Le lac d'Enghien Prononciation en français de France (français standard) retranscrite selon la norme API. est un plan d'eau d'une superficie de quarante-trois hectares, situé en zone urbaine dans le département du Val-d'Oise à onze kilomètres au nord de Paris. Il est inclus en totalité dans le périmètre de la commune d'Enghien-les-Bains, qui est née sur ses rivages au , à la suite de la découverte des sources thermales les plus sulfureuses de France. Le plan d'eau est issu d'un barrage aménagé au Moyen Âge au débouché d'un marécage, situé au fond de la vallée de Montmorency. Avec son cadre de verdure et son environnement résidentiel, il se distingue dans la banlieue nord de Paris.
Géographie
Le lac d'Enghien se situe au débouché de la vallée de Montmorency, large dépression urbanisée située entre deux buttes-témoins, reliant la vallée de la Seine à la vallée de l'Oise. La vallée n'est parcourue par aucun cours d'eau majeur, mais recouvre en réalité deux bassins versants différents : celui du ru de Liesse, se jetant dans l'Oise au nord, et celui du lac d'Enghien, alimenté par plusieurs rûs s'écoulant de la forêt de Montmorency, ainsi que de la butte de Cormeilles, et se jetant dans la Seine au sud.
Outre le plan d'eau principal, le lac possède deux extensions : le « petit lac » (ou « lac Nord »), réparti entre les territoires des communes de Soisy-sous-Montmorency et Saint-Gratien et le bassin de l'Ouest, dit « lac de la Princesse Mathilde », dépendant entièrement de Saint-Gratien. Il ne compte qu'une seule île, d'origine artificielle, l'« île des Cygnes », ainsi qu'un îlot, l'« île de la Princesse », situé au centre du bassin de l'ouest. Le lac constitue la plus importante étendue d'eau du département du Val-d'OiseDDT du Val-d'Oise - Relief, géologie et hydrographie..
Hydrographie vignette|redresse=1.3|L'île des Cygnes, vue de la presqu'île aux fleurs, sur la rive occidentale. Au fond, on distingue la jetée-promenade, avec le nouvel établissement thermal en construction fin 2005.
Le lac est essentiellement alimenté par plusieurs ruisseaux, provenant pour la majeure partie de la forêt de Montmorency et alimentant le petit lac Nord : ru de la Grille (long de , provenant de la butte de Cormeilles), ru d'EnghienSANDRE, Cours d'eau : ru d'Enghien. (long de , du domaine de la Chasse, en forêt de Montmorency) et son affluent, le ru CorbonSANDRE, Cours d'eau : ru de Corbon. (), ruisseau d'Andilly ou des communesSANDRE, Cours d'eau : ruisseau d'Andilly. (long de , des sources d'Andilly et Soisy-sous-Montmorency) ainsi que son petit affluent provenant de la fontaine Saint-Valéry à MontmorencyIAURIF, Fiche du bassin versant du lac d'Enghien..
Au creux du bassin versant, l'affleurement de couches imperméables dans les zones à très faible déclivité favorise une stagnation des eaux, ce qui engendre la création de zones humides. Ainsi l'Étang Neuf sous Montmorency forme une zone marécageuse au point le plus bas de la vallée, d'environ quatre kilomètres de long sur de largeur, située entre Ermont, Saint-Gratien et Épinay-sur-Seine. En 1768, l’Étang Neuf possédait une surface de (soit environ), pour une surface actuelle du lac d’Enghien de , lac nord comprisJean-Paul Neu, Enghien-les-Bains, Nouvelle histoire, plan cadastré de 1768, ..
L'actuel lac d'Enghien proprement dit occupe une surface de (soit ). D'une longueur de et d'une largeur de , son périmètre atteint . Il est très peu profond puisqu'il atteint entre de fond, avec un maximum de au déversoir sous la jetée. Les relevés enregistrés vers 1900 indiquent au nord, à l'est, au sud et à l'ouest.
Au fond du lac, se trouve une couche de vase de environ, s'épaississant avec les années et nécessitant des curages réguliers. Ainsi fut formée l'île des Cygnes par l'amoncellement de la vase d'un curage en 1860. Elle remplace une ancienne île du même nom, située légèrement plus au nord et de la même origine. La petite île de la Princesse, formée dans le lac de la Princesse Mathilde à Saint-Gratien, possède elle aussi une origine identique. Les eaux du lac se vident par un déversoir dans le ru d'Ormesson, lui-même canalisé et souterrain, qui se jette dans la Seine à Épinay-sur-Seine. Le lac, situé à une altitude de , domine le cours de la Seine à Épinay de J-P. Neu, Enghien-les-Bains 125 ans d'histoire, ..
Géologie L'histoire géologique de la région s'inscrit dans celle, plus large, du Bassin parisien. Elle est liée à l'alternance de transgressions et de régressions marines durant les ères secondaires et tertiaires. Les considérables dépôts sédimentaires occasionnés sur les fonds marins, et les mouvements tectoniques connus par la région il y a environ cinquante millions d'années expliquent cet empilement.
Le contrecoup de l'orogenèse alpine durant le pliocène définit le relief actuel. Les couches sédimentaires sont relevées d'une soixantaine de mètres, et ondulent, formant synclinaux et anticlinaux. L'érosion reprenant son cours, les couches de roches les plus dures ralentissent l'érosion en certains points, qui deviennent des buttes-témoinsCollectif, sous la direction de Philippe Sueur, 150 ans d'histoire d'Enghien-les-Bains, ..
La vallée de Montmorency, d'orientation nord-ouest/sud-est, est une portion d'un vaste pli géologique dit synclinal, s'étendant de Saint-Denis à la vallée de la Viosne, dans le Vexin français. À la fin de la dernière glaciation de Würm, la région se couvre d'une forêt tempérée décidue. Le fond de vallée, qui recueille les eaux des buttes-témoins qui l'encadrent mais n'est drainée par aucune rivière, devient une zone humide et marécageuse.
Le sous-sol sur lequel s'étend le lac est constitué d'alluvions modernes d'une épaisseur d'environ , composés de limons plastiques à débris ligneux, de sables fins et de sables argileux avec niveaux de tourbes compactées, sur une épaisseur atteignant parfois deux mètres. Ces tourbes ne datent que de la base de l'holocène, soit environ Collectif, sous la direction de Philippe Sueur, 150 ans d'histoire d'Enghien-les-Bains, ..
Les eaux thermales
Le lac abrite dans deux nappes sous-jacentes superposées les eaux les plus sulfureuses de France (jusqu'à ), ce qui représente une teneur du double au triple de celles des eaux sulfurées sodiques des stations pyrénéennes, Amélie-les-Bains-Palalda, Cauterets ou Bagnères-de-Luchon ou encore de la fosse n° 2 - 7 des mines de Meurchin dans le bassin minier du Nord-Pas-de-CalaisÉmile Vuillemin, Le Bassin Houiller du Pas-de-Calais. Tome II : Histoire de la recherche, de la découverte et de l'exploitation de la houille dans ce nouveau bassin, Imprimerie L. Danel, Lille, 1880, .. Toutefois à la différence de ces stations, les eaux d'Enghien sont froides, avec une température de 11,8° à 13°.
Longtemps attribuées au volcanisme, pourtant absent du bassin parisien, on connaît aujourd'hui les origines de cette particularité. Les eaux de ruissellement transitent dans le sol pendant deux à neuf ans et alimentent deux nappes d'eau situées à sous la surface du lac. L'eau de pluie tombée dans la région traverse les couches de gypse puis de calcaire constituant la butte-témoin de Montmorency et de Cormeilles, et se charge de sulfate de calcium. Arrivant au creux de la vallée au sommet des couches de calcaire de Saint-Ouen, au contact des épaisseurs de tourbe organique au fond du lac situées sous l'épaisseur de vase, le sulfate est activé par les bactéries sulfato-réductrices présentes et se transforme en sulfure. Ce contact n'est établi que dans la partie méridionale du lacJ-P. Neu, Enghien-les-Bains 125 ans d'histoire, ..
Histoire vignette|Plan de la source sulfureuse en 1779.
Durant le de notre ère, les romains aménagent la chaussée Jules César à travers les marais occupant le fond de la vallée. Mais le lieu, alors certainement inhospitalier, ne connaît aucune implantation et les sources thermales restent ignorées.
Jusqu'à la fin du , le site n'est qu'un vaste marécage au débouché de la vallée de Montmorency. Aménagé avec une levée de terre afin de faire monter le niveau des eaux, probablement sur ordre du maître des lieux, le seigneur de Montmorency, il forme l'étang-Neuf-sous-Montmorency. Le plan d'eau ainsi formé constitue une réserve de poissons, aliment très prisé et onéreux à cette époque ; le déversoir, canalisé et régulé, fait alors tourner la roue d'un moulin. Les roseaux qui peuplent le lac sont exploités pour la construction de couvertures de cabanes et chaumières. De la même manière, sont formés l'étang d'Ermont et l'étang Coquenard à Épinay.
L'étang, toujours entouré de zones marécageuses, n'attire pas d'implantations humaines durant les siècles qui suivent. Au , seul un moulin et deux maisons bordent les rives du lac, celle du garde, l'étang demeurant privé, et celle hébergeant le personnel au moment de la pêche, la « maison de la bonde ». L'étang fait l'objet de nombreux litiges entre le suzerain et ses vassaux, concernant le détournement des eaux ou l'entretien des rives et des rus qui l'alimentent. En 1314, les religieux du prieuré de Meynal, en forêt de L'Isle-Adam, réclament la dîme des anguilles qui y sont pêchées au seigneur de Montmorency. Durant plusieurs siècles, l'étang est baillé à des tenanciers, contre une forte redevance. Au , ils sont tenus de le ré-empoissonner régulièrement, ainsi que de planter et d'entretenir des saules sur ses rives, utiles pour la vannerie ou le cerclage des tonneaux dans une région à cette époque viticoleCollectif, sous la direction de Philippe Sueur, 150 ans d'histoire d'Enghien-les-Bains, .
Le premier moulin semble apparaître dans les textes à la fin du . En 1247, il est cité sous le nom de moulin de Saint-Gratien, puis en 1368 dans le cartulaire des fiefs de Montmorency, sous le nom de Moulin de l'Estant. Érigé sur le territoire de la paroisse de Deuil, il est la propriété du seigneur de Montmorency. Les cartes du permettent de le localiser avec précision, en retrait de la chaussée, devant l'actuel hôtel du lac. Un bief particulier contrôlé par une vanne permet de l'alimenter. Il est démoli en 1865 par la société qui exploite les eaux thermales. Outre le bief du moulin, deux autres ruisseaux s'échappent du lac : le trop plein, situé à l'emplacement de l'actuel pavillon du lac, et le ruisseau déversoir des bondes, ouvert uniquement lors du vidage de l'étangCollectif, sous la direction de Philippe Sueur, 150 ans d'histoire d'Enghien-les-Bains, . Mais le destin du lieu change radicalement à la fin du Magazine Vivre en Val-d'Oise, Spécial Enghien-les-Bains, .
En 1766, le père Louis Cotte, oratorien à Montmorency et féru de sciences, découvre les vertus des eaux s'échappant du déversoir du lac. En effet, un filet d'eau, baptisé par les habitants « ruisseau puant » en raison de son odeur caractéristique d'œuf pourri, s'échappe de la digue. À la faveur d'une grande pêche, le père Cotte observe qu'une fois le lac entièrement vidé, le ruisseau se déverse toujours au même débit, indiquant la présence d'une source et non un simple déversoir de l'étang. Ses premières expériences ainsi que les analyses qu'il demande à l'académie des Sciences démontrent qu'il est chargé de soufre. Les vertus médicinales reconnues, un premier établissement de bains est créé en 1779Magazine Vivre en Val-d'Oise, Spécial Enghien-les-Bains, .
vignette|Plan d'alignement de 1853. On distingue l'ancienne île des Cygnes, déplacée plus au sud lors du curage de 1860.