités politiques de la guerre civile des années 1640, entre Parlementaires et Royalistes, en les exacerbant. Dès 1643, s'opposent le Mercurius Aulicus (royaliste), dans les colonnes duquel John Birkenhead (24 1616 – 1679) attaque Oliver Cromwell avec une extrême véhémence et un art consommé de la satire, qui ne l'empêcheront pas de devenir patron du Mercurius publius (journal officiel) après la Restauration anglaise, et le Mercurius Britannicus, fondé et dirigé par le parlementariste Marchamont Needham.

La distribution des journaux est aussi relancée. Le service de lettres royales créé en 1635 par Charles pour une toute petite élite est transformé en 1657 en un service postal accessible à des milliers de personnes, mais surveillé étroitement, par John Thurloe (1616 – 1668), maître général des Postes depuis 1655, surnommé le « grand espion de Cromwell ».

Le journalisme devient vite « un instrument de faction et une machine de guerre politique », où se manifestent « l'inexpérience des écrivains », et « les différences de format ». Parmi les autres journaux alors apparus, le Mercurius poeticus, le Mercurius rusticus (deux titres se disputent ce nom, l'un écrit par le prélat royaliste Bruno Ryves (1596–1677), l'autre, par le poète presbytérien Georges Wither, les Nouvelles de Hull ( News from Hull), les Vérités d'York (Truths from York), les Nouvelles certaines d'Irlande (Warranted tidings from Ireland), le Journal du jour (Diurnal paper), les Événements du jour (Diurnal occurrences), L'Éclaireur de Londres (London Intelligencer); la Colombe d'Écosse (Scotland's dove), le Vautour du Parlement (Parliament's Kite), L'Heraclitus, le Democritus, le Mercurius mastyx et le Modéré {The Moderate). Quelques-uns sont royalistes, avec pour écrivains Edward Taylor, Sir Nicholas L'Estrange, 1st Baronet (1604-1655), Peter Heylin (1591 - 1662), toujours grave et quelquefois éloquent, ou Marchamont Needham, célèbre alors par sa versatilité: il passe du presbytérianisme au royalisme, puis au parti indépendant. Après avoir poursuivi de ses sarcasmes le parti royaliste et le roi lui-même, dans le Mercurius Britannicus, il en devient tout à coup l'ardent défenseur dans le Mercurius Pragmaticus, avant de vouer sa plume à Oliver Cromwell, pour couvrir de sa satire Charles Ier d'Angleterre, qu'il défendait un peu plus tôt. Dans cette presse naissante, la gaieté spirituelle descend souvent jusqu'à la bouffonnerie. À l'époque du procès de Charles Ier d'Angleterre, les feuilles imprimées posèrent les questions suivantes : « Le roi de trois royaumes peut-il être jugé par les sujets d'un de ces royaumes, sans le concours des deux autres? Le roi n'a-t-il pas, comme tout Anglais, le droit d'être jugé par ses pairs"Un chapitre de la révolution française ou histoire des journaux en France de 1789 a 1799", par Charles-Félix de Monseignat Du Cluzel Hachette, 1853, page 24 . ? »

Puis Oliver Cromwell supprime en 1655 une partie des journaux, tandis qu’à sa mort, la Restauration anglaise ne réintroduit pas la liberté de la presse, qui est étroitement contrôlée par le Printing Act, même si elle permet la création le de l’Oxford Gazette qui devient la London Gazette en 1666, le plus ancien périodique au monde encore publié. Mais depuis le Licensing Act de 1662 de sévères pénalités sous forme d'amendes et d'emprisonnement ont rendu la loi dissuasive et la presse britannique va peu à peu se réduire à cette London GazetteThe First Common Market: The British Press on Nineteenth-Century European Journalism E.M. Palmegiano St. Peter’s College, Media History Monographs 11:1 (2008-2009)..

Le dynamisme de la presse augmente réellement à la fin du siècle, lors de la Glorieuse Révolution : de 1688 à 1692, 26 publications sont créées à LondresHistoire de la presse en Angleterre et aux États-Unis, par Athanase Cucheval-Clarigny, page 32., concurrençant la Gazette de Leyde et la Gazette d'Amsterdam de Jean-Alexandre de la Font. Dans les années 1690, le Parlement anglais décide de ne pas renouveler la loi sur la presse, le Licensing Act, afin de garantir la liberté de la presse, ce qui permet le dynamisme de l'édition anglaise et du commerce des idées, et irrigue la Révolution financière britannique. La plupart des fondateurs de nouveaux journaux sont des huguenots qui ont fui la révocation de l'Édit de Nantes en France.

Un pasteur français, Jean de Fonvive, gagne une fortune, 600 livres sterling par anFrom strangers to citizens : the integration of immigrant communities in Britain, Ireland, and colonial America, 1550-1750, par Randolph Vigne, Charles Littleton., avec son Post Man, alimenté par la diaspora des HuguenotsThe Guardian, par John Calhoun Stephens, Sir Richard Steele, et Joseph Addison, page 667.. On lui propose de devenir éditorialiste de la London GazetteThe public prints: the newspaper in Anglo-American culture, 1665-1740 Par Charles E. Clark? page 42.. Abel Boyer (1667-1729), arrivé de Castres en 1689, édite le Post Boy: contre pour le Post Man, des chiffres énormes pour l'époque. Un troisième "quasi-quotidien" national, le Flying Post, sort aussi en 1695, les mardi, jeudi et samedi, pour les envois du Royal Mail. Un autre huguenot, Pierre-Antoine Motteux, fonde dès 1692 le Gentleman's JournalHistoire de la presse en Angleterre et aux États-Unis, par Athanase Cucheval-Clarigny, page 233., mensuel qui gagne le premier public féminin. L’année suivante, en 1693, est créé le premier périodique féminin, le Ladies Mercury. Dès 1696 est lancé le Lloyd’s News précurseur du quotidien d’assurance et des transports maritimes Lloyd’s List. The Athenian Mercury, de Daniel Defoe, est lui apparu dès 1691.

vignette|alt=Plaque commémorative à Londres.|Plaque commémorative à Londres. Le voit l’essor de la presse anglaise et écossaise s’accélérer. Le Norwich Post, pionnier de la presse régionale, paraît en 1701 dans la région lainière du Norfolk, disputant le rôle de premier quotidien de l'histoire au Daily Courant fondé le par le libraire Edouard Mallet au-dessus du White Hart pub à Fleet Street.. Comme le Post Man, il compile des nouvelles de l'étranger. The English Post, journal paraissant trois fois par semaine, est publié de 1700 à 1708 par le libraire et écrivain anglais Nathaniel Crouch (1640–1725), auteur de 70 livres. Les écrivains contribuent à l'ébullition: Daniel Defoe fonde en 1704 le Weekly Review. Jonathan Swift est rédacteur en chef de l’Examiner fondé en 1710. Les Tatler et Spectator, sont fondés en 1709 et 1711 par Richard Steele et Joseph Addison. Benjamin Harris, emprisonné à Boston au lendemain de la sortie du Publick Occurrences Both Forreign and Domestick, premier journal du continent nord-américainStephen L. Vaughn, Encyclopedia of American Journalism (2007), ., revient à Londres fonder le London Post, qu’il dirige de 1699 à 1706.

La loi accompagne cet essor en favorisant la naissance d’un droit d’auteur: en 1709, est voté le "Copyright Act", favorisant les investissements dans la presse, malgré une taxe sur les journaux et la publicité instaurée en 1712. Mais il faut attendre l’année 1771 pour que la presse gagne le droit de publier les lois votées au Parlement.

Après la coûteuse guerre de Sept Ans contre la France, le Stamp Act de 1765 vise en particulier les colonies américaines, afin de renflouer les finances du Trésor et prend une importance symbolique énorme, car il est perçu comme une atteinte à la liberté de la presse. Adopté à l'unanimité le , pour prendre effet le , il prévoit alors une entrée fiscale de sterling de plus par an et frappe tous les documents légaux, les permis, les contrats commerciaux, les testaments, les brochures et les cartes à jouer, mais aussi les journaux. La résistance au sein des colonies fait que la loi est abrogée le , ce qui ne suffira pas à endiguer la colère qui mène à la guerre d'indépendance des États-Unis.

En 1779, paraît le premier journal du dimanche, le Johnson's British Gazette and Sunday Monitor, disparu en 1829. Le Star and Evening Advertiser, né en 1788, est le premier quotidien du soir. Peu à peu, les grands journaux se regroupent dans une rue de Londres, Fleet Street, l’ex-rue des libraires huguenots, qui accueille son premier grand journal en 1815, le Morning Advertiser, fondé en 1794. Un siècle plus tôt, la rue avait accueilli le premier quotidien britannique, le Daily Courant en 1702, comme le rappelle une plaque commémorative apposée à St Bride's church en 2002.

La liberté de la presse, qui avait le vent en poupe au siècle précédent, subit parfois de spectaculaires reculs : Leigh Hunt est emprisonné en 1813 pour avoir critiqué le prince régent dans l’Examiner. Mais la liberté reste la règle . Les premières illustrations apparaissent dans le Times à l’occasion des obsèques de l’amiral Lord Nelson en 1806. Le Bell’s life in London (1823) est le premier à publier des actualités sportives. Plus tard, à l’époque victorienne, la revue satirique Punch (1841) et The Economist (1843) deviennent des titres emblématiques de l’esprit anglais, dont la langue de communication facilite un rayonnement international.

En 1819, à la suite du massacre de Peterloo, qui vit les forces de l'ordre réprimer très violemment une manifestation ouvrière pacifique, le gouvernement fait adopter six nouvelles lois qui restreignent encore davantage la liberté d'expression et qui alourdissent l’impôt sur la presse (une façon de mettre les journaux progressistes hors de portée des ménages ouvriers)..

Combat contre les « taxes sur la connaissance » La presse anglaise est souvent la plus innovatrice au monde, sur le fond comme sur la forme. Elle se heurte cependant à des obstacles, comme la hausse de la taxe sur les journaux en 1797 et 1815 qui les porte à 4 pence par feuille. L'une des six lois votées en 1819 élargit le nombre de journaux qui la subissent et l'impose pour tout ce qui est plus fréquent qu'un mensuel.