Tous les garçons et les filles de leur âge est une collection de neuf téléfilms français sur le thème de l'adolescence, commandée par la chaîne Arte et diffusée durant le dernier trimestre 1994. Chaque épisode est réalisé par un cinéaste différent : André Téchiné, Chantal Akerman, Claire Denis, Olivier Assayas, Laurence Ferreira Barbosa, Patricia Mazuy, Émilie Deleuze, Cédric Kahn et Olivier Dahan. Cette série vient d'une idée de Chantal Poupaud qui l'a proposée au producteur Georges Benayoun ainsi qu'à Pierre Chevalier, qui dirige l'unité Fiction d'Arte. Les téléfilms sont créés avec un budget modeste et doivent répondre à une liste de contraintes précises, même si une grande liberté artistique est laissée aux réalisateurs. Ils se déroulent à des époques différentes, entre les années 1960 et les années 1990, époques dont ils doivent utiliser la musique rock.

Le thème de l'adolescence, la légèreté des tournages, et le fait de devoir filmer de jeunes acteurs souvent inconnus, incitent les réalisateurs à vouloir réussir ces œuvres de commande et à en faire des œuvres personnelles. Tourner pour la télévision donne même un sentiment de liberté supplémentaire à certains d'entre eux. Trois films de cette série sont sélectionnés au Festival de Cannes et sortent en salles dans une version longue et sous un titre différent. Les Roseaux sauvages d'André Téchiné, sort en et est primé de nombreuses fois aux César l'année suivante. Trop de bonheur de Cédric Kahn et L'Eau froide d'Olivier Assayas sont aussi exploités en salles, respectivement en juin et , au terme d'un affrontement entre Arte et le coproducteur extérieur des films.

Cette collection, particulièrement louée par la critique, marque un renouveau dans le cinéma français de l'époque et lance une nouvelle génération d'acteurs. Elle offre une image de la jeunesse plus authentique et, aussi, souvent plus douloureuse que beaucoup de films traitant de ce thème, ainsi qu'une vision de l'évolution de la société française sur trente ans.

Téléfilms de la collection La collection est composée des téléfilms suivants : Le Chêne et le Roseau d'André Téchiné () : période abordée : début des années 1960 (1962), distribution : Élodie Bouchez, Gaël Morel, Stéphane Rideau et Frédéric Gorny, première diffusion : vendredi , version longue : Les Roseaux sauvages () sorti en salles le , synopsis : Dans le Sud de la France, pendant la guerre d'Algérie, quatre adolescents se découvrent entre rapports amoureux et positions sur la guerre ; US Go Home de Claire Denis () : période abordée : milieu des années 1960 (1965), distribution : Alice Houri et Grégoire Colin, première diffusion : vendredi , synopsis : Martine veut perdre sa virginité. Aidée de son amie Marlène, elle va se rendre à une fête où les invités sont plus âgés et où se trouve son frère ; Portrait d'une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles de Chantal Akerman () : période abordée : fin des années 1960 (, donc juste avant ), distribution : Circé et Julien Rassam, première diffusion : vendredi , synopsis : Michèle sèche le lycée et déambule dans Bruxelles avec Paul, un jeune déserteur français ; La Page blanche d'Olivier Assayas () : période abordée : début des années 1970 (1972), distribution : Virginie Ledoyen et Cyprien Fouquet, première diffusion : vendredi , version longue : L'Eau froide () sortie en salles le , synopsis : Christine, une jeune fille mal dans sa peau, s'échappe de l'hôpital psychiatrique où son père veut la faire interner et rejoint Gilles, son amoureux, qu'elle entraine dans une fugue vers une hypothétique communauté ; Paix et Amour de Laurence Ferreira Barbosa () : période abordée : milieu des années 1970 (1975), distribution : Emmanuel Mari et Gil Movi, première diffusion : vendredi , synopsis : Fabio, un lycéen, rêve de révolution et entraine son ami Alain, passionné de philosophie, vers des actes terroristes ; Travolta et moi de Patricia Mazuy () : période abordée : fin des années 1970, distribution : Leslie Azzoulai, Julien Gérin et Hélène Eichers, première diffusion : vendredi , synopsis : Christine, une adolescente fascinée par John Travolta, est séduite sur un pari par Nicolas, un garçon amateur de Friedrich Nietzsche. Ils doivent se retrouver à une fête à la patinoire mais ses parents demandent à Christine de garder la boulangerie familiale ; L'Incruste d'Émilie Deleuze () : période abordée : début des années 1980, distribution : Claire Keim et Benoît Magimel, première diffusion : vendredi , synopsis : Ariane, une lycéenne maniaque qui ne supporte pas le désordre, est incitée par son père à organiser une fête en son absence ; Bonheur de Cédric Kahn () : période abordée : milieu des années 1980 (1985), distribution : Caroline Ducey (sous son vrai nom de Caroline Trousselard), Estelle Perron, Malek Bechar et Didier Borga, première diffusion : vendredi , version longue : Trop de bonheur () sorti en salles le , synopsis : Quatre adolescents se rencontrent à Marseille et improvisent une fête dans la maison de l'une d'entre eux ; Frères d'Olivier Dahan () : période abordée : début des années 1990, distribution : Nabil El Bouhairi, Véronique Octon, Samy Naceri, Romain Duris et Saïd Taghmaoui, première diffusion : vendredi , version longue : Frères : La Roulette rouge () est projeté à la Berlinale 1995. Cette version longue n'a pas été exploitée en sallesFiche UniFrance du film qui ne mentionne aucune date de sortie., synopsis : Zakari, qui vit dans une cité de banlieue, tue par accident un de ses amis et doit prendre la fuite.

Fiche technique

Sociétés de production : La Sept / Arte - IMA Productions Sociétés de coproduction : SFP Productions - Sony Music Entertainment (France) Idée originale : Chantal Poupaud Musique d'habillage de la série : Yarol Poupaud Première diffusion : du au , chaque vendredi soir en première partie de soirée sur Arte Rediffusions : la collection est rediffusée au début de l'année 1997 et durant l'été 1999.

Chaque réalisateur étant libre de choisir son équipe, il n'y a pas, en dehors de quelques exceptions, d'acteur ou de technicien qui travaille sur plusieurs épisodes.

Production Genèse L'idée de la série vient à Chantal Poupaud, à l'époque ancienne attachée de presse spécialisée dans le cinéma d'auteurFiche de Chantal Poupaud sur le site de Canal +. en 1990, un an avant la création d'Arte. Elle repense à ses propres souvenirs d'adolescence en regardant ses deux fils, l'un, âgé de , qui entre dans l'adolescence, l'autre qui, à , commence à en sortir. Elle se fait la réflexion qu'être adolescent à quelque époque que ce soit est toujours la même chose, même si le contexte est différent. Elle a alors l'idée d'une série de films sur ce thème, incluant tous une scène de fête, qui seraient commandés à divers réalisateurs ; elle souhaite en particulier retrouver qui n'existe qu'à cette période de la vie.

L'année suivante, Chantal Poupaud rencontre le producteur Georges Benayoun, d'IMA productions et Pierre Chevalier, de La Sept-Arte et leur fait part de ce projet. Pierre Chevalier est responsable à Arte de l'unité fiction. Venant du CNC, il cherche à apporter un à la fiction télévisuelle en y amenant des cinéastes confirmés ou en faisant travailler des débutants. Il est séduit par la simplicité et l'ouverture d'esprit du projet qu'il voit comme une collection au sens littéraire du terme : Il décide d'y investir autant que possible financièrement, c'est-à-dire 2,2 millions de francs par film sur le budget total annuel de 80 millions de francs de son unité pour les coproductions et les achats. La collaboration entre Chantal Poupaud, Pierre Chevalier et Georges Benayoun est simplifiée par le fait que leurs parcours sont complémentaires, les deux premiers ayant jusqu'ici fait carrière dans le cinéma tandis que le troisième a travaillé pour la télévision..

Contraintes de la commande vignette|alt=ruban de pellicule marron, avec des cadres noir et une seule perforation par cadre sur la gauche.|Film Super 16 Si, dans plusieurs articles de presse, le mot « série » est employé à propos de Tous les garçons et les filles de leur âge, il ne s'agit pas d'une série télévisée au sens le plus courant du terme : chaque histoire est totalement indépendante de celle qui la précède et de celle qui la suit, et aucun personnage n'est commun au différents films. Néanmoins on peut considérer qu'il s'agit d'une série d'anthologie car tous les films traitent d'un même thème, et qu'il s'agit d'épisodes puisque ce thème est décliné dans le temps.

Tous les téléfilms doivent respecter les mêmes contraintes : chaque épisode dure environ une heure ; le thème principal des films est l'adolescence ; chaque cinéaste choisit le début, le milieu ou la fin d'une décennie entre 1960 et 1990 ; chaque film contient une scène de fête, en utilisant la musique rock de l'époque choisie ; la série a un coût d'environ de francs par film, dont amenés par Arte ; la durée de tournage est de 18 à ; les films sont tournés en Super 16.

L'obligation d'utiliser la musique rock compense l'absence de héros récurrent en donnant un point commun aux films. Cette musique les relie aussi à leur époque. Le coût de la musique ne grève pas les budgets des films car les droits musicaux à la télévision se règlent par forfait et non au cas par cas comme au cinéma ; en outre la filiale française de Sony Music Entertainment est un des sponsors de la série. Par ailleurs, le rock est très directement lié à l'univers adolescent : il permet aux jeunes de sortir du cadre familial, de montrer une opposition à l'ordre établi, et C'est d'ailleurs la possibilité d'utiliser la musique de sa jeunesse qui décide Claire Denis à réaliser : si elle a hésité à accepter la commande, notamment parce qu'elle détestait les fêtes durant son adolescence, elle est enthousiasmée et convaincue par l'idée de pouvoir utiliser les morceaux qu'elle écoutait :

Choix des cinéastes vignette|droite|alt=Plan poitrine d’un homme de 65 ans, cheveux gris courts, yeux fins et sombres, en smoking|André Téchiné - ici en 2008 - le cinéaste le plus expérimenté du groupe de réalisateurs.

Les réalisateurs de cette série sont à des stades divers de leur carrière : aussi bien des cinéastes installés et reconnus (Téchiné, Akerman, Assayas, Denis), de jeunes auteurs de premiers films remarqués (Kahn, Ferreira Barbosa, Mazuy) et des (ce sont les premiers longs-métrages d'Émilie Deleuze et d'Olivier Dahan). Néanmoins, à la première réunion où se rend André Téchiné, d'autres cinéastes expérimentés sont présents : Jacques Doillon, Philippe Garrel et Jean-Claude Brisseau. Garrel et Brisseau se retirent par la suite du projet, et Jacques Doillon réalisera son film directement pour le cinéma (il s'agit du Jeune Werther, qu'il produira autrement). L'engagement d'André Téchiné est déterminant du point de vue de la faisabilité du projet, car il s'agit, à l'époque, du cinéaste le plus reconnu du groupe.

Chantal Poupaud souhaite que les origines géographiques et sociales de ces réalisateurs soient différentes pour que les films soient les plus variés possible. La sélection respecte aussi un équilibre homme/femme : cinq réalisatrices pour quatre réalisateurs. Tous les cinéastes ne sont pas approchés en même temps : si Patricia Mazuy est par exemple contactée dès le début de l'année 1991 (et accepte car elle trouve que ), Laurence Ferreira Barbosa n'arrive qu'alors que tout est déjà assez avancé. Elle peut ainsi voir le film de Cédric Kahn et lire les résumés de plusieurs autres contributions avant d'écrire son scénario, devant mener son film à bien entièrement en cinq mois, de l'écriture à la postproduction.