vignette|Le premier journal américain datant du 25 septembre 1690. L'histoire de la presse écrite aux États-Unis a pris son essor plus tard qu'en Europe, après avoir été freinée par l'immensité des distances et la dispersion de la population. À la fin du , elle s'est accélérée grâce au dynamisme des grands journaux qui ont joué la carte du télégraphe et du progrès technique, pour toucher un public de masse.

Débuts à Boston C’est le qu’est fondé à Boston le Publick Occurrences Both Forreign and Domestick, premier journal des États-Unis. Un mensuel d'information dont le rédacteur Benjamin Harris estime . , écrit-il, se heurtant immédiatement à la censure administrative britannique. Dans les vingt-quatre heures, tous les exemplaires furent saisis. Benjamin Harris fut emprisonné et quitta Boston cinq ans plus tard pour revenir à Londres et y fonder le London Post, qu’il dirige de 1699 à 1706, avant de le vendre. De 1690 à 1704, aucune tentative ne fut faite pour remplacer le Publick Occurrences. Le gouverneur anglais de la Virginie, le planteur esclavagiste William Berkeley, qui avait reçu à la Restauration anglaise un huitième des Carolines et la copropriété de l'État du New Jersey, dira en 1700 : Le journalisme aux États-Unis, dans la Revue des deux Mondes, tome 20, 1877, par Charles de Varigny ..

Presse pionnière de Boston Le , John Campbell, directeur des postes à Boston, créa la Boston News-Letter, une sorte de feuille d’avis hebdomadaire. Le premier numéro fut porté par le magistrat au président de l'université Harvard, comme une curiosité. Progressivement, la Boston News-Letter donna quelques rares nouvelles commerciales, maritimes, puis enfin politiques et reproduisit quelques extraits de la Gazette de Londres, en s’excusant auprès de ses lecteurs d’être en retard de treize mois sur les nouvelles d’Europe.

De nombreux concurrents apparaissent ensuite, parmi lesquels la Boston Gazette le , qui est critiqué sévèrement par John Campbell : , écrit-il dans le numéro qui suivit la publication de son rival, .

Les pères de l'Indépendance américaine, souvent des journalistes Les penseurs de la révolution américaine sont souvent des promoteurs ardents de la liberté de la presse, comme Benjamin Franklin, signataire de la Déclaration d'indépendance. En 1721, son frère James fonde un journal, le New England Courant sous le pseudonyme de Dame Silence Dogood. (litt. « Silence Faitdubien »). Le personnage du rédacteur inventé par Benjamin était une vieille veuve, « sainte-nitouche », habitant à la campagneW. Isaacson, Benjamin Franklin, Une vie américaine, .. Sous ce pseudonyme il écrit anonymement et discrètement plusieurs articles, qu'il glisse sous la porte de l'atelier de son frère chaque nuit, et qui connaissent immédiatement un grand succès. Mais James est emprisonné pour avoir critiqué les autorités. Benjamin publie alors seul le New England Courant, en contournant la censure, avant que le titre ne soit interdit, avec une citation d'un journal britannique :

Il doit quitter Boston pour New York, où il ne trouve pas d'emploi d'ouvrier imprimeur et doit aller à Philadelphie, terre des quakers pacifistes et anti-esclavagistes, qui deviendra la capitale américaine et le siège de nombreux journaux. Il y est imprimeur officiel du gouvernement, puis maître des postes, ce qui lui facilité la diffusion de ses journaux. Samuel Adams, l’un des autres Pères fondateurs des États-Unis issu de Boston, travailla pour l’Indépendant Advertiser dès 1748, avec Hugh Gaine, Philip Freneau, le poète de la révolution, James Otis, John Adams, Samuel Cooper, Joseph Warren, et Benjamin Austin.

Avant la guerre d'Indépendance, 37 journaux visés par la Stamp Tax Un peu plus tard, le processus qui mène à la guerre d'indépendance des États-Unis est lié aux revendications en faveur de la liberté de la presse, mises en avant pour réclamer plus d'autonomie pour les colonies anglaises d'Amérique. Elles sont directement visées par le Stamp Act de 1765, qui a pour objectif de renflouer les finances du Trésor britannique après la coûteuse guerre de Sept Ans contre la France. Adoptée à l'unanimité par le Parlement le , cette taxe représente une entrée fiscale de sterling de plus par an, avec pour assiette fiscale tous les documents légaux, les permis, les contrats commerciaux, les testaments, les brochures et les cartes à jouer, mais aussi les journaux. La résistance au sein des colonies fait que la loi est abrogée le , ce qui ne suffira pas à endiguer la colère, qui débouche dix ans plus tard sur la guerre d'indépendance des États-Unis.

Alors qu'en 1725, 4 journaux représentaient à eux quatre un tirage annuel de , pour une population de 1 million d’habitants dans l’ensemble des colonies, au début de la guerre d’indépendance en 1775, la population a plus que doublé, avec 2,8 millions d'habitants. Il y 37 journaux dont le tirage total annuel a lui été multiplié par sept, à 1,2 million d’exemplaires. En 1800, les États-Unis comptent 359 journaux, pour une population de 7,2 millions d’habitants et un tirage annuel de 22,3 millions d’exemplaires. En un quart de siècle, le nombre des journaux a décuplé, leur tirage a été multiplié par 20, tandis que la population a seulement triplé. Le Parti fédéraliste, qui veut la pleine application de la Constitution des États-Unis, crée de nombreux journaux en Nouvelle-Angleterre, comme le Rutland Herald, fondé en 1794 par le pasteur Samuel Williams dans le Vermont. Son adversaire, le Parti français à Washington, s'appuie lui sur le boom de la presse francophone en Louisiane.

Premiers journaux à New York La New York Gazette, dont le premier numéro est sorti le , a été le premier journal de l'histoire de New York, publié à une époque où Manhattan ne faisait partie que d'une des Treize Colonies britanniques d'Amérique. Ses premiers numéros ne font que deux pages, mal imprimées, avec essentiellement des nouvelles de l'étranger, parfois vieilles de plusieurs mois, la liste des bateaux arrivés dans le port et quelques publicités..

La seconde publication locale dont la trace a été conservée n'est apparue que huit ans plus tard, The New-York Weekly Journal, publiée par John Peter Zenger à partir du . Son éditeur sera emprisonné pendant les neuf mois d'un procès pour diffamation en 1735, durant lequel sa femme Anna continuera la publication, ce qui en fera la troisième femme journaliste de l'histoire américaine et la première de l'État de New York.

Le lancement en 1789 de la et en 1791 de la donne naissance aux journaux d'opinon radicalement opposés.

Au cours de la période 1725-1800, Clarence Brigham a recensé 137 journaux différents dans l'État de New York, qui en comptera dès 1828 pas moins de 120, dont 20 pour la seule ville de New York.

Arrivée des réfugiés français, après la révolution noire à Haïti À partir de 1794, la révolution haïtienne bouleverse le paysage de la presse américaine : les journaux français se multiplièrent en Louisiane, après l'arrivée massive de réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique, chassés par la révolte des esclaves et l'abolition de l'esclavage. La population double en quelques années, assurant un lectorat à des nouveaux journaux, souvent rédigés en français, portant parfois des noms pittoresques : La Lanterne magique (1798), La Trompette (1811), L'Ami des Lois (1809). L'un de ces réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique, l'imprimeur français Louis Duclot, fonda le Le Moniteur de la Louisiane, avec comme rédacteur en chef l'émigré royaliste Jean-Baptiste Lesur-Fontaine.

Lors de la cession par la France de la Louisiane aux États-Unis, le titre L'Union est fondé pour réaliser . D'autres journaux suivent, la Gazette de la Louisiane, dirigée par un ami du négrier Jean LafitteClaude-Alain Saby, 1815 Les naufragés de l'Empire aux Amériques, page 282., qui relate les exploits des contrebandiersClaude-Alain Saby, 1815, Les naufragés de l'Empire aux Amériques., partiellement rédigé en français sous le pseudonyme « L'Hermite du Bayou » (1817), ou La Lyre louisianaise (1817), de Guillaume-Auguste Montmain.

« Régence d'Albany », conséquence de la guerre de 1812 Lors de la guerre de 1812, l’opinion publique américaine est divisée entre les États de l’ouest, voulant la guerre, et les fédéralistes de la Nouvelle-Angleterre, la jugeant désastreuse. La victoire américaine donne aux premiers le goût du triomphe et du pouvoir, ce qui favorise l'apparition de la « Régence d’Albany », un groupe de politiciens et hommes d'affaires basés près d’Albany, dans l'État de New York, parmi lesquels Martin Van Buren, William L. Marcy ou John A. Dix.

Ils sont soutenus par des journaux puissants et coalisés, le Washington Globe de Francis Preston Blair, Jr., l’influent et agressif Albany Argus. et The Enquirer, qui en 1829 fusionne avec le New York Courier de James Watson Webb pour devenir le Courier and Enquirer, le journal américain qui a la plus forte circulation.. Selon leurs détracteurs, ils exigeaient et obtenaient le renvoi de leurs adversaires et désignaient au pouvoir exécutif, dans tous les États comme à l’échelle fédérale, leurs candidats, qui étaient en général aussitôt acceptés. Au point qu'en quelques mois, les fédéralistes furent exclus de toutes les positions officielles et remplacés par les candidats proposés par les journaux du parti vainqueur.

La « Régence d’Albany » poussa le Congrès des États-Unis à voter un budget de 25 millions de francs pour l’acquisition de la Floride à l’Espagne, via le traité d'Adams-Onís, du . Son slogan, « L’Amérique aux Américains », mena aux étapes suivantes comme la conquête du Texas qui intéressait les spéculateurs américains : en 1827 et 1829, les présidents John Quincy Adams et Andrew Jackson tentèrent de l'acheter au Mexique, sans y parvenir, ce qui entraîna ensuite une guerre. Puis ce fut l’annexion de l’Oregon, et l’achat de l’Alaska à la Russie.

Des années 1810 à la fin des années 1830, le pouvoir de ces grands journaux, qualifiés de « machine politique dirigée par Martin Van Buren », était redouté aussi dans le domaine économique et financier"Secteur financier et croissance : un cercle vertueux", par Stephen Haber, Stanford University, site du FMI .. La délivrance de l’agrément bancaire dans l’État de New York a été contrôlé par cette Régence d’Albany : les agréments bancaires n’étaient délivrés qu’à ses amis de la Régence, en échange de quoi les législateurs recevaient divers pots-de-vin, comme la possibilité de souscrire au pair à l'introduction en bourse d’actions bancaires. La « Régence » perdit le contrôle de la législature de l’État en 1837, à la suite d'un changement de la législation du droit de vote de l’État en 1826, pour autoriser le suffrage masculin universel. En 1837, le parti Whig, devenu dominant, décida que l’État ne délivrerait plus d’agrément du tout : les banques étaient désormais autorisées à condition de déposer des obligationsSecteur financier et croissance : un cercle vertueux, par Stephen Haber, Stanford University, site du FMI .. Dès 1841, New York comptait 43 banques libres, avec un capital total de 10,7 millions de dollars. En 1849, c'était déjà 111 avec 16,8 millions de dollars de capital et 274 en 1859 pour 100,6 millions de dollars.

Poids des presses religieuses et agricoles Nathaniel Willis a fondé le Recorder, premier journal exclusivement consacré aux questions religieuses à Boston le . Presque simultanément parurent le Congregationalist, puis le Watehman, organe des baptistes, qui compte alors , le New-York Observer, qui tire à , le Zion Herald, journal des méthodistes, et le Christian Register, oracle des unitairiens. L’église presbytérienne est représentée par l’Evangelist, publié par une association de jeunes souhaitant favoriser les progrès de l’éducation et combattre l’institution de l’esclavage. Dès 1870, les États-Unis comptent 420 journaux exclusivement religieux qui totalisent 9 millions d’abonnés.