vignette|Jules Ferry, président de l'Association nationale républicaine (1889-1893). L'Association nationale républicaine est une formation politique française de la fin du et du début du .
Fondée en 1888 pour lutter contre le boulangisme, elle rassemble surtout des républicains modérés et libéraux, dits « opportunistes », dont elle suit l'évolution, du centre gauche au centre droit de l'échiquier politique, avant de participer à la création de la Fédération républicaine en 1903.
Histoire Pendant la crise boulangiste vignette|150px|Maurice Rouvier, premier président de l'association (1888-1889).
En 1887, face aux progrès d'un mouvement boulangiste appuyé sur une propagande électorale offensive et efficace, les républicains décident de s'organiser afin de défendre le régime et de préparer les élections de 1889, en tirant les leçons des législatives de 1885 et en mettant à profit la célébration du centenaire de la Révolution française. Cette perspective motive les travaux de l'Association républicaine du Centenaire de 1789 (avec Paul Devès pour président et Paul Delombre pour secrétaire général) ainsi que la réunion d'un « Comité national républicain » (à ne pas confondre avec le « Comité républicain national », boulangiste) dirigé par Jules SteegRoger Merlin, « Jules Siegfried », Le Musée social, , n 6, juin 1923, p. 195-196.. En , ces deux associations fusionnent pour former l’Association nationale républicaine (Centenaire de 1789)« Le congrès national républicain » et « L'Association républicaine du Centenaire de 1789 », Le Temps, 9 et 19 février 1888, p. 2..
Plus de douze ans avant la constitution des premiers partis politiques français, l'Association nationale républicaine a vocation à coordonner l'action électorale des républicains de gouvernement, en centralisant les informations remontant des circonscriptions, en donnant des conseils juridiques aux comités locaux, en récoltant des fonds pour la campagne, en éditant des brochures ainsi qu'un bulletin périodique, en correspondant avec les journaux de province, en diffusant des caricatures du général Boulanger, et en organisant des banquets ainsi que des conférences. Siégeant au 51 de la rue Vivienne, elle se dote d'un « conseil général » (comparable au conseil d’administration des futures associations loi de 1901) et d'un « comité directeur » (bureau).
Élu président de l'association en « Nouvelles du jour », Le Temps, 14 mars 1888, p. 2., Maurice Rouvier doit se retirer un an plus tard afin de se consacrer à ses responsabilités ministérielles. Il est alors remplacé par Jules Ferry en avril« L'Association nationale républicaine », Le Temps, 13 avril 1889, p. 2., qui assurera cette fonction jusqu'à son élection à la présidence du Sénat, peu de temps avant sa mort, en .
Composée principalement de républicains opportunistes, l'Association nationale républicaine se distingue ainsi de l'autre grande association antiboulangiste, la Société des droits de l'homme et du citoyen, située plus à gauche car rassemblant surtout des radicaux (Clemenceau), des gambettistes de gauche (Ranc) et des socialistes possibilistes (Joffrin, Allemane) ou indépendants (Lissagaray). Le conservatisme de l'Association nationale républicaine est d'ailleurs critiqué par le radical Stephen Pichon dès 1888Stephen Pichon, « Un Parti », La Justice, 24 juin 1888, p. 1..
De la fin du boulangisme à l'Affaire Dreyfus vignette|150px|Eugène Spuller, président de l'association en 1893.
Ni la répression du boulangisme ni la fin des célébrations du centenaire ne mettent un terme aux activités de l’association, qui continue à recruter aussi bien parmi les élus de la majorité que parmi les industriels, les négociants, les hauts fonctionnaires et les élites scientifiques et culturellesG. Davenay, « L'Association nationale républicaine », Le Figaro, 30 août 1894, p. 2.. Elle compte entre 5.000Spuller, p. 10. et 10.000 membres en 1894. Forte, à cette dernière date, de 1.200 comités locaux, elle exerce une influence considérable, à tel point que l'ancien chef de gouvernement Émile Ollivier a pu la considérer comme « le véritable gouvernement » : « C'est elle qui a exigé les non-lieu de Panama, qui fait les élections, qui patronne les candidatures officielles, qui nomme les préfets et les sous-préfets. Tout rayonne d'elle »Propos recueillis par Charles Morice et Henry Jarzuel, « La Constitution », Le Figaro, 11 août 1894, p. 1..
Confiée pendant quelques mois à Eugène Spuller« À l'Association nationale républicaine », Le Temps, 22 mars 1893, p. 1., qui doit démissionner afin d'intégrer le gouvernement en Le Temps, 8 décembre 1893, p. 2., la présidence échoit le mois suivant au député Honoré AudiffredLe Temps, 19 janvier 1894, p. 2.. Décerné à Spuller, le titre de président d'honneur est attribué, après sa mort, à Pierre Waldeck-RousseauMeline, p. 30-31..
Opposée au projet radical d'impôt sur le revenuLe Temps, 29 mars 1896, p. 3. et hostile à l'encontre des socialistes, l'association encourage la création, en 1899, de la « Ligue des contribuables » de Jules Roche, dont Audiffred prend la vice-présidenceÉmile Berr, « La Ligue des contribuables », Le Figaro, 12 janvier 1899, p. 1-2..
De l'Affaire Dreyfus à la guerre vignette|150px|Honoré Audiffred, président de l'association à partir de 1894.
Pendant l'Affaire Dreyfus, l'Association nationale républicaine évolue vers la droite. Malgré son refus des thèses antisémitesLe Temps, 5 juin 1898, p. 2., elle s'inscrit progressivement dans le camp antidreyfusard. Audiffred soutient ainsi Méline contre Loubet lors du Congrès de février 1899Le Figaro, 27 février 1899, p. 1. puis, malgré sa proximité avec Waldeck-Rousseau (dont il avait accepté la vice-présidence Grand Cercle RépublicainLe Temps, 17 février 1898, p. 1.), il s'oppose au gouvernement de Défense républicaine formé en juin.
Lors de cette scission du camp « progressiste » (adjectif revendiqué par les opportunistes dans les années 1890), de nombreux adhérents (comme Yves GuyotGil Blas, 3 février 1898, p. 2., Ferdinand Dreyfus, Ratier, MuretLe Temps, 29 juin 1898, p. 4., Robiquet, Fontaine« L'Association républicaine », Le XIXe siècle, 4 juillet 1899, p. 2., LevenLe Temps, 9 juillet 1899, p. 3. et RaynalLe Temps, 11 juillet 1899, p. 4.) quittent l'associationBernard, p. 96. pour rejoindre les progressistes dreyfusards, qui créent en 1901 le parti de l'Alliance républicaine démocratique (ARD). En 1902, le dreyfusard Arthur Ranc critique le positionnement de l'association présidée par Audiffred et juge qu'elle ne devrait plus se réclamer de l'héritage de Gambetta et de FerryLe Figaro, 9 février 1902, p. 3. Sur Audiffred et l'Affaire, voir sa notice du Dictionnaire biographique et géographique de l'affaire Dreyfus {https://dicoaffairedreyfus.com/index.php/2020/03/01/honore-audiffred/}..
Séparés de l'ARD par leur opposition à un Bloc des gauches ouvert aux socialistes, les progressistes de centre droit se distinguent également, par l'ancienneté de leur républicanisme et leur refus du cléricalisme, des catholiques ralliés qui fondent l'Action libérale populaire (ALP) en 1902. Ils décident donc de remédier à leur dispersion en créant à leur tour un grand parti politique. Ainsi, le , l'Association nationale républicaine se joint à l'Union libérale républicaine, à l'Alliance des républicains progressistes de Méline et aux groupes parlementaires modérés (groupe républicain progressiste à la Chambre des députés, Alliance républicaine au Sénat) pour fonder la Fédération républicaineAuguste Avril, « Les Progressistes », Le Figaro, 19 novembre 1903, p. 3.. Tout en adhérant à ce parti de droite républicaine présidé par Eugène Motte, l'association poursuit ses activités jusqu'à la veille de la Première Guerre mondialeLe Temps, 26 avril 1914, p. 3..
Membres notables Membres du comité directeur
Membres du conseil général
Références
Bibliographie Mathias Bernard, La Dérive des modérés, la Fédération républicaine du Rhône sous la Troisième république, Paris, L'Harmattan, 1998. Jules Méline, Discours politique prononcé à Remiremont le , Paris, Association nationale républicaine, 1897. Eugène Spuller, La Tradition républicaine, discours prononcé le au banquet de l'association, Paris, Association nationale républicaine, 1893. Jules Ferry, Le Centenaire de la Révolution française, discours, Paris, Association nationale républicaine, 1889.
Catégorie:Association ou organisme fondé sous la Troisième République Catégorie:Association fondée en 1888 Catégorie:Association ou organisme libéral français