La vallée du Côa, située dans le nord-est du Portugal, proche de la frontière avec l'Espagne, est le plus important site d'art rupestre de plein air du Paléolithique supérieur de toute l'Europe. Il est inscrit depuis 1998 sur la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco.
Historique vignette|Gravures à Canada do Inferno
Des gravures rupestres sont connues en amont de la vallée depuis 1981, date de la publication de plusieurs figures attribuées au Paléolithique découvertes dans la zone de Mazouco (Trás-os-Montes et Haut Douro). À une soixantaine de kilomètres plus au sud, dans la zone de Siega Verde, plusieurs figures datées de la même période ont été identifiées et publiées la même année.
En 1991, la construction d'un barrage à Vila Nova est décidée. L'ouvrage doit inonder la vallée sous plus de d'eauLuís L., 2000, Patrimoine archéologique et politique dans la vallée de la Côa au Portugal, Les Nouvelles de l’Archéologie, vol. 82 n. 4, .. La même année, les premières figures supposées paléolithiques sont identifiées à Canada do InfernoMartinho Baptista A., Batarda Fernandes A. P., 2007, Rock Art and the Côa Valley Archaeological Park: A Case Study in the Preservation of Portugal’s Prehistoric Parietal Heritage, in Pettitt P., Bahn P., Ripoll S.(eds), Palaeolithic cave art at Creswell Crags in European context, Oxford University Press, Oxford, .. Une étude d'impact sur l'environnement et le patrimoine est réalisée en 1992. Plusieurs sites archéologiques et un panneau gravé sont alors identifiés. Cependant, ces découvertes ne sont rendues publiques qu'en . Un nombre croissant de personnes expriment dès lors le souhait de l'arrêt des travaux du barrage pour étudier et préserver les gravures. Dans le même temps, un débat scientifique s'ouvre sur la datation des œuvres. À l'époque, on ne connaît aucun site comparable par le nombre et l'ancienneté des figures gravées. L'entreprise EDP, commanditaire du barrage, engage deux spécialistes pour faire des datations directes de ces dernières. Les résultats semblent remettre en cause l'âge paléolithique des gravures, avec une datation évaluée entre 5000 et 100 ans avant le présent. Néanmoins, ces dates ne sont pas été acceptées par les scientifiques en raison de l'inadéquation de la méthode d'analyse employée.
Alors que la majorité des Préhistoriens reconnaissent l'ancienneté du site et donc son importance majeure, les travaux en vue de la construction du barrage se poursuivent avec le soutien du gouvernement de l'époque. Cette situation est ensuite décrite comme le « Scandale du Côa ». En 1995, les élections générales conduisent à un changement de majorité politique. L'opposition, qui est arrivée au pouvoir, décide l'abandon des travaux.
Depuis, l'ensemble de la vallée fait l'objet de recherches systématiques et d'une valorisation touristique. Plus de 30 sites du Paléolithique supérieur ont été découverts dans la région.
Situation vignette|Rochers gravés à Canada do Inferno.
Le Côa prend sa source en Espagne. Son bassin s'étend sur , jusqu'à la confluence avec le Douro, principal fleuve du centre-nord de la péninsule IbériqueAubry T., Mangado Llach X., Sampaio J. D., Sellami F., 2001, Open-air rock-art, territories and modes of exploitation during the Upper Palaeolithic in the Côa Valley (Portugal), Antiquity, vol. 76, ..
Environ 335 surfaces décorées, avec plus de motifs différents étaient recensés en 2007. Elles se répartissent dans 30 ensembles d'art rupestre dont 15 sont attribués au Paléolithique supérieurBalbin Behrmann R. (de), Alcolea Gonzalez J. J., 2002, L'art rupestre paléolithique de l’intérieur péninsulaire ibérique : une vision chronoculturelle d’ensemble, in Sacchi D. (Dir.), L'art paléolithique à l'air libre. Le paysage modifié par l'image, Tautavel – Campôme, 7-9 octobre 1999, GAEP et GÉOPRÉ, Carcassonne, .. De nouvelles figures sont régulièrement identifiées..
Ces gravures sont situées sur les derniers de la vallée ainsi que dans les vallées des affluents de la Côa. Leur concentration dans cette zone s'explique en partie par le contexte géologique. Cette partie de la vallée est constituée de formations schisteuses qui se caractérisent par des surfaces rocheuses plates et lisses. En amont, le substrat est granitique et les roches sont nettement moins favorables à la réalisation de gravures.
Les figures les plus anciennes se trouvent dans un secteur entre Faia et Canada do Inferno, alors que les plus récentes, plus rares, se répartissent en aval vers l'embouchure de la vallée et le long des rives abruptes de petits torrents, affluents du Douro.
Chronologie La principale phase de réalisation des gravures remonte au Gravettien (de AP). Certaines figures ont été réalisées du Solutréen (de AP) jusqu'au Magdalénien ancien (de AP). Il existe également des œuvres beaucoup plus récentes, réalisées entre le Néolithique et l'Âge du fer.
Pour arriver à ces datations relativement précises, plusieurs méthodes ont été employées. Les datations directes ayant été un échec, c'est d'abord le style de représentation qui a permis d'attribuer des figures au Paléolithique supérieur. Des comparaisons ont ainsi été réalisées entre les gravures du Côa et l'art pariétal ainsi que l'art mobilier des autres régions. La confirmation de l'ancienneté des figures est cependant venue des sites archéologiques contemporains exhumés dans la région.
Avant 1995, l'intérieur de la péninsule Ibérique était supposé inhabité durant le Paléolithique en raison de ses conditions environnementales défavorables. En fait, l'absence de sites de cette période dans cette région était lié à l'état de la recherche. À la suite de la découverte des gravures du Côa, les recherches intensives permettent d'identifier des sites du Gravettien, et dans une moindre mesure du Solutréen et du Magdalénien.
Sur le site gravettien ancien d'Olga Grande 4, la découverte de grosses pointes triangulaires potentiellement utilisées pour la réalisation des gravures confirme la contemporanéité d'au moins une partie des sites d'habitat et des gravures. En 1999, à Farizeu, ont été fouillées des couches d'occupations datées du Solutréen et du Magdalénien qui recouvrent des surfaces rocheuses avec des gravures. Ces dernières sont donc plus anciennes que les phases de fréquentation dont témoignent les couches archéologiques. En outre, des plaques de schistes incisées de figures géométriques et de figures d'animaux ont été exhumées sur le même site, par exemple un galet de schiste gravé de motifs zoomorphes, comparables à des figures gravées sur des roches de la vallée
La datation culturelle des couches d'occupation des différents sites se fonde d'abord sur l'outillage en roche taillée. Rapidement, des datations absolues ont été effectuées. Cependant, dans les sites de la région il est généralement impossible d'employer la technique de la datation au carbone 14, car les restes organiques ne sont pas ou très mal conservés. C'est donc la technique de datation par la thermoluminescence qui est le plus souvent employée. Ainsi, sur le site d'Olga Grande 4, 5 éléments en quartzite ont été datés par cette technique entre et AP. Ces dates sont cohérentes avec l'attribution supposée du site au Gravettien.
Techniques Différentes techniques ont été employées pour graver la roche :
La technique la plus fréquemment employée est l'incision. Elle est réalisée avec une pointe fine et résistante. Elle est prévalente durant la phase ancienne. Le piquetage consiste à réaliser un trait par une succession de coups donnés sur la roche. Le rainurage consiste à altérer la roche par un mouvement d’aller-retour le long d’un tracé préliminaire. Le raclage est une variante du rainurage qui consiste à racler les surfaces rocheuses. Les parties raclées présentent alors un contraste avec le reste de la roche.
Ces techniques peuvent être combinées, par exemple les incisions profondes sont souvent précédées d’un piquetage ou inversement.
La présence de peinture est attestée. Dans la zone de Faia, la plus en amont de la vallée, la roche est granitique et forme des abris sous roche qui ont permis la préservation des figures à la fois gravées et peintes d’aurochs. Il s'agit des seules peintures conservées pour ces périodes dans l'ensemble de la vallée. Ce site suggère que l'utilisation de la peinture était nettement plus fréquente et que l'association des gravures et des peintures était une pratique courante. D'ailleurs, sur les figures sur lesquelles elle est conservée, la peinture sert à représenter des éléments des animaux qui ne sont pas représentés par la gravure, par exemple la bouche. Or, sur de nombreuses figures uniquement gravées, ces détails anatomiques ne sont pas représentés du tout. Cela suggère que ces détails, réalisés à la peinture, ne se sont pas conservés. En outre, des pigments colorants ont été découverts sur des sites d'habitat.
Thèmes figurés vignette|Chamois gravé à Penascosa
Les animaux sont le principal thème figuré dans la vallée de la Côa, mais aussi à Siega Verde. Sur ce dernier site, sur plus de , 252 sont figuratives et 226 sont abstraites. Parmi les gravures figuratives, les équidés dominent (45 %), suivis des bovidés (19 %), puis des cervidés (17 %). On trouve également quelques rennes, quelques bisons et quelques rhinocéros laineux. Ailleurs dans la vallée, outre ces espèces, on trouve très fréquemment des chamois, beaucoup plus rarement des poissons, ainsi que des figures non identifiables. Les figures humaines sont très rares et n'ont été identifiées que dans l'aval de la vallée, près de l’embouchure du torrent Piscos. Une des gravures de la roche 2 de Ribeira de Piscos représente un homme ithyphallique.
Sur l'ensemble des panneaux gravés, le sol n'est jamais figuré, il n'y a aucune représentation de plante ni de paysage ou de structure humaine (outils, campement, etc.).
Comme le montre le site de Siega Verde, les représentations non figuratives ne sont pas rares. Parmi ces éléments abstraits, on trouve des motifs claviformes et ovales. Les premiers sont souvent associés aux équidés alors que les seconds sont plus fréquemment associés aux bovinés. Cependant, les véritables signes clairement identifiables demeurent relativement rares.
Styles et compositions vignette|gauche|Superposition de figures à Penascosa. vignette|Cheval à têtes multiples à Penascosa.
Le plus souvent, plusieurs figures se superposent sur les mêmes roches, ce qui en rend la lecture difficile. Ces superpositions peuvent correspondre à des figures de différentes périodes, par exemple à Vermelhosa un cavalier de l'Âge du fer recouvre un cervidé. Cependant, beaucoup de figures superposées sont réalisées durant les mêmes phases, notamment durant le Gravettien. Ces superpositions ne sont pas liées à un manque d'espace disponible puisqu'elles voisinent parfois avec des rochers vierges de toute représentation.
Le mode de représentation des figures témoigne d'une bonne connaissance des conventions de l'art pariétal et rupestre du Paléolithique supérieur, et ce dès les plus anciennes phases. Les animaux sont représentés de profil et seule une patte avant et une patte arrière sont figurées. En outre, ces pattes sont très schématiques et non détailléesGuy E., 2000, Le style des figurations paléolithiques piquetées de la vallée du Côa (Portugal) : premier essai de caractérisation, L’Anthropologie, vol. 104, .. Parfois, des animaux sont représentés avec plusieurs têtes dans des positions différentes. Ce type de représentation est interprété comme une volonté de figurer le mouvement.
Les véritables scènes, c'est-à-dire l'interaction de plusieurs figures, sont très rares. La roche 1 de Piscos est ainsi gravée de deux chevaux dont les têtes sont entrelacées.
Il existe cependant des variations stylistiques, y compris dans les mêmes secteurs, comme à Siega Verde.
Les différentes phases Phase gravettienne