La naissance de la République italienne marque la fin du royaume d'Italie et constitue un événement majeur dans l'histoire contemporaine du pays.

Au , la maison de Savoie joue un rôle important dans l'unification italienne. Au , elle laisse cependant le Parti national fasciste de Mussolini imposer sa dictature et jeter le pays dans la Seconde Guerre mondiale, ce qui ravive les idées républicaines. La République italienne est fondée sur les résultats du référendum institutionnel du . Toutefois, une controverse sur l'organisation et le dépouillement du référendum accompagne cet événement.

L'élection d'une assemblée constituante, concomitamment au référendum sur la question institutionnelle, fait émerger un nouvel échiquier politique : un bloc de gauche dominé par le Parti socialiste et le Parti communiste réunit dix millions d'électeurs ; les partis de droite, libéraux, monarchistes et populistes rassemblent sur leurs idées quatre millions d'électeurs et, en position centrale, la démocratie chrétienne mobilise huit millions d'électeurs. Le Conseil des ministres italien désigne alors, dans la nuit du 12 au , le démocrate-chrétien Alcide De Gasperi comme chef provisoire de l'État, bien que les résultats de la consultation ne soient pas encore définitifs. Le dernier roi d'Italie, Humbert II, quitte le pays le . La transition se déroule de façon pacifique, malgré quelques violences locales et un climat de forte tension.

Le nouvel État républicain se met en place sous l'impulsion des gouvernements successifs animés par Alcide De Gasperi. À leur gauche, le bureau central du Parti communiste italien et son secrétaire général, Palmiro Togliatti, choisissent d'inscrire leur combat politique dans le respect de la légalité, facilitant le démarrage des nouvelles institutions. À sa première session, le , l'Assemblée constituante italienne élit au premier tour Enrico De Nicola nouveau chef de l'État provisoire. Celui-ci prend le titre de président de la République italienne à partir du , avec l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution de la République italienne, élaborée en dix-huit mois.

Préludes à la naissance de la République Idée républicaine en Italie vignette|gauche|alt=photographie|Giuseppe Mazzini.

L'histoire de la péninsule italienne est riche en périodes de gouvernements dits « républicains ». La République romaine antique a ainsi marqué l'histoire. De Cicéron à Machiavel, les philosophes italiens ont imaginé les bases de la science politique et du républicanismeJean-Jacques Rousseau note, dans le Contrat Social, à propos de Machiavel et de son ouvrage Le Prince : .. Mais au , c'est Giuseppe Mazzini qui relance l'idée républicaine en Italie.

En , en exil à Marseille, Giuseppe Mazzini, fonde le mouvement , qui a à la fois pour objectif de transformer l'Italie en une république démocratique unifiée, selon les principes de la liberté, de l'indépendance et de l'unité, mais aussi d'en chasser les régimes monarchiques préexistant à l'unification, y compris le royaume de Sardaigne. La fondation de constitue un moment-clé du italien et ce programme républicain précède dans le temps les propositions pour l'unification de l'Italie d'un Vincenzo Gioberti, visant à réunir ce territoire sous la présidence du pape, ou du piémontais Cesare Balbo. Par la suite, le philosophe milanais Carlo Cattaneo devient le promoteur d'une Italie laïque et républicaine dans le prolongement des idées d'un Mazzini, mais organisée en république fédérale.

Les projets politiques de Mazzini et Cattaneo sont contrecarrés par l'action du Premier ministre piémontais Camillo Benso, comte de Cavour, et de Giuseppe Garibaldi. Ce dernier met entre parenthèses ses idées républicaines pour privilégier l'unité italienne. Après avoir réalisé la conquête de presque toute l'Italie du Sud lors de l'expédition des Mille, Garibaldi apporte les territoires ralliés au roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II, après un plébiscite. Ceci lui vaut de lourdes critiques de nombre de républicains qui l'accusent de trahison. Tandis que commence une laborieuse unification administrative, un premier parlement italien est élu et, le , Victor-Emmanuel II est proclamé roi d'Italie.

De 1861 à 1946, l'Italie est une monarchie constitutionnelle fondée sur le Statut albertin, du nom de Charles-Albert de Sardaigne, le roi qui le promulgua, en 1848, pour ses sujets du royaume de Sardaigne. La Couronne est héréditaire. Le parlement comprend un Sénat, dont les membres sont désignés par le roi et une Chambre des députés, élue au suffrage censitaire. 2 % seulement des Italiens possèdent le droit de vote en 1861. Une frange républicaine (mais aussi anarchiste) subsiste, se manifeste ponctuellement et a rapidement ses martyrs, notamment le militaire Pietro Barsanti, fusillé le pour avoir refusé de réprimer une émeute.

Statut albertin et Italie libérale vignette|alt=Tableau représentant l'ancien roi de Sardaigne|Charles-Albert de Savoie.

L'équilibre des pouvoirs entre la Chambre et le Sénat a d'abord basculé en faveur du Sénat, constitué essentiellement de nobles et de personnalités issues de l'industrie. Peu à peu, la Chambre des députés prend plus d'importance avec l'évolution de la bourgeoisie et des grands propriétaires, soucieux de progrès économique, mais partisans de l'ordre et d'un certain conservatisme social.

Les républicains, qui, en 1853, forment, autour de Mazzini, le Parti d'action (), participent aux élections du Parlement italien. Bien qu'étant en exil, Mazzini est élu en 1866, mais il refuse de siéger. Carlo Cattaneo est élu député en 1860 et en 1867, mais il refuse également cette charge afin de ne pas avoir à jurer fidélité aux Savoie. En 1869, il finit par céder sous la pression de ses amis, puis renonce au dernier moment. Le problème du serment de fidélité à la monarchie, nécessaire pour être élu, est un sujet de controverses au sein des forces républicaines. En 1873, Felice Cavallotti, un des hommes politiques italiens les plus engagés contre la monarchie, fait précéder son serment d'une déclaration réaffirmant ses convictions républicaines. En 1882, la loi électorale abaisse le cens et fait passer le nombre d'électeurs à plus de deux millions, soit 7 % de la population. La même année est créé le Parti ouvrier italien, qui devient en 1895 le Parti socialiste italien. En 1895, les républicains purs et durs acceptent de participer à la vie politique du Royaume, formant le Parti républicain italien. Deux ans plus tard, l'extrême gauche obtient son plus haut niveau historique au Parlement avec 81 députés, pour les trois composantes radical-démocratique, socialiste et républicaine. Avec la mort de Felice Cavallotti en 1898, la gauche radicale renonce à mettre en avant le problème institutionnel.

Dans l'échiquier politique italien, le Parti socialiste se partage progressivement en deux tendances : l'une maximaliste, animée entre autres par Arturo Labriola et Enrico Ferri, préconise le recours à la grève ; l'autre, réformiste et pro-gouvernementale, est dirigée par Filippo Turati. Un mouvement nationaliste émerge, conduit notamment par Enrico Corradini, ainsi qu'un mouvement catholique social et démocratique, la Ligue démocratique nationale, animée par Romolo Murri. Le pape Pie X autorise en 1904 les catholiques à participer à titre individuel à la vie politique, mais condamne en 1909 la Ligue démocratique nationale créée par Romolo Murri, qui est excommunié.. Enfin, une loi du marque l'évolution de l'Italie vers un certain libéralisme politique en instaurant le suffrage universel masculin. En 1914, lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, l'Italie peut être comptée parmi les démocraties libérales.

Fascisme

thumb|left|Le dictateur Benito Mussolini.|alt=Photographie de Mussolini défilant en uniforme

Après la Première Guerre mondiale, la vie politique italienne est animée par quatre grands mouvements. Deux de ces mouvements sont favorables à une évolution démocratique dans le cadre des instituions existantes : les socialistes réformistes et le Parti populaire italien (résurgence en 1918 d'un mouvement catholique, social et démocratique, précurseur de la démocratie chrétienne). Deux autres mouvements remettent en cause ces institutions : le Parti républicain d'une part, et les socialistes maximalistes (enthousiasmés par l'arrivée au pouvoir des bolcheviks en Russie). Lors des élections de 1919, les partis les plus imprégnés de l'idéologie républicaine (les socialistes maximalistes et le Parti républicain) remportent, au sein de la Chambre des députés, 165 sièges sur 508. En 1921, après la fondation du Parti communiste italien, les trois partis républicains, socialistes maximalistes et communistes réunissent 145 députés sur 535. Globalement, au début de la période de l'entre-deux-guerres, moins de 30 % des élus sont favorables à l'instauration d'un régime républicain. Dans ce contexte, la montée du mouvement fasciste de Mussolini s'appuie sur l'amertume engendrée par la , la peur de l'agitation sociale et le refus de l'idéologie révolutionnaire, républicaine, voire marxiste. Le système politique libéral et une partie de l'aristocratie choisissent d'ériger le fascisme comme un rempart.

En , la nomination, par le roi Victor-Emmanuel III, de Benito Mussolini en tant que président du Conseil, à la suite de la marche sur Rome, ouvre la voie à l'établissement de la dictature. Le Statut albertin est progressivement vidé de son contenu. Le Parlement est soumis à la volonté du nouveau gouvernementLa Chambre des députés est remplacée en janvier 1939 par la Chambre des Faisceaux et Corporations.. L'opposition légale se désunit. Les catholiques populaires hésitent. Le , 127 députés quittent le Parlement et se retirent sur l'Aventin, une manœuvre maladroite qui laisse, de fait, le champ libre aux fascistes. Ceux-ci disposent pour deux décennies du sort de l'Italie.

Non seulement Victor-Emmanuel III fait appel à Mussolini pour former le gouvernement en 1922 et le laisse procéder à la domestication du Parlement, mais il ne tire pas non plus les conséquences de l'assassinat de Giacomo Matteotti en 1924. Il accepte le titre d'empereur en 1936 à l'issue de la guerre d'Éthiopie, puis l'alliance avec l'Allemagne nazie et l'entrée en guerre le .

Partis antifascistes en Italie et à l'étranger

vignette|alt=illustration graphique|Drapeau d'une organisation antifasciste.

Avec la mise en place des lois fascistissimes (arrêté royal du ), tous les partis politiques opérant sur le territoire italien sont dissous, à l'exception du Parti national fasciste. Certains de ces partis se déplacent et se reconstituent à l'étranger, principalement en France. Une coalition antifasciste se forme ainsi, le , à Paris. Il s'agit de la , réunissant le PRI (Parti républicain italien), le PSI (Parti socialiste italien), le PSULI (, ou Parti socialiste unitaire des travailleurs italiens, nom pris par les socialistes réformistes de Turati), la Ligue italienne des droits de l'homme et la représentation à l'étranger de la CGIL (Confédération générale italienne du travail). Quelques mouvements restent en dehors, dont le Parti communiste italien, le mouvement des catholiques populaires et d'autres mouvements libéraux. Cette coalition éclate le et, en août de la même année, le pacte d'unité d'action entre le Parti socialiste et le Parti communiste italiens constitue une nouvelle tentative de rassemblement.